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  • De la démocratie en Amérique

    De la démocratie en Amérique

    J’ai eu la chance d’avoir un Kindle lors de mon dernier anniversaire. Du coup, je découvre les joies de la lecture facile dans le métro, ou au dodo. C’est léger un Kindle, et on peut facilement annoter des choses en lisant. Le premier livre que j’ai lu, c’est le formidable livre d’Alexis-Henri-Charles Clérel, comte de Tocqueville, couramment connu sous le nom d’Alexis de Tocqueville (1805-1859). Personnage de roman, issu de la noblesse, homme politique, philosophe, sociologue avant l’heure, c’est surtout une plume incroyable de clarté et de concision. Alexis de Tocqueville a fait un voyage pour aller observer le système carcéral aux USA naissants, mais il y a passé plus de temps, et en a rapporté un premier livre (1835) et un second (1940) qui dessinent une analyse sociale et politique des USA : « De la démocratie en Amérique ».

    Livre de référence de philosophie politique

    C’est un livre formidable, fondamental, et qui consiste en une sorte d’analyse d’une Nation naissante, les USA, comparée avec ce que Tocqueville connait, c’est-à -dire la monarchie française post-révolutionnaire, et l’émergence de la même société démocratique en France.
    Le livre est formidable pour plusieurs raisons, outre les qualités stylistiques déjà  évoquées : un esprit synthèse extraordinaire, un goût pour la précision factuelle, et la rigueur intellectuelle, une grande connaissance du sujet.

    Je ne sais si j’ai réussi à  faire connaître ce que j’ai vu en Amérique, mais je suis assuré d’en avoir eu sincèrement le désir, et de n’avoir jamais cédé qu’à  mon insu au besoin d’adapter les faits aux idées, au lieu de soumettre les idées aux faits.

    On sent que Tocqueville s’est réellement plongé dans le pays américain, dans sa culture, dans son histoire. Ce qui en ressort, si je devais résumer à  l’extrême :

    • la vague de fond de l’égalité qui est en train de transformer le monde. Ce que Tocqueville voit dans l’Amérique, c’est l’avenir des nations européennes. Il souligne à  la fois l’inéluctabilité du phénomène, son extrême proximité avec l’idée de liberté, et en même temps en décrit très bien les aspects potentiellement excessifs (tome 2 notamment avec le concept de tyrannie de la majorité).
    • la construction de la société américaine qui s’est faite sur une base locale, communale, c’est-à -dire dans une logique de subsidiarité ascendante. Les institutions de chaque Etat ne sont légitimes que pour remplir les fonctions que l’échelon inférieur, communal, ne peut assurer/gérer seul. La constitution de l’Union est dans le même esprit : le niveau national ne peut prendre la main que sur des sujets délégués des différents Etats vers le gouvernement national. Tocqueville y voit un puissant levier pour limiter le pouvoir, par son morcellement. J’y vois aussi un moyen simple pour éviter une centralisation excessive. Tocqueville insiste également sur le rôle que les citoyens jouent dans l’administration et la politique locale, bien plus qu’en France.
    • A titre personnel, Tocqueville voit dans tous ces changements, qu’il sent bien arriver aussi en France, à  la fois un progrès pour la liberté en général, mais aussi une régression pour la liberté de penser et d’expression : la fameuse tyrannie de la majorité rend presque infréquentable celui qui ne pense pas comme la majorité. Une fois une idée adoptée par la majorité, elle n’est plus discutable. Cela ne vous rappelle rien ?
    • Enfin, on peut lire dans « De la démocratie en Amérique » un plaidoyer pour une libéralisme subsidiaire assez large dans la société, sauf pour les aspects de politique extérieures. Par ailleurs, et sur de nombreux aspects, il me semble être un vrai libéral humaniste, et un vrai critique de l’utilitarisme, position dont je ne saurais être plus proche.Je reviendrai là -dessus dans un billet à  venir.
    • Tocqueville pensait que les bienfaits de la démocratie américaine résidait dans la tranquille et pacifique coexistence des individus, et la prospérité. Il voyait dans cet état de choses un monde d’où l’esprit de grandeur, et d’entreprendre de grands projets, aurait disparu. Je pense qu’il avait en partie raison, et en partie tort sur ce point : il avait une grille de lecture militaire, aristocratique, de ce qui est grand ou non. Les démocraties ont montré par la suite, grâce aux progrès de la liberté et de la technique, qu’elles pouvaient aussi secréter de grands projets, et de grandes entreprises.

    Grand auteur

    Au-delà  de ces quelques points, très subjectifs et réducteurs, je vous recommande très vivement la lecture de cet ouvrage majeur. Beaucoup de passages sont extraordinaires de lucidité, de rigueur morale et intellectuelle, et c’est un plaisir de chaque instant que de suivre cette analyse, et cette langue française magnifique. Personne ne peut comprendre ce qu’est la démocratie, sans avoir lu Tocqueville. Le mot de la fin à  l’auteur (une citation parmi des dizaines et des dizaines notées sur mon kindle) :

    Il existe une loi générale qui a été faite ou du moins adoptée, non pas seulement par la majorité de tel ou tel peuple, mais par la majorité de tous les hommes. Cette loi, c’est la justice.

  • La loi naturelle et les Droits de l’Homme

    La loi naturelle et les Droits de l’Homme

    Je viens de terminer le recueil de six conférences que Pierre Manent a donné, en mars 2018, dans le cadre de la Chaire Etienne Gilson, publié sous le titre « La loi naturelle et les Droits de l’Homme ». J’avais déjà  eu l’occasion de faire la recension ici d’un de ses livres (Situation de la France), et j’ai retrouvé avec plaisir ce penseur rigoureux, sincère, et épris de vérité. Mon modeste billet reviendra sur quelques points clés de ce livre, et quelques interrogations qu’il a provoqué. Pour en savoir plus, et mieux, je vous recommande d’aller lire la très bonne interview de Pierre Manent par Valeurs Actuelles, ou encore, mais c’est antérieur à  ce livre, le dialogue mémorable organisé par le magazine L’incorrect entre Pierre Manent et Rémi Brague.

    Eléments

    Pierre Manent décrit comment la logique de « droits » attachés à  la personne humaine a constitué une rupture, pour le pire et pour le meilleur. Il revient surtout sur le pire dans son livre. Notamment un point essentiel : en passant aux Droits de l’Homme, on a mis le doigt dans une évolution complexe, faisant glisser le rapport à  la nature d’un point de vue à  un autre. Dans l’idée d’une loi naturelle, il y avait une forme d’acceptation de « règles » données/à  découvrir/à  suivre. La Loi naturelle, c’est selon Pierre Manent :

    cet ensemble de règles qui ordonnent nécessairement la vie humaine et que pourtant les hommes n’ont pas faites. Ce sont les règles qui à  la fois fixent des limites et offrent des orientations à  notre liberté. Elles sont données à  l’homme avec sa nature et sa condition.

    La liberté sans limites

    Avec la notion de droits attachés à  chaque personne, nous changeons la perspective : même si les deux notions (loi naturelle et droits naturels) sont proches, la logique de droits naturels récuse celle de Loi naturelle et nous fait entrer dans une logique de « pure liberté, comme capacité illimitée d’ordonner à  notre guise la vie humaine. La revendication, virulente et même féroce, de cette pure liberté, de cette capacité illimitée, nous livre à  l’arbitraire d’une volonté prétendant tirer d’elle-même sa règle. Au bout du compte, s’il n’y a pas de ”loi naturelle », il n’y a rien pour guider la liberté humaine. La loi naturelle est la seule défense sérieuse contre le nihilisme. »
    Fort de ce point de départ, Pierre Manent aborde entre autres les points suivants :

    • la logique de droits de l’homme introduit la notion d’individu (plutôt que de personne), c’est-à -dire une sorte d’atome abstrait, portant l’intégralité du potentiel humain. Faisant fi de toutes les différences culturelles et individuelles, ce concept d’individu, très générique, et très abstrait, utile pour penser l’universel, manque une partie de ce que sont les humains de fait, pour mettre en avant une égalité totale (de droits), visant un idéal. Cela sépare le réel (l’être) et l’idéal (le devoir être), en rendant presque impossible la réconciliation des deux, puisque l’idéal est dessiné sur un modèle abstrait et partiel de l’humain.
    • Le droit qui décrivait adossé à  la Loi, une frontière principalement négative (ce qu’on ne peut pas faire), devient le domaine de l’expression de tout ce que les humains ressentent et désirent. Les droits deviennent un outil pour légitimer tout ce que nous voulons être. L’exemple du mariage gay analysé par Pierre Manent décrit très bien tout cela, avec notamment la perte de la nuance entre privé/intime et public. Pour revendiquer le « droit à « , chacun est sommé d’étaler sur la place publique son intimité, ses ressentis, sa vie privée.
    • La notion d’autonomie, si prisée à  notre époque, est très critiquée par Manent, comme étant partiellement sans aucun sens lorsqu’on parle d’un individu : l’autonomie ne peut se concevoir, pour un humain, que dans un cadre qui délimite son action (cadre au sens large, c’est-à -dire règles et contraintes structurant l’action). Se donner à  soi-même sa propre loi (ce qui est le sens de l’autonomie) n’a pas de sens puisque nos actions dépendent de lois (dont la loi naturelle) qui ne sont pas créés par l’homme.

    Logique d’action

    En fin connaisseur de Machiavel, Pierre Manent propose une voie pour sortir de tous ces délires : penser à  nouveau l’individu comme un être agissant, et donc toujours intégrer dans la réflexion sur la loi et les règles, ainsi que dans le champ de la morale, des éléments de ce qu’est l’action.

    • la première notion importante est celle du couple commandement/obéissance. Il n’y pas d’action sans commandement, et obéissance. Que l’on veuille distinguer ces modes d’actions ou non, ils sont présents. Les structures de commandement/décision sont toujours là , les endroits où c’est l’obéissance aussi (à  la loi, aux régles, aux dirigeants, etc…). Notre pensée de l’action est limitée par la non-prise en compte de ces éléments.
    • Pierre Manent propose également de revenir aux motifs humains de l’action. Trois éléments permettent de décrire les critères de valeur de nos actes : l’utile, l’agréable, et le noble (juste, bon, honnête). Ces 3 piliers sont les motivations de nos actes, et doivent permettre de sortir de l’éternelle tension entre être et devoir-être (ce qu’est la morale finalement), pour se recentrer sur des choses plus pragmatiques, plus dans l’action.

    Interrogations

    Tous ces éléments me paraissent très utiles, et pertinents. Je partage maintenant avec vous quelques interrogations, et critiques qui me sont venues à  la lecture de cet excellent livre.

    • une critique tout d’abord, qui est le pendant des qualités du livre : analytique, rigoureux, mais au point d’en être impersonnel. A de nombreuses reprises, la situation philosophique que décrit Pierre Manent nous révolte, et on sent qu’il ne l’approuve pas (notamment la manière de penser des individus coupés de tout contexte, dont les droits sont uniquement des moyens de se faire croire que l’on peut être ce que l’on désire). Mais on n’a jamais sa position à  lui. Il reste curieusement en retrait, dans une position compréhensible de chercheur, qui regarde tout cela de loin. Il manque du Pierre Manent dans son livre.
    • La charge portée en fin de livre contre le libéralisme me parait assez fragile, et peu convaincante. D’une part parce qu’il critique le libéralisme comme étant porteur de cette vision extensive des « droits à « , ce qui est loin d’être vrai. Par ailleurs, il regarde tous les sujets du point de vue d’une réflexion sur l’Etat, ce qui limite considérablement la portée du propos : la société ne résume pas aux structures législatives et de commandement portée par le gouvernement ou les assemblées représentatives. Pierre Manent dit ouvertement ne pas penser utile la notion d’ordre spontané, ou catallaxie. A nouveau, un vrai point aveugle dans sa pensée, très constructiviste, et qui manque toute la réflexion puissante et importante des libéraux de l’école autrichienne, notamment la pensée développée par Hayek dans « Droit, législation et liberté », portant sur les institutions, leur évolution, et ce que l’on peut mettre dans les notions de lois et de réglementation. Par ailleurs, il laisse penser que le libéralisme est une philosophie qui voit la liberté comme une sorte d’absolu sans limite, ce qui n’est absolument pas le cas. Le libéralisme considère que la liberté ne va pas sans le respect des règles communes, qui s’appuient notamment sur des institutions sociales comme la propriété et la responsabilité. Il manque la pensée libérale dans sa réflexion, ce qui est assez surprenant quand on prétend la critiquer et l’affubler d’un certain nombre de maux.
    • Un dernier point : dire qu’un des motifs de l’action humaine est la recherche de l’action noble (juste, bonne, etc…) me convient très bien. Mais comment définit-on le « noble » et le « bon » ? On ne peut pas discuter de cette question, surtout avec une logique d’action, sans rentrer dans le contenu de ce terme. Des humains jugent noble et juste de tuer pour faire gagner leur cause : peut-on mettre ce « noble »-là , au même niveau que le commandement « Tu ne tueras point » ? Certainement pas. Il faut donc assumer que le contenu positif mis en avant pour penser le « devoir-être » n’est pas un simple paramètre interchangeable. C’est le coeur de la discussion, escamoté il me semble par Manent. Il manque un peu de courage peut-être à  Pierre Manent pour ne pas tomber dans une forme de relativisme. Tout ne se vaut pas. Si l’on veut parler de visée universaliste, il faut assumer que certaines cultures sont plus aptes que d’autres à  dégager des valeurs/règles/structures universelles. Ce n’est pas juger les individus qui en ressortent que d’affirmer cela, c’est simplement continuer à  vouloir chercher la vérité. L’universalisme, qui est le sujet du livre, contient (dans tous les sens du terme) un impérialisme : si quelque chose est « bon » (noble, honnête, juste) universellement, alors souhaitons que ce « bon » devienne la règle. L’universalisme est en tension avec le respect des différences culturelles : ne pas en discuter limite la portée de la discussion.

    Bref : très bon livre, riche de notions complexes rigoureusement exposées, mais manquant d’ampleur et de prise de position.

  • Comment vivre sa vie ?

    Comment vivre sa vie ?

    Après avoir terminé « Le bourreau de l’amour« , d’Irvin Yalom, j’avais partagé avec vous ce qu’il estime être les 4 difficultés existentielles :

    J’ai découvert que quatre données sont particulièrement pertinentes en matière de psychothérapie : l’aspect inéluctable de la mort, pour chacun de nous et ceux que nous aimons; la liberté de diriger notre vie comme nous l’entendons; notre solitude fondamentale; et enfin, l’absence d’une signification ou d’un sens évident de l’existence. Pour oppressantes que soient ces données, elles contiennent les germes de la sagesse et de la rédemption.

    Il m’a semblé très intéressant, puisque chacun de nous est confronté à  ces 4 difficultés existentielles, de partager la manière que nous avons, chacun, d’y apporter des éléments de réponses (les fameux germes de sagesse et de rédemption). Je commence, mais le but est bien sûr que vous complétiez avec vos propres réponses, votre propre manière de vivre votre vie.

    On va tous mourir !

    C’est notre condition animale, avant même d’être humaine. Nous sommes mortels. Notre condition humaine, c’est de le savoir, et de ne rien pouvoir y faire. Comme dirait Laborit, nous voilà  dans des conditions parfaites d’inhibition de l’action, donc d’angoisse. A vrai dire, cette question a beaucoup évolué pour moi. A vingt ans, je pensais que c’était LA question centrale (j’avais été très marqué par la lecture du Mythe de Sisyphe). Ma position avait évoluée en lisant Les Essais de Montaigne, dont je retiens cette magnifique formule :

    Je veux que la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d’elle, et encore plus de mon jardin imparfait.

    Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592) philosophe français, humaniste et moraliste de la Renaissance

    Il m’apparaît, avec Montaigne, et en moins stoïcien, que la question est plus complexe : comment vivre sachant que nous allons mourir ? Par ailleurs, maintenant que je suis devenu père, cette question s’est transformée/complétée à  nouveau en : comment contribuer à  construire un monde où il fait bon vivre pour mes enfants ?

    Je suis responsable !

    Le deuxième problème que nous avons, comme si ça ne suffisait pas, est bien d’être libres. Libres en partie, donc en partie responsables. On ne peut pas se cacher éternellement derrière les conditions de notre vie. Nous sommes en charge de mener notre vie. Bien sûr, certains se font détruire dès le plus jeune âge, et parler de responsabilités dans ces cas-là  est très difficile. Mais néanmoins, pensons-y à  deux fois : nier la responsabilité, c’est nier la liberté. Ce thème de la liberté est un thème central, à  la fois dans une réflexion sociale, collective, mais aussi dans une démarche éthique ou morale. Je garde précieusement cette phrase de Rémi Brague, car je la trouve éclairante sur le sujet :

    la liberté n’est pas un moyen, mais une fin ; la seule fin en soi est la liberté. Encore faut-il comprendre que cette liberté n’est pas celle de se rendre l’esclave de ses penchants les plus stupides, voire les plus suicidaires, mais au contraire de laisser libre cours en soi à  l’excellence humaine.

    Voilà  qui montre bien, à  mes yeux, un chemin et une manière de penser sa propre liberté.

    Je suis seul !

    Chacun de nous, quelque soit son degré de solitude ou de socialisation, est néanmoins confronté à  une limite biologique. Nous sommes enfermés dans une structure physiologique. On est toujours tout seul au monde, disait l’artiste. J’avoue que cette difficulté existentielle est moindre pour moi. Je suis extraverti, et j’ai vite trouvé, dans ma famille, dans ma vie, des humains avec qui tisser des liens de qualité, des relations enrichissantes. Je crois que c’est la seule manière de sortir de cette difficulté, et probablement la seule manière d’être « heureux » (si tant est que ce mot puisse vouloir dire quelque chose).

    La vie n’a pas de sens !

    Pour ceux qui lisent ce blog, ou qui me connaissent, ce dernier point est plus névrotique chez moi que les autres. Il suffit de regarder le nombre d’articles que j’ai tagué « sens » pour s’en rendre compte. Je dirais que c’est un point de difficulté, certes, mais aussi un plaisir de construire autour de ce thème une spiritualité, une approche qui soit personnelle, tout en restant exigeante sur la recherche de la vérité. J’en suis arrivé à  l’idée que le « sens » n’est ni une donnée de l’existence (révélée, ou transcendante), ni quelque chose qui se construit de manière purement abstraite, mais bien plutôt une fonction humaine, qui nous permet de mesure l’alignement entre nos croyances et nos actions. Il n’y a pas de sens absolu, certes, mais ce n’est pas pour cela que la question du sens nous est étrangère. La question du sens déborde donc rapidement sur celle des croyances. Et donc sur la question du Bien (ou du Juste et du Beau). Et l’état de ma réflexion, sur ce point, est assez claire : il me semble que nous découvrons, peu à  peu, ce que sont les règles du Bien. De la même manière que pour les sciences, il me semble qu’il y a, en morale, des changements de paradigmes, des points de passages, de rupture. On peut toujours torturer en 2018; mais personne ne peut faire semblant de croire que cela est Bon, ou Juste. Nous avons vu émerger des règles morales universelles. Cela est très naïf, je l’avoue. Mais c’est là  où j’en suis. A vous de jouer, en commentaire ? Vos réponses m’intéressent au plus haut point.

  • Le bourreau de l’amour

    Le bourreau de l’amour

    Ce petit livre est formidable ! Irvin Yalom est un psychothérapeute, écrivain, professeur de psychiatrie. Je n’ai pas – encore – lu ses romans, mais ce recueil, dans un format court, de cas concrets d’analyses est un régal. Ces récits intenses, profonds, douloureux toujours, mais également riches du parcours effectué par l’analyste Yalom et ses patients, sont très bien écrits.

    Les 4 difficultés existentielles

    Une préface magnifique les précède. J’y ai trouvé ce passage, très éclairant, direct et sublime à  mes yeux :
    Bien des choses – un simple exercice de groupe, quelques minutes de profondes réflexion, une oeuvre d’art, un prêche, une crise personnelle, une disparition – nous rappellent que nos attentes les plus profondes, nos désirs de jeunesse, de voir le temps s’arrêter, de voir revenir ceux qui nous ont quittés, nos désirs d’amour éternel, de protection, de signification, d’immortalité même, ne peuvent être remplis. Souvent ces attentes impossibles, cette douleur existentielle, deviennent si fortes que nous cherchons l’aide de notre famille, de nos amis, de la religion, et parfois des psychothérapeutes. […] Je crois que la raison d’être de la psychothérapie est toujours cette souffrance existentielle – et non pas, comme on l’affirme souvent, le refoulement des impératifs sexuels ou les épines encore aigà¼es d’un vécu douloureux. Dans les thérapies que j’ai mené avec chacun de ces dix patients, ma principale présomption clinique – présomption sur laquelle j’ai fondé ma méthode – est que l’angoisse fondamentale surgit des efforts désespérés, conscients ou inconscients, d’un individu pour affronter les dures réalités de la vie, les « données préalables » de l’existence. J’ai découvert que quatre données sont particulièrement pertinentes en matière de psychothérapie : l’aspect inéluctable de la mort, pour chacun de nous et ceux que nous aimons; la liberté de diriger notre vie comme nous l’entendons; notre solitude fondamentale; et enfin, l’absence d’une signification ou d’un sens évident de l’existence. Pour oppressantes que soient ces données, elles contiennent les germes de la sagesse et de la rédemption. J’espère démontrer, avec ces dix récits de psychothérapie, qu’il est possible d’affronter les réalités de l’existence et d’en tirer profit pour changer et améliorer sa propre personnalité.
    J’en ai refait un article plus tard, pour creuser ces 4 difficultés et les intégrer dans ma réflexion.

    Chasse à  l’illusion et quête de la vérité

    Un des termes importants dans ce texte est le mot « affronter ». Il rejoint une autre remarque d’Irvin Yalom dans un des récits de thérapie :

    Pour moi, la « bonne » psychothérapie (la psychothérapie profonde, ou pénétrante et non pas efficace ou même – je suis au regret de le dire – utile) conduite avec un bon patient est essentiellement une recherche de la vérité. […] C’est l’illusion que je pourchasse. Je fais la guerre à  la magie. Je crois que si l’illusion souvent encourage et réconforte, elle finit invariablement par affaiblir et limiter le courage.

    Ces mots sonnent doux à  mon oreille. Je vous invite à  lire ces dix récits puissants, dans lesquels on découvre des êtres meurtris, angoissés, et le point du vue du thérapeute, ses doutes, et sa manière très humaine, touchante, de guider ses patients vers la vérité. Le mot de courage utilisé dans cette dernière citation en fait résonner une autre, qui servira de conclusion:

    Le secret du bonheur, c’est la liberté. Le secret de la liberté, c’est le courage. [Thucydide]

  • Suis-je ce que je deviens ?

    La réflexion sur ce qu’on est passe forcément par cette vérité simple : on est aussi ce que l’on devient. La personnalité est autant affaire de mouvement que d’essence.

    Je suis ce que je suis, bien sûr, et le fait d’être en vie implique un mouvement.

    Ma spiritualité n’a d’existence pour moi qu’en tant que processus dynamique. Cela ouvre un nouveau champ de question : si je suis ce que je deviens, qu’est-ce qui reste identique dans ce changement ? Puisque je suis conscient de tout cela, puis-je influencer cette évolution ? Puis-je choisir – au moins en partie – ce que je deviens ?

    Je crois que non, en grande partie. Mais la petite partie pour laquelle la réponse est oui mérite une réelle attention. C’est la petite parcelle de liberté absolue en nous.

    Deviens qui tu es, quand tu l’auras appris. Pindare

  • Adapter l’école et les entreprises à  l’humain

    Adapter l’école et les entreprises à  l’humain

    J’ai trouvé cette animation magnifique par le biais de Presentation Zen. Les thèmes développés par Sir Ken Robinson rejoignent beaucoup ceux abordés par Seth Godin dans son livre Linchpin. En gros, le système éducatif, et beaucoup d’entreprises, fonctionnement encore de la manière dont fonctionnait le monde au moment de la société industrielle. Ces organisations loupent une bonne partie de la richesse de l’humain, et les gens sont étouffés par ces systèmes. Un appel vibrant, qui rejoint celui de Seth Godin. Chaque être humain est indispensable. Extrait (traduit rapidement, soyez indulgents) :

    Les arts, en particulier, touchent à  l’idée d’expérience esthétique. Une « expérience esthétique » est un moment pendant lequel vos sens fonctionnent à  plein régime. Un moment où vous êtes dans l’instant présent. Où vous résonnez joyeusement avec cette chose que vous vivez. Où vous êtes pleinement vivant. Une expérience « an-esthé(s)ique », c’est quand vous fermez vos sens, et que vous n’êtes plus ouvert à  ce qui arrive.

    Nous éduquons les enfants en les « anésthé(s)iant ». Et je pense que nous devrions faire tout l’inverse. Nous ne devrions pas les endormir, mais les éveiller à  ce qu’ils ont à  l’intérieur.

    Pour ceux que ça intéresse, j’avais déjà  renvoyé vers une conférence pour TED.com du même K. Robinson, parlant de créativité (il y a moyen de mettre des sous-titres en français).