Étiquette : Philosophie

  • Flânerie #6

    Flânerie #6

    A la gare de Clermont-Ferrand, vendredi, j’ai acheté pour le trajet le dernier numéro de Métal Hurlant. J’ai été surpris, en le feuilletant, de découvrir qu’il était composé d’oeuvres originales, sous forme de nouvelles, et il y avait beaucoup de dessins très qualitatifs.
    J’ai notamment été assez bluffé par la petite histoire de Jacques Després, dont vous pouvez voir une image dans ce billet. Cela ressemble a de la 3D, post-traitée en 2D avec un style assez particulier. Le résultat est très chouette, en tout cas. J’ai été surpris de lire que Jacques Després était l’auteur d’un livre « Livre des grands contraires philosophiques », traduit dans plus de 80 pays. Etonnant pour un auteur de BD. Et ma surprise fut encore plus grande, en lisant sa fiche wikipedia, que ce livre a été co-écrit avec Oscar Brenifier. Car je connais (un peu) ce deuxième auteur : lorsque j’étais chez Renault, j’avais eu la chance de participer à plusieurs séances d’ateliers de Pratique Philosophique, dont j’ai gardé un souvenir unique. Il s’agissait de séance d’échanges philosophiques, avec une manière de conduire la discussion particulière, apportée par Oscar Brenifier, centrée sur le sens des mots et la logique, sur les idées, et faisant l’effort d’évacuer toutes les périphrases inutiles, les émotions tordant la réflexion, et toutes les conventions sociales bloquant le vrai échange d’idées. Passionnant.
    C’était très sympa, qu’au gré d’une flânerie dans les rayons d’un Relay de gare, je tombe sur des dessins fantastiques, faits par le co-auteur d’un livre philosophique qui me parle, et me donne envie. j’ai commandé le livre commun d’Oscar Brenifier et Jacques Després, et je vous en ferai bien sûr la recension.

  • L’étonnement philosophique

    L’étonnement philosophique

    Jeanne Hersch, philosophe Suisse, a écrit en 1993, 7 ans avant sa mort, une magnifique histoire de la philosophie intitulée « L’étonnement philosophique ». Livre de maturité, impressionnant de clarté et d’esprit de synthèse, c’est un véritable petit bijou que j’ai déjà recommandé à beaucoup de monde. Après l’avoir lu, j’avais fait un court billet (« Source d’étonnement« ) en 2009 (!), où je dissertais sur la partie concernant Héraclite et Parménide. Dans chaque chapitre, dédié à un philosophe ou à une Ecole de philosophie, Jeanne Hersch souligne le point d’étonnement, la question radicale, qui est la base de la démarche philosophique de chaque auteur.

    Kant

    Grâce à François, j’ai réouvert le livre pour lire le chapitre sur Kant. C’est une magistrale introduction à la pensée de Kant : en 50 pages, Hersch réussit à introduire la démarche de Kant, ses questions métaphysiques, et à nous partager de manière très structurée, en partageant les clefs de compréhension de son « jargon », l’intégralité des « 3 critiques ». J’aimerais pouvoir garder précieusement ces 50 pages en tête, car elles résonnent avec plusieurs parties de mon essai sur le « réel ». D’ailleurs, je dois dire que, si j’aurais bien voulu avoir lu Kant avant d’écrire mon essai, j’ai été plutôt rassuré par cette lecture : mes propres pensées, basées sur Popper et Ferraris, ne m’ont pas fait écrire ou penser trop de conneries (il faut dire qu’à coup sûr, ces deux-là, plus sérieux que moi ont très certainement lu Kant). Ce chapitre dédié à Kant me donne envie de découvrir cet auteur, et je vais déjà réintégrer des éléments de tout cela dans mon essai. Je garde ici quelques notions que je trouve intéressantes à conserver à titre de « traduction » des mots de Kant.

    Concept Définition
    Analytique Se dit d’un jugement où le prédicat est déjà contenu dans le sujet (ex. : « Tous les corps sont étendus »). Il est explicatif et ne ajoute pas de nouvelle connaissance.
    Synthétique Se dit d’un jugement où le prédicat ajoute une information nouvelle non contenue dans le sujet (ex. : « Tous les corps sont pesants »). Il étend la connaissance.
    A priori Connaissance indépendante de l’expérience, dérivée de la raison pure, nécessaire et universelle (ex. : mathématiques).
    A posteriori Connaissance dépendante de l’expérience, empirique et contingente (ex. : observations sensorielles).
    Phénomène La chose telle qu’elle apparaît à nos sens, structurée par les formes a priori de la sensibilité (espace et temps) et les catégories de l’entendement.
    Noumène La chose en soi, indépendante de notre perception et inaccessible à la connaissance humaine, par opposition au phénomène.
    Jugement Proposition qui affirme ou nie un prédicat d’un sujet ; Kant distingue les jugements analytiques et synthétiques, a priori et a posteriori.
    Nécessaire Ce qui ne peut pas être autrement ; lié aux vérités a priori, universelles et immuables.
    Universel Valable pour tous les cas sans exception ; caractéristique des jugements synthétiques a priori qui fondent la science.
    Empirique Relatif à l’expérience sensible ; opposé à l’a priori, source de connaissances a posteriori.
    Transcendantal Relatif aux conditions a priori de possibilité de l’expérience et de la connaissance (ex. : l’esthétique transcendantale pour l’espace et le temps).

    Et comme je sais que je devrais réutiliser d’une manière ou d’une autre les catégories de l’entendement dans mon dernier chapitre, je les pose ici aussi.

    Groupe Catégorie Définition succincte
    Quantité Unité Le concept de l’un, base de toute mesure.
    Pluralité Le concept du multiple, permettant la distinction des parties.
    Totalité Le concept du tout comme synthèse de l’unité et de la pluralité.
    Qualité Réalité Le concept de l’être positif, ce qui remplit l’intuition.
    Négation Le concept de non-être, absence de réalité.
    Limitation Le concept de réalité bornée par la négation.
    Relation Inhérence et subsistance (substance et accident) Le rapport entre une substance permanente et ses propriétés changeantes.
    Causalité et dépendance (cause et effet) Le rapport de succession nécessaire entre phénomènes.
    Communauté (réciprocité) Le rapport d’interaction mutuelle entre substances.
    Modalité Possibilité – Impossibilité Accord ou désaccord avec les conditions formelles de l’expérience.
    Existence – Non-existence Présence ou absence dans le temps et l’espace.
    Nécessité – Contingence Existence inconditionnelle ou conditionnelle.
  • Penser contre soi-même

    Penser contre soi-même

    Nathan Devers (dont la fiche wikipedia donne un peu le profil) est un intellectuel. Dès son plus jeune âge, il ne vibre que pour la spiritualité et les rituels, lectures et chants qu’il peut entendre dans sa synagogue. Boulimique de lecture, surdoué, brillant, il se destine à devenir rabbin, et a visiblement toutes les qualités pour ce faire. Mais, et c’est ce que raconte magnifiquement son livre « Penser contre soi-même », c’était sans compter sur la littérature, et sur la philosophie.
    Car son parcours tout tracé pour continuer à progresser dans l’étude de la Torah, du Talmud, et dans les textes de Maïmonide s’est heurté, fracassé même, sur l’évolution spirituelle de l’auteur, supportée par la découverte de la littérature, puis grâce à un ami de sa synagogue, de la philosophie. Nathan Devers en a fait sa vie.
    Je ne dirais pas, d’ailleurs, que Nathan Devers a perdu la foi, comme le dit le quatrième de couverture. Je pense qu’il était beaucoup plus intéressé par le mystère, et par l’acquisition du savoir que par Dieu. Par les acrobaties intellectuelles et sémantiques, les raisonnements, que par la croyance ou la foi. Ce n’est que mon avis et j’interprète peut-être à tort ce qu’il en raconte.
    Quoi qu’il en soit, c’est dans un français magnifique que l’auteur nous décrit son parcours spirituel et philosophique, d’une manière profonde et drôle, détachée et en même temps incandescente. Paradoxe apparent, il se plonge dans la philosophie pour le doute radical, et la capacité à sortir de ses déterminations, préjugés et certitudes : mais il finit par comprendre qu’on ne pense réellement qu’à partir d’un point de vue particulier, d’un ancrage dans un parcours, et il finit par accepter dans sa manière de philosopher son héritage judaïque. Il philosophe à proprement parler « en juif » : je retrouve dans sa méthode et sa manière d’articuler doute, questionnement, décalages systématiques dans le point de vue, une part du ton et de l’esprit de Levinas, lisible dans ses Quatre Lectures Talmudiques.
    C’est un livre que j’ai dévoré, facile à lire, captivant. Nathan Devers a perdu la foi, peut-être, mais je vois aussi, dans son style, dans sa manière de penser en quoi il est toujours, finalement, religieux. Bien sûr pas dans le monde des idées, où il pratique le doute radical et cherche, toujours, à se réinventer, à questionner les vérités considérées comme acquises. Il n’y a pas beaucoup de place pour Dieu dans ce monde. Mais sa fibre personnelle, sa liberté, sa sensibilité, radicale, intense, tourmenté, et son engagement total dans ce qu’il fait montre une personnalité hors-norme, et un parcours très particulier, proche de l’ascèse religieuse.
    A titre personnel, j’aurais envie de lui conseiller d’être un peu moins cérébral, d’utiliser plus ses mains, son corps, et de faire des enfants, pour équilibrer un peu ce tempérament de feu, inlassablement en quête d’un sens qu’il a philosophiquement déjà abandonné.

  • De Gaïa à l’IA

    De Gaïa à l’IA

    Sous-titré « pour une science libérée de l’écologisme », le dernier ouvrage de Jean-Paul Oury, docteur en histoire des sciences et technologies, De Gaïa à l’IA, est remarquable par son ampleur, sa profondeur, et la rigueur de son analyse. Malgré quelques petits défauts, je ne saurais assez en recommander la lecture.

    L’Humanité menacée par les idéologies

    Comme toujours, ce sont les idéologies qui, portées par des personnalités radicales et excessives, sont la plus grande menace pour l’humanité. Que ces idéologies soient religieuses, technocratiques, scientistes, ou autre, cela ne change pas grand-chose : leur manière de nier le réel, et les faits, et de classer les sceptiques dans le camp du Mal, en font des leviers d’oppression et de violence. Le quatrième de couverture résume très bien le propos du livre.

    L’humanité est à la croisée des chemins. D’un côté, les idéologues de l’écologisme (l’écologie politique) nous promettent le retour à un état de nature idyllique. Ce nouveau totalitarisme cherche à imposer la décroissance et ses militants les plus extrêmes en appellent à la disparition de l’espèce humaine, considérée comme un cancer pour la planète. Les arguments scientifiques sont alors soigneusement choisis, instrumentalisés, pour correspondre à leurs conclusions. De l’autre côté, une foi aveugle dans le tout-technologique incarnée par le courant post-humaniste du transhumanisme, pourrait bientôt façonner un monde tout aussi dangereux. Celui-ci serait contrôlé et surveillé par ceux qui maîtrisent les algorithmes. Cette société de contrôle mettrait en péril nos libertés, mais également l’humanité tout entière avec le projet de la fusionner avec les machines. Après nous avoir plongé dans deux dystopies, la Collapsocratie, dictature verte décroissante, et l’Algorithmocratie, monde hyper-technologique vide de sens, cet essai cherche une voie de sortie pour l’individu. L’auteur s’interroge sur les limites de la science des ingénieurs et celle des législateurs, et nous propose un manifeste de politique scientifique en dix points dans l’objectif d’échapper aux idéologies de ce nouveau monde et retrouver la libre-responsabilité.

    Laboureur inlassable

    Vous pourrez trouver un excellent « résumé » du livre dans l’article détaillé de Francis Richard, pour le site Les Observateurs. L’ouvrage est dense, très documenté, et Jean-Paul Oury, visiblement passionné par son sujet, le travaille en profondeur. L’auteur est, dans le bon sens du terme, un laboureur. Cette thématique (libérer la science des idéologies) il la travaille depuis longtemps, et a écrit des dizaines de tribunes, papiers, et plusieurs ouvrages (dont un recensé ici : Greta a tué Einstein). Et ce travail a conduit à en faire un terrain fertile, propice à faire pousser de belles choses.
    Et c’est ce qui donne la très grande force à l’ouvrage : d’une part son auteur ne fait jamais l’économie d’aller regarder de près, en en épousant la logique pour mieux les désamorcer, les arguments de ses adversaires. Il ne fait jamais l’économie non plus, d’aller regarder et comprendre les oppositions philosophiques sous-jacentes aux discussions, pour mieux comprendre les grands paradigmes de pensée qui sont à l’œuvre. Il se dégage toujours de ces réflexions une position rationnelle, scientifique et ouverte, cherchant la voie du milieu, réaliste, pragmatique sans négliger les idéaux de liberté. Et sachant toujours séparer les disciplines : la politique et la science, la philosophie et l’épistémologie, et en fin d’ouvrage, la politique scientifique (à l’échelle d’un pays) et la science. Cette rigueur intellectuelle est probablement ce qui rend cet ouvrage indispensable.

    Petits défauts ?

    Comme je connais l’auteur, et après avoir partagé les raisons de lire cet ouvrage, il me paraît important de souligner quelques faiblesses (à mes yeux) de l’ouvrage, et quelques points de désaccords. Ils sont minimes :

    • Les œuvres comme les gens ont toujours (?) les défauts de leurs qualités. Le côté très documenté, très systématique du livre, le rend aussi un peu touffu, foisonnant, pleins de circonvolutions. Je ne parle pas du style, qui est très clair et facile à suivre, mais du cheminement de pensée et du plan général. Il manque à mon sens un travail d’édition à ce livre, pour en canaliser la force, et le rendre un peu plus synthétique.
    • A certains moments, et je pense dans un louable souci de transparence, l’auteur partage des motivations personnelles. C’est à la fois intéressant et utile, mais cela aurait mérité d’être regroupé dans une section spécifique.
    • Sur le sujet du CO2 et de son impact sur le climat, l’auteur, écrit un chapitre assez drôle puisqu’il commence par faire comme s’il s’était converti à une nouvelle religion pour finir par faire une démonstration magistrale qu’a minima un esprit lucide doit constater que débat scientifique il y a sur la question. Seulement, ce faux aveu, s’avère n’en être pas un. En fin d’ouvrage Jean-Paul Oury écrit que l’énergie doit être « décarbonée ». Ce qui montre, à mon avis, que malgré le débat scientifique réel sur le sujet, l’auteur a choisit un « camp ». Et ce faisant il se tire une balle dans le pied. Tout l’édifice « décroissant » de l’écologisme repose, in fine, sur cette entourloupe intellectuelle et scientifique, financée à coup de milliards et de censure. Il s’agit là d’un point de profond désaccord : où est passé l’esprit rationnel si, sur un sujet où les scientifiques ne sont pas d’accord, on prend des décisions politiques en faisant comme s’ils l’étaient ?

    A mettre entre toute les mains

    Ces petits points de discussions ne changent pas vraiment la donne : ce livre est remarquable, et l’on souhaiterait qu’il trouve une audience large, des relais médiatiques (parmi ceux, nombreux, que JP Oury cite), et que des politiciens (certains comme David Lisnard, cité dans l’ouvrage, sont déjà visiblement dans la même logique) prennent en compte ce Manifeste pour une vraie politique scientifique, débarrassée de l’idéologie, pragmatique et au service des citoyens.

  • Notions de philosophie

    Notions de philosophie

    « Notions de philosophie » est une superbe somme, organisée et supervisée par Denis Kambouchner, chez Folio. Trois tomes copieux, dont les différents articles traitent chacun d’une grande notion de philosophie : la culture, la liberté, les croyances, etc…
    C’est un ouvrage qui m’a servi à plusieurs reprises, notamment pour découvrir le travail d’Alain Boyer qui y signe l’article « Justice sociale et égalité » (splendide et très très riche). Cela m’avait été très utile avant d’aller l’interviewer (interview exclusive). Et comme il vient de me resservir récemment, j’en recommande la lecture et la possession, car l’article que j’utilise, « Les croyances », est vraiment remarquable. Il est signé par Pascal Engel, et est à la fois précis, complet, très documenté et d’une grande rigueur conceptuelle (je crois que c’est un des apports de la philosophie analytique). Je suis heureux d’avoir cette somme dans ma bibliothèque : elle me resservira à coup sûr !

  • Réflexion faite

    Réflexion faite

    J’aime bien Paul Ricoeur. J’ai lu, de cet auteur, « Idéologie et utopie » et « Soi-même comme un autre ». Ce petit texte, « Réflexion faite », sous-titré Autobiographie intellectuelle, est un ouvrage à part. Son titre dit bien le projet : ni une autobiographie personnelle, ni un livre de bilan (il s’appelle « réflexion faite » et non « tout compte fait, comme le précise avec justesse Olivier Mongin dans la préface) ; une autobiographie Intellectuelle.

    Retour sur les grands temps de l’évolution de sa pensée

    Ricoeur se livre à un exercice ambitieux dans ce volume (une centaine de page) : revenir sur les grandes étapes de sa pensée, de son évolution, en s’appuyant sur ses ouvrages (presque pas sur ses conférences, cours, articles et autres supports). Sans rentrer dans le détail, qu’il me serait impossible de résumer tant le texte est dense, on peut dire que Ricoeur, par son parcours, a tenté une forme de philosophie particulière, mariant phénoménologie (il vient de là), sémiotique, psychanalyse, mais aussi, grâce à son parcours aux Etats-Unis, philosophie analytique11. Cela rejoint de manière surprenante toute l’introduction du livre de Larmore, Modernité et morale, et dont le thème central, à mes yeux, est le sujet, et l’identité. Et aussi la narration et la place du temps dans la construction du sujet. Passionnantes thématiques, et ouvrage très très dense. Deux points m’étonnent dans sa pensée et dans son parcours.

    Ligne de front

    D’une part, sa farouche volonté de séparer sa pensée philosophique et sa pensée spirituelle (il a été aussi un auteur prolifique sur la foi, l’herméneutique biblique). Quelle drôle d’idée de penser que c’est possible ! Cette volonté de distinction l’honore, mais nous fait perdre le fruit d’une tentative d’articulation… Comme le dit Mongin dans la préface en le citant, Ricoeur, dès ses années d’apprentissage, apprend à « mener, d’armistice en armistice, une guerre intestine entre la foi et la raison. » La conclusion de « Soi-même comme un autre » signalait également « le rapport conflictuel-consensuel entre sa philosophie sans absolu et sa foi biblique plus nourrie d’exégèse que de théologie ». Bien sûr, l’une et l’autre se sont nourrie, mais il aurait été, en tant que lecteur, plus intéressant d’avoir une autobiographie mêlant les deux.
    Je me dis que je dois aller lire, dans ma bibliothèque, « La métaphore vive » que je n’ai jamais ouvert, et je suis d’ores et déjà en train de relire quelques textes de Benoît XVI, notamment le magnifique « Discours de Ratisbonne », où il est question de l’articulation entre la foi et la raison.

    Pudeur

    A nouveau, cela force l’admiration, mais peut être un peu frustrant. Orphelin de mère et de père, le parcours personnel de Ricoeur, assorti par ailleurs du suicide de son dernier fils, n’est qu’à peine évoqué. Il a l’honnêteté de reconnaître qu’il ne peut faire une autobiographie intellectuelle sans au minimum évoquer la « catastrophe », mais c’est en restant sur une ligne crête philosophique et jamais personnelle : un peu paradoxal pour quelqu’un dont toute la pensée est centrée sur la narration et le sujet, la phénoménologie, le récit, et la quête de sens.