Étiquette : Roman

  • La sirène rouge

    La sirène rouge

    Lors d’une très bonne soirée chez mes amis, l’autre jour, la discussion nous a amené à parler de Maurice G. Dantec, écrivain génial et détesté par les gauchistes (donc doublement appréciable). D’ailleurs, les gauchistes ne disent pas qu’ils détestent un artiste ou un auteur, mais qu’il « est controversé ». Les connards.
    Comme mon pote m’a sorti et prêté le premier tome du « journal » de Dantec qu’il venait de lire (« Manuel de survie en territoire zéro », premier tome de l’ouvrage « Le Théâtre des opérations, journal métaphysique et polémique »), je me suis rappelé que, tout de même, les deux romans que j’avais lus étaient vraiment super (« Les racines du mal » et « Babylone Babies »). J’ai donc choppé en plus du « manuel », « La sirène rouge », le premier roman de Dantec.
    Bien m’en a pris : ce n’est pas un hasard si ce roman l’a fait connaître. C’est un super mélange de polar et de road trip en bagnole, de la Hollande au Portugal, en passant par la France, avec la guerre de Yougoslavie en toile de fond. Pas besoin de rentrer dans le détail de l’histoire, c’est violent, mais lumineux à la fois. Les personnages sont super, le réseau dans lequel oeuvre un des personnages principaux – Toorop – est une invention géniale (« Liberty Bells », un réseau souterrain dont le but est d’éradiquer en Europe les restes de communisme). Très bon roman, que je suis en train de terminer (je vais relire les autres je pense car je les ai lu il y a plus de 20 ans). Ensuite, je commence le « Manuel de survie en territoire zéro »).

  • Polar

    Polar

    Dans la maison de famille, il y a de grandes étagères remplies de livres de toutes sortes. On y trouve, entre autres, un bon paquet de romans que ma mère dévorait par paquet de douze. C’est très agréable car, en week-end ou en vacances là-bas, on peut facilement trouver un bon petit roman à se lire. La dernière fois, la hasard m’a fait saisir un recueil de nouvelles de Ruth Rendell (« L’amour en sept lettres »). Plein de belles petites nouvelles, bien faites, avec une ambiance de mystère assez chouette. Et ça m’a fait penser, madeleine de Proust, à toutes les histoires policières que j’ai pu lire. Fantômette, Le Club des Cinq, les séries des Arsène Lupin, Sherlock Holmes, tous les Agatha Christie, les Mary Higgins Clark, les San-Antonio, les James Hadley Chase, et bien sûr les P.D. James. J’ai choisi une image de cette dernière, car ces souvenirs m’ont donné envie de lire, ou relire, un P.D. James. J’ai un souvenir très fort de son roman « L’île des morts » (qui bien sûr fait un clin d’oeil par son thème aux « Dix petits nègres » et aussi à « L’île au trente cercueils »).
    Cet amour des polar ne m’a pas quitté, car j’ai regardé un grand nombre de séries policières, le plus souvent avec beaucoup de plaisir. Au-delà de toute analyse psychologique de comptoir, à base de catharsis et de voyeurisme, il me semble que ce qui est particulièrement agréable dans les polars, c’est que l’histoire prime sur tout le reste. La mécanique de l’intrigue, de sa mise en place, de sa révélation progressive rigoureuse, c’est le « monde », l’univers dans lequel l’écrivain nous plonge. Les personnages servent l’histoire : les polars sont en général, les bons à mes yeux du moins, des romans moins narcissiques, moins centrés sur l’explication psychologique des personnages, que sur la description de leurs actions dans un contexte particulier et contraint. Bizarrement, cet exercice formaté donne une grande liberté sur les personnages. Les polars abritent ainsi toute une gamme de personnages plus ou moins sympathiques, d’anti-héros, d’humains assez réalistes, rarement idéalisés. On est avec les polars dans la vraie vie, paradoxalement, et dans des choses assez pragmatiques. Et le coeur même des intrigues, le Meurtre (sous toutes ses formes) oblige les auteurs à donner au Mal une place dans leur récit, ce qui confronte chacun des protagonistes, quel qu’il soit, et le lecteur, à la frontière philosophique et intime entre le bien et le mal.
    Les polars sont aussi, mécaniquement, et du fait de la présence du Meurtre, le lieu de la relativisation systématique : en face du crime, du meurtre, de la violence, de la perversion, que sont nos petits soucis du quotidien, nos tracas ordinaires ? Une relativisation qui implique souvent humour, ironie, remise en perspective. Le sens de la Justice comme véhicule, exemplaire ou contre-exemplaire du juste sens de l’action, n’est-ce pas aussi ce qui fait le charme des polars, romans par excellence qui sont sérieux sans se prendre au sérieux ?

  • Les nuits blanches

    Les nuits blanches

    C’est ma fille aînée qui m’a conseillé ce petit livre de Fiodor Dostoïevski : « Les nuits blanches ». Elle a drôlement bien fait (merci) : c’est un petit roman, ou une grosse nouvelle, très agréable à lire, étonnante et émouvante. Sans trop dévoiler l’intrigue, il s’agit de l’histoire d’une rencontre, sentimentale, affective et spirituelle, entre deux êtres faits l’un pour l’autre, peut-être, mais dont les circonstances de rencontre rendent l’histoire difficile sinon impossible.
    Elle est étonnante, car elle tranche avec ce que j’avais lu auparavant de Dostoïevski (principalement « Les Frères Karamazov » et « L’idiot ») : fraiche, drôle à certains moments, pleines d’envolées lyriques, toujours parfaitement nuancées par des touches d’ironie des personnages. Elle m’a beaucoup ému, par son caractère proche d’un conte (l’histoire de la robe cousue à celle de la grand-mère est incroyable). La force et la fragilité du sentiment et de l’expérience amoureuse y sont remarquablement bien décrites, par le biais de personnage très justes, universels, et dont le parcours dans le roman illustre merveilleusement le tragique de la condition humaine, et l’irrémédiable tension entre notre monde spirituel, son foisonnement multifacettes, et l’extrême exigence de brièveté et de présence au temps présent, à l’instant. L’idéal imaginé, et la réalité concrète mis en tension. Le paradoxe de l’élan sentimental et amoureux, absolu, obligé de composer avec le contexte imparfait dans lequel il doit se déployer.
    Magistrale nouvelle. Ça m’a donné envie de relire d’autres romans de ce génie.

  • Meursault, contre-enquête

    Meursault, contre-enquête

    Kamel DaoudJ’utilise dans mon article des liens vers Wikipedia. Soyez prudents avec les informations que l’on y trouve, surtout sur des sujets ayant un lien avec la politique. est un écrivain et un journaliste courageux. Ses prises de parole contre le fanatisme religieux, sa prise de distance avec la langue et la culture arabe, sa réflexion humaniste sur la Maghreb et le monde arabe, font de lui un « traître » parfait pour les islamistes.
    Son roman, « Meursault, contre-enquête », couvert de prix littéraires, est un étrange livre. Il fait référence, bien sûr, à « L’étranger » de Camus, et part de l’idée, intéressante, de se demander qui est l’homme que Meursault tue sur la plage. C’est le frère de la victime qui est le narrateur du livre. Daoud se place au point de rencontre de deux mondes, l’islam et l’occident, incarné par l’Algérie et la France. Dans ce monde, post-colonial, l’auteur raconte sa vie, avec sa mère, et leurs recherches pour comprendre pourquoi son frère a été tué.
    J’ai failli lâcher le livre au début, car je trouvais le style assez surfait, un peu ampoulé ou utilisant des expressions, des métaphores un peu grossières, un peu trop visiblement poétiques. Mais j’ai bien fait de m’accrocher : peu à peu, comme un dessinateur dont le trait s’affermit au fur et à mesure des tomes, et converge vers une forme plus sûre, la narration devient plus intéressante, le style plus précis. Et on voit se dessiner le projet littéraire : « Meursault, contre-enquête » est un livre miroir. A ce point précis de rencontre entre ces deux civilisations, Kamel Daoud place comme un plan d’eau, ou un miroir, et son livre est une sorte de reflet algérien et musulman de « L’étranger ». Alors commence le jeu des différences et des ressemblances.
    Kamel Daoud livre le récit d’un être déchiré, prisonnier dans une culture oppressante et dans la relation avec une M’ma qui tourne en boucle sur son fils mort, écartelé entre son envie de pouvoir être amoureux de Meriem, et son incapacité à s’en considérer digne. Le rejet d’une vision religieuse de la vie est le point commun philosophique majeur entre Daoud et Camus : l’absurde si bien décrit par Camus dans ses différents ouvrages est au centre de l’attitude philosophique du personnage de « Meursault, contre-enquête ».
    C’est un roman étrange, dérangeant, avec un peu de grandiloquence et quelques belles fulgurances. Je comprends que ce premier roman ait fait parler de lui. C’est mérité, même si ce sont, à mon avis, les thèmes qu’il traite, son positionnement, son auteur, et ses qualités littéraires, qui l’ont rendu célèbre plus que son histoire. Un bel exercice de style, très personnel. Il s’agit plutôt d’un essai déguisé en roman. Comme « L’étranger » ? Livre miroir, jusqu’au bout.

  • Dune

    Dune

    Cela faisait longtemps que je voulais lire Dune, de Frank Herbert (1920 – 1986)11. Lien wikipedia : faites attention à la qualité des informations que vous pouvez y trouver, notamment celles ayant des résonnances politiques.. Sa réputation, et son statut d’ouvrage de SF le plus vendu au monde, ne sont pas usurpé. C’est avant tout un extrêmement bon roman, nerveux, très imaginatif, avec une intrigue très prenante, et des personnages posés d’une manière super talentueuse : en quelques lignes parfois, et au fur et à mesure des intrigues, chaque personnage a une vraie personnalité, juste marquée comme il faut pour être reconnaissable, et suffisamment en nuance pour garder la complexité, et les émotions.
    L’histoire n’est probablement plus à raconter, tant elle est connue ? Sachez qu’il s’agit d’une aventure politique et familiale sur une planète lointaine, dont l’importance est capitale car c’est celle où l’on extrait l’épice, une matière permettant de rallonger la vie, sorte de drogue étrange, trouvée dans les sables des déserts de Dune. L’histoire de Paul Atréides, héritier de sa famille qui débarque sur cette planète, truffée de pièges par les Harkonnens préalablement en charge de l’exploiter, est celle d’un jeune adulte propulsée plus vite que prévu dans l’action, dans le fait de devoir sauver sa peau, et qui est doué d’une sorte de pouvoir mystérieux entrant en résonnance avec des prophéties anciennes présentes sur cette planète, notamment le peuple des Fremens, qui vivent dans le désert, auprès des dangereux vers géants des sables.
    C’est du super space opéra, prenant. J’ai dévoré le premier tome et je suis plongé dans le deuxième. A lire, pour tous les amateurs de SF, mais au-delà, par tous les amateurs de bon romans d’imagination.

  • Cycle de la Tour de Garde

    Cycle de la Tour de Garde

    Guillaume Chamanadjian et Claire Duvivier sont les auteurs, aux Editions Aux forges de Vulcain, de romans fantastiques placés sous le signe du Cycle de la Tour de Garde. Pour le moment, Chamanadjian écrit les histoires de la Capitale du Sud, et Duvivier celles de la Capitale du Nord. J’en suis au quatrième tome, et je ne peux que vous recommander ces romans : style enlevé, récit rythmé et vif, personnages très incarnés et crédibles. J’ai dévoré les trois premiers tomes avec joie. Je trouve par ailleurs que le projet est très ambitieux et captivant : écrire à deux une série, voilà un pari intéressant (et réussi!).
    Ce sont des histoires qui se déroulent dans un monde imaginaire, mais très réaliste dans les interactions qui se nouent entre les personnages. J’aime cet univers où un peu de magie côtoie des personnages avec de vrais enjeux, et un monde dont le conflit et la politique n’ont pas été expurgés. Le monde dans lequel vivent les personnages est à la fois urbain, mais aussi souvent dans la nature, et une sorte de « monde miroir », bien réel, donne une sorte de profondeur intéressante aux phénomènes variés que l’on peut observer.
    J’ai trouvé que le style, et le contenu, pouvait convenir à des adolescents aussi bien qu’à des adultes. Les personnages principaux sont plutôt jeunes, et découvrent en partie le monde. Ce ne sont pas à proprement parler des romans d’apprentissages, mais les personnages s’y trouvent sans cesse dans une confrontation au réel. Ils grandissent, au sens que Chantal Delsol donne à ce terme : le principe du « grandissement » est l’acquisition de la réalité. Pourquoi donc le grandissement devrait-il s’arrêter ? Pourquoi ne concernerait-il pas les adultes ?
    NB : j’ai découvert ces supers romans grâce au fil Twitter d’Adrien, que je remercie donc chaleureusement !