Après avoir dévoré « La sirène rouge », le premier roman de Dantec, j’ai relu « Les racines du mal ». C’est un polar, et il faut le préciser, un polar de science-fiction. Car c’est le premier truc qui étonne dans le roman, et qu’on oublie à la lecture : le roman date de 1995 (il y a 30 ans), et Dantec fait vivre un personnage principal – Darquandier (alias Dark) – qui a créé une super-IA avec qui il interagit et poursuit l’enquête. Nous trouvons cela presque normal, mais je pense qu’en 1995, c’était plutôt bien barré. C’est d’ailleurs assez drôle, cette intuition tout à fait juste concernant l’arrivée de l’IA, et de n’avoir pas anticipé l’arrivée des smartphones. Dark ballade son IA partout avec lui dans son Laptop. En 2026, ça parait bien sûr un peu étrange.
Ensuite, c’est un polar halluciné, sombre, noir. Les tueurs dans le livre sont fous, dangereux, pervers, sadiques. Ils font le Mal parce qu’ils aiment cela. Pas d’excuses psychologiques à deux balles. Même si leur parcours est mis en perspective, ce sont de vrais « méchants ». Et tout s’enchaîne de manière magistrale, il faut bien le reconnaître, et on est pris dans cette lecture poisseuse. D’autant plus, et c’est l’un des intérêts du roman, que Dantec n’utilise pas le polar comme un genre pour dire faire dire des trucs à des personnages. La réflexion de Dantec, ses lectures (scientifiques, ésotériques, religieuses, philosophiques) infusent le roman, et lui donnent une épaisseur, une densité unique. Dantec n’écrit pas un polar de SF parce que c’est le bon créneau. Il écrit un polar de SF parce qu’il est « obsédé » par l’idée du Mal, et parce que – contrairement à beaucoup d’autres – il aime bien la science et la technique, il en comprend les implications, et la manière dont l’humain est un animal technique, par essence. Il aurait transformé toute idée de roman en polar de SF : c’est son imaginaire qui est là, à nu.
C’est un super roman. Dur, profond, dérangeant, brillant par moment, très humain et réaliste par ses personnages. Dantec a une plume fantastique. Allez, suivant : « Babylone Babies » sera mon roman de l’été.
Étiquette : Science-Fiction
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Les racines du mal
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Vision aveugle
« Vision aveugle » (Blindsight, en anglais), est un roman de science-fiction de Peter Watts, auteur canadien. Il est scientifique de formation, et publie sur son site depuis longtemps une partie de ses nouvelles en licence Creative Commons.
C’est un roman étrange, et à vrai dire j’ai été un peu déçu. L’histoire, pourtant, avait tout pour me passionner : un groupe de 4 astronautes est envoyé en mission pour aller voir ce qu’est l’étrange objet qui envoie des signaux depuis une « comète trans-neptunienne de la ceinture de Kuiper ». C’est le thème ultra vu et revu de la « rencontre du 3ème type » avec les extra-terrestres. Tout y est assez bien décrit, le roman déborde d’imagination et il y a pleins de passages super, mais c’est très (trop) cérébral, les réflexions (passionnantes au demeurant) sur la conscience, l’IA, la biologie et plein d’autres sujets prennent trop de place par rapport à l’action et à l’histoire.
C’est le roman d’un scientifique, super cultivé (la biblio à la fin le confirme, on dirait une bibliographie de thèse de recherche), avec des thèmes passionnants, mais pour moi pas un romancier pur et dur. Les personnages sont tous complètement déjantés, et il est dur de s’y projeter. Dommage, car l’idée de fond du roman (que je ne divulgache pas) est vraiment une idée géniale, un peu maltraitée par trop de sérieux et de rigueur, et pas assez de sens narratif. La « Hard science fiction » ne doit pas devenir de la science tout court. -

Neuromancien
Si vous lisez ce blog, vous savez que j’aime la science-fiction. J’ai dévoré récemment « Neuromancien », de William Gibson, qui est un classique de la SF. Et pour cause : c’est un super roman, et dès 1985, Gibson invente – excusez du peu – le cyberespace et ce qui pourrait s’apparenter à la matrice (reprise dans le célèbre film sous une forme plus évoluée). En effet, le personnage principal peut se brancher avec des électrodes dans le cyberspace pour aller y faire ses actions d’interactions avec les codes et les IA, et il peut parfois se faire manipuler par les IA s’y trouvant (notamment Winterhouse), le faisant vivre momentanément dans un monde parallèle, ressenti, irréel, mais vécu comme tel.
Le style du roman est dense, direct, trash parfois. Les personnages agissent et leur émotions sont rarement décrites dans une grande débauche de détail. L’action d’abord. Il y est question de hacking, de cyberspace donc, d’IA qui peuplent ce cyberespace, et comme dans toute histoire qui se respecte, les péripéties font apparaitre des êtres malfaisants (humains ou non), et font miroiter au sein des personnages tout un tas de thèmes esquissés par l’auteur de manière subtile : la frontière entre le réel et le virtuel, la part de la mémoire dans la construction du présent, la place des objets techniques dans la vie des humains. Je ne détaille pas ici les rebondissements : c’est baroque à souhait, étrangement moderne, nostalgique. Gibson a inventé tout un univers qui a profondément marqué les imaginaires des générations suivantes. A lire, assurément.
Un dernier point : la magnifique postface de Jack Womack, également écrivain et ami de Gibson, complète et profonde, me confirme dans l’idée que définitivement, les postfaces sont bien plus pertinentes que les préfaces. -

Frederik Peeters
Après le premier article dédié à Moebius, je continue la série BD avec un auteur fantastique : Frederik Peeters. J’ai découvert cet auteur avec la série « Lupus », sorte d’épopée existentielle galactique, dessinée dans un superbe noir et blanc, très original, avec des personnages très bien plantés, et une inspiration SF, et des plans cadrés sur des détails, ou avec des points de vue particuliers, qui donnent tout de suite un style particulier à la narration, entre aventure et poésie.
J’ai ensuite découvert « Aama » (même veine), « Koma », très belle série dans un monde imaginaire étrange, et puis le fantastique « L’homme gribouillé ». J’ai depuis peu aussi fait l’acquisition de la série « Saint Elme », qui est un peu dans la même veine que L’homme gribouillé, en plus trash. Je ne peux que vous inviter à découvrir cet auteur incontournable. A mon avis, il faut commencer par « L’homme gribouillé », puis enchaîner avec « Lupus ». Ce n’est que mon avis, de toute façon pour ma part, je suis fan de son coup de crayon et de ses cadrages, donc peu importe l’œuvre en fait.
Pour vous mettre l’eau à la bouche, une image de l’univers d’Aama. Le singe est une sorte de robot super-combattant vraiment terrible.

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Dune
Cela faisait longtemps que je voulais lire Dune, de Frank Herbert (1920 – 1986)11. Lien wikipedia : faites attention à la qualité des informations que vous pouvez y trouver, notamment celles ayant des résonnances politiques.. Sa réputation, et son statut d’ouvrage de SF le plus vendu au monde, ne sont pas usurpé. C’est avant tout un extrêmement bon roman, nerveux, très imaginatif, avec une intrigue très prenante, et des personnages posés d’une manière super talentueuse : en quelques lignes parfois, et au fur et à mesure des intrigues, chaque personnage a une vraie personnalité, juste marquée comme il faut pour être reconnaissable, et suffisamment en nuance pour garder la complexité, et les émotions.
L’histoire n’est probablement plus à raconter, tant elle est connue ? Sachez qu’il s’agit d’une aventure politique et familiale sur une planète lointaine, dont l’importance est capitale car c’est celle où l’on extrait l’épice, une matière permettant de rallonger la vie, sorte de drogue étrange, trouvée dans les sables des déserts de Dune. L’histoire de Paul Atréides, héritier de sa famille qui débarque sur cette planète, truffée de pièges par les Harkonnens préalablement en charge de l’exploiter, est celle d’un jeune adulte propulsée plus vite que prévu dans l’action, dans le fait de devoir sauver sa peau, et qui est doué d’une sorte de pouvoir mystérieux entrant en résonnance avec des prophéties anciennes présentes sur cette planète, notamment le peuple des Fremens, qui vivent dans le désert, auprès des dangereux vers géants des sables.
C’est du super space opéra, prenant. J’ai dévoré le premier tome et je suis plongé dans le deuxième. A lire, pour tous les amateurs de SF, mais au-delà, par tous les amateurs de bon romans d’imagination. -

Mars, mon amour
Sébastien Damart, avec qui j’ai eu le plaisir de travailler il y a quelques années, signe avec « Mars, mon amour » un joli roman de science-fiction. A quelques petites maladresses stylistiques près, je trouve sincèrement que c’est un super roman. Je recopie ici le 4ème de couverture qui dit bien de quoi il s’agit.
2045. Une année qui fait date dans l’histoire de l’exploration martienne. Les premiers pas de l’Homme sur Mars. Une première mission. Quatre astronautes. Initier un réchauffement de la planète toute entière et permettre de rêver au débarquement de futurs colons.
Dès son arrivée, l’équipage est témoin d’étranges phénomènes. La géologie et la météorologie martiennes semblent jouer avec les explorateurs. L’un d’entre eux, en particulier, rapidement convaincu d’être en présence d’une forme de vie animée d’un sentiment amoureux. Ce genre de sentiment pur et infini qui vous rend indestructible et qui dure éternellement…
Cinquante ans plus tard. Un convoi spatial. Direction Mars pour récupérer un minerai précieux. Mars s’est réchauffée. Elle s’est réveillée. A-t-elle seulement oublié l’être aimé ? Et surtout, qu’est-elle prête à faire pour le retrouver ?L’ambiance est super, et l’amateur de SF que je suis y a trouvé son compte. On est dans une sorte de mélange entre « Seul sur Mars » et « Life : origine inconnue ». Les personnages sont bien campés, et le style efficace. Certains scènes sont proprement glaçante, dans la lignée des meilleures passages de la SF à suspens (j’ai pensé à Ad Astra). J’ai dévoré ce livre dont le scénario est très original, et je vous en recommande chaudement la lecture.