Petit lexique des idées fausses sur les religions

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C’est sous ce titre très long et très factuel qu’Odon Vallet nous emmène faire un voyage spatial et temporel dans notre monde, via le prisme des religions. Ce petit livre est vraiment un régal : court, dense, drôle parfois, il apporte des éléments riches et variés sur des thèmes nombreux. Odon Vallet est extrêmement cultivé, et pour cause : c’est un spécialiste des religions. C’est aussi, et je vous conseille d’aller lire sa biographie sommaire sur Wikipedia, un altruiste qui a créé – grâce à la totalité de l’héritage de son père – une fondation qui vise à favoriser l’éducation.

La structure des petits textes est toujours la même : un mot, une idée « fausse », et un petit texte pour expliquer en quoi l’idée est fausse et/ou partiellement juste. Pas de bla-bla, pas d’étalage de culture. Avec Odon Vallet, on est dans la langue de vérité, qui passe souvent par l’étymologie pour clarifier et questionner (j’adore). Les textes sont courts, dynamiques, ciselés et percutants. A lire absolument. Pour vous en faire goûter un peu quand même, je vous recopie ici une entrée prise au hasard, en ne vous donnant que les premières lignes et la conclusion. A vous d’aller chercher le reste.

Clergé
« L’islam n’a pas de clergé »

C’est partiellement vrai pour les sunnites, et totalement faux pour les chiites. L’islam majoritaire, celui de la sunna (tradition), est dirigé non par des clercs consacrés mais par des chefs de prière désignés. Mais ces imams jouent, dans l’islam de la « scission », le chiisme, un rôle essentiel. L’islam est donc à la fois une religion peu et très cléricale. […]
Dans le rôle plus ou moins charismatique confié aux clercs, le chiisme s’oppose au sunnisme comme le catholicisme au protestantisme (le primat de l’Ecriture réduit le rôle des ecclésiastiques) : chiisme et catholicisme accordent un rôle considérable et des pouvoirs surnaturels à leur clergé alors que sunnisme et protestantisme font de leurs ministres du culte des serviteurs de l’Ecriture.

Vie spirituelle

vie_interieure_pocheLa spiritualité n’est pas un gros mot. Cela parait évident, et pourtant il est rare de pouvoir accéder à une intimité suffisamment grande avec quelqu’un pour parler « spiritualité ». Frédéric Lenoir offre dans ce petit livre facile à lire un condensé de notions, d’expériences, qu’il a trouvé utile pour vivre mieux. C’est un remarquable petit livre, plaisant, drôle parfois, très personnel, et qui revient de manière directe et humble sur un certain nombre de notions centrales pour bien « penser sa vie, et vivre sa pensée ». Jetez-vous dessus !

La mort est partout

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Dès le début, j’ai été captivé par le livre de Luc Ferry, « Apprendre à vivre« . Il s’agit de philosophie, un peu vulgarisée, mais au niveau d’implication où je l’attends : de la philosophie non pas théorique et abstraite, mais de la philosophie à vivre, qui est une réflexion sur la vie, et qui a pour ambition de permettre de « vivre mieux ».

Une idée forte m’a séduite au tout début du livre, à propos de la mort. J’ai toujours trouvé difficile de comprendre pourquoi l’idée de la mort est si présente dans nos vies, bien qu’on ne meure qu’une fois, et que le moment même de la mort n’est pas là. Luc Ferry explique que la mort n’est pas présente qu’à un moment, mais dans plein de petites instants de nos vies, tous ceux qui ne seront jamais plus là. Le temps qui passe. « Never more », c’est le titre d’un poème d’Edgar Allan Poe (Le corbeau) que Luc Ferry cite pour illustrer son propos.

Toutes ces joies vécues, une fois passées, renvoient à l’idée de la mort. « Jamais plus ». Cette nostalgie est très forte chez moi. Quand je repense aux moments passés en famille, à déguster du vin de Bordeaux, cet été, l’idée m’envahit que ces moments ne sont plus là, et ne seront plus jamais là. Je pourrais fondre en larmes en me plongeant dans cette nostalgie. Nostalgie, joie empoisonnée. Joie aussi, oui, car ces souvenirs sont des souvenirs de bonheur.

Luc Ferry explique ensuite que si les religions sont une démarche vers le salut par un autre (Dieu, quelle qu’en soit la forme et la nature), tandis que la philosophie est une démarche vers le salut par nous-mêmes. Je suis frappé par une chose : parler de salut, comme le fait Ferry, et comme le fait également Comte-Sponville, est pour moi une chose étrange. Tant il me parait évident que Camus, sur ce point, avait raison : il n’y a pas de salut. Peut-être Ferry revient-il là-dessus plus loin dans le livre. C’est possible. Et peut-être qu’aussi, le sens que je donne au mot « salut » n’est pas le même que lui. On peut entendre par « salut » le fait de parvenir à ne vivre que dans le présent, et en harmonie avec l’univers.

Si l’on entend par éternité non la durée infinie mais l’intemporalité, alors il a la vie éternelle celui qui vit dans le présent.

Ludwig Wittgenstein

La sagesse consiste, à mon sens, à accepter qu’il n’y a pas de salut possible. Acceptation impossible, pour tout être désirant plus que tout vivre et survivre. C’est l’absurde de nos vies, le tragique. Et c’est ce qui en fait toute la valeur. Et toute la saveur, aussi.