Croyez-vous au progres ?

Definition du progres : quel ideal ?

Pour répondre à cette question, il faut définir le progrès et puis voir s’il y a lieu d’y croire ou pas.

PROGRÈS:

  • Accroissement quantitatif ou intensif d’un phénomène.
  • Processus évolutif orienté vers un terme idéal.

Laissons le premier sens qui est simplement le sens synonyme d' »évolution ». Le deuxième sens se comprendra mieux si on définit l' »idéal ».

IDÉAL:

  • [Avec une valeur relative : un idéal particulier]
    Ce que l’on conçoit comme conforme à la perfection et que l’on donne comme but ou comme norme à sa pensée ou son action dans quelque domaine que ce soit.
  • [Avec une valeur absolue : l’idéal] Ce qui satisferait toutes les exigences du cœur et de l’intelligence, par opposition à la réalité limitée et décevante.

Selon le sens que l’on utilise, on ne sera pas du tout dans le même registre : le deuxième oppose l’idéal à la réalité, tandis que le premier utilise l’idéal comme but ou norme de pensée ou d’action. Comme souvent avec l’absolu, il nous induit en erreur : nous sommes finis par nature, et relatifs. Concentrons-nous sur la première définition, même s’il faut être conscient que c’est l’idéal imaginé en opposition avec le réel qui fait que beaucoup d’idéalistes sont aussi pessimistes.
Avec le premier sens, le progrès devient un « processus évolutif orienté vers un terme conforme à la perfection ET que l’on donne comme but ou comme norme à sa pensée ou son action ». Il y a donc un rôle actif dans le progrès : c’est nous qui utilisons un idéal pour but, et qui oriente un processus évolutif. Quelle action sans but ? Quelle ambition dans l’action si ce n’est vers un idéal de perfection ? Encore une fois, il faut insister : viser un but ne signifie pas qu’il soit atteint, ou accessible. Un scientifique, un romancier et une philosophe semblent d’accord là-dessus :

Le progrès n’a aucun caractère inéluctable, rien ne garantit des lendemains meilleurs.

Karl Popper

Croire au progrès ne signifie pas qu’un progrès ait déjà eu lieu.

Franz Kafka

Le progrès et la catastrophe sont l’avers et le revers d’une même médaille.
Hannah Arendt

La notion de progrès oriente simplement l’action. L’archer qui vise la cible n’a pas de garantie qu’il l’atteindra ; mais comment pourrait-il l’atteindre s’il ne la vise pas ?

Facteurs du progres social

Cette notion de progrès est reliée de manière forte aux siences, et donc à la connaissance (seule les sciences produisent des connaissances).

Les sciences se caractérisent par le fait qu’il y a progrès.
Pierre Rosenberg

Le progrès en art n’existe pas. Il y a de grands artistes dans tous les siècles, et dans tous les pays, il y a des développements de style, mais il n’y a pas de progrès.

Pierre Rosenberg

La question principale à se poser est donc : le progrès a-t’il un sens dans le domaine social ? Et si oui, quels sont les facteurs du progrès social ?
On revient toujours sur les mêmes choses, n’en déplaise à ceux qui aiment les tables rases…
L’éducation :

Nos progrès en tant que nation dépendront de nos progrès en matière d’éducation. L’esprit humain est notre ressource fondamentale.

John Fitzgerald Kennedy

la liberté de pensée, la créativité, et l’optimisme :

La personnalité créatrice doit penser et juger par elle-même car le progrès moral de la société dépend exclusivement de son indépendance.

Albert Einstein

L’enthousiasme est à la base de tout progrès.
Henry Ford

L’histoire universelle est le progrès dans la conscience de la liberté.
Friedrich Hegel

sans oublier le sexe, bien sûr, et l’émancipation des femmes, sans vouloir paraitre ethnocentriste ou islamophobe :mrgreen: :

Le progrès social commence toujours par l’indépendance des fesses.

Albert Cossery

En conclusion, on peut dire que le progrès existe, comme guide d’action et de pensée. Et qu’il importe moins de savoir s’il faut y croire ou non (ce qui impliquerait qu’on pourrait agir sans but), mais bien plutôt d’identifier ce qui, dans l’action ou dans la pensée, va dans le sens du progrès, et de mettre nos efforts là-dessus. Qu’en pensez-vous ?

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notifier de
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires
LOmiG
LOmiG
14 années il y a

salut simon,
tu as certainement raison : il y a quelque chose qui s'oppose entre ces deux idées…
Il faut tout faire pour que le développement se fasse de la manière la plus "durable" qui soit (j'ai un billet en préparation sur le sujet)…
Je suis d'accord avec toi sur le fond : l'humanité devra se rapprocher de la nature, et consommer moins. Mais n'oublions pas que pour que nous puissions profiter de la nature, il faut qu'il y ait des hommes. Favoriser la croissance économique (basée sur les progrès technologiques) c'est aussi diminuer la pauvreté, et – c'est ce que je crois – les conflits. L'avenir du monde dépend aussi de la capacité des hommes à ne pas s'autodétruire ; que ce soit par la guerre ou par la pollution. De ces deux maux, l'un me semble plus proche que l'autre…
a

Simon
14 années il y a

Moi je trouve qu'il y a quelque chose qui s'oppose entre ses deux idées. La technologie c'est le moyen pour l'homme de continuer à s'arracher de la nature et de polluer (rien que d'imaginer toutes les merdes qui tournent en orbite autour de la terre).

Il est nécessaire pour l'avenir de l'humanité de se rapprocher de la nature, avec des modes de vie plus proches de la nature afin de vraiment la respecter, des envies plus terre à terre, une consommation qu'il faut diminuer, certes, ce n'est pas la nature de l'homme :wink: , mais avec tous ces progrès on va dans le mur.

LOmiG
LOmiG
14 années il y a

salut Simon,
et merci beaucoup pour ton commentaire…!
1) je suis d'accord avec toi pour dire que les progrès scientifiques ne sont pas forcément sources de progrès humain (ton exemple de la maman sexagénaire est parlant…) : mais il me semble que l'évolution du niveau de vie dans les pays qui se développent sur un modèle capitaliste/libéral est reliée aux progrès technologiques et scientifiques…le moteur de la croissance, c'est les progrès scientifiques et techniques. Donc indirectement ils permettent quand même aux gens d'arrêter – un peu, trop peu – de crever la dalle, et de s'entretuer pour des ressources trop rares (un peu moins rares si on crée de la richesse)
2) je pense qu'on peut aimer à la fois la magie de la nature (les arbres, la formation d'un bébé, etc…) ET à la fois les progrès technologiques. Ce ne sont pas pour moi des choses qui s'opposent…
a

Simon
14 années il y a

Bon, j'avais assez envie de répondre, mais mon discours ne va pas être très argumenté. Je ne crois pas vraiment au sens du progrés :neutral: , parce que, ce qui m'interresse c'est le progrès humain, c'est le progrès du bonheur :razz: , certes, on peut dire que la science permet de soigner les maladies, que la durée de vie augmente, patati, mais n'est-ce pas également les progrès de la médecine qui créés de nouvelles maladies, liées à la vieilliesse, la qualité de vie a-t-elle réellement augmenté pour l'ensemble des individus de la planète (qui soit dit en passant ne cesse d'augmenter, et surtout en nombre de malheureux). bref… Oui, il ya un progrès scientifique évident qui permet d'assouvir quelques curiosités humaines, voire de rendre de menus services comme un triple pontage coronarien par exemple… Donc, je crois au progrès, il existe. A-t-il un sens en revanche, je ne crois pas, le progrès ne sert pas à grand chose pour faire avancer l'humanité (on serai beaucoup plus pénard peut-être si la bombe atomique n'avait jamais été inventé ???) Je suis perplexe devant l'intérêt des progrès scientifiques, faire accoucher une sexagènaire est-il interressant ? Les nouvelles technologies, la découverte de l'espace même… Lire la suite »

trackback

[…] me suis posé la question de l’évaluation du développement des populations dans le monde. Je crois en effet au progrès, et je m’intéresse aux données factuelles à même de montrer à ceux qui veulent toujours […]

ibrahim
ibrahim
13 années il y a

slt la science est la cle pour resoudre les probleme des hommes

Mulder
Mulder
13 années il y a

Le progrès est ,à mon avis,est à la fois negatif et positif pour l'humanité. Ca peut paraitre paradoxal .Mais ca me semble evident.Je m'explique. Comme precedents intervenants l'ont justement remarqué il peut etre dangereux (la pollution me semble un bon exemple ). D'un autre coté seul le progrès technique pourra,à terme,permettre une solution aux problemes de pollution(en inventant un moteur non-polluant par exemple). Prenons la bombe atomique,on la considere souvent comme l'invention la plus significative pour demontrer la dangerosité de l'inventivité humaine. Et à premiere vue je souscrit totalement a cette considération. Vous vous rendez compte?Ca donne la possibilité de detruire des millions de vies comme ca ,pfiout!,d'un coup,sans parler d'une conflagration generale qui detruirait la terre entiere. Mais si on y reflechit plus en profondeur on se demande, si il n'y avait pas eue la bombe atomique ,de ce que serait devenue la guerre froide ?Une guerre chaude? Connaissant les 50 millions de morts de la seconde guerre mondiale , qu'en aurait été le resultat?100,200? Allez savoir.c'est hypothétique.Peut etre aucun. Mais ce que je veux dire,c'est que le progrès technique ou autre n'est pas mauvais ou bien.Qu'il est au delà de ce concept. Il peut y avoir un progrès… Lire la suite »

Rachid Franço
Rachid Franço
13 années il y a

Il y a aussi, "le sens progrèlatoire" de laurent terzieff aux éditions du rasoir.

Rachid Franço
Rachid Franço
13 années il y a

Simon

Je ne crois pas vraiment au sens du progrés , parce que, ce qui m’interresse c’est le progrès humain, c’est le progrès du bonheur

Rachid Franço
Rachid Franço
13 années il y a

fait chier toutes ces coupures, ça dissuade d'écrire.

Paul
Paul
12 années il y a

Je m’interrogeais tout récemment sur l’existence d’un progrès dans les sciences sociales. Et il semble qu’un sentiment de progrès s’en émane à mesure qu’elles deviennent scientifiques (et qu’elles se détachent de la philosophie, qui a vocation à regrouper tous les savoirs, mais pas à progresser).
Qu’en penser ? Les méthodes scientifiques nous donnent-elles une illusion de progrès ? Le progrès passe-t-il nécessairement par la science ?
Finalement, le progrès ne serait il pas cantonné à des critères d’évaluation objectifs et méthodiques ?
Ce qui n’a assurément rien à voir avec le bonheur.
D’où la question : pourquoi sommes-nous heureux de progresser ?
(Et pourquoi suis-je heureux de devenir plus intelligent en parcourant votre blog ?)

LOmiG
LOmiG
12 années il y a

re-salut Paul,
intéressantes questions, auxquelles je n’ai pas forcément de réponse. Sauf une : c’est bien clair pour moi que progrès n’est pas égal avec bonheur. Mais ce qui est clair aussi, c’est qu’il faut être capable de garder certaines caractéristiques du progrès pour le bonheur : comparaison entre deux états, par exemple, plus que photographie statique d’un instant.
Oui le progrès peut s’évaluer (imparfaitement) de manière objective, tandis que le bonheur, à mon sens, ne peut être défini que par chacun : la mesure la plus précise du bonheur consisterait alors, comme pour les états ressentis (douleur, stress), à demander à quelqu’un de se placer sur une échelle de 1 à 10 : 1 (pas heureux du tout) 10 (très heureux).
Moi ce qui me rend heureux, c’est de lire des commentaires intelligents et ouverts comme le tien : reviens souvent !

Paul
Paul
12 années il y a

Je suis tombé par hasard aujourd’hui sur un article intitulé « La mesure du bonheur » ! Je n’ai pas de scanner pour le reproduire, et de toute façon il n’est pas excellent et manque cruellement de références bibliographiques. Il nous apprend cependant qu’il y a deux types d’indices mesurant le bonheur. Certains sont objectifs, conservent le principe de l’IDH (cumuler des statistiques diverses) mais en plus pointu. Par exemple, « l’indice du bonheur mondial » ou le « Gross national happiness » (qui s’inspire des valeurs bouddhistes :) ) Les autres se basent sur un méthode subjective – que tu préconises (j’adhère). On a par exemple le » Subjective well-being measurement », et deux autres (qu’on trouve en fin de page du deuxième lien que je donne). Difficile de tirer des conclusions tant les estimations divergent, mais on peut faire quelques remarques : – Alors que dans les indices objectifs la France est plutôt bien classée (16e à l’IDH, 15e au bonheur mondial), elle l’est beaucoup moins dans les indices subjectifs (62e au SWBM, 23e et 39e dans les 2 autre indices cités). J’ai tendance à y voir une preuve de plus qu’on ne peut pas faire objectivement et rationnellement le bonheur des autres. – Le… Lire la suite »

Paul
Paul
12 années il y a

Bonjour, j’ai tapé tout à l’heure un commentaire assez long, qui est apparu après validation, mais qui a disparu ensuite ! Il est peut être toujours dans la base de données (le fait qu’il soit apparu prouve qu’il y a été au moins temporairement inséré).
S’il est définitivement mort, pas de souci, je retape !