Ne mélangeons pas le droit et l'éthique

La morale – le bien et le mal – est toujours une affaire à la fois collective et individuelle.
Quelle morale serait nécessaire si on vivait seul ? Quelle morale serait nécessaire si on n’était que des êtres sociaux, déterminés par notre « rôle » dans la société (le droit suffirait alors). Il me semble étonnant de voir à quel point les êtres humains veulent toujours rendre floue la frontière entre l’individuel et le collectif sur cet aspect. C’est un jeu dangereux : cela revient à négliger ou à confondre deux choses très importantes.

  • Le droit qui est un ensemble évolutif de règles collectives, et qui suffit à régler les comportements admis et non admis
  • L’éthique qui est un système de valeurs individuelles, en construction également

Vouloir imposer ses valeurs personnelles à la collectivité est une tendance que je trouve assez dictatoriale dans l’esprit, et vouloir imposer par la loi des règles éthiques à chaque individu conduit à légiférer sur tout et n’importe quoi, dans les moindres détails des actions humaines.
Notons au passage que le droit ne se fabrique pas tout seul, et que le fait de le penser comme un outil de contrôle des actes des individus ressort clairement de la première attitude : c’est une forme d’extension des valeurs d’un groupe d’individu à d’autres, par la contrainte.
Ces deux attitudes se rejoignent assez bien dans un esprit commun de négation de l’individu, et c’est bien pour cela qu’il faut s’en garder. L’individu – chaque individu – est, et doit rester, la finalité de nos réflexions. Il faut noter d’ailleurs qu’en niant l’individu, on ne peut que faire perdre son sens au collectif, puisque celui-ci n’est qu’une somme d’interactions entre des individus distincts.
Sans individus, pas de collectivité.

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René
13 années il y a

Merci pour ce rappel essentiel qui va tout à fait dans le sens de ma conception philosophique d’une société respectueuse de la liberté de ses membres.

Le groupe quel qu’il soit, et donc la société, est une notion théorique et n’existe qu’en tant que somme des individualités qui le composent. Nul ne saurait donc sacrifier les intérêts de l’individu à l’intérêt du groupe. Et nul ne saurait par conséquent sacrifier la liberté de chaque individu sur l’autel de la collectivité.

C’est ainsi que le droit, ensemble de règles collectives, ne doit pas s’immiscer dans à la sphère individuelle, laquelle doit rester du ressort de l’éthique de chacun. Et c’est le respect de la liberté de l’autre qui constitue la limite naturelle de l’exercice de la sienne propre, sous le contôle du droit. Ce dernier point, essentiel, constitue toute la différence entre l’anarchie et une société libérale.

Didier Goux
13 années il y a

L’abus de droit est l’une des plaies qui nous menacent, et d’autant plus qu’il n’est généralement pas perçu en tant que menace. Ce que Philippe Muray nommait « l’envie de pénal ». Pourtant, le danger ne date pas d’aujourd’hui, puisque Georges Bernanos le pointait déjà, en 1947 :

« Vous voulez la justice, vous ne voulez que la justice, vous l’aurez ; elle va ravager le monde. »

(Citation faite de mémoire, donc possiblement fautive.)

Didier Goux
13 années il y a

La justice est évidemment indispensable, c’est lorsqu’elle se mêle de déborder dans des champs (moral, privé, éthique, etc.) où elle n’a rien à faire, qu’elle devient néfaste. et ce que, à mon sens, pointe Bernanos.