Travailleurs, dormez tranquille : Big Brother juge pour vous

Retour sur la notion d’offre d’emploi « valable ». S’il parait légitime, dans un système de redistribution centralisé, de contrôler où va l’argent du contribuable, il n’est pas moins important de ne pas systématiquement empiéter sur la liberté individuelle. Les solutions proposées par le gouvernement, au final, reviennent à  laisse l’Etat décider pour nous ce qu’est une offre d’emploi valable. Ce n’est donc pas pour des histoires de « pression » mise sur les chômeurs, ou de « culpabilisation » qu’il faut critiquer ce genre de dispositif, mais pour son caractère collectiviste, centralisé, et déresponsabilisant.

C’est hier que Christine Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, devait présenter en conseil des ministres, le projet de loi « relatif aux droits et devoirs des demandeurs d’emploi », qui pourrait être débattu au Parlement avant la fin de la session d’été, le 14 juillet.
Précisons quelques points. Si collectivement, on décide d’indemniser le chômage pour sécuriser les personnes (ce qui peut se défendre), il est indispensable de gérer la manière dont on va organiser cette redistribution. Il ne peut être question, dans une société où la justice et la responsabilité ont encore une place, de redistribuer aux chômeurs sans compter et sans contrôler la fraude l’argent prélevé à  d’autres. C’est une attitude collectiviste responsable. L’évaluation, bien sûr, est toujours perfectible, et il y aura lieu de l’améliorer.
Certains, mus par une volonté évidente de s’opposer à  tout ce que pourra proposer le gouvernement, critiquent cela au nom d’une pression sociale mise sur les chômeurs. C’est une attitude collectiviste irresponsable. Il est normal, dans une logique de droits accordés aux citoyens et financés collectivement, de mettre en face des devoirs.
Mais on peut également prendre le problème avec une approche libérale. Et s’étonner, par exemple, que tout ce petit monde ne dise pas clairement la vérité – nue et simple – : il n’est pas possible de définir ce que signifie une offre d’emploi « valable ». Pour la simple et bonne raison que les individus ne sont pas des robots interchangeables, et que les choix de vie, les contraintes, les goûts de l’un ne sont pas ceux de l’autre. Je ne veux pas que soient fixées dans un texte de Loi ce que je dois considérer comme raisonnable. quelques pistes de réflexions : ne serait-il pas plus juste de fixer une indemnisation limitée dans la durée, sans condition d’obtention ? Ne pourrait-on pas laisser les individus choisir librement l’organisme auprès duquel ils souhaitent cotiser pour s’assurer contre le risque du chômage ?Pour la simple et bonne raison que les individus ne sont pas des robots interchangeables, il n’est pas possible de définir ce que signifie une offre d’emploi « valable ».
Chaque individu, bien sûr, garde cependant le choix : le jour où je me retrouverais dans cette situation, j’espère avoir un peu d’argent de côté pour – le cas échéant – continuer à  choisir ce qui est valable ou pas pour moi. Je trouve que dans ce type de mesures, ce n’est pas l’aspect responsable qui est gênant ; c’est l’aspect collectiviste. Comment un ministre saurait-il mieux que moi décider pour moi ce qui est valable ? Pour rester un individu libre, je ne peux donc pas me servir de cette politique : je choisirai donc mon emploi si je le peux (c’est à  dire si j’ai les moyens de me passer de l’indemnisation). Etrange, non ?
On ne peut donc continuer dans cette option de redistribution centralisée qu’au prix d’un abandon (d’une limitation forte) de la liberté de choix des individus. Pour rester libre, je devrais donc cotiser pour les autres, mais sans pouvoir profiter du système ?
Alors, ne laissons pas, dans un abandon bien coupable, l’Etat décider pour nous ce qui est bon. Il est très facile de trouver des cas où les critères de « valabilité » mis en avant par le gouvernement seront en inadéquation avec la volonté des individus. C’est normal, à  nouveau : il est illusoire de vouloir définir de manière globale ce qui est bon pour les individus. Chaque individus doit rester libre de décider de ce qui est bon pour lui. Il y aura donc de nombreux cas de personnes qui choisiront, pour continuer à  être un peu maîtres de leur vie, de ne pas accepter les offres « valables », et donc à  se passer de l’indemnisation pour laquelle elles auront pourtant cotisé. Ce système n’est pas juste. Ou plutôt, il incite les gens à  rentrer dans le jeu, et donc à  accepter que l’Etat décide à  leur place ce qui est « valable » ou non. Je ne peux pas me résoudre à  penser que c’est une solution justifiée, viable, ou intelligente. Elle me parait même inquiétante, et aller à  contresens de ce qui avait été mis en avant par Sarkozy pendant la campagne, à  savoir un retour à  la liberté et à  la responsabilité individuelle.

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AsTeR
Invité
14 années il y a

J’aime bien la conception française, l’individu est assez intelligent et responsable pour imposer ses choix à  tous les autres (à  travers le vote). Mais il est incapable de décider seul de ce qui est bon pour lui, pour cela il doit écouter les autres.

C’est de l’anti-Voltaire, de l’anti-Candide.

LOmiG
Invité
14 années il y a

salut AsTeR,
merci pour ton commentaire…oui c’est exactement ça. Les rhétoriciens utilisent l’argument de l’individu responsable quand ça les arrange, et le rejettent quand ça les arrange. On appelle ça de l’arbitraire, je crois…?

Drà´le de conception de l’être humain, en tout cas….!

à  bientà´t !

René
Invité
14 années il y a

Ce qui n’est pas acceptable dans ce système, ce sont deux choses :

1) L’indemnisation du chà´mage elle-même telle qu’elle existe : des cotisations prélevées sur les revenus de ceux qui travaillent, proportionnelles à  ces revenus, et des indemnités calculées sur l’ancien revenu des chà´meurs. Le déséquilibre est inévitable d’une part, et cela constitue de fait un revenu de substitution de nature à  déresponsabiliser certains chà´meurs ainsi indemnisés.

2) A l’intérieur de ce mauvais système, cette notion d’emploi « valable » qu’on n’aurait pas le droit de refuser. Et là , Lomig, je suis totalement d’accord avec toi pour refuser que ce soit l’Etat qui décide pour moi de ce qui est valable ou pas.

En réalité, l’assurance chà´mage devrait être tout autre chose qu’un revenu de substitution. Elle devrait n’être que la garantie d’un revenu plancher réputé suffisant pour vivre en attendant d’obtenir un nouvel emploi. Ca ne préjuge en rien d’une quelconque modification du calcul des cotisations. Simplement, l’indemnité ne serait plus un pseudo-salaire mais bien uniquement une aide.

Ensuite, et malgré cela, on ne peut pas, il est vrai, continuer à  indemniser ad vitam aeternam un chà´meur qui ne fait aucun effort de retour à  l’emploi. Il pourrait donc sembler tout à  fait normal a priori que des contrà´les existent. Mais dès qu’on a dit ça, se pose la question de l’appréciation de l’attitude du chà´meur indemnisé par rapport à  sa recherche d’emploi. Personne n’est habilité à  décider à  la place de quelqu’un d’autre de ce qui est acceptable pour lui. C’est pourquoi je suis pour une limitation de l’indemnisation dans le temps, et de la même durée pour tous.

En résumé :

1) Cotisations en rapport avec le salaire de chacun pour un effort équitable
2) Montant de l’indemnisation uniforme pour tous, limitée à  un « minimum vital »
3) Limite de durée d’indenisation fixe et uniforme d’un individu à  l’autre

L’assurance chà´mage porte très mal son nom : ce n’est pas une assurance, c’est une des formes que prend la solidarité. Il ne s’agit donc pas d’indemniser un préjudice, mais de venir en aide pour aider à  (sur)vivre.

Si certains veulent (et peuvent, je l’accorde à  mes futurs détracteurs) souscrire une assurance à  titre personnel, libre à  eux. Mais ce n’est pas le rà´le de la collectivité ni des finances publiques de la prendre en charge.

Pour répondre à  AsTer, je ne pense pas que les individus sont incapables de décider seuls de ce qui est bon pour eux. Mais je prétends que ce n’est pas à  la collectivité d’assumer les conséquences de cette décision…

A bientà´t

Mathieu L.
Invité
14 années il y a

En fait, je crois, LOmiG, que tu touches dans ton billet au fondement même du gouvernement en place: il n’a absolument aucun programme, ni aucune idée claire qui le guide dans son action. Il n’est absolument pas libéral dans son essence politique même. Pour moi, il n’a qu’un lointain rapport avec les idées collectivistes, mais je pense que cela est dà» à  une différence de définition entre nous. En clair, si le programme sarkozyste apparaissait vaguement libéral au départ, on ne sait plus très bien o๠il va aujourd’hui, et je pense que nous sommes tous d’accord là -dessus, à  gauche comme à  droite.

Personnellement, je pourrai vous tenir un discours totalement égoïste: étant fonctionnaire, je ne vois pas pourquoi je paie l’assurance-chà´mage, car je ne suis pas menacé par cela, et je n’ai donc pas besoin de m’assurer. Bon, là , je serai vraiment démago au possible. Plus sérieusement, ce qui me gène le plus, c’est que, dans ce cas précis, j’ai vraiment l’impression de financer un système qui ne donne rien pour les chà´meurs puisqu’ils sont toujours aussi nombreux. Cependant, je crois que le problème n’est pas tellement situé au niveau de l’ANPE, mais au niveau de nos structures économiques, de notre formation, de notre productivité et de nos mentalités. J’en ai longuement parlé ces derniers jours sur mon propre blog et je vous invite à  vous y référer.

Je crois cependant qu’il faut vraiment relativiser la responsabilité du chà´meur dans sa situation. Je différencierai différentes catégories:
1) Il y a une partie de la population que je crois inapte au travail, à  cause de problèmes divers sociaux ou psychologiques. A l’évidence, ceux-là  ne concernant pas l’assurance-chà´mage, que peut-on en faire sans les mettre à  la rue? Aujourd’hui, ils reçoivent le RMI et les minima sociaux, mais est-ce suffisant?
2) Il y a les catégories qui subissent le rejet du reste de la société, que ce soit les femmes, les immigrés, les jeunes et les vieux. Ceux-là  répondent aux critères de l’assurance-chà´mage, mais il n’y a pas que le système économique qui est en cause: la mentalité des employeurs, y compris public, l’est aussi.
3) Les sous-qualifiés, dans une économie très qualifiée comme la nà´tre, releveraient de la formation professionnelle. On peut peut-être leur reprocher leur échec scolaire, mais là  aussi, est-ce si simple? De plus, ils sont aussi les principales victimes des pires pratiques des employeurs: précarité, temps partiel, CDD ou CNE, même s’ils veulent vraiment beaucoup travailler. Ils ont enfin le désavantage de pouvoir être remplacés facilement.
4) les autres chà´meurs sont ceux qui ont le moins de problèmes, et si les autres catégories n’existaient pas, ceux-là  poseraient finalement peu de problèmes financiers.
5) Reste les fainéants qui vivraient sur le dos de la collectivité. Je persiste à  croire qu’ils sont une toute petite minorité. Comment peut-on rester sans rien faire?? Il faut évidemment les rechercher, mais de là  à  dépenser des millions d’euros qui vident les caisses pour les trouver…

Personnellement, je serai donc favorable à  des stratégies beaucoup plus individuelles de suivi, même si on peut s’appuyer sur des bases communes pour tout le monde au départ. Il y a un vrai travail de suivi à  faire par l’ANPE pour aider chaque travailleur à  trouver sa place. Elle doit tout faire pour aider le chà´meur à  se replacer, mais aussi être capable d’estimer des situations et de proposer des solutions au salarié qui ne soit pas forcément imposée, mais simplement proposée. Pour moi, le versement de l’indemnité ne doit pas y être conditionnée.

Je ne suis cependant pas d’accord avec René Foulon sur le niveau du minimum vital. Si un salarié qui gagnait beaucoup se retrouve au chà´mage alors qu’il a pris des engagements financiers, il doit pouvoir avoir droit à  une dégressivité de l’indemnité, le temps de se retourner s’il ne trouve pas de travail rapidement. N’oublions pas qu’il paie de manière proportionnelle sa cotisation. Je proposerai un an à  90% du salaire, comme au Danemark, et dégressivité progressive ensuite. Cela laisse le temps au salarié de cerner sa situation, de prendre des décisions de recherche, de revente du patrimoine ou de reconversion. Si le salarié n’évolue pas, il se retrouvera au RMI à  la fin…

Pour le financement, évidemment, je suis pour le financement par cotisation sociale, indexée sur le niveau du salaire, mais aussi sur les autres types de revenu. Bien sà»r, cela ne vous surprendra pas. Le choix d’une assurance privée peut aussi se concevoir, mais le risque est que les plus pauvres ne puissent pas s’assurer dans le privé et bénéficient d’une assurance publique au rabais par manque de moyens, alors que c’est eux qui en ont le plus besoin. Les autres risqueraient aussi, parfois, de se retrouver victimes d’assureurs cherchant toutes les voies possibles pour se débarrasser dès que possible de l’indemnité…

Cordialement,

Mathieu L.
Invité
14 années il y a

A mon avis, LOmiG, ton raisonnement est incomplet. Les pays à  faible chà´mage ont aussi une productivité plus faible à  travail égal. Jacques Marseille déclarait même sur France Inter le 8 mai qu’il faudrait diminuer notre productivité pour la ramener à  l’égal de celle du Japon, et que l’on créérait ainsi 5 millions d’emploi. Les pays o๠le chà´mage est faible (car il n’est jamais nul) ont axé leur consommation sur le crédit à  outrance, comme aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, et c’est très dangereux. Les salaires y sont bloqués depuis les années 1970. Enfin, il y a dans toutes ces zones une précarité forte, avec environ 30% des travailleurs qui ont un temps de travail inférieur à  30 heures par semaine, avec des revenus misérables et l’obligation de cumuler les emplois. Dans ces pays, le marché fait office de régulateur de l’emploi, beaucoup plus qu’ici, et, contrairement à  ce qu’on pense souvent, il partage le travail à  sa manière. Je te conseille d’aller sur le site de la Maison Blanche pour y lire les statistiques fédérales là -dessus. Je vais essayer de te retrouver le lien.

En France, nous avons un taux de chà´mage élevé, mais je crois aussi que cela permet une souplesse différente. Nous obtenons notre forte productivité en maintenant un chà´mage élevé que la population assume. En plus, ce chà´mage élevé permet aussi aux employeurs de maintenir une pression sur les salariés plus forte, brise le syndicalisme et les réseaux traditionnels de négociation salariale, et a permis l’important transfert de richesse du salaire vers le capital réalisé depuis les années 1980. Donc, chaque situation a ses bons et ses mauvais cà´tés pour les employeurs.

Quand à  la souplesse pour les entreprises, là  non plus, je n’y crois pas. Une entreprise crée de l’emploi quand elle en a besoin, et le détruit quand elle n’en a pas besoin. Elle ne créera que du précaire si on supprime le salaire minimum dans la situation actuelle. Je ne crois pas du tout que les agents économiques se déterminent moralement. S’il y a de quoi faire du profit, même si c’est cher, elles créeront de l’emploi… D’ailleurs, elles ont largement utilisé le produit du « vol » de l’Etat pour maintenir des emplois à  des coà»ts délirants pour la collectivité, à  un point tel que le MINEFI ne peut même pas chiffrer les aides à  l’emploi transmis aux entreprises. Il n’y a pas que les chà´meurs qui sont assistés en France…

Mathieu L.
Invité
14 années il y a

Je n’arrive pas à  retrouver les pages que j’avais lu sur le temps de travail aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. J’ai besoin de plus de recherche, alors, demain.

Pour les salaires, je pensais en fait au salaire minimum, mais j’admets qu’il faut vérifier.

Cordialement,

jacques
Invité
14 années il y a

@ René et à  Lomig

A vous lire, on croirait que les indemnités chà´mage sont éternelles.
N’avez-vous donc jamais été au chà´mage ????
1° les indemnités diminuent très vite. Par paliers.
2° Lorsque vous commencez à  être indemnisé, on vous précise la date d’expiration de celle-ci.

Vous n’avez jamais entendu parler de « chà´meurs en fin de droit » ????

jf.

René
Invité
14 années il y a

@ Lomig et Jacques

Je pense que le fond du problème est bien là  : est-ce que notre régime « d’assurance chà´mage » est efficace ou pas ?

Et pour répondre, il faut d’abord se mettre d’accord sur la définition de cette efficacité. S’agit-il de combattre le chà´mage ou seulement d’indemniser les chà´meurs ? Dans l’idéal de l’interventionnisme au pouvoir, ce devraient être les deux.

Mais force est de constater que c’est un échec sur les deux tableaux :

  • Comme l’a dit justement Lomig, le niveau de chà´mage stagne depuis plus de 15 ans, même si on s’évertue par des artifices à  prouver le contraire. Ce n’est pas en jouant sur la définition des chà´meurs qu’on redonne du travail effectif.

  • Le nombre de chà´meurs non indemnisés, non seulement ceux en fin de droit mais aussi ceux qui ne sont pas repris dans les chiffres officiels et qui sont bien, de fait, chà´meurs puisque demandeurs d’emploi, ou bien encore travailleurs à  temps très partiel subi, ne cesse de progresser.

Forts de ce constat, il est nécessaire d’en rechercher les causes et, si possible, de les éradiquer.

Je vais appeler à  l’aide Monsieur de La Palice pour dire que la principale cause de chà´mage, c’est le trop faible niveau de l’emploi ! On peut prendre le problème par tous les bouts, faire tous les raisonnements du monde, bà¢tir toutes les hypothèses que la statistique et la démographie, voire la démagogie, nous permettent, rien n’y changera. Pour qu’une enteprise embauche, il faut avant tout qu’elle ait des postes disponibles. Et ces postes de travail ne sont que la conséquence du niveau d’activité de l’entreprise, pour les créer, de ses profits (même si le mot en dégoà»te certains), pour les financer, et de la capacité que lui laisse le régime fiscal, pour ne pas détruire lesdits profits avant même de pouvoir les utiliser.

Or, quelle est la situation aujourd’hui ? Les carnets de commande sont pas très bien garnis, d’o๠un besoin de main d’oeuvre assez pauvre, et les prélèvements obligatoires sont tels que les profits sont ponctionnés avant même d’avoir été générés.

La conséquence est mathématique, en forme de spirale infernale : pas assez de profit pour embaucher, donc peu d’embauche. Peu d’embauche, donc capacité de production réduite. Capacité de production réduite, donc marchés refusés (et laissés à  la concurrence des pays étrangers). Marchés refusés, donc activité réduite. Activité réduite, donc pas assez de profits. Etc.. etc..

La solution ? La plus efficace sans doute, serait de redonner de la rentabilité aux entreprises pour leur permettre de retrouver une place dans la concurrence, ce qui créerait du volume d’activité, donc des emplois et les moyens de les rémunérer.Ce n’est pas un hasard si, en effet, les pays qui ont le plus de chà´mage sont également ceux qui ont les taux de prélèvement, notamment liés à  la main d’oeuvre, les plus élevés.

L’excès de social tue l’activité, et donc le social. C’est un cercle vicieux que, malheureusement, nos dirigeants se montrent incapables de briser. Par là¢cheté peut-être ? A moins que ce ne soit par calcul électoral ? Dans les deux cas, c’est méprisable…

jacques
Invité
14 années il y a

@ René,
Pourquoi parlez-vous toujours d’entreprises qui n’embauchent pas, bien évidemment à  cause des charges….selon vous, exemple les aides devenues abattements pour les 35 heures faites ou non….. et que vous ne parlez JAMAIS des entreprises qui licencient à  tour de bras, comme on l’apprend une, deux ou trois fois par semaine sur les chaînes nationales alors que c’est encore plus souvent sur les chaînes régionales.
Il me semble que le chà´mage est surtout alimenté par ces licenciements massifs, ainsi que par la mise aux rancarts des seniors (dispensés ensuite de recherche d’emploi…) plutà´t que par le manque d’embauche. (Combien y a-t-il d’offres d’emploi non satisfaites en France ????)

jf.

René
Invité
14 années il y a

Premièrement, licencier ou ne pas embaucher, c’est très exactement la même chose d’un point de vue macro économique. Dans les deux cas, il s’agit de supprimer des postes à  cause du manque d’activité, et je ne recommence pas ici mon exposé sur le manque d’activité qui est dà» en grande partie au manque de compétitivité, lui même lié en partie à  l’importance des charges.

Deuxièmement, j’ai déjà  dénoncé moi-même la « mise au rencart » des Séniors. Mais leur maintien en activité ne serait pas une source de création d’emplois. Le Sénior conservé à  son poste, c’est mathématiquement une embauche en moins. Sauf dans le cas d’une hausse de l’activité, et on revient à  la case départ.

Troisièmement, il y a finalement assez peu, en pourcentage, d’offres d’emplois non satisfaites. Et leurs statistiques font apparemment l’objet de « manipulations » fréquentes au gré des besoins des responsables politiques. Quoi qu’il en soit, leur cause principale est l’inadéquation entre l’offre et la demande. D’une part l’orientation des lycéens est un échec. D’autre part, les universités ne préparent que très peu aux professions porteuses d’emploi. Ce problème est strictement un problème de formation. Le nombre d’offres non satisfaites n’est en rien significatif du niveau d’activité, et donc du marché de l’emploi.

Dernière chose : les allègements de charges sont à  mon sens inopérantes. Elles ne génèrent qu’un effet d’aubaine. Réduire les charges en vue de relancer l’activité et la croissance, ça ne signifie pas distribuer quelques miettes à  quelques entreprises (même si ces miettes représentent des millions d’euros). C’est au contraire diminuer de manière très significative les charges de TOUTES les entreprises, et SANS contrepartie. Il faut laisser les entreprises libres de se développer pour répondre à  la demande, sans les prélèvements de toutes sortes qui les asphyxient et qui les empêchent de prospérer. Ce n’est qu’en développant l’activité qu’on créera des emplois. Pas en donnant des subventions qui ne compensent qu’à  hauteur de quelques poucents le total des charges (et je ne parle pas seulement des charges sur les salaires). En surtaxant les salaires, vous détruisez l’emploi. Ca aussi, c’est mathématique. Mais beaucoup semblent plutà´t fà¢chés avec le bon sens économique, dans ce pays…

jacques
Invité
14 années il y a

Vous êtes beaucoup plus compétents que moi sur ces questions…..
Cependant, je me pose toujours une question:
Que reste-t-il comme charges sociales aux entreprises puisqu’on annonce à  tout bout de champ des exonérations,des allégements, des abattements….
Et ce n’est pas d’hier, puisque cela a commencé en 1983, après une vive campagne d’Yvon Gattaz, le Patron du CNPF d’alors, auprès de M. Miterrand. Y. Gattaz obtiendra ainsi un moratoire sur les charges, assorti d’un écrètement de la taxe professionnelle.
Depuis, TOUS les gouvernements y ont été de leur dispositf.
Alors ?????

jf.

Mathieu L.
Invité
14 années il y a

Bonjour,

Je voudrai rebondir sur les derniers commentaires. Vos analyses semblent ignorer que la question de l’emploi ne se traite pas qu’au niveau micro-économique. Les emplois qui manquent en France sont des emplois sous-qualifiés en majorité. Je répète que ce manque s’explique en grande partie par la productivité très forte de notre pays, qui a axé sur le développement de technologies permettant de supprimer ces emplois, comme dans la fonction publique, ou sur la délocalisation vers des pays à  bas coà»ts, comme dans le secteur privé. De ce fait, les salariés qui souffrent sont les professions les plus faiblement qualifiés. Les prélèvement obligatoires et la réduction du temps de travail ont fait de notre pays le quatrième le plus productif au monde.

Croyez-vous vraiment que nous avons aujourd’hui les besoins pour recréer ces emplois? Dans de nombreux autres pays, comme aux Etats-Unis, le faible coà»t du travail a permis le maintien d’une partie de ces emplois, mais dans des conditions effroyables, avec des salaires minimums bloqués et des temps de travail souvent bien plus faibles que le temps légal, sans oublier la précarité. A-t-on besoin de ce type d’emplois? A l’évidence, oui. Les services sont des réserves à  emplois sous-qualifiés car ils sont difficilement délocalisables, mais il faudrait alléger beaucoup le coà»t du travail, et abandonner des évolutions technologiques que nous avons faites: je ne vois pas les entreprises abandonner leurs ordinateurs. Imaginez-vous la Sécurité Sociale supprimer les cartes vitales pour ramener dans l’emploi les cadres C qui triaient les feuilles de soins? En tant que bons libéraux que vous êtes, vous ne le souhaitez pas, car il faut sabrer les fonctionnaires. Quand au privé, franchement, je ne vois pas plus les compagnies de transport supprimer les billeteries automatiques, les sites internet, les centraux téléphoniques au Maghreb pour recréer de l’emploi ici, vu le coà»t de la vie pour un salarié lambda en France.

J’ai trouvé sur le site de l’INSEE, cher René, qu’il y a 700000 emplois non-pourvus sur le marché du travail, et pas forcément que dans le très qualifié, comme pour le bà¢timent par exemple. Il y a certes un problème de formation, je suis le premier à  le reconnaître, mais je m’étonne de vous voir suggérer de mettre en place une orientation contraignante, en tant que libéral. Les élèves ont le droit de choisir librement leurs études. Evidemment, ils doivent être informés, mais ils le sont, contrairement à  ce qu’on dit partout. Je peux vous assurer que lorsque je dis à  un parent d’élève de seconde qu’il y a de l’emploi en plomberie et que cela gagne bien, il me répond: « mon fils sera avocat ou médecin! »

Enfin, je ne crois pas que le PIB ait augmenté de 40% depuis 1982 avec des carnets de commande peu garnis. Je ne vois pas comment les entreprises auraient pu faire augmenter les profits des actionnaires de 11% depuis la même date. Il y a encore là  la productivité, axe central du problème. Le marché du travail est aujourd’hui en équilibre, avec un taux de chà´mage élevé. Il faudrait briser l’équilibre, et vous proposez de le faire en jouant du cà´té de l’offre. On pourrait aussi agir du cà´té de la demande, en augmentant les salaires, ce qui relancerait l’activité par la consommation, et reviendrait ensuite dans les poches des entreprises par les achats. Malheureusement, comme le chà´mage est élevé, les salariés n’ont aucun moyen d’obtenir cela… Oh, comme le chà´mage est utile parfois…

Mathieu L.
Invité
14 années il y a

Le chà´mage a permis la conpression des salaires, qui ont cru beaucoup moins vite que durant les Trente Glorieuses, alors que la hausse du PIB s’est poursuivie. De nombreux économistes reconnaissent aujourd’hui cette évolution de la répartition des richesses, INSEE comprise, et l’important tranfert de valeur effectué du travail vers le capital depuis 1973. Keynes avait déjà  bien vu ce processus lors de son analyse de la crise de 1929, en démontrant que le marché du travail pouvait être en équilibre en maintenant un chà´mage important, du fait du jeu de l’offre et de la demande. Il ne s’agit donc nullement de cynisme, car la taille du gà¢teau n’arrête pas de gonfler, et c’est bien pour cela que la solution libérale de faire encore plus gonfler le gà¢teau me semble illusoire dans le contexte actuel. Seule la chute du chà´mage et la disparition de la précarité permettrait à  nouveau de répartir les richesses par le marché, librement grà¢ce au rapport de force généré par le plein-emploi, mais c’est encore loin d’être le cas.

Sur l’indemnisation du chà´mage, tout ce qui arriverait, c’est simplement que les chà´meurs ne seraient plus indemnisés. Je ne crois nullement que l’on puisse rester au chà´mage par plaisir, sauf si l’on est totalement inadapté socialement, ce qui doit être le cas d’une partie des chà´meurs très réduites. La réduction ou suppression des indemnisations ne ferait que précariser encore plus les chà´meurs, et ne leur ferait accepter que de petits boulots sans intérêts, précaires et mal payés.

Sur l’éducation, tu soulèves un point très intéressant car les pays qui ont mis en concurrence leurs systèmes y reviennent en ce moment. Le très libéral Royaume-Uni vient de remettre en place une carte scolaire, les Etats-Unis sortent de nombreux rapports sur les facteurs des très graves inégalités scolaires qu’ils connaissent et des très mauvais résultats qu’ils ont aux évaluations internationales. La Belgique connaît en ce moment un débat très important sur cette question. Les systèmes qui réussissent soi-disant, comme en Finlande, sont non-concurrentiels.

Pour te répondre plus précisément, plusieurs choses:
– la logique comptable est importante, je ne le nie surtout pas, mais il y a une chose qui est sà»r, quel que soit le pays, c’est que l’éducation coà»te chère, o๠que l’on soit. Si tu veux produire du très haut-niveau, il faut des moyens. Ensuite, reste à  voir la manière dont ils sont employés, mais arrêtons de faire croire aux citoyens qu’ils vont avoir une super éducation sans payer, c’est n’importe quoi économiquement parlant. D’autre part, la mesure du retour de l’investissement se fait quasiment à  60 ans d’intervalle, car nous produisons du capital humain, dont on ne sait par définition pas ce qu’il va donner dans le futur proche comme lointain, vu le trop grand nombre de facteurs en jeu. On navigue à  vue dans l’EN.
– Pour le financement, je ne vois pas pourquoi certains paieraient et pas d’autres. Soit tout le monde paie, soit personne, car sinon, les riches diront toujours que c’est inégalitaire. L’impà´t a l’avantage de faire contribuer tout le monde à  l’effort général pour doter le pays d’un système éducatif performant, en fonction de ses moyens. Je ne vois pas pourquoi tous les citoyens ne contribueraient pas, car l’éducation améliore la vie de tous et pas seulement des étudiants: c’est à  l’évidence une externalité positive.
– A priori d’accord sur l’initiative des enseignants, mais elle existe déjà  aujourd’hui, dans les classes et en dehors. Ce n’est pas en faisant sauter les cadres existants qu’on améliorera cela, mais peut-être en payant les innovations intéressantes, quoique dans l’enseignement, la paie n’est pas que financière.
– Le libre-choix des établissements par les élèves est un leurre. En effet, la liberté est fausse ici. Ce n’est pas les élèves qui choisissent, mais les établissements. Si Henri IV reçoit 10000 dossiers, il en prend 300. Les 9700 suivants se retrouvent balancés en-dessous, o๠on en prend d’autres et ainsi de suite. Au final, les élèves les plus faibles, les moins acceptables, les moins blancs, les moins pistonnés ou les moins riches se retrouvent dans les établissements difficiles. La liberté, une fois de plus, est pour le riche ou le bon, et que les autres se débrouillent. La carte scolaire a l’avantage d’éviter, une fois de plus, que ce type de processus n’apparaisse en permettant une certaine transparence, même si elle n’était souvent pas respectée à  cause des multiples contournements possibles. Le seul choix possible reste d’aller dans le privé, mais là  aussi, ce sont les établissements qui vous choisissent, pas l’inverse.

Comme sur l’orientation chez René, je m’étonne que tu soutiennes une solution qui brise la liberté de la majorité. La carte scolaire était aussi un blocage de la liberté, mais claire et affichée. Les structures ne permettent pas qu’une vraie liberté se mette en place: les murs des bahuts ne sont pas extensibles…

Mathieu L.
Invité
14 années il y a

Excusez-moi pour les fautes d’orthographes du commentaire précédent, mais la fatigue était forte…

René
Invité
14 années il y a

@ Jacques

Je n’ai jamais prétendu qu’il n’y avait pas d’allègements de charges. J’ai dit, et je répète, qu’elles sont inopérantes.

En même temps, venir demander « que reste-t-il comme charges sociales aux entreprises ? » serait risible si le sujet n’était pas aussi grave.

Les exonérations et allègments que vous faites remonter jusqu’en 1983, mais qui n’ont jamais été aussi importantes historiquement que depuis les lois Aubry, même si elles coà»tent (trop) cher au contribuable, ne représentent qu’une très faible réduction du poids total des charges, lesquelles représentent en moyenne 40 % du salaire brut. Les allègements dont nous parlons ramènent ce taux en moyenne de 20 %, mais uniquement pour la plupart sur les bas salaires, ce qui me fait dire qu’ils n’ont de réel effet qu’à  la marge. En outre, elles tirent mécaniquement les salaires vers le bas, ce qui est négatif sur le plan de la consommation, et donc de la croissance économique.

« Alors ????? », demandez-vous. Alors, la taxation des salaires reste beaucoup trop élevé malgré ces mesurettes, et le coà»t du travail est globalement trop important pour permettre le jeu normal d’une économie libre et prospère.

@ Mathieu L.

Je commence à  en avoir assez d’entendre dire que la productivité tue l’emploi. C’est un raisonnement qui se répand à  la vitesse de la poudre et qui est totalement infondé.

Ce raisonnement relève de la fausse bonne idée du partage du travail; la même qui a conduit à  l’ineptie des 35 heures. Si la quantité de travail était une valeur finie, vous auriez peut être raison, mais il n’en est rien.

Les besoins de main d’oeuvre sont fluctuants, et dépendent essentiellement du niveau de la consommation. Si la demande augmente, les besoins de main d’oeuvre augmentent également. Et c’est donc en favorisant la consommation qu’on crée le plus sà»rement de l’emploi. Mais pour celà , il faut deux choses : que le niveau des salaires le permette, et que le coà»t de la main d’oeuvre soit compatible avec les possibilités des entreprises. Sinon, vous n’obtiendrez jamais le niveau d’activité comptabile avec le « plein emploi » (notion bien vague au demeurant).

Comment faire pour augmenter le niveau des salaires nets tout en diminuant le coà»t du travail pour les entreprises ? La réponse est simple : en cessant de surtaxer les salaires. C’est dans cet esprit que je suis notamment pour le transfert des charges dites patronales sur la valeur ajoutée, dont l’assiette est beaucoup plus large que les salaires. A volume égal de cotisations, alors même qu’il est souhaitable par ailleurs que ce volume régresse, leur poids sur le coà»t de la main d’oeuvre serait donc considérablement allégé.

Nous n’avons pas aujourd’hui les besoins pour recréer les emplois manquants, vous avez raison. Relancer la machine économique en redonnant du pouvoir d’achat et en diminuant les charges est une bonne solution pour recréer ces besoins manquants.

Concernant les emplois non pourvus, je connaissais ce chiffre de 700000 emplois. Mais les chiffres de ces statistiques, comme de bien d’autres, sont triturés à  l’envi par ceux qui les présentent en fonction de leurs propres besoins. Par exemple, ces 700000 emplois sont-ils de vrais emplois, c’est à  dire des « équivalents plein temps », ou des postes y compris à  temps (très) partiel ? C’est la principale pomme de discrorde entre les analystes sur le sujet. Il y en a d’autres.

Il n’en demeure pas moins, quel qu’en soit le nombre réel, que si elles demeurent insatisfaites, c’est bien que ces offres ne correspondent pas au profil des demandeurs, sauf à  considérer qu’ils pourraient être pourvus par des chà´meurs qui se suffisent de leurs indemnités et qui refusent les offres (ce qui existe sans aucun doute pour une partie d’entre eux). Je ne prétends pas que l’on devrait forcer les gens à  se former conformément aux besoins du marché. Je dis seulement qu’ils devraient être mieux informés sur ledit marché, et à  partir de là  prendre leurs responsabilités en connaissance de cause. Ce n’est pas à  la collectivité de financer les « ratages » dus aux erreurs d’orientation quand celle-ci est le fait d’un individu correctement informé des besoins.

Il faut aussi prendre en compte le fait que l’orientation ne peut pas être pertinente si elle a lieu trop tà´t, en raison du délai entre le choix de la formation et l’emploi effectif. Et surtout, elle ne peut pas l’être si elle est faite collectivement au sein des rouages d’une institution aussi lourde que l’EN. Il faut laisser aux lycéens, puis aux étudiants, et même aux diplà´més, la possibilité de changer librement de voie en cours de route. Il faut également les responsabiliser. Faire payer les études n’est pas une idée idiote dans cette optique, à  condition évidemment d’aider les moins fortunés par des bourses. Mais ces bourses pourraient parfaitement être le fait du privé, qui verrait là  sans aucun doute le moyen de former les élèves à  ses propres besoins. Encore une fois, l’Etat n’est pas le seul à  pouvoir, et encore moins à  devoir, financer (par l’impà´t quand il s’agit de l’Etat) tout et n’importe quoi.

Enfin, votre proposition d’augmenter les salaires pour relancer la demande serait séduisante dans un monde fictif o๠les enteprises seraient assez solides pour le supporter en attendant les retombées de la relance ainsi créée sur leurs carnets de commandes. Mais nous ne vivons pas dans ce monde fictif, et dans le monde réel elles n’en ont pas les moyens. On peut s’obstiner à  dire le contraire, mais la réalité implacable est bien celle-là . D’o๠l’idée de jouer sur les charges et non sur le salaire lui-même.

Dernière chose, car entre temps j’ai lu votre dernier commentaire et la réponse de Lomig, concernant le choix de l’établissement scolaire et l’éternelle bagarre public / pivé. La question dont vous débattez est une question de fond. Il s’agit simplement de savoir si l’on veut que les gens soient libres ou si l’on veut que « Big Brother » décide pour eux. C’est vrai que la solution « Big Brother » peut paraître à  première vue plus égalitaire, puisque le même cursus décisionnel est appliqué à  tout le monde. C’est vrai aussi que dans ce cadre plus personne n’a son mot à  dire, et que le résultat est un formatage autoritaire qui conduit obligatoirement à  un nivellement par le bas. Et j’en reviens une nouvelle fois à  l’opposition entre égalité de moyens (ou de droits) et égalité de fait. L’égalité de fait est un leurre que même le système que vous prà´nez n’atteint pas et n’atteindra jamais. L’égalité de moyens (de droits) est, elle, parfaitement légitime, parfaitement réalisable et parfaitement équitable. Pour le sujet qui nous occupe, elle consiste à  admettre légalement que chacun a le libre choix de son orientation et de son établissement d’une part, et que chaque établissement a le libre choix de ses élèves d’autre part. Evidemment, qui dit liberté dit responsabilité, et chacun doit supporter les conséquences de ses choix. Le résultat est un contrat passé entre l’élève et son établissement, avec autant les obligations que les droits de chacune des deux parties, y compris en termes financiers. Pour ce qui est des bourses en faveur des moins fortunés, j’ai déjà  dit plus haut ce que j’en pensais. Je ne vois rien d’anormal à  ce qu’elles soient le fait du privé, en liaison avec ses besoins, et versés sous conditions de résultat, ce qui en serait évidemment la conséquence logique.

A bientà´t.

Mathieu L.
Invité
14 années il y a

Bonjour LOmiG,

Tout d’abord, le système finlandais pose de nombreuses questions concernant l’organisation de l’Education. Contrairement à  ce que l’on pense souvent, la plupart des enseignants français ne seraient sans doute pas opposés à  la concurrence, si les conditions de départ étaient identiques partout, mais ce n’est absolument pas le cas. J’affirmerai ici une chose claire et, là  encore, sans statistique, c’est que les bons établissements le sont par leurs élèves, et non par le niveau d’enseignement qui y est dispensé. En effet, les profs sont les mêmes aujourd’hui car les diplà´mes sont les mêmes, seule l’expérience varie parfois. Personnellement, je suis dans un établissement o๠les élèves sont considérés comme faibles, et nous faisons pourtant une multitude d’activités diversifiés qui ont de réels succès pédagogiques. Pourtant, les bons élèves des classes moyennes et aisées n’y viendront pas, parce que c’est la zone. L’école ne fonctionne pas hors de la société, et toutes ses divisions s’y retrouvent.

Je signale ensuite qu’un prof peut être viré aujourd’hui, et cela arrive d’ailleurs régulièrement, pour des affaires de pédophilie ou morale souvent. Malheureusement, l’Etat, comme les établissements privés, n’ont pas les moyens de virer en masse les enseignants, car on manque cruellement de personnels. D’ailleurs, il n’y a qu’à  voir le peu de suppressions de poste que les doctrinaires du gouvernement peuvent faire, et les réactions que cela suscite chez les enseignants, qui savent que les conditions de travail des élèves se dégradent. Cette situation sera aggravée par la hausse démographique qui commence à  arriver dans les maternelles en ce moment. D’autre part, n’oublions pas l’importance du statut au plan politique, qui nous permet d’enseigner en respectant les recherches des historiens et des géographes et pas les délires des politiques, comme lors de l’affaire Guy Moquet par exemple. Les enseignants ont besoin d’une vraie liberté par rapport à  leurs disciplines: sans statut, serons-nous obligé d’enseigner le « bon temps des colonies », des visions orientées des événements ou la vision uniquement libérale de l’économie? Il faut garantir que les enseignants, même virables, puissent continuer à  enseigner librement tous les aspects de leurs disciplines. D’autre part, le chef d’établissement peut-il, de manière cohérente, juger de la qualité d’un prof qu’il n’a jamais vu travailler? Je crains qu’il ne vire plutà´t le prof qui l’emmerde au conseil d’administration…

Ah, la note… Grand culte en France, et là , je suis d’accord avec toi: la note pourrit nos relations aux élèves et est souvent plus que relative. Mais, en France, la note est culturelle, et il n’y a qu’à  voir l’impressionnante attente des parents sur ce sujet. J’aimerai qu’on s’en débarrasse, mais on y est pas…

Reste un problème avec la Finlande: les résultats du secondaire sont certes excellents, mais ceux des universités sont mauvais, ce qui pose question. La productivité des salariés sur place est beaucoup plus faible qu’ici. Enfin, tu nous dis qu’on doit s’occuper des élèves en priorité, mais là  encore, comme dans la plupart des pays du Sud de l’Europe, c’est complètement inhabituel. On est dans un système o๠le prof impose son autorité plutà´t qu’un système ou l’élève s’exprime. Je souhaiterai que cela soit différent, mais je crains que nos concitoyens n’y soient pas encore prêt culturellement…

Mathieu L.
Invité
14 années il y a

Bonjour René,

Nous ne serons jamais d’accord sur le travail. Je ne vois pourquoi on doit exiger d’une population qui a haussé fortement sa productivité depuis 30 ans, de travailler autant voire plus pour des salaires équivalents. C’est un marché de dupes. La productivité est centrale, même si je n’y vois pas forcément derrière l’idée de la baisse du temps de travail.

Votre idée sur la quantité du temps de travail disponible me semble là  aussi étonnante. Comment peut-on faire varier la quantité de travail disponible? Soit on augmente le temps de travail, ce qui risque de s’avérer difficile à  supporter pour les salariés, sinon je ne vois pas pourquoi toutes ces luttes dans le passé pour diminuer le temps de travail; soit on augmente le nombre de gens au travail (en réduisant le temps d’étude des jeunes ou en allongeant la durée de travail des vieux); soit on mène des politiques pour faire augmenter la population salariée par l’immigration et la natalité; soit on augmente la productivité des salariés. Je maintiens qu’en France, on a choisi la dernière voie, alors qu’aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, on a utilisé les premières. La voie française oblige finalement un chà´mage élevé qui, je l’ai dit à  LOmiG plus haut, permet aussi aux entreprises de ne pas trop augmenter les salaires et de supporter les coà»ts du travail et de la production, tout en continuant à  hausser la part de la valeur ajoutée allant au capital. Il y a donc un cercle vicieux français qu’il faut briser.

Concernant votre vision de l’organisation de l’éducation, je suis d’accord sur la nécessité de permettre aux élèves d’avoir le libre-choix de leur parcours scolaire. Je tiens cependant à  ajouter plusieurs éléments pour enrichir la réflexion commune. Tout d’abord, les élèves ne sont pas libres de leur choix, au sens pur du terme. Ils sont sous la pression de la famille et du groupe social. Ensuite, ils n’ont pas non plus la maturité de juger toujours efficacement de la qualité de leurs choix, même s’ils sont très informés par ailleurs, car ils n’ont pas non plus la maturité requise. On ne peut demander à  un gamin de 15 ans d’avoir la même cohérence de choix qu’un adulte de 50 ans, ni de signer des contrats qui ont la même valeur, car le sens de contrat est encore une notion à  construire.

Sur ton projet de choix d’établissement, je reste sur mes positions. Ce que tu proposes est simplement la dilution de Big Brother, qui sera dans une multitude d’établissements plutà´t qu’au plus haut niveau. Je ne vois nulle liberté là -dedans, et même encore moins, car il est impossible d’identifier o๠se fait réellement le choix: les pistons auront quartier libre, et c’est dommageable pour la cohésion sociale. Je préfère toujours que Big Brother soit nu et visible, plutà´t que caché et pouvant agir comme il le souhaite. Quand à  l’égalité de moyens, elle n’existe pas aujourd’hui. Les établissements difficiles n’ont pas les mêmes publics, des enseignants moins expérimentés, n’ont pas les mêmes ressources locales, y compris au niveau des entreprises… Je ne vois pas la situation changer dans un système concurrentiel. En plus, pour ce qui est de l’aide du privé, il n’y aura des bourses que pour les bons élèves pauvres, comme aux Etats-Unis, mais qui aidera les élèves en difficulté qui nécessitent le plus de moyens et d’aide. La collectivité? Vous ne le souhaitez pas, mais il faut bien parvenir à  les former ou ce seront des chà´meurs en puissance…

Mathieu L.
Invité
14 années il y a

Pas du tout d’accord sur ton constat final. Tous les systèmes scolaires de notre planète sont inégalitaires, parce que la société l’est. Je ne vois pas comment l’école pourrait être pleinement égalitaire quand le monde extérieur ne l’est pas.

Les systèmes que vous proposez existent ailleurs. Prenons le temps de les analyser, de voir ce qui pourrait être fait chez nous, et ce qui ne le pourrait pas. Voyons les qualités et les défauts. L’Education de nos enfants ne mérite pas la précipitation, mais le temps du débat et de la réflexion.

Faire court??? Mais, enfin, c’est impossible! Aaarrgghhh. Bon, on va essayer…

Mathieu L.
Invité
14 années il y a

Mais là  aussi, c’est déjà  le cas. La France est tout de même dotée d’un important réseau d’établissements privés, libres ou sous contrats, dans lesquels les parents peuvent inscrire leurs enfants sans problème. De même, le précepteur est possible: la loi impose la scolarité jusqu’à  16 ans, mais ne précise pas comment les parents doivent la mettre en oeuvre.

Cinq lignes!!! Ouaahhh… lol

Mathieu L.
Invité
14 années il y a

Je crains que la suppression des aides d’Etat fasse s’effondrer les écoles privées, ou qu’elles haussent tellement leurs tarifs que le plus grand nombre en soit exclu. O๠alors, elles joueront sur la qualité des enseignants, ce qui peut être tout aussi dommageable…

Là  encore, les entreprises mesurent sans problème leur efficacité: profit or not profit. Pour l’éducation, les établissements sont évalués par leur image, notion bien irrationnelle et difficilement changeable. Les résultats au bac ou au brevet n’ont aucun sens, car ils sont liés aux élèves présents sur place…

Faire payer, mais combien??? Non, l’école, quand elle marche bien, bénéficie à  toute la collectivité et, je le répète, c’est une belle externalité positive dont les entreprises bénéficient autant que les citoyens. Nous devons tous payer d’une manière ou d’une autre. Je serai plus pour rendre l’impà´t plus équitable et plus progressif.

14 lignes… Bof…

Mathieu L.
Invité
14 années il y a

Ah, mais 50% des Français ne paient pas d’impà´t sur le revenu, et je ne pense pas qu’une éventuelle baisse de la TVA serait significative vu le contexte.

Le niveau juste, ce sera cher!!! L’éducation coà»te cher, malheureusement. Elle nécessite du matériel, des personnels très qualifiés, des locaux et donc des dépenses de fonctionnement et d’investissement. Aujourd’hui, la charge est répartie entre Etat et collectivités territoriales, et les usagers pour le privé.

jacques
Invité
14 années il y a

« si le marché est réellement ouvert à  la concurrence, le prix ira rapidement se rapprocher de son niveau le plus juste, à  savoir celui permettant une bonne adaptation offre / demande… »

Heureusement que vous avez mis un « SI », cher Lomig, car on sait tous qu’il n’y a pas concurrence en France mais ententes illicites à  peu près dans tous les secteurs. Celui-là  n’y échapperait probablement pas non plus.

jf.

jacques
Invité
14 années il y a

J’ai juste parlé d’ententes ILLICITES, ce qui est malheureusement courant actuellement et pas très « tolérable » !!!!
Mais merci pour le « cours » !!! :-(

jf.