Citation #87

Il n’y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d’en faire un dogme immuable ; il n’y a pas de règles stables, fixées une fois pour toutes. Il y a un principe fondamental : à  savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées, et recourir le moins possible à  la coercition.
Friedrich Hayek (1899-1992)

0 Comments

  1. Salut Lomig,

    Je vais me faire l’avocat du diable sur ce coup : le « principe fondamental » exposé par Hayek ressemble à  s’y méprendre à  un dogme !

  2. salut Rubin,
    on a toujours le droit de se faire l’avocat du diable, mais là  je ne comprends pas trop de quoi tu parles…le principe dont il parle est effectivement « ouvert » et non « figé ». Comment peux-tu y voir un dogme ???

  3. Un anti-libéral y verrait volontiers le dogme suivant : il ne faut pas recourir à  la coercition. Et si le dogme est le principe fondamental, intangible qui irrigue une pensée politique, nous aurions du mal à  le contredire littéralement.

    Mais nous pourrions effectivement lui répondre que s’il s’agit d’un dogme, alors c’est probablement le plus ouvert d’entre eux. Un dogme anti-dogmatique en somme, puisqu’il refuse la coercition qui serait nécessaire à  son application.

  4. salut,
    oui, d’une part. et d’autre part, la phrase d’Hayek dit « nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées, et recourir le moins possible à  la coercition. »

    L’utilisation du mot « possible », laisse une marge de manoeuvre et de la place pour plusieurs interprétations : il ne peut donc pas s’agir d’un dogme…

    ça aurait été une autre histoire s’il avait dit : « nous ne devons jamais utiliser la coercition, et toujours se reposer sur les forces sociales spontanées ».

    à  bientà´t ! merci pour ton mauvais esprit ! :wink:

  5. Salut LOmiG

    J’ai trouvé cette définition :
    Dogme = « Position d’un courant de pensée, point doctrinal, principe établi ou regardé comme une vérité incontestable… »
    Je crois qu’on est en plein dedans !…Pour Hayek, il y a « vérité incontestable » qu’il appelle « principe fondamental » mais c’est la même chose !
    Quand aux modalités d’application, il me semble que, dans son esprit la marge de manoeuvre soit assez maigre et que « le plus possible » et « le moins possible » se renforcent mutuellement pour ne pas laisser beaucoup de place à  des positions intermédiaires….ce qui, il faut lui reconnaitre, est en cohérence avec sa doctrine !
    Sauf à  jouer sur les mots cela me semble relever du dogme ! … Pourquoi pas !… mais pourquoi le nier ?

    Salut Rubin
    « Un anti-libéral y verrait volontiers le dogme suivant : il ne faut pas recourir à  la coercition. Et si le dogme est le principe fondamental, intangible qui irrigue une pensée politique, nous aurions du mal à  le contredire littéralement. »
    Effectivement, difficile de ne pas y voir un dogme ! …d’autant plus que l’on peut énoncer un dogme sans pour autant vouloir l’imposer par la coercition …mais pourquoi, un antilibéral ? …le fait de voir un dogme là  ou Hayek prétend qu’il n’y en a pas, n’équivaut pas à  porter un avis sur le fond du principe « fondamental » qu’il énonce ! …

  6. Nicolas :

    Je dis « un anti-libéral » parce que, et j’insiste, le principe fondamental de Hayek échappe in fine à  la qualification de « dogme » en ce qu’il refuse quasi tautologiquement le recours à  la coercition.

  7. salut Nicolas,

    je recopie la définition de dogme que l’on peut trouver sur Lexilogos :

    Dogme
    1. Proposition théorique établie comme vérité indiscutable par l’autorité qui régit une certaine communauté.
    2. RELIG. Point de doctrine contenu dans la révélation divine, proposé dans et par l’à‰glise, soit par l’enseignement du magistère ordinaire et universel (dogme de foi), soit par le magistère extraordinaire (dogme de foi définie) et auquel les membres de l’à‰glise sont tenus d’adhérer.
    3. PHILOS. et IDà‰OL. Thèse admise dans une école philosophique particulière

    Le dogme suppose une école, une autorité religieuse ou politique qui reconnait cette théorie comme indiscutable, et donc comme un dogme. Je crois qu’Hayek foncièrement anti-dogmatique. ET c’est la raison de sa phrase : il voit comme un avantage comparatif du libéralisme (par rapport à  d’autres idéologies ou courant de pensée) son cà´té non figé, ouvert à  la fois à  la tradition, et aux nouveautés apportées par les humaines, de manière non prévisible. C’est un peu le sens de « forces sociales spontanées ». Le libéralisme est une philosophie foncièrement évolutioniste, ce qui à  mes yeux la rend difficilement compatible avec quelque chose d »immuable » comme un dogme.

    Par ailleurs, et je suis un peu surpris, en fait, avec ton intervention : premièrement, Hayek n’a jamais dit que cela était incontestable.

    Deuxièmement, quand tu dis qu’il laisse peu de place entre le « moins possible » et « le plus possible », pour quelle raison ? Dans les termes il laisse beaucoup de place, justement…

    Troisièmement, tu donnes l’impression de ne pas vouloir qu’Hayek puisse avoir raison. Je ne vois pas trop, franchement, ce qu’il y a à  redire à  quelqu’un qui dit qu’il est souhaitable de recourir « le moins possible » à  la coercition (c’est également ma volonté et mon souhait) et « le plus possible » aux forces spontanées. Je rappelle que c’est Rubin qui a « grossi » le trait d’Hayek en « pas de coercition du tout ». Une fois la pensée caricaturée, il est aisée d’y voir un dogme. Mais c’est la caricature qui est dogmatique, pas la pensée exprimée dans la phrase d’Hayek…

    à  bientà´t, ta réponse m’intéresse.

  8. oui, j’avais bien compris ton propos, et j’en suis d’accord. Je précisais juste à  Nicolas qu’à  aucun moment Hayek, dans cette phrase en tout cas, ne tient de propos « radicaux » ou « excessifs ». Il dit juste que le libéralisme est attaché à  une diminution de la coercition et de la violence, et à  un accent mis le plus possible sur les « forces spontanées ». Je ne trouve pas grand-chose à  redire, et cela me parait presque du bon sens. Ce qui l’est moins, c’est qu’on ne précise pas toujours que ces valeurs très communément partagée sont le seul principe du libéralisme. Ce n’est pas une appropriation ; mais cela force à  reconsidérer le libéralisme sous un jour nouveau.

    C’est le but de cette citation, et des conversations sur les blogs : partager nos points de vue, et s’éclairer les uns les autres. non ?

  9. Salut LOmiG
    Salut Rubin

    Réponse un peu tardive pour cause de déplacement professionnel.

    Entendons nous bien, mon propos n’était pas de traiter Hayek de dogmatique…d’ailleurs je n’ai pas écrit « dogmatique » !

    Je trouve simplement un peu osé de sa part de commencer par affirmer « le libéralisme c’est pas un dogme » (sous-entendu que les autres formes de pensées le sont) pour énoncer, dans la foulée, ce qui lui ressemble comme 2 gouttes d’eau !

    Dire cela n’est pas une critique négative des principes énoncés dans la citation !

    D’ailleurs à  ce propos, je considère que la pensée particulièrement originale d’Hayek a été un apport majeur pour la pensée économique, il a été probablement un des plus convaincant défenseur du libéralisme notamment du fait qu’il ne s’appuie pas uniquement sur un modèle théorique nécessairement simplificateur et souvent loin de la réalité.
    Une des grandes forces d’Hayek est d’avoir été un véritable érudit, autant historien, philosophe, qu’économiste. En conséquence je ne le considère pas comme un « dogmatique » au sens que je lui donne c’est-à -dire quelqu’un qui bà¢tit ses théories en s’appuyant sur des concepts figés, sur une « vérité » qu’il ne peut remettre en cause. Je le considère d’autant moins comme tel qu’il s’est opposé aux écoles de pensée dominantes et qu’il a justement cherché à  en critiquer les dogmes le plus fréquemment admis !
    Enfin, je pourrais rajouter qu’il a été très lucide sur les limites de la capacité de compréhension des sociétés et des systèmes sociaux et donc sur la difficulté d’en tirer des conclusions catégoriques et définitives !

    Mon commentaire visait à  exprimer que ses travaux l’ont amené à  définir ce qu’il appelle des « principes fondamentaux », que ses principes il les a affirmés avec force et « conviction » les considérant et les présentant comme « sa vérité » sinon « la vérité » !
    Si je reprends la définition, il ne me parait pas exagéré de dire que, de par son influence, Hayek est une autorité qui a fait école et qui a énoncé des vérités « indiscutables » comme: la liberté prévaut sur la « coercition », l’individualisme prévaut sur toute forme de « collectivisme » ou encore que l’ordre « spontané » prévaut sur un ordre « construit»…toutes les caractéristiques d’un dogme selon la définition ! …mais je n’y vois aucune connotation négative !

    Evidemment que sa pensée s’appuie sur une philosophie profondément libérale sinon libertaire refusant car considérant comme inefficace toute « coercition » de la part de la Société !

    Mais pour autant je ne comprends pas l’argument qui consiste à  dire que puisque Hayek refuse (presque) toute coercition, il n’y a pas dogme ! Je ne vois pas en quoi dogme impliquerait nécessairement coercition (même si ça a été le cas de trop nombreuses fois dans l’histoire) !…d’ailleurs tu remarqueras que ta définition ne fait pas cet amalgame !

    A mon sens, lorsque l’on prétend (à  tort ou à  raison mais ce n’est pas la question) établir des principes fondamentaux en précisant qu’il aboutissent à  des règles dont il faut s’écarter le moins possible, tu définis un dogme !…mais je le répète, je n’y vois aucune connotation négative !

    Si je me résume, mon intervention ne visait pas les principes énoncés dans la citation mais la contradiction que j’y vois avec l’affirmation qui lui sert d’introduction.

  10. salut Nicolas,
    merci pour ces précisions. Je te rejoint entièrement sur la vision que tu as d’Hayek.

    Et visiblement une question de mot nous a empêché de nous rendre compte notre accord de fond. Je met une connotation négative dans le mot « dogme ». Je préfère dans ce cas le mot « principe ». Pour moi, par ailleurs, il y a un aspect « absolu » dans le dogme, que les termes « le plus, ou le moins possible » atténuent. On est d’accord, donc sur le fond, car je pense comme toi que le libéralisme est une philosophie « radicale », qui pose des principes et qui essaye de s’y tenir, parce qu’elles les considérent comme « juste ». Cela tranche avec l’espèce de « pragmatisme » de rigueur de nos jours, et qui autorise toutes les virevoltes idéologiques, toutes les trahisons intellectuelles, et qui finalement ne me convient pas tant que ça. J’ai longtemps considéré que le pragmatisme était une qualité : je me suis rendu compte après l’élection de Sarkozy que ce n’est pas du tout le cas. Le manque de cohérence dans la pensée me parait en fait un grand danger, et une source d’arbitraire importante…

    à  bientà´t !

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