Y a-t-il un Dieu ?

En furetant dans les rayons de livres d’occasion de la très belle librairie Jousseaume (galerie Vivienne), je suis tombé sur un essai de Jean-claude Barreau, « Y a-t-il un Dieu ? ». Même si la mauvaise question fermée du titre n’incitait pas vraiment à cet achat, j’ai lu quelques pages, et le ton, le style, m’ont convaincu de l’acheter : cela sentait en effet la simplicité, l’expérience et l’érudition humble.

Bel essai, personnel

Bien m’en a pris, car c’est un bel essai, qui donne à voir la vision assez large, globale, de l’auteur sur le monde, l’humain, la conscience, et … bien sûr, Dieu. Beaucoup de beaux passages, beaucoup de lectures en commun et pas mal de citations pour ma collection. Par exemple, celle-ci, de l’Abbé Pierre :

La vie doit être une désillusion enthousiaste.

L’essai est personnel et cela lui donne un tour plutôt agréable à suivre.

Manque de rigueur

Mais le livre pèche par son manque de rigueur ; ou plutôt par une attitude surprenante consistant à faire des petits « sauts logiques ». Un raisonnement bien construit, et qui termine sans raison par une conclusion erronée, ou à tout le moins simplement le fruit d’une croyance. Et c’est plus ou moins assumé, car c’est le coeur de l’argumentation, en tout cas de la description de la croyance de l’auteur : la conscience humaine est si incroyable (en tant que phénomène, ce que personne ne nie) qu’il faut qu’il y ait une conscience « divine » qui l’explique. Il ne semble pas concevable, pour Barreau, qu’un phénomène soit « étonnant », « merveilleux », sans avoir une cause connue ou identifiée, ou autre que le hasard et la nécessité. Plus ça va, et plus il me semble que l’attitude agnostique est la seule compatible avec la raison ; ou pour être plus précis, le bon raisonnement ne saurait faire l’économie de la plus élémentaire prudence, et du sens de la distinction.

Riche

Je recommande néanmoins la lecture de ce livre très riche. Il donne un éclairage très direct et lucide sur l’islam (que l’auteur connait bien), et ses différences philosophiques et spirituelles avec la foi chrétienne. L’éclairage très intéressant sur la prière comme moyen d’être dans « l’attention », en référence à Simone Weil (beaucoup citée par l’auteur), me permet, non pas de laisser le mot de la fin à Barreau, mais de vous repartager ce très beau texte de Weil (texte intégral disponible ici : Attente de Dieu).) :
Bien qu’aujourd’hui on semble l’ignorer, la formation de la faculté d’attention est le but véritable et presque l’unique intérêt des études. (…) La plupart des exercices scolaires ont aussi un certain intérêt intrinsè-
que ; mais cet intérêt est secondaire. Tous les exercices qui font vrai-
ment appel au pouvoir d’attention sont intéressants au même titre et
presque également. (… )N’avoir ni don ni goût naturel pour la géométrie n’empêche pas la recherche d’un problème ou l’étude d’une démonstration de développer l’attention. C’est presque le contraire. C’est presque une circonstance favorable.
Même il importe peu qu’on réussisse à trouver la solution ou à sai-
sir la démonstration, quoiqu’il faille vraiment s’efforcer d’y réussir.
Jamais, en aucun cas, aucun effort d’attention véritable n’est perdu.
Toujours il est pleinement efficace spirituellement, et par suite aussi,
par surcroît, sur le plan inférieur de l’intelligence, car toute lumière
spirituelle éclaire l’intelligence.

2 Comments

  1. Une fois de plus tu te trompes mon ami.
    La raison humaine est imparfaite, elle ne peut donc arriver qu’à des erreurs sans même le savoir car l’homme utilise sa raison pour savoir si sa raison est juste. Comment savoir si sa raison est fausse ? On ne peut pas.
    Tu nies les fruits de Dieu que tu connais pourtant, pour avoir lu (ou du moins parcouru) mon livre Ce que le monde doit au protestantisme.
    Qui a inventé la démarche scientifique, qui a donné la science moderne, la révolution industrielle et scientifique ? Le protestant Francis Bacon.
    Hasard ? Le hasard n’existe pas, car rien n’échappe à la loi de la causalité.
    Des milliers d’années avant Francis Bacon personne n’avait trouvé la démarche scientifique, que Bacon a trouvé grâce à Dieu (dit-il lui-même).
    Dès lors, opposer religion et raison est faux quand il s’agit du protestantisme, qui a donné les meilleurs fruits de l’histoire de l’humanité, et qui a sorti des milliards d’êtres humains des castes, de la pauvreté et des dictatures.
    Comme tous les pêcheurs qui n’ont pas été touchés par la grâce de Dieu, tu nies ces faits pourtant indéniables sous prétexte que Dieu n’est pas devant toi à te parler directement. En fait il l’est, mais là aussi ça ne t’intéresse pas, il parle via la Bible, qui est le livre le plus lu, le plus traduit et le plus influent de toute l’histoire. Ecrit sur 1500 ans par 40 auteurs, c’est impossible sans Dieu. Il existe 6000 manuscrits du nouveau testament, cent fois plus que n’importe quel autre manuscrit de l’Antiquité (que tu ne remets pourtant pas en cause). L’histoire de Jésus est aussi attestée historiquement, et moi qu’Il a converti par la grâce de Dieu je te garantis que Dieu existe et qu’il va tous nous juger à notre mort. Or nous sommes tous destinés à l’enfer puisque nous sommes pêcheurs. Nous avons une dette envers Dieu, que nous ne pouvons payer par nos propres moyens car aucun pêcheur ne peut plaire à Dieu. Seul Jésus est notre salut car il a payé pour nos péchés. Il faut donc te repentir de tes péchés et croire en Jésus pour être sauvé. Lis la Bible, et vois si tu reconnais Jésus comme ton Seigneur et Sauveur, c’est tout ce que je te souhaite car ta vie aura du sens, alors qu’aujourd’hui elle n’en a pas (on vit, on meurt, sans laisser de trace, pourquoi ?). Amitiés.

    1. salut Jean, merci pour ton commentaire. Je ne crois pas opposer dans mon billet religion et raison. Le fait de dire que Bacon a inventé la démarche scientifique grâce à Dieu n’est pas une preuve de quoi que ce soit.
      en fait moi je comprends assez bien ceux qui croient en Dieu, et je respecte cela. Je leur pose simplement la question, en toute honnêteté : « qu’appelles-tu Dieu ? ». Les seules réponses un peu convaincantes que j’ai trouvées pour le moment sont celle de Spinoza (Dieu = Nature, c’est-à-dire tout ce qui existe, et donc Dieu devient synonyme de Réel), et celle du rabbin Adin Steinslatz, très proche finalement, et qui parle de sens, comme tu le fais à la fin de ton commentaire :
      « La croyance en Dieu peut être naïve et puérile ou bien raffinée et élaborée. Les images que nous nous en faisons peuvent être absurdes ou philosophiquement abouties. Cependant, cette croyance, une fois débarrassée de tout verbiage, se résume ainsi : l’existence a un sens. Certains pensent, probablement à tort, qu’ils le connaissent, alors que d’autres se contentent d’y réfléchir. Tout ce que nous vivons apparaît comme un ensemble décousu. Le fait que nous nous efforcions de relier entre elles ces différentes particules d’information repose sur notre foi, a priori, qu’il existe bien une certaine connexion. »
      Adin Steinsaltz, Mots Simples

      Explicitée ainsi, la croyance en Dieu est une réflexion sur le sens de la vie. Cela évacue un Dieu doué d’une volonté ou d’une personnalité, et cela souligne, au même titre que toi, tout l’intérêt des évangiles et des textes bibliques (que j’ai en partie lus). Vu sous ce prisme, il n’y a pas grande différence entre un agnostique ou un athée qui réfléchissent au sens de l’existence, et un croyant rationnel.

      mais toi, qu’appelles-tu Dieu ?

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