PremiĂšre injustice : faire entrer de force dans la sociĂ©tĂ©, et par le cĂŽtĂ© des cotisations, des citoyens qui ne doivent pas concourir aux rĂ©partitions de secours. Ensuite, sous prĂ©texte d’unitĂ©, de solidaritĂ© (que sais-je?), il s’avisera de fondre toutes les associations en seule soumise Ă Â un rĂšglement uniforme. Mais, je le demande, que sera devenue la moralitĂ© de l’institution, quand la caisse sera alimentĂ©e par l’impĂŽt; quand nul, si ce n’est quelques bureaucrates, n’aura intĂ©rĂȘt Ă Â dĂ©fendre le fond commun; quand, chacun, au lieu de se faire un devoir de prĂ©venir les abus se fera un plaisir de les favoriser; quand aura cessĂ© toute surveillance mutuelle et que feindre une maladie ne sera autre chose que jouer un bon tour au Gouvernement? […]
BientĂŽt qu’arrivera-t-il ? Les ouvriers ne verront plus dans la caisse commune une propriĂ©tĂ© qu’il administrent, qu’ils alimentent, et dont les limites bornent leurs droits. Peu Ă Â peu, il s’accoutumeront Ă Â regarder le secours en cas de maladie et de chĂŽmage non comme provenant d’un fond limitĂ© prĂ©parĂ© par leur propre prĂ©voyance, mais comme une dette de la sociĂ©tĂ©. Ils n’admettront pas pour elle, l’impossibilitĂ© de payer et ne seront jamais contents des rĂ©parations. L’Ă©tat se verra contraint de demander sans cesse des subventions au budget. LĂ Â , rencontrant l’opposition des commissions des Finances, il se trouvera engagĂ© dans des difficultĂ©s inextricables. Les abus iront toujours croissants, comme c’est l’usage, jusqu’Ă Â ce que vienne le jour d’une explosion. Mais alors on s’apercevra qu’on est rĂ©duit Ă Â compter avec une population qui ne sait plus agir par elle mĂȘme, qui attend tout d’un ministre ou d’un prĂ©fet, mĂȘme la subsistance, et dont les idĂ©es sont perverties au point d’avoir perdu jusqu’Ă Â la notion du Droit, de la PropriĂ©tĂ©, de la LibertĂ© et de la Justice.
FrĂ©dĂ©ric Bastiat, 1850, Ă Â propos des caisses privĂ©es de l’Ă©poque
Chose remarquable et trop peu remarquĂ©e, ce n’est point la pensĂ©e qui nous dĂ©livre des passions, mais c’est plutĂŽt l’action qui nous dĂ©livre.
L’homme devient un ĂȘtre social non pas en sacrifiant ses propres intĂ©rĂȘts Ă Â un Moloch mythique appelĂ© SociĂ©tĂ©, mais en cherchant Ă Â amĂ©liorer son propre bien-ĂȘtre.