Philip K. Dick est dĂ©cidĂ©ment mon auteur de science-fiction favori. Ses histoires, toujours super imaginatives, crĂ©ent des mondes incroyables, mais dans lesquels les personnages se comportent toujours de manière très humaine, très proche de nous. Ce dĂ©calage entre l’inconnu des univers fantastiques, et le « connu » (familier, plutĂ´t) de nos ressorts cognitifs, est vraiment extrĂŞmement agrĂ©able. Il rĂ©sonne, chez moi, avec ce que je ressens très souvent Ă la contemplation du monde dans lequel nous vivons.
Le guĂ©risseur de cathĂ©drale, c’est un spĂ©cialiste de la rĂ©paration de la cĂ©ramique, un peu paumĂ©, voire dĂ©sespĂ©rĂ©, et qui voit sa vie basculer Ă la suite d’un mystĂ©rieux message lui proposant de venir sauver une cathĂ©drale enfouie sous la mer, sur une autre planète. Je ne vous dĂ©voile pas le scĂ©nario, mais on croise lĂ le Glimmung, sorte de divinitĂ© extraterrestre, qui est le chef de ce projet fou de renflouement de cathĂ©drale, tout un tas d’humanoĂŻdes et de formes de vie Ă©tranges. Il y a question de solitude, du sens de la vie, et de plein d’autres thèmes très humains, tout juste touchĂ©s du doigt, mais Ă chaque fois avec une grande justesse.
La scène de conclusion, ode Ă l’activitĂ© de crĂ©ation, est splendide. Je vais aller regarder la liste de ses ouvrages, pour voir par quel chemin je peux continuer Ă dĂ©couvrir cette oeuvre fantastique.
Catégorie : 📚 Livres
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Le guérisseur de cathédrale
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Le casse du siècle
Sarah Knafo est impressionnante. Elle est visiblement surdouĂ©e avec les chiffres, très travailleuse, et d’une clartĂ© incroyable pour expliquer les choses, mĂŞme complexes. Alors bien sĂ»r, je n’ai pas « appris » grand-chose Ă la lecture du livre (mĂŞme si ça fait toujours du bien d’actualiser les chiffres, les ordres de grandeurs), car cela fait longtemps que, par mon travail et mes lectures, je suis convaincu que l’Etat socialiste nous vole, et que la gabegie est d’une ampleur calamiteuse. Mais, car il y a un mais, la clartĂ© du propos et la rigueur de la dĂ©monstration font tout l’intĂ©rĂŞt du livre. On y dĂ©couvre une vue d’ensemble, rarement posĂ©e avec autant de prĂ©cision, portĂ©e par une vision patriotique et libĂ©rale (bon teint, assez loin parfois de mes propres positions plus libertariennes, mĂŞme si elle cite Bastiat, et Friedman). L’auteure est convaincue qu’il faut un Etat fort, bien gĂ©rĂ©, et qui en donne aux français pour leur argent. La colère devant l’ampleur du dĂ©sastre est très bien compensĂ©e, dans le livre, par l’apport bĂ©nĂ©fique d’une vision claire et de solutions Ă portĂ©e de main que propose la dĂ©putĂ©e europĂ©enne. Sans dogmatisme, avec pragmatisme.
Enquête policière
Le fil du livre est clair : nous sommes devant le casse du siècle, et il faut donc enquĂŞter. C’Ă©tait le « truc » qui me donnait envie de ne pas lire le livre, et au final, c’est ce qui donne tout son charme Ă l’ouvrage. Suivant de manière implacable l’enquĂŞte, nous passons par :
- « L’instruction » : scène du crime, lois de l’enquĂŞteur, victimes, preuves, prĂ©judice, suspects et mise en examen
- « L’audience » : avec les accusĂ©s suivants bureaucratie, dĂ©pense publique, Ă©lu clientĂ©liste, fonctionnaire, folie normative et système social, ainsi que les complices
- « La parole Ă la dĂ©fense » : une sĂ©rie d’objections, de contre-arguments pour lesquels on ne pourra pas rĂ©former le pays, et que Sarah Knafo dĂ©samorce avec talent
Je n’ai pas encore terminĂ© le livre, mais il faut absolument le faire circuler, ne serait-ce que pour crĂ©er la discussion et l’Ă©change autour de ces sujets Ă´ combien importants, et contrecarrer la propagande socialiste permanente dont nous faisons l’objet.
J’ai particulièrement apprĂ©ciĂ© deux chapitres du dĂ©but : prĂ©judice et suspects.
PrĂ©judice, parce qu’il ne s’agit pas comme l’explique très bien la jeune politicienne, de simplement regarder ce qui se voit, mais aussi ce qui ne se voit pas. A la suite de Bastiat, et de Friedman, elle souligne pourquoi il ne s’agit pas juste de montrer ce qu’on nous a pris, mais aussi ce qu’on nous a empĂŞchĂ© de construire, gagner, gĂ©nĂ©rer. Le prĂ©judice, ce sont les innombrables dommages collatĂ©raux :
Mais il y a aussi ce qu’on ne voit pas. Ce qu’on ne chiffre pas. Il y a une rĂ©flexion de l’Ă©conomiste Milton Fridman que j’ai toujours en tĂŞte dans mon travail de dĂ©putĂ©e. Un rĂ©gulateur, disait-il, sera clouĂ© au pilori s’il autorise un mĂ©dicament qui provoque 100 morts. Mais s’il empĂŞche celui qui aurait sauvĂ© 100 000 vies, personne lui demandera jamais de comptes, car celles-lĂ n’ont pas de nom, pas de visage. Elle n’existent pas dans les statistiques. Elles n’existent pour personne.
Et elle enchaĂ®ne sur la voiture autonome (excellent exemple) : personne ne titrera sur les morts Ă©vitĂ©es grâce aux vĂ©hicules autonomes, mais au premier accident de voiture autonome, l’information fera la une de tous les mĂ©dias. « Quelques morts visibles pèseront toujours plus lourd que des milliers de morts invisible. Alors on l’interdit. On adopte le principe de prĂ©caution. On prĂ©fère la prudence au progrès. »
Et « Suspects », parce que j’ai trouvĂ© ce chapitre rafraichissant et Ă©clairant : elle passe en revue toute une liste de faux-suspects, qu’elle disculpe les uns après les autres. Les milliardaires, le marchĂ©, les retraitĂ©s, l’UE, la mondialisation, l’immigration, la conjoncture, le PrĂ©sident de la RĂ©publique et les Français sont ainsi passĂ©s en revue. Ils ne sont pas bien sĂ»r exempts de critiques possibles : mais ils ne sont pas les bons suspects pour le casse du siècle.Bref j’ai hâte d’y retourner, et je ne saurais assez vous recommander de l’acheter, pour soutenir l’action d’une personnalitĂ© rare dans le champ politique, et des idĂ©es pragmatiques, patriotes, responsables. Quel bol d’air frais !
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Maintenant que l’hiver
Dès les premières phrases du roman d’Olivier Sebban, on est plongĂ© dans un style très particulier, saisissant par la longueur et la complexitĂ© des phrases. Par exemple, celle qui ouvre le premier chapitre :
Il se pencha sur sa moto et entama la sortie du dernier virage avant le pont, accĂ©lĂ©ra dans une montĂ©e de macadam humide, chaotique et ravaudĂ©e de plaques de goudron anthracite et couvertes d’un relief de gravillons et se retrouva entre les deux paravents d’acier Ă claire-voie de la passerelle dont le tablier enjambait une vaste zone de triage.
Olivier Sebban dĂ©roule une histoire assez sombre, dans un monde assez sombre aussi, gris et blanc de la froidure de l’hiver massif qui s’est abattu sur les hommes, et son style particulier nous le fait ressentir et y plonger de manière très sensuelle. Il tisse dans beaucoup de phrases un mĂ©lange d’action, de descriptions, qui distordent le temps de manière très agrĂ©able. J’ai beaucoup apprĂ©ciĂ© ce travail conscient, prĂ©cis, sur le style et la langue. L’auteur nous rappelle, par ses mots et son art, que nous lisons souvent des romans de scĂ©naristes, et non d’Ă©crivains. Olivier Sebban est Ă©crivain. La langue, tout autant que le rĂ©cit, est sa matière première. On y vit, on y respire d’une autre manière.
Nous suivons les aventures de Thomas, ancien rĂ©parateur de motos, activitĂ© devenue inutile depuis l’interdiction de l’usage du pĂ©trole. Il s’est reconverti en contrebandier de viande (elle aussi interdite par les gouvernants Ă©colos). Il vit dans un monde d’illĂ©galitĂ©, de petits coups, et empli d’une grande mĂ©lancolie, car il pleure tout autant le monde d’avant, disparu, que la perte de son frère lors de la Grande EpidĂ©mie, oĂą on lui a interdit d’assister Ă l’enterrement. Des drĂ´nes de la Brigade surveillent les faits et gestes des citoyens. Je ne rĂ©vèle pas la suite de l’histoire, mais une histoire d’amour avec la fille Sandra de la dĂ©putĂ©e en vue, va bouleverser sa vie, et permettre Ă l’auteur de mettre en scène, en plus de Thomas, illustration du citoyen moyen, des reprĂ©sentants du « monde qui s’en sort » dans le système, qui en connait les codes et en dĂ©tient les clefs.
J’ai adorĂ© ce roman, et son ambiance, ses thèmes, sont restĂ©s prĂ©sents dans mes pensĂ©es plusieurs jours après l’avoir terminĂ©. Un style incroyable et une histoire puissante, en rĂ©sonance avec notre Ă©poque. Un auteur que je suis très heureux d’avoir dĂ©couvert. -

Les racines du mal
Après avoir dĂ©vorĂ© « La sirène rouge », le premier roman de Dantec, j’ai relu « Les racines du mal ». C’est un polar, et il faut le prĂ©ciser, un polar de science-fiction. Car c’est le premier truc qui Ă©tonne dans le roman, et qu’on oublie Ă la lecture : le roman date de 1995 (il y a 30 ans), et Dantec fait vivre un personnage principal – Darquandier (alias Dark) – qui a créé une super-IA avec qui il interagit et poursuit l’enquĂŞte. Nous trouvons cela presque normal, mais je pense qu’en 1995, c’Ă©tait plutĂ´t bien barrĂ©. C’est d’ailleurs assez drĂ´le, cette intuition tout Ă fait juste concernant l’arrivĂ©e de l’IA, et de n’avoir pas anticipĂ© l’arrivĂ©e des smartphones. Dark ballade son IA partout avec lui dans son Laptop. En 2026, ça parait bien sĂ»r un peu Ă©trange.
Ensuite, c’est un polar hallucinĂ©, sombre, noir. Les tueurs dans le livre sont fous, dangereux, pervers, sadiques. Ils font le Mal parce qu’ils aiment cela. Pas d’excuses psychologiques Ă deux balles. MĂŞme si leur parcours est mis en perspective, ce sont de vrais « mĂ©chants ». Et tout s’enchaĂ®ne de manière magistrale, il faut bien le reconnaĂ®tre, et on est pris dans cette lecture poisseuse. D’autant plus, et c’est l’un des intĂ©rĂŞts du roman, que Dantec n’utilise pas le polar comme un genre pour dire faire dire des trucs Ă des personnages. La rĂ©flexion de Dantec, ses lectures (scientifiques, Ă©sotĂ©riques, religieuses, philosophiques) infusent le roman, et lui donnent une Ă©paisseur, une densitĂ© unique. Dantec n’Ă©crit pas un polar de SF parce que c’est le bon crĂ©neau. Il Ă©crit un polar de SF parce qu’il est « obsĂ©dé » par l’idĂ©e du Mal, et parce que – contrairement Ă beaucoup d’autres – il aime bien la science et la technique, il en comprend les implications, et la manière dont l’humain est un animal technique, par essence. Il aurait transformĂ© toute idĂ©e de roman en polar de SF : c’est son imaginaire qui est lĂ , Ă nu.
C’est un super roman. Dur, profond, dĂ©rangeant, brillant par moment, très humain et rĂ©aliste par ses personnages. Dantec a une plume fantastique. Allez, suivant : « Babylone Babies » sera mon roman de l’Ă©tĂ©. -

Ultra-Intelligence
Aymeric Roucher signe un livre facile Ă lire pour donner une vue d’ensemble de la vague IA. Sous-titrĂ© « Jusqu’oĂą iront les IA ? », il commence par rappeler ce que sont les IA & LLM, replace ces technologies dans le contexte plus large, branche cela avec les impacts dĂ©jĂ Ă l’oeuvre sous nos yeux, et dessine Ă traits rapides les possibilitĂ©s presqu’infinies offertes par ces outils, et les risques Ă©galement.
J’ai trouvĂ© plutĂ´t agrĂ©able le livre, mĂŞme si le dĂ©but est, quand on connaĂ®t un peu le sujet – comme c’est mon cas car je m’y intĂ©resse -, pas super poussĂ©. J’ai rapidement eu l’impression, un peu dĂ©sagrĂ©able, de lire le livre d’un (très) bon Ă©lève. Sur chaque thème, la structure est la mĂŞme : voilĂ ce qui s’ouvre comme champ des possibles, voilĂ pourquoi c’est formidable, voilĂ pourquoi il faut y faire attention. C’est un peu le livre d’un brillant ingĂ©nieur, qui a lu aussi un peu de philo, et qui cherche Ă faire du thèse-antithèse-synthèse Ă chaque Ă©tape de sa rĂ©flexion. C’est, de ce fait, riche, stimulant car cela force Ă considĂ©rer des options multiples, mais Ă©galement un peu plat, redondant, et Ă la fin je me suis demandĂ© ce que l’auteur avait Ă me dire de nouveau. Trop sage, ou trop politiquement correct, c’est aussi le livre d’un auteur qui est aussi un entrepreneur dans le domaine : pas question de prendre trop de risques avec le politiquement correct, pas question d’ĂŞtre trop clivant. On pourrait croire qu’il a fait relire et corriger son livre par une IA… L’image d’expert se soigne, avec un livre qui dĂ©montre l’expertise, mais ne comporte aucune vision.
En refermant le livre, je me suis demandĂ© : pourquoi ce livre ? Je suis un peu dur : pour un nĂ©ophyte, le livre est certainement très riche, et très profitable, et l’auteur est visiblement super intelligent et connaisseur. -

L’empreinte du faux
J’ai dĂ©vorĂ© le roman « L’empreinte du faux » de Patricia Highsmith. C’est un très beau roman, pas du tout un polar ou un thriller, mais plutĂ´t un drame, dĂ©crit du point de vue du personnage principal, l’Ă©crivain Howard Ingham. Il est en Tunisie pour Ă©crire un roman, et se trouve confrontĂ© Ă la fois Ă des Ă©vènements personnels bouleversants, mais aussi Ă un environnement culturel et naturel complètement nouveau. Ce roman rĂ©sonne avec la vie privĂ©e de Patricia Hisghsmith, rĂ©cemment sĂ©parĂ©e, passĂ©e par la Tunisie avant son installation en France.
J’ai trouvĂ© ce livre vraiment super, très bien Ă©crit, avec des ambiances très bien retranscrites (la scène de nuit dans le dĂ©sert est magnifique), une vision très « objective » des personnages, vus Ă la loupe, sans faux-semblants. Les thèmes (l’identitĂ©, le rapport Ă la vĂ©ritĂ© et aux autres, le mensonge) sont universels et traitĂ©s de manière très incarnĂ©e avec l’histoire concrète qui se dĂ©roule sous nos yeux. Certains passages sont vraiment très beaux, rappelant « L’Ă©tranger » de Camus par certains accents : l’Ă©trangetĂ© du monde et de ses situations, leur absurde parfois, illustrent Ă merveille la distance qu’entretient Highsmith avec ses personnages, bien qu’ils traitent de sujets personnels. Les personnages sont hyper justes, et jusqu’au bout, la tension narrative est puissante. Les personnages ne sont pas traitĂ©s avec bienveillance, mais on s’y attache d’autant plus. J’ai Ă©tĂ© très surpris par la qualitĂ© d’Ă©criture : quelle plume ! Il est temps que je relise un Mr. Ripley. Un petit extrait, pour la route, des chapitres dans le dĂ©sert. Howard et son voisin Jensen sont partis faire une excursion Ă dos de chameau avec un guide dans le dĂ©sert. Ils ont fait une pause pour la nuit dans une oasis, et discutent en fumant, et sirotant un peu d’alcool, et en Ă©coutant le vents et les Ă©toiles. Leur petit rĂ©chaud est la seule source de lumière.
« Allons faire une petite promenade », dit-il.
Jensen prit sa lampe Ă©lectrique. Il faisait très noir quand ils s’Ă©loignèrent du rĂ©chaud. Le rayon de la lampe dansait sur les rides irrĂ©gulières du sable, devant eux. Dans son imagination, Ingham transforma ces rides en montagnes, hautes de plusieurs centaines de mètres, puis Jensen et lui en gĂ©ants qui marchaient sur la lune; ou alors ils gardaient leur taille rĂ©elle et dĂ©ambulaient sur une nouvelle planète peuplĂ©e de minuscules ĂŞtre pour lesquels ces rides Ă©taient des montagnes. Ils allaient Ă pas lents, et ils se retournèrent d’un mĂŞme mouvement pour voir Ă quelle distance des palmiers ils se trouvaient. Les arbres n’Ă©taient plus visibles, mais le rĂ©chaud luisait comme une Ă©tincelle.