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  • La dernière avant-garde

    La dernière avant-garde

    Romaric Sangars est écrivain, essayiste et rédacteur en chef de l’excellente section Culture du magazine L’incorrect. J’ai eu la chance d’aller faire dédicacer son dernier ouvrage, « La dernière avant-garde » dans la librairie Philippe Brunet (et de passer une bien bonne soirée ensuite avec la bande de l’Inco). Je lui ai dit que je le trouve « bouleversant », et c’est ce que je pense. Je lui ai dit aussi que je trouve qu’il est un très grand passeur de symboles et de sens. Je vais essayer d’expliquer cela. En précisant en préambule que le style de Romaric Sangars, flamboyant, lyrique et romantique, précis également, est vraiment très agréable, avec les accents d’un auteur qui mêlerait Chateaubriand avec Philippe Muray. Un régal !

    S’appuyer sur le Christianisme et les cisterciens

    Le sous-titre le dit (Le Christ ou le Néant) : il s’agit pour Romaric Sangars de puiser dans les racines chrétiennes de l’Occident pour retrouver du ressort et faire revivre notre monde décadent, en lui réinsufflant désir, passion, goût du défi, projection vers l’avenir. Ce qui est passionnant, dans cet essai, c’est que le sujet est traité par le biais du prisme de l’art et de son histoire. Que nous dit l’art sur l’état de notre société ?
    L’auteur revient sur un moment particulier de l’histoire, chez les Cisterciens, avec Bernard de Clairvaux11. Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux, né en 1090 à Fontaine-lès-Dijon et mort le 20 août 1153 à l’abbaye de Clairvaux, est un moine bourguignon, réformateur de la vie religieuse catholique.. Il explicite en quoi, spirituellement, philosophiquement, ce moment a constitué un tournant majeur en Occident : Bernard de Clairvaux (et les cisterciens) ont re-interprété et donné une nouvelle perspective, humaniste, au symbole du Christ, et de l’incarnation. Parvenant à joindre les contraires dans un même symbole, faisant tenir les opposés en équilibre, la croix montre qu’il faut penser le corps spirituellement et l’esprit de manière charnelle :
    Ni simple matière, ni signe transparent, le corps crucifié renverse sa signification par une transmutation spirituelle. Le corps est un signe, mais un signe crypté, à traduire. Parallèlement, l’esprit est quelque chose qui s’incarne. Toute la spiritualité chrétienne est fondée sur cette permutation […].
    Pour sortir du dualisme, et pour réintégrer dans la pensée et dans l’art une visée qui sans nier le réel cherche à le transfigurer. Pour Romaric, les deux fruits de la crucifixion, symboliquement, sont « le réalisme transfigurateur et le déploiement de la personne ». C’est ce qu’a apporté Bernard de Clairvaux avec le « troisième avènement ». Le troisième avènement, c’est le Christ qui s’incarne en chacun de nous. Bernard a rêvé cela, et l’a traduit dans sa spiritualité en l’étendant à chaque être humain.
    Passant de l’universel à une personne précise et de l’absolu au relatif, le processus de l’incarnation venait de franchir un nouveau degré dans l’Histoire humaine en intégrant une articulation inédite. C’était désormais un phénomène aux échos infinis qui pouvait se répliquer en chacun, n’importe où, à n’importe quelle époque, et cette nouvelle interprétation de la kénose22. La kénose est une notion de théologie chrétienne qui signifie que Dieu se dépouille de certains attributs de sa divinité., son actualisation intime, Bernard allait la nommer « troisième avènement », ou « avènement intermédiaire ». Cet avènement intermédiaire, voilà ce qui allait nous offrir un destin. Ce qui avait lieu dans la grande Histoire sacrée avait désormais un reflet dans l’humilité de nos brèves existences. De là, des possibilités narratives jusqu’alors inconnues à l’humanité. De là, l’intérêt inédit, du moins à ce niveau, de représenter un visage singulier, un paysage réel, une aventure personnelle, alors que l’Esprit divin pouvait y reluire, justifiant tous ces sujets jugés autrefois dérisoires, mettant à disposition des artistes l’entièreté du monde créé.
    Il y a énormément d’autres choses passionnantes dans ce remarquable essai, que je relirai. Je n’avais à vrai dire jamais eu une explication si claire et si directe de la symbolique du Christ sur sa croix. Et un éclairage aussi limpide sur les implication philosophiques du Christianisme… à part dans Nemo.

    Le pendant charnel et sensible de Philippe Nemo

    Je ne peux pas faire d’éloge plus direct et plus sincère pour saluer cet essai : il résonne de toutes part avec l’excellent livre de Philippe Nemo « Qu’est-ce que l’Occident ?« . Nemo revenait sur chacun de ce qu’il appelle les 5 miracles de l’Occident, et notamment : la « Révolution papale » des XIe-XIIIe siècles, qui a choisi d’utiliser la raison de la science grecque et du droit romain pour l’inscrire dans l’histoire éthique et eschatologique bibliques, réalisant ainsi la première véritable synthèse entre « Athènes », « Rome » et « Jérusalem » ».
    Il y est question de l’énorme travail mis en branle par Grégoire VII, et les moines. On découvre aussi, dans Nemo, comment les réflexions, à la même époque que Bernard de Clairvaux, d’un Saint Anselme33. Anselme de Cantorbéry (en latin : Anselmus Cantuariensis), connu comme le « Docteur magnifique » (Doctor magnificus), est un moine bénédictin italien né à Aoste (Italie) en 1033 ou 1034 et mort à Cantorbéry (Angleterre) le 21 avril 1109. impulsent une bascule profonde dans la manière de considérer nos péchés, notre salut, et la valeur de notre action individuelle. Il s’agit de l’invention de la responsabilité (ni plus, ni moins) donc de la liberté :
    Résumons l’argument. La justice requiert que l’homme fournisse réparation du péché originel. Mais il ne le peut. Dieu le peut, mais il ne le doit pas. C’est pourquoi le rachat ne peut être accompli que par un homme-dieu, seul être qui, tout à la fois, le doive et le puisse. D’où l’Incarnation et la Croix. Or, celles-ci étant survenues, la question désespérante de la disproportion entre faute et salut est résolue. Le Christ, en effet, expie alors qu’il est totalement innocent ; il gagne, de ce fait, un excédent infini de mérites – un « trésor de mérites surérogatoires », comme on dira plus tard – désormais disponible pour abonder la dette infinie résultant du péché de l’homme. Ainsi, le salut n’est plus une simple perspective. La grâce de Dieu a été donnée. L’humanité est d’ores et déjà sauvée par le sacrifice du Christ. De cette doctrine anselmienne de l’expiation résultait implicitement un changement de perspective quant à la valeur de l’action humaine. Si le « péché originel » a été intégralement racheté, il ne reste plus alors à chaque homme qu’à racheter les « péchés actuels » accomplis pendant sa propre vie et dont il est individuellement responsable. […] Dans ce schéma, l’action humaine retrouve un sens, puisque, désormais, toute action humaine, quoique finie, compte dans le bilan. Quoi que fasse chacun, en bien ou en mal, cela importe réellement.
    Voilà qui complète l’éclairage de la symbolique de la crucifixion d’une autre manière.

    Le mot de la fin

    Vous pouvez aller écouter/voir Romaric parler de son livre chez Lignes Droites, ou lire son interview dans les pages de L’incorrect. Mais je lui laisse ici le mot de la fin. Cette foi dans la possibilité de perpétuer la lumière divine dans l’humain, exprimée avec force, et beauté, je la partage.
    Alors certes, la civilisation née du christianisme, poursuivie sous la forme profane et désormais dépassée de la « modernité occidentale », après s’être globalisée, est aujourd’hui en pleine crise. Pour autant, les vérités spirituelles dont cette civilisation s’est faite le véhicule avant de les dévoyer, ces vérités-là sont inarrêtables. Après leur manifestation, tout se trouve à jamais troué d’infini. A nous rendre fou, à nous faire totalement dérailler, à nous faire regretter l’ancien esclavage tant le vertige nous parait insoutenable. Comment assumer une telle liberté et une telle exigence que celles qu’a délivrées le Christ ? Comment supporter une telle dignité et ce à quoi elle nous oblige ? Et comme il est plus rassurant d’aller se terrer parmi les mammifères ou de se muer en zombie fanatique.
    Les anciens cycles ayant été définitivement débordés, la posture d’avant-garde ne se révèlera par conséquent jamais ni dépassée ni caduque, du moment qu’on ne se trompe pas de champ d’action. Il n’y a qu’un contexte plus ou moins opaque, qu’un rétrécissement temporaire sur la voie majeure, mais une seule ligne et aucune recommencement.
    La lumière lui quelle que soit l’épaisseur des ténèbres ; quelle que soit l’épaisseur des ténèbres, la lumière poursuit sa course. Et tout au long de sa course, afin de se révéler, la lumière réclame de pouvoir atteindre de nouvelles beautés. Car du point de vue du dieu que nous portons en nous, et qui s’incarne : c’est la beauté qui justifie la lumière. Que les nihilistes se déchaînent par leurres ou par balles, qu’enragent les iconoclastes, que se révoltent les somnolents, mais beaucoup de beautés nouvelles, encore, manquent à la lumière.
    Nous n’en avons pas fini.

  • L’Empire du Bien

    L’Empire du Bien

    Cela faisait un moment que l’Empire du Bien, de Philippe Muray, était dans ma pile. Sacré plume, incisive, avec un sens de la formule incroyable, et surtout quel contenu ! L’auteur y décrit notre monde avec un regard plus que critique : il déteste ce qu’est en train de devenir l’Occident. Refusant de voir le Mal, tentant de l’occulter, évacuant la réalité de la condition humaine (mort, solitude, absurde et liberté), ses contemporains (qu’il a décrit ailleurs comme des « homo festivus », et qu’il décrit dans l’Empire du Bien comme des « cordicolâtre » – adorateur du coeur, des bons sentiments) lui donnent visiblement une franche nausée.

    Incroyable interprète

    Bien sûr, ce n’est pas la notion de Bien en tant que telle que critique Muray, c’est le vernis de Bien qui habille la volonté entêtée de ne pas vouloir considérer le mal, tout en animant un petit cinéma visant à faire croire qu’il n’a jamais été autant présent. Le Bien domine, mais une sorte de « Bien réchauffé » :
    Oui, le Bien a vraiment tout envahi ; un Bien un peu spécial, évidemment, ce qui complique encore les choses. Une Vertu de mascarade ; ou plutôt, plus justement, ce qui reste de la Vertu quand la virulence du Vice a cessé de l’asticoter. Ce Bien réchauffé, ce Bien en revival que j’évoque est un peu à l’ »Etre infiniment bon » de la théologie ce qu’un quartier réhabilité est à un quartier d’autrefois, construit lentement, rassemblé patiemment, au gré des siècles et des hasards ; ou une cochonnerie d’ »espace arboré » à de bon vieux arbres normaux, poussés n’importe comment, sans rien demander à personne ; ou encore, si on préfère, une liste de best-sellers de maintenant à l’histoire de la littérature.
    Davantage la nostalgie du Bien que le Bien réel impossible. Voilà. Une sorte de prix de consolation. Un Bien de consolation, en somme.
    Ca ne pouvait plus durer les barbaries ! ça suffisait les horreurs ! Tout le monde au lit ! En clinique ! Tubes, chimie, visites, télé dans la chambre. Silence, on soigne ! L’hôpital ne rigole plus de la charité, c’est ensemble désormais, main dans la main, qu’ils prennent à coeur notre avenir. Sous anesthésie au besoin. Cure de sommeil. Calmants. Dodo.

    C’était, en 1991, un incroyable interprète de son époque.

    Libre

    Ce qui se ressent, au fil des pages, acerbes, dures, c’est un homme libre. Critiquant ceux qui veulent toujours plus contrôler les autres (par des lois), les empêcher de faire ce qu’ils veulent, ceux qui veulent que rien ne dépasse (le Consensus comme éthique de la discussion : « Le doute est devenu une maladie »), il décrit très bien, en avance, la formidable police de la pensée que sont devenus les médias.
    Quiconque sera surpris en flagrant délit de non-militance en faveur du Consensus se verra impitoyablement viré, liquidé, salement sanctionné. Comment la réalité tiendrait-elle devant de pareils sortilèges ? Les évènements n’existant presque plus, il faut en décréter de toute pièces, et dans le plus grand arbitraire.
    J’avoue avoir été touché par ses pages sur le collectivisme, car c’est un sujet qui me parle. J’ai une méfiance assez grande des mouvements collectifs, et me trouve plus dans mon élément face à des individus.
    Le télécollectivisme philanthrope hérite parfaitement, et en douceur, du despotisme communiste ainsi que des plastronnages vertueux de sa littérature édifiante, ses pastorales aragonesques comme ses idylles éluardiennes. Tous les cerveaux sont des kolkhozes. L’Empire du Bien reprend sans trop les changer pas mal de traits de l’ancienne utopie, la bureaucratie, la délation, l’adoration de la jeunesse à en avoir la chair de poule, l’immatérialisation de toute pensée, l’effacement de l’esprit critique, le dressage obscène des masses, l’anéantissement de l’Histoire sous ses réactualisations forcées, l’appel kitsch au sentiment contre la raison, la haine du passé, l’uniformisation des modes de vie. Tout est allé vite, très vite. Les derniers noyaux de résistance s’éparpillent, la Milice des Images occupe de ses sourires le territoire. Du programme des grosses idéologies collectivistes, ne tombent au fond que les chapitres les plus ridicules (la dictature du prolétariat au premier plan) ; l’invariant demeure, il est grégaire, il ne risque pas de disparaître. Le bluff du grand retour de flamme de l’individualisme, dans un monde où toute singularité a été effacée, est donc une de ces tartes à la crème journalistico-sociologique consolatoire qui n’en finit pas de me divertir. Individu où ? Individu quand ?Dans quel recoin perdu de ce globe idiot ?

    Dur, mais diablement salutaire

    Alors, bien sûr, ce livre est dur. Parfois trop, révélant une certaine misanthropie de l’auteur. Mais il tape souvent juste, et j’aime cette prise de risque, et ce côté foutraque : ça râpe, c’est dense, ça pique, et ça fait un bien fou. J’aurais bien aimé rencontrer ce gars là. Quel souffle d’air frais, quelle liberté ! Il me reste donc à entrer dans ma bibliothèque de citations quelques formules magnifiques trouvées dans ce livre, et certainement, un jour à lire son journal.
    Et vous ? Connaissez-vous les livres de Muray ? Avez-vous lu ses chroniques dans la Revue des Deux mondes ou dans Marianne ? Recommandez-vous un ou l’autre de ses romans ?

  • Gorgias

    Gorgias

    Gorgias est un classique de la philosophie, dense, compact, écrit par Platon, et qui raconte une discussion entre Gorgias, sophiste et maître de rhétorique, et Socrate qui on le sait, critiquait beaucoup les sophistes car, manipulant les mots et les idées pour être efficaces, ils n’avaient pas pour but la vérité et la justice.

    Dialogue à trois

    Le dialogue est en fait à trois : Gorgias, qui ne parle pas tant que cela, Socrate bien sûr, et Calliclès qui est un jeune politicien et qui utilise l’art de Gorgias. Ce n’est donc pas à proprement parler un ouvrage sur la rhétorique et ses techniques, mais plutôt un ouvrage sur la valeur morale de la rhétorique. Peut-on influencer les gens ? Si oui, quels moyens sont légitimes ?
    Socrate est sans pitié : il force, avec sa manière habituelle de conduire les échanges, en toute logique, ses interlocuteurs à reconnaitre que la rhétorique est un art oratoire qui sert à manipuler les gens, à jouer sur les croyances, quitte à travestir la vérité, ou à n’être pas juste. Donc à servir des intérêts particuliers et non des idéaux.
    « Socrate : Veux-tu alors que nous posions qu’il existe deux formes de convictions : l’une qui permet de croire sans savoir, et l’autre qui fait connaître ?
    Gorgias. – Oui, tout à fait.
    Socrate. – Alors, de ces deux formes de convictions, quelle est celle que la rhétorique exerce, « dans les tribunaux, ou sur toute autre assemblée », lorsqu’elle parle de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas ? Est-ce la conviction qui permet de croire sans savoir ? ou est-ce la conviction propre à la connaissance ?
    Gorgias. – Il est bien évident, Socrate, que c’est une conviction qui tient à la croyance. »

    A lire et à relire

    Si vous voulez en avoir un excellent résumé, complet, je vous invite à lire ce billet de blog superbement bien structuré et complet de Beaudoin Le Roux : Gorgias. Je pense pour ma part que c’est un livre majeur et que je le relirai : sa densité, l’ampleur des questions qu’il aborde, le rendent incroyablement puissant. La force de la logique et du raisonnement de Socrate est implacable. Il y a des arguments à opposer à l’idéalisme d’un Socrate : mais vu la branlée que se prennent Gorgias et Polos son disciple, il vaut mieux travailler un peu avant de s’y risquer !

  • L’anneau du pêcheur

    L’anneau du pêcheur

    Jean Raspail était décidément un auteur hors du commun : Le Camp des Saints, bien sûr, que tout le monde connaît, mais aussi Septentrion, m’avaient beaucoup plus. Et je n’ai pas été déçu par L’anneau du pêcheur, dans lequel je me suis donc plongé avec bonheur et où j’ai pu savourer son écriture si vive et si directe. Et cette histoire !

    Une histoire de dingue : les antipapes

    L’histoire s’appuie sur ce qui s’est passé au moment du Grand Schisme d’Occident : en 1378 à la mort du pape Grégoire XI, qui résidait à Avignon : son successeur, Urbain VI, n’est pas accepté par les cardinaux français, qui élisent un autre pape, Clément VII. Celui-ci revient s’installer à Avignon tandis qu’Urbain VI reste à Rome.
    Cette période de l’histoire est passionnante (je la découvrais) : il y a eu pendant plus de 50 ans, deux papes « officiels », l’un en Avignon, l’autre à Rome. Après de nombreux rebondissements (dont certains sont racontés dans le livre), Benoît XIII (Pedro de Luna, cardinal aragonais) est élu Pape en Avignon en 1394. Il finira par devoir s’exiler dans une place forte, Peniscola, et finira presque seul. Mais il réunira un conclave pour nommer un successeur avant de mourir, et l’un des cardinaux, prolongera à Rodez cette lignée d’antipapes, avec la nomination d’un Benoît XIV. Le roman pose comme thèse de départ que cette lignée de papes parallèles, les Benoît, s’est prolongée jusqu’à notre époque. C’est le deuxième récit parallèle dans le roman, où l’on suit un responsable du Vatican, parti à la recherche du dernier Benoît. Ce roman est donc l’histoire d’une lignée de Papes secrets qui se perpétue au cours des siècles.

    L’anneau du pêcheur : passionnant mélange de fiction et de réalité

    Le livre se dévore facilement, car il est bien écrit, rythmé et passionnant. Car avec quelques recherches, on se rend compte que la plupart des éléments de l’histoire sont vrais. Tous les personnages de l’époque du Schisme sont réels : Pedro de Luna, bien sûr, mais aussi le dominicain Vincent Ferrier, ou encore Jean Carrier. Et dans l’époque moderne on entend parler d’un certain Cardinal R, central dans la recherche du dernier Benoît. Comment ne pas faire le rapprochement avec celui qui deviendra … Benoît XVI ?
    Bref, vous l’aurez compris : superbe roman, historique et mystique, passionnant et intriguant.

  • Le climat par les chiffres

    Le climat par les chiffres

    Sous-titré « Sortir de la science-fiction du GIEC », le dernier livre de Christian Gerondeau est remarquable de concision et de pédagogie : factuel, sourcé, il s’ouvre sur une série de 23 graphiques commentés qui mettent les données disponibles en image.
    Si vous voulez rentrer dans le détail du contenu, je vous invite à visionner cette vidéo où il est interviewé par Charles Gave et Eric Léser de l’Institut des Libertés (discussion très intéressante et qui dépasse le cadre strict de l’ouvrage que je recense) :

    Si vous n’avez pas le temps, et en résumant à l’extrême : la quasi-totalité des discussions sur le climat, le C02 et l’impact de l’homme sont des sophismes. Les débats sur le climat tiennent non de la raison mais de la religion : les faits n’intéressent pas les gens, ils cherchent avant tout à être dans le camp des « gentils » (ceux qui vont sauver le monde en se suicidant). Le délire est pourtant assez simple à démonter, et Christian Gerondeau y parvient magistralement. Il a raison de dire, avec d’autres, que nous sommes devant la plus grande manipulation de tous les temps, dont les conséquences pour les pays développés sont graves.
    Réfléchissons en nous basant sur les faits, rappelle Gerondeau. Il est rapide de montrer que les efforts faits par les humains pour réduire leurs émissions de CO2 (si tant est qu’elles soient la cause d’une quelconque modification de température) sont inutiles : le flux (la production annuelle de CO2 mondiale) représente à peine 1/200e du stock (la masse totale de CO2 dans l’atmosphère terrestre). Faire évoluer nos productions de CO2 ne sert strictement à rien. D’autant plus que les pays en voie de développement vont augmenter leurs émissions, et ils ont bien raison car cela va sauver des vies : le manque d’accès à l’énergie, à l’électricité cause des millions de victimes : nous avons fait progresser notre niveau et notre qualité de vie en utilisant plus d’énergie, ce que font aussi les autres pays. Nous sommes en train, au nom de théories fumeuses, de nous tirer des balles dans les pieds. Et nous trouvons en plus le moyen d’être surpris que les autres ne nous suivent pas dans nos délires !
    Je vous invite vraiment à écouter la vidéo, et à lire le livre de Gerondeau. Sa position rejoint mon constat : nous sommes devant une mythologie, une foi, dérangeante dans son rejet des faits, de la réalité, et dans ses racines misanthropiques. Ce qui est flagrant, rageant, c’est que ce mensonge organisé est devenu une sorte de religion diffuse, officielle, mortifère et proprement suicidaire. Est-ce un signe de plus d’une décadence générale, ou l’un de ses moteurs principaux ?

  • Corps et âme

    Corps et âme

    C’est un bien joli cadeau que m’a fait une collègue quand j’ai quitté mon job précédent : bien sûr les cadeaux de départ étaient tous super (bouteilles de grands vins, et bon pour un grand restaurant), mais celui-ci avait le goût du cadeau plus personnel, plus intime, puisqu’elle m’a donné un de ses romans préférés. Je ne saurais assez la remercier, car j’ai trouvé cela très généreux, et plus risqué. Partager ce qu’on aime met en situation que cela plaise moins aux autres. Elle s’est livrée, et j’en suis très touché.

    Roman d’apprentissage

    Ce roman, c’est « Corps et âme », de Frank Conroy (1936 – 2005). C’est l’histoire d’un jeune garçon solitaire, livré à lui-même par une mère aimante mais fantasque, qui survit grâce à la découverte d’un piano dans le petit appartement en sous-sol où il passe ses journées. Il survit, et se découvre un don. Je passe sur les détails : il se révèle être un musicien exceptionnel, et les rencontres, le hasard, la chance, vont lui permettre de devenir pianiste professionnel. C’est un livre d’apprentissage, un récit initiatique assez classique dans sa forme : le jeune héros, Claude Rawlings, découvre la vie, profite des enseignements de plusieurs professeurs de piano, et d’un mentor, et finit par devenir, à force d’un travail acharné, passionné et passionnant, un grand pianiste. Il découvre au passage l’amour, la sexualité, les relations humaines, les drames qui structurent souvent la personnalité des humains et des familles.

    Excellent !

    J’ai dévoré le livre, qui est excellent, vraiment (merci Clara!). Le style est enlevé, précis et fait progresser l’action rapidement, tout en étant capable de s’arrêter dans des descriptions contemplatives merveilleuses. La description des moments de piano et de musique sont incroyables. J’ai été obligé au bout de 100 pages d’aller vérifier que l’auteur était bien pianiste : c’est le cas, Conroy était aussi pianiste de jazz, et ça se sent à beaucoup de moments. Seul un pianiste peut décrire aussi formidablement l’apprentissage du piano. Seul un musicien peut décrire avec autant de précision les processus d’interprétation, de création, de jeu à plusieurs. Le concert de jazz en duo à la fin du livre est extraordinaire, tout comme les moments de jeu avec un célèbre violoniste que Claude accompagne.
    J’ai adoré le livre pour un autre aspect, qui rejoint la part autobiographique du livre : Claude Rawlings n’est pas quelqu’un de normal. C’est un génie, que la musique sauve et révèle. Il n’est pas très conscient d’autre chose que de la musique. Il pose un regard détaché sur tout le reste, car il vit dans sa bulle, il vit dans la musique. Cela le protège, et le coupe aussi des relations « normales » des autres humains. Sans être vraiment spécial, il est atypique. Il est surdéveloppé des sens : cela se voit aussi quand il découvre la sexualité. Ce qu’il n’a pu développer dans la relation aux autres, il l’a compensé dans un rapport au sensitif très intense. Aucune dramatisation dans ce beau roman : un parcours tendu par l’exigence et l’évidence. Claude Rawlings ne pouvait être que pianiste. Toute sa vie s’articule autour de son travail et de son art. Les gens, les évènement autour de lui s’alignent naturellement sur ça. La ligne de force est claire. L’histoire avec son mentor Aaron Weisfeld, qui l’accueille dans son magasin de partitions et d’instruments, et l’initie au piano, est très émouvante à ce titre. L’histoire sombre de Weisfeld que l’on découvre à la fin donne une profondeur particulière au parcours entier du livre, et à la place de la musique et du travail dans la vie de Claude Rawlings.
    Un roman magistral, émouvant, à lire. Si vous aimez la musique, n’hésitez même pas une seconde !