Si vous lisez ce blog, vous savez que j’aime la science-fiction. J’ai dĂ©vorĂ© rĂ©cemment « Neuromancien », de William Gibson, qui est un classique de la SF. Et pour cause : c’est un super roman, et dĂšs 1985, Gibson invente – excusez du peu – le cyberespace et ce qui pourrait s’apparenter Ă la matrice (reprise dans le cĂ©lĂšbre film sous une forme plus Ă©voluĂ©e). En effet, le personnage principal peut se brancher avec des Ă©lectrodes dans le cyberspace pour aller y faire ses actions d’interactions avec les codes et les IA, et il peut parfois se faire manipuler par les IA s’y trouvant (notamment Winterhouse), le faisant vivre momentanĂ©ment dans un monde parallĂšle, ressenti, irrĂ©el, mais vĂ©cu comme tel.
Le style du roman est dense, direct, trash parfois. Les personnages agissent et leur Ă©motions sont rarement dĂ©crites dans une grande dĂ©bauche de dĂ©tail. L’action d’abord. Il y est question de hacking, de cyberspace donc, d’IA qui peuplent ce cyberespace, et comme dans toute histoire qui se respecte, les pĂ©ripĂ©ties font apparaitre des ĂȘtres malfaisants (humains ou non), et font miroiter au sein des personnages tout un tas de thĂšmes esquissĂ©s par l’auteur de maniĂšre subtile : la frontiĂšre entre le rĂ©el et le virtuel, la part de la mĂ©moire dans la construction du prĂ©sent, la place des objets techniques dans la vie des humains. Je ne dĂ©taille pas ici les rebondissements : c’est baroque Ă souhait, Ă©trangement moderne, nostalgique. Gibson a inventĂ© tout un univers qui a profondĂ©ment marquĂ© les imaginaires des gĂ©nĂ©rations suivantes. A lire, assurĂ©ment.
Un dernier point : la magnifique postface de Jack Womack, Ă©galement Ă©crivain et ami de Gibson, complĂšte et profonde, me confirme dans l’idĂ©e que dĂ©finitivement, les postfaces sont bien plus pertinentes que les prĂ©faces.
CatĂ©gorie : đ Livres
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Neuromancien
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Penser contre soi-mĂȘme
Nathan Devers (dont la fiche wikipedia donne un peu le profil) est un intellectuel. DĂšs son plus jeune Ăąge, il ne vibre que pour la spiritualitĂ© et les rituels, lectures et chants qu’il peut entendre dans sa synagogue. Boulimique de lecture, surdouĂ©, brillant, il se destine Ă devenir rabbin, et a visiblement toutes les qualitĂ©s pour ce faire. Mais, et c’est ce que raconte magnifiquement son livre « Penser contre soi-mĂȘme », c’Ă©tait sans compter sur la littĂ©rature, et sur la philosophie.
Car son parcours tout tracĂ© pour continuer Ă progresser dans l’Ă©tude de la Torah, du Talmud, et dans les textes de MaĂŻmonide s’est heurtĂ©, fracassĂ© mĂȘme, sur l’Ă©volution spirituelle de l’auteur, supportĂ©e par la dĂ©couverte de la littĂ©rature, puis grĂące Ă un ami de sa synagogue, de la philosophie. Nathan Devers en a fait sa vie.
Je ne dirais pas, d’ailleurs, que Nathan Devers a perdu la foi, comme le dit le quatriĂšme de couverture. Je pense qu’il Ă©tait beaucoup plus intĂ©ressĂ© par le mystĂšre, et par l’acquisition du savoir que par Dieu. Par les acrobaties intellectuelles et sĂ©mantiques, les raisonnements, que par la croyance ou la foi. Ce n’est que mon avis et j’interprĂšte peut-ĂȘtre Ă tort ce qu’il en raconte.
Quoi qu’il en soit, c’est dans un français magnifique que l’auteur nous dĂ©crit son parcours spirituel et philosophique, d’une maniĂšre profonde et drĂŽle, dĂ©tachĂ©e et en mĂȘme temps incandescente. Paradoxe apparent, il se plonge dans la philosophie pour le doute radical, et la capacitĂ© Ă sortir de ses dĂ©terminations, prĂ©jugĂ©s et certitudes : mais il finit par comprendre qu’on ne pense rĂ©ellement qu’Ă partir d’un point de vue particulier, d’un ancrage dans un parcours, et il finit par accepter dans sa maniĂšre de philosopher son hĂ©ritage judaĂŻque. Il philosophe Ă proprement parler « en juif » : je retrouve dans sa mĂ©thode et sa maniĂšre d’articuler doute, questionnement, dĂ©calages systĂ©matiques dans le point de vue, une part du ton et de l’esprit de Levinas, lisible dans ses Quatre Lectures Talmudiques.
C’est un livre que j’ai dĂ©vorĂ©, facile Ă lire, captivant. Nathan Devers a perdu la foi, peut-ĂȘtre, mais je vois aussi, dans son style, dans sa maniĂšre de penser en quoi il est toujours, finalement, religieux. Bien sĂ»r pas dans le monde des idĂ©es, oĂč il pratique le doute radical et cherche, toujours, Ă se rĂ©inventer, Ă questionner les vĂ©ritĂ©s considĂ©rĂ©es comme acquises. Il n’y a pas beaucoup de place pour Dieu dans ce monde. Mais sa fibre personnelle, sa libertĂ©, sa sensibilitĂ©, radicale, intense, tourmentĂ©, et son engagement total dans ce qu’il fait montre une personnalitĂ© hors-norme, et un parcours trĂšs particulier, proche de l’ascĂšse religieuse.
A titre personnel, j’aurais envie de lui conseiller d’ĂȘtre un peu moins cĂ©rĂ©bral, d’utiliser plus ses mains, son corps, et de faire des enfants, pour Ă©quilibrer un peu ce tempĂ©rament de feu, inlassablement en quĂȘte d’un sens qu’il a philosophiquement dĂ©jĂ abandonnĂ©. -

De GaĂŻa Ă l’IA
Sous-titrĂ© « pour une science libĂ©rĂ©e de l’Ă©cologisme », le dernier ouvrage de Jean-Paul Oury, docteur en histoire des sciences et technologies, De GaĂŻa Ă l’IA, est remarquable par son ampleur, sa profondeur, et la rigueur de son analyse. MalgrĂ© quelques petits dĂ©fauts, je ne saurais assez en recommander la lecture.
L’HumanitĂ© menacĂ©e par les idĂ©ologies
Comme toujours, ce sont les idĂ©ologies qui, portĂ©es par des personnalitĂ©s radicales et excessives, sont la plus grande menace pour l’humanitĂ©. Que ces idĂ©ologies soient religieuses, technocratiques, scientistes, ou autre, cela ne change pas grand-chose : leur maniĂšre de nier le rĂ©el, et les faits, et de classer les sceptiques dans le camp du Mal, en font des leviers d’oppression et de violence. Le quatriĂšme de couverture rĂ©sume trĂšs bien le propos du livre.
L’humanitĂ© est Ă la croisĂ©e des chemins. D’un cĂŽtĂ©, les idĂ©ologues de l’Ă©cologisme (l’Ă©cologie politique) nous promettent le retour Ă un Ă©tat de nature idyllique. Ce nouveau totalitarisme cherche Ă imposer la dĂ©croissance et ses militants les plus extrĂȘmes en appellent Ă la disparition de l’espĂšce humaine, considĂ©rĂ©e comme un cancer pour la planĂšte. Les arguments scientifiques sont alors soigneusement choisis, instrumentalisĂ©s, pour correspondre Ă leurs conclusions. De l’autre cĂŽtĂ©, une foi aveugle dans le tout-technologique incarnĂ©e par le courant post-humaniste du transhumanisme, pourrait bientĂŽt façonner un monde tout aussi dangereux. Celui-ci serait contrĂŽlĂ© et surveillĂ© par ceux qui maĂźtrisent les algorithmes. Cette sociĂ©tĂ© de contrĂŽle mettrait en pĂ©ril nos libertĂ©s, mais Ă©galement l’humanitĂ© tout entiĂšre avec le projet de la fusionner avec les machines. AprĂšs nous avoir plongĂ© dans deux dystopies, la Collapsocratie, dictature verte dĂ©croissante, et l’Algorithmocratie, monde hyper-technologique vide de sens, cet essai cherche une voie de sortie pour l’individu. L’auteur s’interroge sur les limites de la science des ingĂ©nieurs et celle des lĂ©gislateurs, et nous propose un manifeste de politique scientifique en dix points dans l’objectif d’Ă©chapper aux idĂ©ologies de ce nouveau monde et retrouver la libre-responsabilitĂ©.
Laboureur inlassable
Vous pourrez trouver un excellent « rĂ©sumé » du livre dans l’article dĂ©taillĂ© de Francis Richard, pour le site Les Observateurs. L’ouvrage est dense, trĂšs documentĂ©, et Jean-Paul Oury, visiblement passionnĂ© par son sujet, le travaille en profondeur. L’auteur est, dans le bon sens du terme, un laboureur. Cette thĂ©matique (libĂ©rer la science des idĂ©ologies) il la travaille depuis longtemps, et a Ă©crit des dizaines de tribunes, papiers, et plusieurs ouvrages (dont un recensĂ© ici : Greta a tuĂ© Einstein). Et ce travail a conduit Ă en faire un terrain fertile, propice Ă faire pousser de belles choses.
Et c’est ce qui donne la trĂšs grande force Ă l’ouvrage : d’une part son auteur ne fait jamais l’Ă©conomie d’aller regarder de prĂšs, en en Ă©pousant la logique pour mieux les dĂ©samorcer, les arguments de ses adversaires. Il ne fait jamais l’Ă©conomie non plus, d’aller regarder et comprendre les oppositions philosophiques sous-jacentes aux discussions, pour mieux comprendre les grands paradigmes de pensĂ©e qui sont Ă l’Ćuvre. Il se dĂ©gage toujours de ces rĂ©flexions une position rationnelle, scientifique et ouverte, cherchant la voie du milieu, rĂ©aliste, pragmatique sans nĂ©gliger les idĂ©aux de libertĂ©. Et sachant toujours sĂ©parer les disciplines : la politique et la science, la philosophie et l’Ă©pistĂ©mologie, et en fin d’ouvrage, la politique scientifique (Ă l’Ă©chelle d’un pays) et la science. Cette rigueur intellectuelle est probablement ce qui rend cet ouvrage indispensable.Petits dĂ©fauts ?
Comme je connais l’auteur, et aprĂšs avoir partagĂ© les raisons de lire cet ouvrage, il me paraĂźt important de souligner quelques faiblesses (Ă mes yeux) de l’ouvrage, et quelques points de dĂ©saccords. Ils sont minimes :
- Les Ćuvres comme les gens ont toujours (?) les dĂ©fauts de leurs qualitĂ©s. Le cĂŽtĂ© trĂšs documentĂ©, trĂšs systĂ©matique du livre, le rend aussi un peu touffu, foisonnant, pleins de circonvolutions. Je ne parle pas du style, qui est trĂšs clair et facile Ă suivre, mais du cheminement de pensĂ©e et du plan gĂ©nĂ©ral. Il manque Ă mon sens un travail d’Ă©dition Ă ce livre, pour en canaliser la force, et le rendre un peu plus synthĂ©tique.
- A certains moments, et je pense dans un louable souci de transparence, l’auteur partage des motivations personnelles. C’est Ă la fois intĂ©ressant et utile, mais cela aurait mĂ©ritĂ© d’ĂȘtre regroupĂ© dans une section spĂ©cifique.
- Sur le sujet du CO2 et de son impact sur le climat, l’auteur, Ă©crit un chapitre assez drĂŽle puisqu’il commence par faire comme s’il s’Ă©tait converti Ă une nouvelle religion pour finir par faire une dĂ©monstration magistrale qu’a minima un esprit lucide doit constater que dĂ©bat scientifique il y a sur la question. Seulement, ce faux aveu, s’avĂšre n’en ĂȘtre pas un. En fin d’ouvrage Jean-Paul Oury Ă©crit que l’Ă©nergie doit ĂȘtre « dĂ©carbonĂ©e ». Ce qui montre, Ă mon avis, que malgrĂ© le dĂ©bat scientifique rĂ©el sur le sujet, l’auteur a choisit un « camp ». Et ce faisant il se tire une balle dans le pied. Tout l’Ă©difice « dĂ©croissant » de l’Ă©cologisme repose, in fine, sur cette entourloupe intellectuelle et scientifique, financĂ©e Ă coup de milliards et de censure. Il s’agit lĂ d’un point de profond dĂ©saccord : oĂč est passĂ© l’esprit rationnel si, sur un sujet oĂč les scientifiques ne sont pas d’accord, on prend des dĂ©cisions politiques en faisant comme s’ils l’Ă©taient ?
A mettre entre toute les mains
Ces petits points de discussions ne changent pas vraiment la donne : ce livre est remarquable, et l’on souhaiterait qu’il trouve une audience large, des relais mĂ©diatiques (parmi ceux, nombreux, que JP Oury cite), et que des politiciens (certains comme David Lisnard, citĂ© dans l’ouvrage, sont dĂ©jĂ visiblement dans la mĂȘme logique) prennent en compte ce Manifeste pour une vraie politique scientifique, dĂ©barrassĂ©e de l’idĂ©ologie, pragmatique et au service des citoyens.
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Meursault, contre-enquĂȘte
Kamel DaoudJ’utilise dans mon article des liens vers Wikipedia. Soyez prudents avec les informations que l’on y trouve, surtout sur des sujets ayant un lien avec la politique. est un Ă©crivain et un journaliste courageux. Ses prises de parole contre le fanatisme religieux, sa prise de distance avec la langue et la culture arabe, sa rĂ©flexion humaniste sur la Maghreb et le monde arabe, font de lui un « traĂźtre » parfait pour les islamistes.
Son roman, « Meursault, contre-enquĂȘte », couvert de prix littĂ©raires, est un Ă©trange livre. Il fait rĂ©fĂ©rence, bien sĂ»r, à « L’Ă©tranger » de Camus, et part de l’idĂ©e, intĂ©ressante, de se demander qui est l’homme que Meursault tue sur la plage. C’est le frĂšre de la victime qui est le narrateur du livre. Daoud se place au point de rencontre de deux mondes, l’islam et l’occident, incarnĂ© par l’AlgĂ©rie et la France. Dans ce monde, post-colonial, l’auteur raconte sa vie, avec sa mĂšre, et leurs recherches pour comprendre pourquoi son frĂšre a Ă©tĂ© tuĂ©.
J’ai failli lĂącher le livre au dĂ©but, car je trouvais le style assez surfait, un peu ampoulĂ© ou utilisant des expressions, des mĂ©taphores un peu grossiĂšres, un peu trop visiblement poĂ©tiques. Mais j’ai bien fait de m’accrocher : peu Ă peu, comme un dessinateur dont le trait s’affermit au fur et Ă mesure des tomes, et converge vers une forme plus sĂ»re, la narration devient plus intĂ©ressante, le style plus prĂ©cis. Et on voit se dessiner le projet littĂ©raire : « Meursault, contre-enquĂȘte » est un livre miroir. A ce point prĂ©cis de rencontre entre ces deux civilisations, Kamel Daoud place comme un plan d’eau, ou un miroir, et son livre est une sorte de reflet algĂ©rien et musulman de « L’Ă©tranger ». Alors commence le jeu des diffĂ©rences et des ressemblances.
Kamel Daoud livre le rĂ©cit d’un ĂȘtre dĂ©chirĂ©, prisonnier dans une culture oppressante et dans la relation avec une M’ma qui tourne en boucle sur son fils mort, Ă©cartelĂ© entre son envie de pouvoir ĂȘtre amoureux de Meriem, et son incapacitĂ© Ă s’en considĂ©rer digne. Le rejet d’une vision religieuse de la vie est le point commun philosophique majeur entre Daoud et Camus : l’absurde si bien dĂ©crit par Camus dans ses diffĂ©rents ouvrages est au centre de l’attitude philosophique du personnage de « Meursault, contre-enquĂȘte ».
C’est un roman Ă©trange, dĂ©rangeant, avec un peu de grandiloquence et quelques belles fulgurances. Je comprends que ce premier roman ait fait parler de lui. C’est mĂ©ritĂ©, mĂȘme si ce sont, Ă mon avis, les thĂšmes qu’il traite, son positionnement, son auteur, et ses qualitĂ©s littĂ©raires, qui l’ont rendu cĂ©lĂšbre plus que son histoire. Un bel exercice de style, trĂšs personnel. Il s’agit plutĂŽt d’un essai dĂ©guisĂ© en roman. Comme « L’Ă©tranger » ? Livre miroir, jusqu’au bout. -

L’idolĂątrie de la vie
Ce court essai d’Olivier Rey, mathĂ©maticien et philosophe, membre de l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et techniques (IHPST), commence par une rĂ©action aux excĂšs (dans tous les sens) de la pĂ©riode Corona Circus. AprĂšs ce dĂ©marrage un peu de bric et de broc, mĂȘlant passages que l’on dirait Ă©crit Ă chaud, sans recul, et rĂ©flexions plus profondes, l’essai s’ouvre heureusement sur un approfondissement des causes qui font que l’on a d’une part, acceptĂ© collectivement de rendre « responsables » de tout et de n’importe quoi les dirigeants politiques (comme s’ils Ă©taient omnipotents et omniscients), et, d’autre part, sacralisĂ© la vie, de maniĂšre Ă la fois biologique et technique, en la dĂ©possĂ©dant de tout ce qui en fait le charme.
Ce dernier point est reliĂ© par l’auteur Ă la perte de « transcendance ». J’en suis d’accord avec lui, mĂȘme si je ne mets pas dans ce terme autant de choses en lien avec la religion que lui. Certainement une question de point de vue. Mais que la transcendance soit une rĂ©alitĂ©, c’est une Ă©vidence : tout, dans l’univers, dĂ©passe par son Ă©chelle et sa complexitĂ© nos capacitĂ©s d’entendement. Il faut un singulier manque d’humilitĂ©, et une bonne dose d’idĂ©ologie aveugle pour ne pas s’en rendre compte11. Cette transcendance sera d’ailleurs l’objet d’un des chapitres de mon essai, dont la premiĂšre partie sera terminĂ©e en 2025..
Cet essai, je l’ai dĂ©vorĂ© : il est trĂšs bien Ă©crit, et portĂ© par un souffle de quelqu’un qui, visiblement, joue et rejoue, peaufine ses vues et ses arguments comme un musicien travaillerait ses gammes et ses phrases et ainsi, se rendrait capable d’improvisation magistrale sur tout type de thĂšme.
Un auteur de plus Ă dĂ©couvrir. Je lui laisse, comme j’essaye souvent de le faire, le mot de la fin.
C’est ce qui est dĂ©courageant avec ceux qui nous gouvernent. D’un cĂŽtĂ©, ils se voient accuser de maux dont ils ne sont pas responsables, et auxquels ils ne sauraient que trĂšs partiellement remĂ©dier. De l’autre, ils nous accablent de maux de leur fabrique. Au moment oĂč l’on mesure la dose d’infantilisme qu’il y a, Ă s’exagĂ©rer la puissance des gouvernant pour ensuite requĂ©rir contre eux Ă tort et Ă travers, ils ne cessent, en retour, de prendre Ă notre endroit des mesures infantilisantes. Triste situation. Pour y Ă©chapper, il nous faudrait enfin abandonner notre condition de « dĂ©pendants Ă prĂ©tention d’indĂ©pendance »22. Marcel Gauchet, La dĂ©mocratie contre elle-mĂȘme, Gallimard, Coll « Tel », 2002, p. 21 – la figure dominante de l’Ă©poque. Il nous faudrait rĂ©apprendre, collectivement et individuellement, Ă compter sur nous-mĂȘmes. Bien entendu les dirigeants politiques et Ă©conomiques n’ont pas l’intention d’encourager ce genre de fantaisies, ni mĂȘme Ă les autoriser. Cela ne devrait pas empĂȘcher de nous y mettre – alors que les glapissements contre l’incapacitĂ© des « grands » dans des crises qui les dĂ©passent est une façon de se maintenir en position de servitude.
