La provocation du titre nâest quâapparente, et jâespĂšre quâĂ Â la fin de ce billet, vous serez dâaccord pour dire que nous devons faire lâĂ©loge de la discrimination.
La plus grande injustice est de traiter également les choses inégales.
Aristote (384 – 322) philosophe grec
Ce billet, un peu long, progressera en 4 temps :
- le mot âdiscrimination »Â, en français comporte deux sens trĂšs diffĂ©rents. Nous reviendrons sur chacuns de ces acceptions
- la confusion entre les deux sens, entretenue par une pensĂ©e Ăgalitariste, conduit Ă Â confondre Ă©galitĂ© de fait et Ă©galitĂ© devant la loi, et Ă Â voir des actes injustes lĂ Â oĂč il nây en a pas.
- pour illustrer ces confusions, nous regarderons en dĂ©tail un cas pratique : la discrimination Ă Â l’embauche
- il existe un moyen simple de trier entre le lĂ©gitime et lâillĂ©gitime : il consiste Ă Â allier respect strict de la libertĂ© dâaction individuelle, et tolĂ©rance.
Discrimination, un mot ambivalent
Le terme discrimination recouvre deux sens trÚs différents.
Discriminer c’est distinguer
Le premier historiquement et Ă©tymologiquement, et probablement le seul lĂ©gitime, est synonyme de distinction. Discriminer, câest distinguer ce qui est diffĂ©rent, en vue ou non dâun traitement sĂ©parĂ©. Discriminer, dans ce premier sens, est donc lâacte de sĂ©parer, de distinguer, de diffĂ©rencier. Câest donc un acte normal de lâintelligence qui observe le rĂ©el et sây confronte : telle essence de bois nâa pas les mĂȘmes caractĂ©ristiques que telle autre, telle personne mâest agrĂ©able et telle autre non, etc..
Discriminer c’est porter atteinte Ă Â l’Ă©galitĂ© devant la loi
Le second sens, apparu avec cette connotation dans les annĂ©es 1950, est pĂ©joratif : il dĂ©signe la discrimination appliquĂ©e Ă Â des humains que lâon va, en fonction de tel ou tel critĂšre, traiter diffĂ©remment. Ce deuxiĂšme sens fait partie des choses que nous devons combattre, quand il sâagit de discriminations instituĂ©es (par une coutume ou par la loi). Nous sommes donc confrontĂ©s Ă Â un mot qui dans un cas dĂ©crit un acte moralement juste, et dans lâautre cas un acte moralement condamnableCe second sens dĂ©signe donc une pratique humaine jugĂ©e moralement rĂ©prĂ©hensible, en tout cas par toute personne attachĂ©e Ă Â lâĂ©galitĂ© devant la loi. En gros, les dĂ©mocraties libĂ©rales ont depuis un certain temps dĂ©jĂ Â mis en place des rĂšgles qui sont les mĂȘmes pour tous. Câest le sens de la dĂ©claration universelle des droits de lâhomme, et des systĂšmes juridiques des Etats de droit.
Ces deux sens du mot âdiscrimination » sont donc trĂšs diffĂ©rents. Si lâun est une activitĂ© naturelle de lâesprit humain qui analyse, sĂ©pare, diffĂ©rencie, lâautre est une pratique collective choquante, qui refuse aux citoyens lâĂ©galitĂ© devant la loi (quâelle soit la loi coutumiĂšre ou le droit positif).
Ce nâest pas par hasard que la symbolique judiciaire utilise depuis le XIIIe siĂšcle une figure de la mythologie grecque, ThĂ©mis, sous les traits d’une femme aux yeux bandĂ©s, symbolisant l’impartialitĂ©. Le meilleur moyen de juger justement, câest de ne pas savoir qui je juge. Câest un beau symbole des lois identiques pour tous.
Nous sommes donc confrontĂ©s Ă Â un mot qui dans un cas dĂ©crit un acte moralement juste, et dans lâautre cas un acte moralement condamnable. Voyons donc les types de confusions que cela peut induire.
Confusion entre égalité de fait et égalité devant la loi
Conséquence : voir partout des discriminations
Il y a plusieurs risques avec ces deux sens compris dans le mĂȘme mot. Le premier consiste Ă Â faire dĂ©border le premier sens, lâacte de distinguer, sur le second et Ă Â âjustifier » des injustices. Le second qui est Ă Â mon avis beaucoup plus prĂ©sent, et qui est lâobjet de ce billet, consiste Ă Â faire dĂ©border le second sens, traitement diffĂ©rent devant la loi, vers le premier et Ă Â systĂ©matiquement voir dans lâacte de âsĂ©parer ce qui est diffĂ©rent » une injuste discrimination. Parce que le deuxiĂšme sens est Ă©videmment nĂ©gatif, quand il conduit Ă Â des inĂ©galitĂ©s devant la loi, nous avons peu Ă Â peu perdu l’usage positif du premier sens du mot (synonyme de distinction, et simplement un des modes de fonctionnement de la pensĂ©e humaine). Ce qui signifie que dans un certain nombre de cas nous ne pensons plus, et nous rĂ©agissons de maniĂšre rĂ©flexe en condamnant des discriminations qui n’en sont pas, ou qui sont des discriminations lĂ©gitimes (celles correspondant au premier sens câest-Ă Â -dire Ă Â un humain exerçant sa rationalitĂ© critique).
Il me semble que cette manie de voir dâinjustes discriminations partout est le fruit dâun parti pris idĂ©ologique que lâon pourrait appeler lâĂ©galitarisme. Câest-Ă Â -dire une confusion entre lâĂ©galitĂ© devant la loi, et lâĂ©galitĂ© de fait.
Que signifie lâĂ©galitĂ© dans notre devise ?
LâĂ©galitĂ© devant la loi me semble tout Ă Â fait souhaitable et en accord avec lâidĂ©e de justice. LâĂ©galitĂ© de fait – une situation identique pour tous – , si l’on y rĂ©flĂ©chit bien, est une forme de totalitarisme. Ce totalitarisme Ă©galitariste trouve ses racines dans le communisme. Pour atteindre une Ă©galitĂ© de fait entre les gens, qui sont inĂ©gaux par leur naissance, leurs qualitĂ©s, leur environnement, leur Ă©ducation, leur parcours, il faudrait mettre en place un systĂšme qui traite, devant la loi, inĂ©galement les gens. Ce qui revient Ă Â brider certains et Ă Â aider d’autres. Il me semble que cette manie de voir dâinjustes discriminations partout est le fruit dâun parti pris idĂ©ologique que lâon pourrait appeler lâĂ©galitarisme.C’est le meilleur moyen de construire une sociĂ©tĂ© totalitaire : pour atteindre un objectif idĂ©ologique (tout le monde doit ĂȘtre dans les mĂȘmes conditions de fait), il faudrait sciemment empĂȘcher certains de se rĂ©aliser pleinement, tout en aidant dâautres Ă Â le faire. Prenons un cas simple : Albert est plus intelligent que RĂ©mi. Allons-nous empĂȘcher Albert dâapprendre et de sâinstruire pour faire en sorte que RĂ©mi puisse ĂȘtre Ă Â peu prĂšs au mĂȘme niveau ? Allons-nous sortir Albert de sa famille dĂšs son jeune Ăąge pour Ă©viter que ses parents, plus instruits, ne lui transmettent dâinjustes connaissances ? Bien sĂ»r que non ! Ce serait une nĂ©gation directe de la libertĂ© individuelle, et de la dignitĂ© des personnes. Cette voie ne conduit quâĂ Â une horrible dictature Ă©valuant – comment ? – les capacitĂ©s de uns et des autres, et brimant la majeure partie de l’humanitĂ© pour construire une sorte dâhomme imaginaire, toujours identique prĂ©tendument, mais jamais dans les faits car chaque personne humaine a sa singularitĂ©. Câest le domaine de lâabsurde, de lâarbitraire, et câest un monde sans libertĂ©. Hayek l’avait exprimĂ© de maniĂšre trĂšs claire :
Il y a toute les diffĂ©rences du monde entre traiter les gens de maniĂšre Ă©gale et tenter de les rendre Ă©gaux. La premiĂšre est une condition pour une sociĂ©tĂ© libre alors que la seconde n’est qu’une nouvelle forme de servitude.
Friedrich Hayek (1899 – 1992) Ă©conomiste et philosophe britannique originaire d’Autriche.
Il convient donc de prĂ©ciser quelles sont les rĂšgles permettant de distinguer le lĂ©gitime de lâillĂ©gitime, afin d’Ă©viter cette confusion entre les deux sens du mot. Mais avant cela, regardons un cas concret qui aide Ă Â dessiner cette limite.
Cas pratique : la discrimination Ă Â l’embauche
Un exemple typique : recruter quelquâun pour un travail est un acte de discrimination lĂ©gitime. Il sâagit bien de choisir, de distinguer entre les candidats, celui ou celle qui sera le plus adaptĂ© pour le poste. Il appartient Ă Â celui qui recrute de dĂ©cider les critĂšres de choix pour ce candidat. Il peut avoir Ă Â en rendre compte aux propriĂ©taires de lâentreprise, mais ce nâest certainement pas Ă Â des acteurs extĂ©rieurs au processus de venir lui dicter dâautres critĂšres. Le cas de lâentretien dâembauche permet dâintroduire toute la thĂ©matique : qui est lĂ©gitime pour dĂ©cider ? Avec quels critĂšres ? Dans quels cas faudrait-il, sâil le faut, imposer des critĂšres de choix diffĂ©rents ?
Affirmative action ou discrimination positive
La confusion entre discrimination au sens de choix, et discrimination au sens d’inĂ©galitĂ© devant la loi a conduit beaucoup de pays, Ă Â commencer par les USA, Ă Â adopter des politiques d’affirmative action, ou discrimination positive. La discrimination positive est le fait de « favoriser certains groupes de personnes victimes de discriminations systĂ©matiques » de façon temporaire, en vue de rĂ©tablir l’Ă©galitĂ© des chances.
Jâaimerais vous montrer Ă Â quelle point cette dĂ©marche, bien que motivĂ©e par une louable intention (?), est erronĂ©e intellectuellement, et que ses effets concrets ont dĂ©jĂ Â permis de montrer Ă Â quel point elle Ă©tait inutile, inefficace, et toxique.
Lâenfer est pavĂ© de bonnes intentions
Intellectuellement, cette dĂ©marche est en contradiction directe avec lâĂ©galitĂ© devant la loi, ce qui devrait presque suffire Ă Â faire douter de son bien-fondĂ©. Un deuxiĂšme point devrait alerter : qui dĂ©cide des groupes Ă Â favoriser ? Comment empĂȘcher quâune telle politique conduise Ă Â ce que dâautres groupes rĂ©clament les mĂȘmes faveurs ? A nouveau, lâarbitraire rĂšgne. Et il est sans fin. Si on favorise les noirs, les femmes, ou les handicapĂ©s, pourquoi ne favoriserait-on pas les gros, ou les nains ? Les particularitĂ©s humaines sont dâune telle Ă©tendue, que la liste ne peut que sâallonger Ă Â lâinfini. Par ailleurs, pour âfavoriser » telle ou telle catĂ©gorie, il est nĂ©cessaire de la montrer du doigt, de la stigmatiser, ce qui est une contradiction interne Ă Â cette dĂ©marche. Pour Ă©viter les discriminations, crĂ©ons-en ! DrĂŽle de maniĂšre dâassurer la cohĂ©rence des rĂšgles.
Il existe une liste longue comme le bras des inconvĂ©nients de la discrimination positive Ă Â lâembauche, jâen cite quelques uns :
- le soupçon sur les qualifications (si je suis embauché parce que noir, qui pourra me considérer comme compétent ?)
- lâencouragement du communautarisme (si ma communautĂ© est favorisĂ©e par la rĂ©glementation, pourquoi ferais-je des efforts?)
- la tension entre les communautĂ©s (si on discrimine positivement une communautĂ© ou un groupe, cela veut dire que lâon discrimine nĂ©gativement les autres)
Se renseigner
Pour en terminer sur cette idĂ©ologie, il importe de la confronter aux faits, et Ă Â la rĂ©alitĂ©. LĂ Â oĂč elle a Ă©tĂ© mise en oeuvre, quels sont les rĂ©sultats ? Un excellent livre sur le sujet, « Le Puzzle de l’intĂ©gration », par Malika Sorel-Sutter permet de se rendre compte des dĂ©gĂąts causĂ©s par la discrimination positive. Partout les rĂ©sultats vont Ă Â l’inverse des buts visĂ©s, ce qui devrait heurter toute personne qui considĂšre que l’on doit avoir en politique une Ă©thique de responsabilitĂ©. Les exemples fourmillent dans son livre (aux USA, mais aussi en France, puisqu’en France et sans le dire ouvertement, les responsables politiques ont mis en oeuvre des politiques de discrimination positive sociales, territoriales – avec les ZEP-, sexuelles – avec la paritĂ© hommes/femmes – et communautaires). Je vous renvoie au livre de Malika Sorel pour dĂ©couvrir la liste des personnalitĂ©s politiques, de gauche comme de droite, citations Ă Â l’appui, qui sont favorables ou dĂ©favorables Ă Â la discrimination positive.
Que ce soit pour sĂ©lectionner des candidats Ă Â l’embauche, ou pour sĂ©lectionner des Ă©tudiants dans une filiĂšre, la sĂ©lection au mĂ©rite et sur les compĂ©tences est une bien meilleur rempart contre les inĂ©galitĂ©s : il permet Ă Â chacun, quelque soit ses chances de dĂ©part, d’avoir l’opportunitĂ© de travailler pour s’en sortir. Cela nâexclut pas dâaider, de soutenir ceux qui en ont besoin, par solidaritĂ©. Mais il convient de rester exigeant sur des rĂšgles identiques pour tous.
Citons une expĂ©rience intĂ©ressante rapportĂ©e par Jacqueline Costa-Lascoux, directrice de recherches au C.N.R.S. mais surtout, pour le sujet qui nous intĂ©resse ici, membre du Haut Conseil Ă Â lâIntĂ©gration :
Pourquoi analyser le refus dâembauche ou de stage sous le seul angle de la discrimination raciste ou ethnique ? LâexpĂ©rience a Ă©tĂ© faite de tourner ces entretiens en vidĂ©o pour ensuite en prĂ©senter les images aux candidats, aux employeurs, aux enseignants. Les rĂ©sultats sont Ă©loquents. Nombre de jeunes, par crainte ou par un sentiment de fatalitĂ©, arrivent en retard, habillĂ©s en jogging la casquette sur la tĂȘte, poussant la porte sans frapper, sâasseyant sans saluer sur le bord de la chaise le corps renversĂ© comme pour regarder la tĂ©lĂ©, ne posant aucune question sur le travail mais en en rajoutant sur le salaire et les vacances⊠En face, la personne en costume pose des questions du type tests psychologiques ou psychotechniques, sâobligeant Ă Â rester dans une attitude raide de neutralitĂ©. Lorsque la scĂšne est rediffusĂ©e aux protagonistes, les jeunes sont Ă©tonnĂ©s de leur âlook » et sont les premiers Ă Â dire que sâils Ă©taient employeurs âils ne se prendraient pas » ; quant Ă Â celui-ci, il comprend trĂšs vite lâinadaptation de son attitude Ă Â lâĂ©gard de jeunes qui nâont jamais connu lâunivers du travail salariĂ© [âŠ] Lâignorance des codes sociaux et culturels au travail est lâobstacle le plus Ă©vident Ă Â lâembauche. Au lieu de crier immĂ©diatement au racisme, il serait prĂ©fĂ©rable non pas de raisonner en termes de catĂ©gories de populations mais en termes dâanalyse de situations [âŠ]
Quand je vois passer des messages – trĂšs idĂ©ologiques – exhortant les entreprises à  « recruter sans discriminer », les bras m’en tombent ! Recruter, c’est discriminer.
CritÚres de choix entre discrimination légitimes et illégitimes : la liberté
Un dernier point, pour souligner ce qu’est l’attitude opposĂ©e Ă Â la discrimination positive. Dans chacun des exemples ci-dessus, il convient de distinguer ce qui est de l’ordre du choix personnel, et ce qui est de l’ordre de l’Ă©galitĂ© des citoyens devant la loi. DĂšs que l’on se trouve dans le champ du choix personnel, de la libertĂ© et de la responsabilitĂ©, la seule voie est de laisser celui qui est responsable d’un choix le faire en toute libertĂ© ET responsabilitĂ©. Le meilleur moyen pour forcer une entreprise, une Ă©cole ou une administration Ă Â ne pas procĂ©der Ă Â d’injustes discriminations, c’est de la forcer Ă Â assumer ses responsabilitĂ©s. Si telle ou telle entreprise choisit de discriminer les noirs Ă Â l’embauche, par exemple, faisons le savoir et dĂ©nonçons cette attitude si cela nous choque : boycottons ses produits, refusons d’aller y travailler, utilisons les mĂ©dias pour faire pression sur ses dirigeants. C’est une mĂ©thode prĂ©fĂ©rable Ă Â celle consistant Ă Â la forcer, par la loi, Ă Â embaucher des noirs. Si notre ennemi est le racisme (sous toutes ses formes), la seule arme est l’Ă©ducation. Forcer un dirigeant Ă Â embaucher des noirs ne le rendra pas moins raciste, s’il l’est. Il est fort probable que d’injustes discriminations soient Ă Â l’oeuvre dans tout recrutement, mais Ă©galement des discriminations tout Ă Â fait lĂ©gitimes. Mais que chacun se pose la question : lorsque nous sommes en situation de discriminer pour une embauche (une nounou, un salariĂ©, un artisan, etc…), sommes-nous bien sĂ»r de ne fonctionner que d’une maniĂšre parfaitement objective ? Non, bien sĂ»r. Et il est essentiel que ce choix, qui est notre libertĂ© et notre responsabilitĂ©, reste dans nos mains. Chacun a ses critĂšres de choix.Le critĂšre qui permet de distinguer entre les discriminations illĂ©gitimes, et celles qui sont lĂ©gitimes, câest la libertĂ©.
Car enfin soyons raisonnables : il existe des gens qui n’aiment pas les gros, d’autres ceux qui ont des boutons, d’autres encore les noirs, ou les jaunes, ou ceux qui ont une barbe, ou les femmes voilĂ©es. Si nous devons pouvoir rendre des comptes, devant la loi, de n’avoir utilisĂ© aucun critĂšre arbitraire pour choisir, aucun choix ne sera plus possible. Tout choix est arbitraire, car câest un acte de libertĂ© d’une personne particuliĂšre, avec son histoire, ses envies, ses aspirations, ses goĂ»ts, ses prĂ©fĂ©rences. Heureusement que nous sommes libres de faire nos choix comme nous le voulons. Cela veut dire qu’il faut accepter que certains utilisent des critĂšres de choix qui ne sont pas les nĂŽtres.
Vous lâavez compris : le critĂšre qui permet de distinguer entre les discriminations illĂ©gitimes, et celles qui sont lĂ©gitimes, câest la libertĂ©. La libertĂ© est indissociable de la responsabilitĂ©. La discrimination lĂ©gitime, câest celle qui est de ma responsabilitĂ©. Si je suis responsable dâune embauche, câest Ă Â moi et Ă Â personne dâautre de choisir. Câest ma responsabilitĂ©, et ma libertĂ©.
Conclusion : Au nom de la tolérance
Un dernier mot pour conclure : Gilbert Durand, qui a fait un travail formidable sur les imaginaires, a bien expliquĂ© comment l’Occident est une civilisation dont le rĂ©gime imaginaire est diurne, c’est-Ă Â -dire dans un registre de âlumiĂšre »Â. LumiĂšre, donc sĂ©paration : dans l’obscuritĂ© rien n’est distinct. Dans la lumiĂšre les formes se dessinent, et permettent de distinguer les objets, leurs frontiĂšres.
Alors dans cette logique, et pour rester une sociĂ©tĂ© d’hommes libres, je voulais faire l’Ă©loge de la discrimination. Faisons le tri entre, d’une part, les discriminations devant la Loi et les institutions, injustes et Ă Â condamner, et toutes les autres dâautre part qui sont lĂ©gitimes, car le fruit de dĂ©cisions libres et personnelles, mĂȘme si elles ne nous plaisent pas. Câest ce quâon appelle aussi la tolĂ©rance. La tolĂ©rance est prĂ©cisĂ©ment cette souplesse sociale que lâoccident a vu Ă©merger pour permettre la coexistence pacifique des ĂȘtres, quelles que soient leurs convictions, leurs dogmes spirituels ou religieux. Chacun est appelĂ© Ă Â la tolĂ©rance vis-Ă Â -vis des autres. La tolĂ©rance est un appel Ă Â respecter la libertĂ© des autres. Vouloir interdire la libertĂ© dans les critĂšres de choix individuels, câest inscrire dans la Loi une forme dâintolĂ©rance. Il convient donc, comme je le prĂ©cisais plus haut, dâexpliciter et de montrer du doigt lâidĂ©ologie qui, sous couvert de non-discrimination, la provoque, et dresse les uns contre les autres. L’Ăgalitarisme est son nom. Ce nâest pas une utopie, câest une dystopie en construction, car ses partisans sont des ennemis de la libertĂ©.