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  • RĂ©futation et mĂ©thodologie des programmes de recherche scientifique

    Réfutation et méthodologie des programmes de recherche scientifique

    Par le biais de mon rĂ©seau, j’ai rĂ©ussi Ă  mettre la main sur un article passionnant d’Imre Lakatos, logicien et mathĂ©maticien, Ă©pistĂ©mologue et philosophe des sciences hongrois qui ayant fui le stalinisme, a poursuivi sa vie et sa carrière en Angleterre, sous l’influence de Karl Popper. L’article en question est « Falsification and the Methodology of Scientific Research Programmes », un des chapitres d’un livre co-Ă©crit avec Musgrave. Comment arrive-t-on Ă  lire un article comme celui-lĂ , me direz-vous ? Et bien, en lisant l’ouvrage de Bence Nanay, il y citait le travail de Lakatos sur les « programmes de recherche », et couplĂ© au fait que ça renvoyait sur Popper (que j’apprĂ©cie beaucoup), j’ai eu envie d’en savoir plus. J’emprunte la photo de Lakatos au site New Criterion.

    Passionnant et dense

    Le chapitre en question, qui fait une trentaine de pages en anglais, est dense et passionnant. Il est agrĂ©able Ă  suivre, rigoureux et synthĂ©tique, et on y reconnait bien la patte d’un Ă©lève de Popper. Je me suis fait une petite liste de passage Ă  citer, de citations Ă  garder dans ma collection, et j’y ai bien retrouvĂ© une passionnante rĂ©flexion sur le savoir, la connaissance et la progression des connaissances. Comment « sauver » la rationalitĂ© scientifique quand aucune connaissance ne peut ĂŞtre certaine ? Ce que j’ai apprĂ©ciĂ©, c’est que l’article revient sur un certain nombre d’attitudes qu’il est possible d’adopter vis-Ă -vis de la connaissance, pour en souligner les limites, et en se basant sur des exemples très concrets de l’histoire des sciences et de la physique. Si on ne peut rien prouver de manière absolument certaine, et si on ne veut pas se contenter de l’idĂ©e d’une vĂ©ritĂ© scientifique qui ne serait qu’un consensus, quel est le modèle le plus pertinent de la progression des connaissances ? Je ne vais pas essayer de tout rĂ©sumer, car c’est trop dense pour ĂŞtre fait, mais je vais essayer de garder quelques idĂ©es clefs, concepts importants, et partager quelques citations. Si vous voulez gagner le temps de la lecture, vous pouvez garder l’idĂ©e clef, dĂ©jĂ  prĂ©sente chez Popper, que pour l’accès Ă  la connaissance et le progrès vers la vĂ©ritĂ©, le meilleur moyen est la compĂ©tition permanente entre les idĂ©es, thĂ©ories, Ă©noncĂ©s, pour mieux dĂ©crire la rĂ©alitĂ© dĂ©jĂ  connues ET prĂ©dire des faits nouveaux observables. Lakatos apporte une contribution intĂ©ressante avec l’idĂ©e de « programme de recherche progressif/dĂ©gĂ©nĂ©ratif », qui dĂ©crit des mĂ©canismes permettant sur un horizon moyen-terme de distinguer les thĂ©ories qui tiennent la route, de celles qui commencent Ă  s’Ă©carter de la rĂ©alitĂ©. Mais au delĂ  de ses apports nouveaux ou non (je ne suis pas capable d’en juger), l’article de Lakatos remet en perspective ces discussions d’une manière très vaste et agrĂ©able Ă  suivre, logique et sereine.

    Postures épistémologiques

    L’auteur dĂ©crit plusieurs attitudes possibles, dont Lakatos critique rarement “par principe » les fondements (tous rationnels) : il montre (a) ce que la position cherche Ă  sauver, (b) sur quelles hypothèses elle s’appuie, (c) pourquoi ça casse, et (d) ce qu’on peut tout de mĂŞme en conserver dans une approche plus robuste. J’avoue avoir demandĂ© Ă  l’IA (Copilot en l’occurence) de faire une lecture, puis une synthèse du document après l’avoir lu, et que, comme je suis flemmard, j’ai demandĂ© dans la foulĂ©e Ă  ce qu’il me fasse un tableau pour garder ces Ă©lĂ©ments en tĂŞte de manière synthĂ©tique. Je les mets en fin d’article car ils sont plutĂ´t bien faits.
    Les idées clefs peuvent être résumées ainsi, je grossis un peu le trait mais les idées sont là :

    • Pendant longtemps, on pensait que la science produisait des vĂ©ritĂ©s prouvĂ©es. Lakatos appelle cela le justificationnisme. Mais cette idĂ©e s’effondre pour deux raisons : les thĂ©ories ne peuvent pas ĂŞtre logiquement prouvĂ©es Ă  partir des faits, et l’histoire des sciences montre qu’elles changent. La science est une succession d’Ă©checs, certes cumulatifs, mais c’est sans appel : aucune thĂ©orie n’est dĂ©finitivement vraie.
    • le probabilisme (les thĂ©ories ne sont pas vraies, mais plus ou moins probables) ne fonctionne pas non plus, car comme Popper l’a dĂ©montrĂ©, toute thĂ©orie a, sur le long terme, une probabilitĂ© nulle (puisqu’elle sera un jour dĂ©passĂ©e, sa probabilitĂ© d’ĂŞtre vraie est 0).
    • la falsificationnisme (ou rĂ©futationnisme) apportĂ© par Popper introduit une nouvelle manière de penser cela : on ne doit plus chercher Ă  prouver une thĂ©orie, mais Ă  la tester pour la rĂ©futer.
      Une théorie est scientifique si elle est testable et si elle peut être contredite par une expérience (concrète ou de pensée)

    Lakatos dĂ©monte une forme de falsificationnisme naĂŻf (c’est lĂ  oĂą ça devient intĂ©ressant), sur la base de deux choses factuelles qui forcent Ă  raffiner. Premièrement, il n’y a pas de « faits purs ». Les observations dĂ©pendent toujours de cadre thĂ©oriques, qui structurent l’analyse que l’on fait des observations. Ensuite, une thĂ©orie, et c’est le cas dans la pratique, ou pour de bonnes raisons souvent, peut toujours ĂŞtre sauvĂ©e face Ă  des faits qui le contredisent. Quand une anomalie apparaĂ®t, les scientifiques ne disent pas : « la thĂ©orie est fausse », mais ils ajustent en ajoutant des hypothèses auxiliaires, remettant en question les conditions initiales, ou les instruments. CE n’est pas malhonnĂŞte, c’est Ă©conome et souvent c’est une attitude pertinente. S’appuyant sur l’idĂ©e (que l’on trouve chez Kuhn aussi) que les dĂ©cisions scientifiques sont en partie conventionnelles (on dĂ©cide ce qu’on considère comme un fait fiable), Lakatos propose un raffinement des idĂ©es de Popper : le falsificationnisme sophistiquĂ©. Une thĂ©orie n’est pas rejetĂ©e Ă  cause d’une anomalie seule, ou d’un fait qui la rĂ©fute. Elle est rejetĂ©e seulement si : une nouvelle thĂ©orie apparaĂ®t et qui est meilleure : expliquer ce que l’ancienne expliquait, prĂ©dire des faits nouveaux et ĂŞtre partiellement confirmĂ©e.

    Programme de recherches

    Lakatos introduit donc le concept de progrès scientifique Ă  3 coins : faits (bien sĂ»r), thĂ©orie A et thĂ©orie B en compĂ©tition. La science progresse par la compĂ©tition entre les thĂ©ories. Par la rĂ©futation par les faits, bien sĂ»r, mais une thĂ©orie n’est vraiment rĂ©futĂ©e que s’il y a une meilleure thĂ©orie Ă  se mettre sous la dent. Et d’ailleurs, c’est l’idĂ©e des programmes de recherche : on n’a pas affaire Ă  des thĂ©ories seules, mais Ă  des sĂ©ries de thĂ©ories, qu’il appelle programme de recherche. Un programme de recherche c’est :

    • Noyau dur (hard core) : des principes fondamentaux non remis en cause (par choix mĂ©thodologique). L’auteur parle d’heuristique nĂ©gative : interdit d’attaquer le noyau dur & les problèmes doivent ĂŞtre rĂ©solus ailleurs
    • Ceinture protectrice : des hypothèses auxiliaires, modifiables pour protĂ©ger le noyau. Ici, heuristique positive : ces Ă©lĂ©ments de ceinture protectrice guident la recherche, indiquent quelles pistes explorer et
      orientent les nouvelles thĂ©ories. C’est le programme de recherche associĂ© au noyau dur non attaquable.

    Lakatos amène donc l’idĂ©e majeure, en opposition partielle avec Kuhn, que la science n’est pas qu’une affaire de consensus social sur ce qui est vrai ou non, mais qu’elle est le lieu de dĂ©ploiement de programme de recherche progressistes et dĂ©gĂ©nĂ©ratifs. La rationalitĂ© scientifique s’évalue dans le temps : un programme est rationnel tant qu’il est progressif (il produit du nouveau contenu corroborĂ©) et devient irrationnel quand il dĂ©gĂ©nère (ajustements ad hoc sans gains).

    J’ai trouvĂ© cet article passionnant, et très riche. Je laisse Ă  la suite, en annexe, les tableaux produits par l’IA, car ils me permettent de conserver une trace d’un niveau de dĂ©tail plus fin.

    Annexes

    Tableau A : justifier / douter / remplacer

    Tableau A — Positions “de fond” (justifier / douter / remplacer) chez Lakatos
    Attitude / école Prémisses / hypothèses de base Ce que ça vise / promet (norme d’“honnêteté”) Où et pourquoi ça casse (diagnostic Lakatos)
    Justificationnisme (tradition dominante)
    (rationaliste & empiriste)
    • La connaissance = Ă©noncĂ©s prouvĂ©s.
    • Rationalistes : preuves extra-logiques (intuition, rĂ©vĂ©lation, etc.).
    • Empiristes : base factuelle certaine + logique inductive.
    • Ne rien affirmer d’improuvĂ©.
    • RĂ©duire l’écart entre spĂ©culation et savoir Ă©tabli.
    • Impossible de prouver une base empirique certaine.
    • Impossible d’une induction infaillible qui “augmente” le contenu.
    • RĂ©sultat : les thĂ©ories restent improuvables.
    Scepticisme justificationniste
    • Garde le standard : il faut des preuves.
    • Conclut : pas de preuve ⇒ pas de connaissance (seulement croyance).
    Démystifier la prétention à la connaissance scientifique.
    • Issue “toxique” du justificationnisme : si l’idĂ©al du prouvĂ© Ă©choue, tout s’effondre.
    • Risque : glisser vers irrationalisme / superstition.
    Probabilisme / néo‑justificationnisme
    (ex. Carnap)
    • Remplacer la preuve par des degrĂ©s de probabilitĂ© relatifs Ă  l’évidence disponible.
    • N’énoncer que du “hautement probable”.
    • Ou publier thĂ©orie + Ă©vidence + probabilitĂ©.
    • Sous conditions gĂ©nĂ©rales, les thĂ©ories ont une probabilitĂ© zĂ©ro au sens strict.
    • Donc l’approche ne discrimine plus utilement.
    “Vérité par consensus”
    (Polanyi / Kuhn, cadrage Lakatos)
    • La vĂ©ritĂ© dĂ©pend d’un consensus changeant.
    • RationalitĂ© dĂ©crite via dynamique sociale de communautĂ©.
    Expliquer stabilité et changement des théories par le social.
    • Risque de dissoudre la rationalitĂ© dans la sociologie.
    • Utile descriptivement, insuffisant pour fonder des critères d’évaluation.

    Tableau B : Réfutation / convention / progrès

    Tableau B — Positions sur la critique empirique (falsification / convention / progrès) chez Lakatos
    Attitude / école Prémisses / hypothèses de base Ce que ça vise / promet Où et pourquoi ça casse
    Falsificationnisme dogmatique
    (= “naturaliste”)
    • Frontière “naturelle” observation / thĂ©orie.
    • Les Ă©noncĂ©s observationnels peuvent ĂŞtre prouvĂ©s vrais par l’expĂ©rience.
    • Donc une observation peut rĂ©futer dĂ©finitivement une thĂ©orie (modus tollens).
    • Science : pas de preuve, mais des rĂ©futations.
    • HonnĂŞtetĂ© = dĂ©finir Ă  l’avance un test tel que l’échec impose l’abandon.
    • Infalsifiable ⇒ “mĂ©taphysique”.
    • Pas d’observation “pure” (thĂ©orie‑chargĂ©e).
    • Les faits ne prouvent pas des propositions (seules propositions → propositions).
    • Les grandes thĂ©ories ne “forbid” pas simplement des Ă©tats observables sans auxiliaires / ceteris paribus.
    Fallibilisme “catastrophe”
    (sceptique)
    • Si tout est fallible (thĂ©ories + “faits”), aucune Ă©limination rationnelle n’est possible.
    • On ne fait que constater des incohĂ©rences : “anything goes”.
    Conclure à l’absence de progrès rationnel ; science = spéculation.
    • Abandon des standards intellectuels : “Babel”, chaos.
    • Impossible de justifier une Ă©limination rationnelle des thĂ©ories.
    Conventionalisme conservateur
    (Poincaré, Milhaud, Le Roy)
    • Après succès initial, dĂ©cision de rendre une thĂ©orie “irrĂ©futable” de fait.
    • Absorption des anomalies via “stratagèmes” (auxiliaires, rĂ©interprĂ©tations).
    Stabiliser la science mature ; réparer plutôt que renverser.
    • Enfermement : plus la science avance, moins l’évidence empirique a de pouvoir contre les thĂ©ories Ă©tablies.
    • Explique mal les grands remplacements thĂ©oriques.
    Simplicisme de Duhem
    • Les thĂ©ories ne meurent pas par rĂ©futation directe.
    • Elles s’écroulent quand les rĂ©parations dĂ©truisent simplicitĂ© / bon sens.
    Permettre remplacement sans “crucial experiment” strict.
    • Critère trop vague : dĂ©pend du goĂ»t, de la mode ; manque d’objectivitĂ©.
    • La simplicitĂ© est contestable et historiquement ambiguĂ«.
    Falsificationnisme méthodologique “naïf”
    (Popper + décisions)
    • Admet la faillibilitĂ©, mais dĂ©cide d’énoncĂ©s “de base” acceptables via techniques.
    • Construit une “base empirique” provisoire (entre guillemets).
    • Conserve une Ă©limination relativement directe après “falsification” (au sens mĂ©thodologique).
    Maintenir une critique empirique “hard‑line” malgré le fallibilisme.
    • DĂ©cisions risquĂ©es : on peut Ă©liminer une thĂ©orie vraie et garder une fausse.
    • Problèmes avec ceteris paribus : dĂ©pendance Ă  des dĂ©cisions supplĂ©mentaires.
    • L’histoire des sciences ne colle pas (lenteurs et audaces rĂ©elles).
    Falsificationnisme méthodologique sophistiqué
    (Lakatos / Popper amélioré)
    • T est falsifiĂ©e seulement si une T’ la surpasse :
    • (1) contenu empirique excĂ©dentaire (faits nouveaux),
    • (2) explique les succès de T,
    • (3) excĂ©dent corroborĂ©.
    • Pas de falsification avant une meilleure thĂ©orie.
    Rendre la critique constructive : remplacer par mieux ; focaliser sur corroboration de l’excédent.
    • Il reste des dĂ©cisions (ce qui compte comme observation, acceptation provisoire).
    • Paradoxe du “raboutage” (tacking) : nĂ©cessitĂ© de continuitĂ©.
    Programmes de recherche scientifique
    (Lakatos)
    • Programme = noyau dur protĂ©gĂ© + ceinture protectrice d’auxiliaires.
    • Heuristique nĂ©gative : ne pas attaquer le noyau ; heuristique positive : plan de construction.
    • Évaluation : progressif vs dĂ©gĂ©nĂ©ratif.
    Expliquer la ténacité rationnelle et le progrès historique ; autoriser résistance intermittente aux anomalies si le programme reste progressif.
    • Ce n’est pas prĂ©sentĂ© comme “erroné”, mais comme dĂ©passement.
    • Limites : jugements sur nouveautĂ©/corroboration, et ligne empirique provisoire.
  • Grokipedia

    Grokipedia

    Elon Musk continue sur sa lancĂ©e dans le combat pour la libertĂ© d’expression et la recherche de la vĂ©ritĂ©. Il vient avec les Ă©quipes d’xAI de mettre en ligne Grokipedia v0.1.
    C’est une vĂ©ritable petite rĂ©volution qui se met en route : au lieu des pages rĂ©gulièrement soumises Ă  des guerres Ă©ditoriales pour infliger des biais idĂ©ologiques aux pages, Grokipedia propose – c’est le projet – des pages construites par l’IA Grok, avec toutes les sources, et rĂ©digĂ©e de manière un peu moins partiale, et en tout cas centrĂ©e sur les faits. Projet Ă  suivre, passionnant. Je suis allĂ© y faire un tour et ça commence très bien. Les gauchos qui modifient la rĂ©alitĂ© dans wikipedia ont du souci Ă  se faire.
    Ça ne changera pas grand-chose Ă  l’esprit critique qu’il conviendra de garder, mais le contenu que l’on trouvera sera beaucoup plus propre, moins polĂ©mique, plus factuel. Je vous invite Ă  essayer.
    Note : il y a déjà 885 279 pages créés par Grok

  • Climat : le film

    Climat : le film

    En terminant mon article prĂ©cĂ©dent, je me suis plongĂ© dans les « Community Notes » sur X, et de fil en aiguille je suis tombĂ© sur ce film très bien fait « Climate : the movie » (rĂ©alisĂ© par Martin Durkin), Ă  cĂ´tĂ© duquel j’Ă©tais passĂ©. Je ne peux rĂ©sister au plaisir de le partager ici. C’est un film avec des intervenants scientifiques très intĂ©ressants (et courageux). Comme Steven Koonin.

    Et, en regardant le film, j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur les auteurs de l’article sur l’impact du soleil sur le climat terrestre, Svensmark & Shaviv (autour de la 58ème minute dans le film).
    Et de fil en aiguille, je suis tombĂ© sur cette interview du remarquable Lindzen (dont je vous avais dĂ©jĂ  parlĂ© ici). Que je ne rĂ©siste pas non plus Ă  partager ici. On y apprend beaucoup de choses, notamment (ce que je n’avais jamais entendu avant) que l’effet de serre dĂ©termine le climat seulement dans la partie Ă©quatoriale de la Terre et beaucoup moins ailleurs. DĂ©solĂ©, celle-ci est en anglais non sous-titrĂ©…

  • Les 5 mĂ©prises sur le climat

    Les 5 méprises sur le climat

    La plupart des gens ne se renseignent pas beaucoup, et d’une manière plus ou moins comprĂ©hensible, font confiance aux mĂ©dias pour s’informer. Je pense donc qu’ils se mĂ©prennent souvent, car certains « experts » mentent, par contre. Voici donc quelques-unes des mĂ©prises courantes sur le sujet du climat, vĂ©hiculĂ©es par des mĂ©dias peu rigoureux.
    Un grand merci au compte X @Elpis_R, car il a fait un remarquable travail de synthèse.

    Méprise sur la science

    Comme je l’avais rappelĂ© ici, et comme on peut l’entendre souvent, la science n’est pas une affaire de consensus. La dĂ©marche scientifique consiste Ă  formuler des Ă©noncĂ©s sur le rĂ©el (affirmation, thĂ©ories, modèles, etc.) et Ă  les confronter Ă  la rĂ©alitĂ© pour en tester la validitĂ©. Peu importe que X% de la communautĂ© scientifique soit d’accord avec une affirmation : si le rĂ©el lui donne tort, elle est fausse. L’affirmation « tous les cygnes sont blancs » est une affirmation scientifique (il est possible d’imaginer une expĂ©rience de pensĂ©e ou rĂ©elle qui la rĂ©fute). Peu importe le nombre de personnes qui l’estime juste : la dĂ©couverte d’un cygne noir suffit Ă  l’invalider.

    Méprise sur les échelles

    Les humains en 2024 sont singulièrement peu humble quand il s’agit de considĂ©rer leur juste importance dans l’univers. Une grande ville dĂ©passe dĂ©jĂ , dans l’espace et dans sa complexitĂ©, ce qu’un humain est capable de connaĂ®tre : que dire alors de la Terre ? Ce que l’humanitĂ© produit de CO2 par an, n’est qu’une toute petit partie du CO2 atmosphĂ©rique (de l’ordre de 0,3%), qui n’est lui-mĂŞme qu’une petite partie des gaz Ă  effets de serre de l’atmosphère (notamment la vapeur d’eau, qui reprĂ©sente 10 fois la quantitĂ© de CO2). Vouloir faire croire qu’une inflexion plus ou moins marquĂ© de ces Ă©missions (jouant donc sur moins d’un dix millième en ordre de grandeur), est sincèrement complètement idiot.
    De mĂŞme pour les augmentations prĂ©vues ou estimĂ©es du niveau des ocĂ©ans… les Ă©chelles Ă  nouveau ont de quoi faire rire : les gens s’affolent (ou veulent affoler) avec des Ă©lĂ©vations de quelques millimètres ou centimètres, lĂ  oĂą les hauteurs des ocĂ©ans ont Ă©voluĂ© par le passĂ© bien plus que cela (plusieurs mètres), et lĂ  oĂą les grandes marĂ©es conduisent Ă  des variations bien plus importantes. Problème d’Ă©chelle, Ă  nouveau.

    Méprise sur la causalité

    Un principe utile dans les raisonnements – pas que scientifiques – est le principe de causalitĂ©. Il est prouvĂ© (article 111. The temperature–CO2 climate connection:
    an epistemological reappraisal of ice-core messages, Pascal Richet
    , article 22) que le CO2 augmente après l’augmentation des températures, on se demande donc bien pourquoi l’augmentation du CO2 pourrait être la cause de l’augmentation de la T° ?

    Une consĂ©quence des deux points prĂ©cĂ©dents (le CO2 produit par les humains est nĂ©gligeable dans l’effet de 2. What Humans Contribute to Atmospheric CO2: Comparison of Carbon Cycle Models with Observations, Herman Harde, Earth Sciencesserre global, et le CO2 varie surtout en consĂ©quence des variations de T°) : les efforts fait par toutes les entreprises, sous le coup de la règlementation dĂ©bile, pour mesurer et diminuer leur « bilan carbone » ne sert Ă  rien (Ă  part enrichir des consultants et Jancovici).

    Méprise sur les faits

    Avant mĂŞme toutes ces discussions, il y a une mĂ©prise plus gĂ©nĂ©rale, induite par les termes (« dĂ©règlement climatique ») : A quelle Ă©poque le climat a-t-il Ă©tĂ© rĂ©glĂ© ? Tout personne de bonne constitution qui va voir les courbes de variation de T° et du climat sur la Terre sur le temps long constate que le climat a toujours fluctuĂ©, et souvent beaucoup plus vite qu’Ă  notre Ă©poque. C’est un fait que le climat n’est pas « rĂ©glé », et ne l’a jamais Ă©tĂ©.
    Par ailleurs, il est pĂ©nible de voir tout le monde pleurer sur l’augmentation de CO2, car c’est une bonne pour la planète : le dioxyde de carbone favorise la vĂ©gĂ©tation, et la vie sur Terre. DĂ©couvrez d’autres mensonges factuels ici : Climat : les 12 mensonges du GIEC.
    Un autre exemple, pour la route ? J’entends souvent parler de la pĂ©nurie d’eau Ă  cause du rĂ©chauffement. Quelle foutaise : sur la planète bleue, oĂą 71% de la surface couverte l’est par de l’eau, on nous explique que l’on va manquer d’eau ? Par quelle drĂ´le de mĂ©canisme cela serait-il possible ? Encore un fait totalement douteux. Il en est de mĂŞme de l’augmentation des catastrophes climatiques (elles sont stables dans le temps merci @AssoClimatoReal).

    Méprise sur les intentions

    Toutes ces mĂ©prises ne sont possibles que parce qu’une partie des scientifiques, des mĂ©dias et des politiciens, joue un jeu de propagande politique, et non d’information et de recherche de la vĂ©ritĂ©. Les activistes du climat ne se battent pas pour la Terre, ou le climat, mais pour asservir les autres et dĂ©cider Ă  leur place comment ils doivent vivre : dĂ©croissance, contrĂ´le politique et social, censure. Ce sont des dictateurs. @JP_O l’a bien montrĂ© dans Greta a tuĂ© Einstein.
    Je reprends ce que j’ai dĂ©jĂ  dĂ©crit ailleurs, ainsi que d’autres @FBoisard1533 :
    nous sommes devant une mythologie, une foi, dérangeante dans son rejet des faits, de la réalité, et dans ses racines misanthropiques. Ce qui est flagrant, rageant, c’est que ce mensonge organisé est devenu une sorte de dogme diffus, officiel, mortifère et proprement suicidaire. Est-ce un signe de plus d’une décadence générale, ou l’un de ses moteurs principaux ?

  • Le climat par les chiffres

    Le climat par les chiffres

    Sous-titrĂ© « Sortir de la science-fiction du GIEC », le dernier livre de Christian Gerondeau est remarquable de concision et de pĂ©dagogie : factuel, sourcĂ©, il s’ouvre sur une sĂ©rie de 23 graphiques commentĂ©s qui mettent les donnĂ©es disponibles en image.
    Si vous voulez rentrer dans le dĂ©tail du contenu, je vous invite Ă  visionner cette vidĂ©o oĂą il est interviewĂ© par Charles Gave et Eric LĂ©ser de l’Institut des LibertĂ©s (discussion très intĂ©ressante et qui dĂ©passe le cadre strict de l’ouvrage que je recense) :

    Si vous n’avez pas le temps, et en rĂ©sumant Ă  l’extrĂŞme : la quasi-totalitĂ© des discussions sur le climat, le C02 et l’impact de l’homme sont des sophismes. Les dĂ©bats sur le climat tiennent non de la raison mais de la religion : les faits n’intĂ©ressent pas les gens, ils cherchent avant tout Ă  ĂŞtre dans le camp des « gentils » (ceux qui vont sauver le monde en se suicidant). Le dĂ©lire est pourtant assez simple Ă  dĂ©monter, et Christian Gerondeau y parvient magistralement. Il a raison de dire, avec d’autres, que nous sommes devant la plus grande manipulation de tous les temps, dont les consĂ©quences pour les pays dĂ©veloppĂ©s sont graves.
    RĂ©flĂ©chissons en nous basant sur les faits, rappelle Gerondeau. Il est rapide de montrer que les efforts faits par les humains pour rĂ©duire leurs Ă©missions de CO2 (si tant est qu’elles soient la cause d’une quelconque modification de tempĂ©rature) sont inutiles : le flux (la production annuelle de CO2 mondiale) reprĂ©sente Ă  peine 1/200e du stock (la masse totale de CO2 dans l’atmosphère terrestre). Faire Ă©voluer nos productions de CO2 ne sert strictement Ă  rien. D’autant plus que les pays en voie de dĂ©veloppement vont augmenter leurs Ă©missions, et ils ont bien raison car cela va sauver des vies : le manque d’accès Ă  l’Ă©nergie, Ă  l’Ă©lectricitĂ© cause des millions de victimes : nous avons fait progresser notre niveau et notre qualitĂ© de vie en utilisant plus d’Ă©nergie, ce que font aussi les autres pays. Nous sommes en train, au nom de thĂ©ories fumeuses, de nous tirer des balles dans les pieds. Et nous trouvons en plus le moyen d’ĂŞtre surpris que les autres ne nous suivent pas dans nos dĂ©lires !
    Je vous invite vraiment Ă  Ă©couter la vidĂ©o, et Ă  lire le livre de Gerondeau. Sa position rejoint mon constat : nous sommes devant une mythologie, une foi, dĂ©rangeante dans son rejet des faits, de la rĂ©alitĂ©, et dans ses racines misanthropiques. Ce qui est flagrant, rageant, c’est que ce mensonge organisĂ© est devenu une sorte de religion diffuse, officielle, mortifère et proprement suicidaire. Est-ce un signe de plus d’une dĂ©cadence gĂ©nĂ©rale, ou l’un de ses moteurs principaux ?

  • Greta a ressuscitĂ© Einstein

    Greta a ressuscité Einstein

    Dans Greta a ressuscitĂ© Einstein, Jean-Paul Oury montre que les tenants de l’Ă©cologisme radical, pourtant très peu scientifique, utilisent la science comme argument d’autoritĂ© pour faire taire les rĂ©calcitrants.

    Apprentis dictateurs aux manettes

    Dans un premier tome – Greta a tué Einstein –, Jean-Paul Oury montrait comment l’écologisme, incarné par la jeune Greta Thunberg, était une sorte de foi dans une Nature déifiée, et visant en fait à démanteler tout ce qui fonde notre civilisation. Dans ce deuxième opus – Greta a ressuscité Einstein –, l’auteur montre que les tenants de cet écologisme très peu scientifique sont allés plus loin et utilisent maintenant la science comme argument d’autorité pour faire taire les récalcitrants. Le sous-titre décrit très bien cela : « La science entre les mains d’apprentis dictateurs. » Riche, documenté, argumenté et rigoureux, cet essai est à mettre entre toutes les mains pour comprendre notre époque, et ne pas se faire manipuler. Le schéma d’action de ces « prophètes » est toujours le même : susciter la peur devant des dangers plus ou moins avérés, abuser du principe de précaution pour empêcher tout progrès scientifique et technique (on ne peut jamais garantir qu’une technologie est sans risque), s’appuyer sur des idéologues déguisés en scientifiques pour faire taire toute discussion au nom du consensus.

    Retrouver la raison ?

    Sur cinq sujets, l’auteur déploie impitoyablement l’analyse de ces attaques contre la raison et la science : climatocratie, covidocratie, biodiversitocratie, collapsocratie et algorithmocratie. Dans chacun des cas, les arguments des agitateurs de peur reposent sur des conjectures scientifiquement très fragiles. Sur le sujet du Covid en particulier, Oury replace fort à propos la discussion sur la différence entre Science et Médecine. Il faut lire cet essai pour retrouver la raison et le goût de la controverse : rappelons le, la science n’est pas une affaire de consensus, mais de vérité (adéquation avec le réel). Et il y a une raison de plus pour lire Oury : il nous permet, longues citations à l’appui, de découvrir la pensée limpide et profonde d’un auteur injustement méconnu, Raymond Ruyer (1902-1987). Immense philosophe des sciences, il fait partie, avec Gilbert Simondon, des rares penseurs français qui permettent de replacer la technique et la science dans une perspective anthropologique.

    Cet article a d’abord Ă©tĂ© publiĂ© sur le site du magazine L’incorrect, sous le titre « Les menaces de la science politisĂ©e«Â