Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de façon égale et tenter de les rendre égaux. Si le premier est la condition d'une société libre, le second n'est qu'une forme de servitude.
Friedrich A. Von Hayek
Résultats de recherche pour : « hayek »
-
"Droit, Législation et Liberté", de Friedrich Hayek
Ce billet servira de point central pour les différents articles que j’écrirai au fur et à mesure de ma lecture de « Droit, Législation et Liberté » de Friedrich Hayek. Ces articles seront principalement composés de larges extraits de ce texte. Je trouve ce livre riche d’idées fortes et stimulantes, et c’est une source de réflexion énorme.
Je me base sur l’édition que je lis : Edition Quadrige en 1 volume, aux Presses Universitaires de France, novembre 2007.Sommaire
- Première partie – Règles et ordre
- Introduction
- Chapitre premier – Raison et évolution
- Construction et évolution
- Les thèse du rationalisme cartésien
- Les limitations permanentes de notre connaissance des faits
- Connaissance des faits et science
- L’évolution corrélative de l’esprit et de la société : le rôle des règles
- La fausse dichotomie du « naturel » et de « l’artificiel »
- Le développement de l’optique évolutionniste
- La persistance du constructivisme dans la pensée courante
- L’anthropomorphisme de notre langage
- Raison et abstraction
- Rationalisme constructiviste extrême
- Chapitre 2 – « Kosmos » et « Taxis »
- Chapitre 3 – Principes et expédients
- Chapitre 4 – Transformations de l’idée de droit
- Chapitre 5 – « Nomos » : le droit de la liberté
- Chapitre 6 – « Thesis » : la loi du législateur
- Deuxième partie – Le mirage de la justice sociale
- Chapitre 7 – Biens communs et objectifs particuliers
- Chapitre 8 – La quête de justice
- Chapitre 9 – Justice « sociale » ou distributive
- Chapitre 10 – L’ordre de marché ou catallaxie
- Chapitre 11 – La discipline des règles abstraites et les réactions affectives de la société tribale
- Troisième partie – L’ordre politique d’un peuple libre
- Chapitre 12 – Opinion majoritaire et démocratie contemporaine
- Chapitre 13 – La division des pouvoirs démocratiques
- Chapitre 14 – Le secteur public et le secteur privé
- Chapitre 15 – Politique gouvernementale et marché
- Chapitre 16 – L’avortement de l’idéal démocratique : récapitulation
- Chapitre 17 – Un modèle de constitution
- Chapitre 18 – Le pouvoir contenu et la politique détrônée
- Epilogue – Les trois sources des valeurs humaines
- Première partie – Règles et ordre
-
Conséquence
Après la scandaleuse décision du Conseil Constitutionnel (qui se torche ouvertement les fesses avec les décisions de l’Assemblée), je n’ai pu m’empêcher, dans les échanges et réactions sur X de ressortir mon article « Sommes-nous toujours en démocratie ? » (spoiler : non). Et je me suis levé, avec du coup, cette phrase en tête :
Les hommes trébuchent parfois sur la vérité, mais la plupart se redressent et passent vite leur chemin comme si rien ne leur était arrivé.
Winston Churchill (1874-1965)
Homme d’Etat et écrivain britannique.
Parce que oui, ce n’est pas la première fois que je constate que nous ne sommes plus tout à fait en démocratie, mais je fais très exactement ce que décrit la citation : je me « redresse » (c’est-à-dire, j’ai les moyens de ne pas rester au sol, en contact avec la réalité qui m’a fait trébucher), et je passe à autre chose. Mais cela ronge, peu à peu, de faire semblant de ne pas voir ce qu’on a vu. Comme le disait Ayn Rand :
Nous pouvons échapper à la réalité, mais nous ne pouvons pas échapper aux conséquences d’échapper à la réalité.
Ayn Rand (1905-1982) philosophe, scénariste et romancière américaine d’origine russe.
Je m’interroge donc sur ce que signifie, en l’occurence, « les conséquences d’échapper à la réalité » ? Quelles sont les conséquences à faire semblant, plus ou moins, de vivre en démocratie alors que ne nous le sommes pas ? On parle de conséquences, dans les deux sens termes : les répercussions de cette attitude d’évitement du réel, et l’attitude conséquente (« qui reste logique avec soi-même »). Je sépare de manière un peu artificielle ci-dessous les aspects individuels (cognitifs, comportementaux, moraux) et les aspects collectifs (sociaux, politiques), et j’essaye de ne pas théoriser mais plutôt garder un regard pragmatique.
Conséquences personnelles
Sur un plan personnel, nous n’avons que deux options. Constater l’absence de démocratie, et en tirer les conséquences, ou « faire comme si » on était en démocratie (et en tirer les conséquences). Le coût cognitif est plus élevé si on constate réellement qu’on n’est plus en démocratie : tous les discours, affichages, propos, toute la propagande nous hurle le contraire. Il faut donc assumer d’être, au quotidien, en décalage avec le monde dans lequel on vit. Voir des menteurs pavaner, des bureaucrates brider la liberté et se vautrer dans l’arbitraire, écouter de la propagande. C’est moralement fatiguant, et difficile à assumer avec calme et sérénité. D’un autre côté, le « faire comme si » est une manière de mettre la tête dans le sable. C’est plus facile, un certain temps. Mais la réalité nous rattrape régulièrement, et il faut déployer des « efforts » pour continuer à ne pas la voir (drogues, excès de consommation de tout type). Il me semble que cela revient à ne plus pouvoir réfléchir de manière réaliste, puisqu’on fausse une partie du contexte à nos réflexions. Je suis persuadé, par ailleurs, que la somme des renoncements individuels, des choses tues, de l’auto-censure, participe de la dégradation du niveau de discussion et de la prise en compte du bien commun dans la politique, et accélère donc la dégradation. Nous n’avons pas d’autres choix, in fine, que d’agir en connaissance de cause. Les instances actuelles du pouvoir peuvent de manière arbitraire rayer d’un coup de crayon une partie de nos droits. Annuler des décisions démocratiques prises par les Chambres. C’est le cas de manière structurelle (les rôles que se sont donnés les Conseils d’Etat et Constitutionnel), mais c’est aussi le cas dans la tambouille juridique du quotidien (où l’on constate l’extension permanente du règlement sur le législatif. Mes biens, mes choix, la vie de mes proches est soumise à un arbitraire grandissant, grandiloquent et moralisateur, constructiviste, socialiste. On a beau le voir et le dire : depuis que ce blog existe, depuis 2006, le mouvement n’a jamais été inversé. On continue à tomber de plus en plus bas. Il y a un an, je m’interrogeais pour savoir si nous avions touché le fond. Pas du tout, et le mouvement s’est accéléré.
Conséquences collectives
Par ailleurs, la démocratie ne disparaît pas forcément par rupture brutale, mais par glissement de seuils tolérés. A force d’accepter, individuellement, les entorses, on laisse filer ce qu’on ne voulait pas. Je pense d’ailleurs que le constat a déjà été fait par de nombreuses personnes, et qu’une des conséquences de la prise en compte qu’on n’est pas/plus en démocratie peut se lire dans les taux de participation : les gens sentent bien, de manière plus ou moins réfléchie, que leur vote ne sert à rien. C’est encore ce qu’on vient de constater sur les ZFE (et ce n’est qu’une énième confirmation du phénomène). Les gens sont soit désengagés (« je vis ma vie dans mon coin et advienne que pourra »), soit plus radicaux – ce qui n’est pas nécessairement un problème – (« le système est complètement pourri, seules des actions hors-champs démocratique pourraient le faire changer »), parfois les deux à la fois.
Etre conséquent
Que signifierait être conséquent ? Si je suis attaché à la démocratie, cela pourrait signifier se battre pour que la nôtre, abimée, en redevienne une, ou fuir vers un pays qui est réellement démocratique. Ou prolonger la réflexion : le problème est-il le manque de démocratie, ou l’excès de pouvoir que nous avons peu à peu confié à l’Etat et aux institutions, quitte à ce qu’ils puissent les principes même qui fondaient notre société ? Il me semble que c’est ce deuxième point qui est le centre de la question. Comme le disait Hayek « Ce n’est pas la source mais la limitation du pouvoir qui l’empêche d’être arbitraire. » L’extension sans fin du domaine d’intervention de l’Etat est bien sûr un problème central. Car cette extension va avec toujours plus d’arbitraire, de gabegie, de réglementations, de taxations, d’assistanat, d’achat direct ou indirect de votes. Est-il possible – dans un pays où presque la moitié des citoyens touche ses moyens de survie de l’Etat – d’imaginer qu’un vote majoritaire puisse cibler un candidat qui parle de prospérité et de richesses obtenues par le travail (et non par le vol organisé sous forme de « justice sociale ») ?
Rien n’est moins sûr. Un point d’espoir tout de même : les peuples européens, à plusieurs endroits, montrent des signes de rébellion par rapport à cet ordre des choses scandaleux (notamment sur les sujets d’invasion migratoire). Une partie des pourritures qui gangrènent les instances internationales (ONU, OMS et compagnie) a été identifiée, et montrée du doigt, notamment par Milei & Trump. Mais Dieu que c’est long en France. Serons-nous les derniers à réagir ? A temps ?Je me rends compte que je tourne en rond avec ces questions. C’est le fameux triptyque biologique explicité par Laborit : mécanismes de lutte, de fuite, ou d’inhibition de l’action. Lutter, c’est ce que tout le système, et les bonnes manières, nous empêchent de faire au quotidien : rentrer dans la gueule des ignobles, refuser de se faire voler son argent, taper soi-même les racailles et les juges abjects qui les protègent. Fuir, c’est que ce nous faisons tous, par moment, en nous recentrant sur ce qui compte (notre famille, notre travail, notre environnement quotidien), en créant, en lisant, en imaginant des choses, parfois en abusant de drogues ou de fictions. Les deux, pour Laborit, sont des mécanismes salvateurs, c’est-à-dire qui permettent de se soustraire aux effets nocifs du stress. Le dernier, l’inhibition de l’action, est l’attitude à éviter : celle qui fait souffrir l’organisme. J’ai bien peur que triturer pour la énième fois ces sujets ne soit que de l’inhibition de l’action, liée à l’impuissance. Il vaut mieux aller boire une bière avec ses amis, créer, s’engager en politique, que ressasser des constats mille fois faits. Si structurer sa pensée est une action (« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action. »), il me semble qu’elle est devient vite une excuse pour ne pas lutter ou fuir. C’est une déformation d’intellectuel. On peut penser ce qu’on veut de tout ça. Désolé pour cet article décousu.
La réalité, c’est que les pauvres gens qui pensaient que leurs députés avaient réussi à défendre leurs intérêts se sont fait bien baiser par les 9 singes. Le reste, c’est de la littérature. -
Citation #178
La liberté, laissée à chacun, d'utiliser les informations dont il dispose pour poursuivre ses propres desseins, est le seul système qui permette d'assurer la mobilisation la plus optimale possible de l'ensemble des connaissances dispersées dans le corps social.
Friedrich A. Von Hayek (1899-1992)
économiste et philosophe austro-britannique
-

Propriété privée
Dans une discussion familiale qui s’est déroulée sur Signal, un point de désaccord a émergé sur la notion de « propriété privée » et sur le fait, disais-je, que les français, manipulés par des décennies de socialisme, ne respectent plus la propriété privée. Il m’a été répondu, et j’ai trouvé l’argument valide sur le moment, sans pour autant changer d’avis : « les français respectent la propriété privée : ils sont 60% à être propriétaires de biens immobiliers et bien d’autres y aspirent ». Cette phrase est vraie, d’un bout à l’autre. Mais ce n’est pas un bon argument. J’essaye d’expliquer pourquoi ici.
Etat de fait versus Principe
En effet, on peut tout à fait désirer ou convoiter un bien (ou un état de fait) sans pour autant respecter la propriété privée. Respecter la propriété privée, c’est respecter une « règle de juste conduite abstraite ». C’est un principe moral. Respecter la propriété privée, c’est considérer que tout être humain est propriétaire (et responsable) de sa vie, du fruit de son travail et de ce qu’il acquiert par des échanges libres. On peut donc tout à fait désirer être propriétaire, et considérer qu’il est légitime de voler le bien à quelqu’un d’autre (un riche, un salaud de capitaliste, etc.). Que les français, et les gens en général, gardent un bon sens et une compréhension concrète de leur propre intérêt, c’est fort heureux (il vaut mieux être propriétaire si on peut) ; mais cela ne valide en aucune manière leur respect de la propriété privée. Ce sera juste un bon moyen, s’ils deviennent propriétaires, d’avoir des gens en plus qui défendront ce principe (par intérêt personnel).
Je crois, et j’ai peut-être tort, qu’une grande partie de la population trouve légitime de « voler » des biens à certains pour les donner à d’autres. La notion même de « justice sociale », si bien démontée par Hayek, sert très exactement à cela. Justifier des transferts forcés. Rappelons-le : la très grande majorité de l’argent pompé aux français ne sert pas à financer les fonctions régaliennes de l’Etat, mais de la redistribution forcée (part du régalien dans le budget de l’Etat autour de 20%). J’entends déjà les récriminations : « et la solidarité! ». Mais quel est donc le sens d’une solidarité forcée ? La solidarité implique la compréhension mutuelle d’intérêts partagés, d’une unité de destin, qui incite à collaborer et à s’entraider, de manière réciproque. Je ne vois pas en quoi elle justifie le vol. J’y reviendrai plus bas.
Morale
Je reconnais que cette approche basée sur le respect de principe d’une règle de juste conduite applicable à tous de la même manière est très « déontologique ». Larmore a montré que la morale est hétérogène : à côté de ce principe déontologique, on trouve le principe conséquentialiste et le principe de partialité.
J’appelerais ces trois principes : principe de partialité, principe conséquentialiste et principe déontologique. Ils se situent tous trois à un niveau élevé de généralité. Le principe de partialité sous-tend les obligations « particularistes » qui ne s’imposent à nous qu’en vertu d’un certain désir ou intérêt que nous nous trouvons avoir. (…) Le principe de partialité exprime donc une priorité du bien sur le juste. (…) Les deux autres principes pratiques – les principes conséquentialiste et déontologique – sont universalistes et représentent des obligations catégoriques. Le principe conséquentialiste exige que l’on fasse ce qui produira globalement le plus grand bien (la plus grande somme algébrique de bien et de mal), eu égard à tous ceux qui sont affectés par notre action. (…) Le principe déontologique exige que l’on ne fasse jamais certaines choses (ne pas respecter une promesse, dire des mensonges, tuer un innocent) à autrui, même s’il doit en résulter globalement un moindre bien ou un plus grand mal. (…) Contrairement au principe de partialité, ces deux principes impliquent des devoirs qui sont catégoriques et s’imposent à l’agent, quels que puissent être ses désirs ou ses intérêts. Ils expriment, par conséquent, une priorité du juste sur le bien. Il me semble que toute personne réfléchie reconnaît, dans une certaine mesure, les exigences de ces trois principes.
Je suis peut-être trop fixé dans une approche déontologique. Mais si je pars sur une approche conséquentialiste, alors les partisans de la « justice sociale », et de la répartition (ce que j’appelle le vol légal, ou la spoliation) doivent reconnaître que le mode de fonctionnement actuel, ne respectant pas – à plein d’égards – la propriété privée n’atteint en aucune manière des conséquences souhaitables. Paupérisation, baisse générale du niveau de service, effondrement de l’école, on pourrait continuer la liste. Tout cela pour un seul indicateur qui va dans leur sens (la baisse des inégalités). Ils n’ont donc raison ni sur l’aspect déontologique, ni sur l’aspect conséquentialiste. Ils préfèrent que les gens soit pauvres mais égaux, plutôt que riches et inégaux. Et l’on a bien du mal, à retrouver là-dedans, une notion de solidarité. Un tel délitement de la société, un tel effondrement moral, ne saurait être un bon exemple de solidarité bien pensée. Par ailleurs, cette relative « égalité » des gens dans la pauvreté (mesurée par des indicateurs utilisés politiquement et à l’envers) cache bien mal la réalité concrète.
Partialité
Mais c’est là où l’on retrouve le troisième principe moral : le principe de partialité. Car, bien sûr, tout le monde n’est pas pauvre dans ce système. Certains, dont les dirigeants, ceux qui sont proches du pouvoir, ou ceux qui ont la chance d’avoir déjà des moyens, ne souffrent pas autant que le reste de la population. Certains bien sûr, ne sont pas des profiteurs immoraux, et essayent de faire bouger les lignes. Mais tout de même, le système en est venu à être clôt sur lui-même. C’est ce qui se passe à mon avis : une petite « caste » tire les marrons du feu, pour soi et pour ses proches, en faisant du chantage moral au reste de la population au nom de l’égalité et de la justice sociale. Ou de l’anti-racisme, ou de tout ce qui peut permettre de « menacer » d’exclusion sociale les opposants. Ils ont pillé les ressources du pays, pris des mauvaises décisions – au vu de l’intérêt général – sur presque tous les sujets, pillé les ressources des générations futures, pillé l’épargne des français. Il est probable, et c’était l’avis que j’exprimais au début de ce billet, qu’une bonne partie des français les déteste au moins autant par jalousie que par réprobation morale. Beaucoup se rêveraient dans la même situation, sans pour autant vouloir respecter des règles abstraites de juste conduite, et le droit de propriété.
Je ne demande qu’à avoir tort, et ça serait une grande source d’espoir que de savoir que les français, dans leur majorité, considère qu’il est injuste de voler quelqu’un, même riche.
-

Bitcoin : le choc géopolitique
Jean-Charles Galli (@JeanCGalli) et Alexandre Stachtchenko (@StachAlex) signent avec « Bitcoin Le choc géopolitique » un livre passionnant et pédagogique sur le Bitcoin, avec un angle d’attaque singulier explicité dans le titre : leur regard est géopolitique. Ils expliquent dès l’introduction pourquoi : dans la mesure où les Etats se sont arrogé le monopole de l’émission de monnaie, ils ont fait passer cette fabuleuse invention (la monnaie) du monde purement économique à un monde politique, et, dans la mesure où les échanges internationaux sont désormais la norme, géopolitique.
Rendre à Hayek
Comme beaucoup d’auteurs ayant étudié le Bitcoin, ils remettent en perspective les différentes raisons qui ont conduits des générations d’informaticiens, et de spécialistes de cryptographie, à tester, essayer, échouer, et finalement réussir à créer une « monnaie électronique purement pair-à-pair qui permet des paiements en ligne envoyés directement d’un acteur à au autre sans passer par une institution financière. » (Satoshi Nakamoto). Les problèmes générés par la mauvaise gestion des Banques centrales, du système bancaire, et des Etats (création monétaire incontrôlée, endettement massif, dévaluation permanente de la monnaie) en sont la cause, et ils avaient été analysé par Hayek dans son ouvrage de 1976 : « The denationalization of money » (il avait anticipé la création de Bitcoin en 1984 dans une interview restée célèbre où il expliquait « Nous ne retrouverons pas de bonne monnaie tant que nous ne l’enlèverons pas des mains du gouvernement. (…) Nous ne pouvons pas le retirer violemment des mains du gouvernement, tout ce que nous pouvons faire, c’est introduire par un moyen détourné quelque chose qu’ils ne peuvent pas arrêter. » Visionner l’interview de Hayek).
Riche et utile
Le livre revient sur un certain nombre de choses déjà connues de ceux comme moi qui sont passionnés par le sujet, mais qui sont, ici, présentées de manière suffisamment documentée, approfondie, et pédagogique pour que le livre constitue une excellente introduction à Bitcoin.
J’ai particulièrement apprécié les éclairages stratégiques du point de vue des Etats et des entreprises (trop rarement ajoutées à cette discussion, alors qu’elles jouent un rôle central dans l’adoption). Ainsi, d’ailleurs, que les éclairages apportés sur le minage et le rôle de cette industrie dans une possible meilleure gestion globale d’un système énergétique (j’avais déjà appris beaucoup grâce aux interviews de Seb Gouspillou @SebGouspillou). La plongée détaillée dans ce que Nayib Bukele (@nayibbukele) a mis en place au Salvador est également passionnante, par le courage et la ténacité de cet homme, et tant on peut voir sur cet exemple à quel point les institutions internationales (FMI notamment) sont politisées et prédatrices.
D’une manière générale, la grande qualité du livre repose sur le regard très réaliste que portent les auteurs sur l’essor du Bitcoin : loin d’un discours d’idéaliste ou de propagande, ils décrivent de manière pragmatique les progrès (incroyables) et les risques (réels) dans le parcours du Bitcoin depuis sa création.Train qui passe… avec ou sans nous ?
A la fin de la lecture, je ressors avec le sentiment assez frustrant de constater que tous ceux qui regardent ce sujet avec sérieux arrivent aux mêmes conclusions : la France aurait tout ce qu’il faut pour choisir de monter à bord de ce train (le nucléaire, la population bien formée, un système bancaire important et structuré), mais que la clique de socialistes au pouvoir dans les différents strates bloquent cette innovation majeure, en lui mettant des batons dans les roues (fiscaux, juridiques, médiatiques, politiques, réglementaires). Notre classe politique pour des raisons idéologique, sur ce sujet comme sur d’autres, joue contre l’intérêt du pays et de son peuple. Je mets à part Sarah Knafo (@knafo_sarah) qui a visiblement travaillé le sujet et qui s’en est faite, avec d’autres, la porte-parole au niveau européen pour expliquer que le Bitcoin est la monnaie libre, là où les MNBC (monnaies numériques de banque centrale) ne sont que des instruments de surveillance de plus. Le livre d’ailleurs montre très bien les contradictions morales, logiques et économiques, qui font des MNBC une arnaque intellectuelle : pour être réellement ce qu’elles prétendent être, elles devraient se mettre en place avec en parallèle la suppression des Banques Centrales, ce qui, bien sûr n’est pas le cas… Je laisse le mot de la fin aux auteurs, en citant un morceau de leur conclusion, et les remercie pour ce livre très riche et utile.
A mesure que le temps passe, le statut de Bitcoin comme réserve de valeur numérique rare, non confiscable et ne requérant aucune permission pour être utilisé se renforce, sous un triple effet : un nombre croissant d’utilisateurs convaincus partout dans le monde, l’acculturation qui s’opère et l’engagement de grandes sociétés et d’Etats dont les engagements ont valeur de prescripteurs. A mesure que sa rareté augmentera et que son adoption s’étendra, Bitcoin s’imposera comme une réserve de valeur numérique incontournable, offrant un outil d’émancipation financière face aux aléas des systèmes monétaires traditionnels. -

Citation #172
Le concept central du libéralisme est que, par l’application de règles universelles de juste conduite, qui protègent un domaine privé individuel reconnaissable, un ordre spontané apparaitra de lui-même dans les affaires humaines, d’une complexité plus grande qu’aucun arrangement délibéré n’en aurait pu produire, et que, par conséquent, les actions coercitives de l’Etat doivent être cantonnées à l’application de telles règles.
Friedrich Hayek (1899-1992)
économiste et philosophe austro-britannique.
-

L’Etat peut-il nous voler ?
Dans des discussions récentes, dans une interview récente de Philippe Nemo, et d’une manière générale dans la pensée libérale, cette question se pose. L’Etat peut-il nous voler ? Certains impôts et taxes, par leur caractère confiscatoire ou spoliateur, peuvent-ils s’apparenter à du vol ?
Bien poser la question…
Comme toujours, avant de répondre, il convient de se demander si la question est bien posée, ou si c’est la bonne question. Première chose, « l’Etat » ne fait rien, ne pense rien, ne veut rien. Seules les personnes pensent. Donc, la première clarification à faire, c’est de penser que la manière dont « l’Etat » se comporte vis-à-vis des citoyens est la somme d’une (énorme) quantité d’actions individuelles passées, et présentes. Des députés qui écrivent et votent des lois et réglementations (il y a plus ou moins longtemps), des fonctionnaires ou des agents de l’Etat qui agissent en fonction de ces lois et des politiques actuelles, etc.
La deuxième clarification importante concerne la notion de « vol ». J’avais en tête cette pensée toute simple (simpliste?). Il n’y a que deux manières de transférer un bien d’une personne à une autre : librement, ou sous la contrainte. Je faisais donc le raccourci suivant : les taxes et les impôts me sont pris de manière forcée, donc c’est du vol. Mais c’est bien sûr plus complexe comme nous allons le voir, ce qui ne change pas nécessairement ce point de vue radical. Revenons aux définitions.
Vol :
Action de s’emparer frauduleusement de ce qui appartient matériellement à autrui.
Fraude :
1. Action de tromper, d’abuser autrui en contrevenant aux règlements, d’employer la ruse pour le mystifier.
2. (Droit civil) Acte accompli en vue de porter atteinte délibérément aux droits et intérêts d’autrui.
3. (Droit pénal) Tromperie, acte de mauvaise foi par lequel on lèse quelqu’un en se soustrayant aux règlements.
Voilà qui apporte un élément complémentaire à la discussion. Le vol consiste à s’emparer de quelque chose de manière frauduleuse, ce qui signifie en contrevenant aux règles, ou (point 2) en portant atteinte aux droits d’autrui. La notion de vol implique donc deux notions très importantes : les règles (règlements, lois tacites ou explicites) et les droits.Une loi peut-elle être injuste ?
Première remarque : pris sous l’angle du non-respect des règles, la question devient tautologique. Puisque ce sont les hommes de l’Etat qui édictent et font appliquer les règlements, ils peuvent donc en édicter certains qui sans jamais se retrouver « en fraude » peuvent néanmoins être compris et perçus comme « du vol » (au sens de « nuire aux droits » des citoyens, notamment le droit de propriété). Cela amène sur une autre question : « une loi ou une règle peut-elle être injuste ? ». La réponse est oui bien sûr. Le droit naturel des humains peut être piétinés par le droit positif voté d’autres humains. Que l’on songe aux lois d’exclusion des juifs sous Hitler… Une loi, oui, peut-être injuste. Donc le fait de « frauder » n’est pas en soi suffisant pour définir le « vol ». Le fait des léser des droits est fondamental dans cette histoire.
Deuxième remarque : il me semble que l’on se retrouve donc, directement, dans la discussion, centrale dans l’œuvre d’Hayek (Droit, législation et liberté) sur la distinction entre loi et réglementation (à vous d’aller lire cet article). Pour faire simple et rapide : dans une société de liberté (mais la nôtre l’est-elle toujours?), les règles justes sont des règles de juste conduite abstraites, montrant aux citoyens les barrières à ne pas franchir pour ne pas « heurter » les droits des autres, d’une manière réciproque. Les règlementations qui visent un état de choses particulières (égalité de fait entre les citoyens, attribution de privilèges (ou de pénalités) à telle ou telle catégorie de citoyens, ou d’acteurs économiques) sont presque toujours injustes. Elles reposent sur une prémisse fausse : penser qu’une autorité centrale peut organiser le détail de la société, de l’état des choses, et qu’il est possible à une intelligence humaine d’embrasser les conséquences -inconnues- d’une multitude d’actions individuelles. Cette négation de l’ordre spontané (associé à la liberté de la société) est un non-sens philosophique, politique et moral. Le seul impôt moralement juste est l’impôt proportionnel (conforme à la Constitution) ; tout impôt progressif (visant à « rééquilibrer » un ordre qui serait injuste) est, à mon sens, injuste, et bâti sur un conception erronée de ce qu’est une société libre. Il est vrai que ses partisans ne cherchent pas, à mon sens, à bâtir une société de liberté et de prospérité, mais une société égalitaire, ce qui compte tenu de la nature humaine, est une forme de totalitarisme.Reformulation
Donc, non l’Etat ne peut pas nous voler, car d’une part « l’Etat » ne fait rien (ce sont les humains qui agissent), et d’autres part toutes les actions injustes des hommes de l’Etat (spoliation, négation du droit de propriété, etc.) le sont toujours dans un cadre « légal », du moins réglementaire. Ils ne peuvent pas nous voler, puisqu’ils écrivent eux-mêmes la ligne qui distingue la fraude de la non-fraude.
Par contre, et c’était le sens mon avis naïf, oui, les hommes de l’Etat ont mis en place, et conduisent des actions injustes, qui bafouent les droits des citoyens. L’Etat ne peut pas nous voler, certes ; mais nous avons mis en place, depuis des décennies, par le biais de nos vote, par notre inaction et notre faiblesse, parfois de manière volontaire (pour certains), une société profondément injuste, où l’égalité devant la loi n’est plus respectée, où toute une partie des hommes de l’Etat et des sphères proches d’eux se gavent de ressources spoliées aux français vivants et aux français à venir. Soyons collectivement capables de voir cela, et faire dégonfler cet ensemble d’institutions devenues, malgré nous, l’ennemi des citoyens.
Relisons le grand Frédéric Bastiat, qui avait analysé tout cela (« L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. ») il y a déjà longtemps…
Le droit à la propriété est antérieur à la loi. Ce n’est pas la loi qui a donné lieu à la propriété mais au contraire, la propriété qui a donné lieu à la loi. Cette observation est importante, car il est assez commun, surtout parmi les juristes, de faire reposer la propriété sur la loi, d’où la dangereuse conséquence que le législateur peut tout bouleverser en conscience.Frédéric Bastiat (1801 – 1850) économiste, homme politique et magistrat français.