Les marchés ne pensent pas

Je pense que les mots sont importants. Les mots sont le support qui permet de structurer la pensée.
Et lorsque j’entends, comme ce matin à la radio, que « les marchés ont été déçus par le plan de relance de l’Etat », je ne peux que réagir. « L’Etat » ne fait aucun plan de relance : ce sont les hommes et les femmes qui composent le gouvernement et Nicolas Sarkozy qui ont pondu un plan de relance. De même, les « marchés » ne sont pas « déçus », ou « satisfaits ».
Les cours sur les marchés évoluent en fonction de la conjoncture, mais ils ne sont que le reflet de centaines de milliers de choix individuels, dont la résultante permet de calculer un prix. Ce que le journaliste voulait dire, c’est que le plan de relance a été conçu pour faire « repartir la machine », et que l’absence de réaction des cours suite à l’annonce des mesures, montre que le plan de relance n’a pas dû provoquer d’enthousiasme excessif, en tout cas pas chez suffisamment de monde pour que l’effet en soit palpable sur les cours. La déception dont il parle peut donc être la sienne, et/ou celle des acteurs sur les marchés, mais certainement pas celle des « marchés ».
Les abstractions intellectuelles sont indispensables pour penser, mais ne leur prétons pas de caractéristiques humaines. Ni les marchés, ni les Etats ne pensent. Ce sont les individus qui pensent.

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Criticus
12 années il y a

D’accord pour les marchés, mais pas pour les États : ces derniers ont effectivement des individus à leur tête, mais dont les décisions engagent l’action générale des États.

Criticus
12 années il y a

Ben, symboliquement, si.

Criticus
12 années il y a

Oui, enfin il y a besoin de symboles pour décrire le monde, pour pouvoir penser !

Aurelien
12 années il y a

Les individus qui composent le marché ont davantage de marge pour penser et agir en conséquence que ceux qui composent l’Etat. Par ailleurs, ils sont plus nombreux. Pas étonnant que l’Etat voit son impact diminuer (dans la crise actuelle, ce n’est pas si clair que ça tout de même).

Aurelien
12 années il y a

De nombreux agents de l’Etat produisent de la satisfaction aux « usagers », donc de la richesse. Je pense aux enseignants, aux services de police chargés de lutter contre le grand-banditisme (c’est autre chose que les chasseurs de PV), etc. La question qu’on peut se poser, c’est de savoir si nous ne pourrions pas avoir davantage de satisfaction avec une organisation différente ? Sans statut bloquant, sans syndicats non rewprésentatifs bloquants, etc.
L’Etat fulmine de rage de ne pouvoir contrôler les flux de capitaux, les flux de talents, les choix de destinations de vacances, la composition de nos petits plats (bien que…). Bref, il ne contrôle pas tout, et la tendance serait même au glissement en faveur du libre choix (la lutte contre la copie privée est un symbol parlant).
La crise financière étant à au moins à 80 % de sa responsabilité, nous pouvons dire que son influence négative est encore trop forte (je ne dis pas ça pour les banques qui sont à 20 % coupables).

Anne
Anne
12 années il y a

Il est difficile d’éviter les abstractions par commodité de langage, mais on a tendance à en abuser.
Le risque est d’entretenir la confusion entre un décideur plus ou moins abstrait dans l’esprit du public, et les conséquences bien réelles qui découlent de ses actes pour chacun d’entre nous.
Ainsi, il me semble que la notion d’Etat a longtemps permis aux Français de croire que ce dernier avait des moyens d’action financiers autonomes et indépendants de leur propre participation par la voie des impôts et taxes, l’autorisant à presque tout se permettre !
Il a fallu quinze années de rabachâge sur la dette, ses intérêts à payer par les générations à venir, pour qu’enfin les Français comprennent que l’Etat n’était pas virtuel.
Autre risque (passé ?) de ces abstractions, celui de la dilution des responsabilités en cas de décision préjudiciable.

Gnouros
12 années il y a

Merci LOmiG pour cette belle leçon dindividualisme méthodologique. Je suis parfaitement d’accord avec cette analyse :-)

Raveline
12 années il y a

Tocqueville dit que c’est l’un des travers de la vie démocratique (T2, première partie, chapitre 3). Les individus développent « le goût des idées générales », et cela les amène à ce genre de raccourci – on pourrait en dire autant sur des concepts très usités comme « l’insécurité », « le chômage », etc., qui deviennent facilement les sujets de verbes dans des tournures qui sont logiquement impropres (mais indubitablement pratiques et permettant d’éviter quelques lourdeurs). Chose amusante, lui-même reconnaît que dans son ouvrage, il a été amené à développer un grand nombre d’idées générales. Plus pertinent, il associe cela à la condition égale des individus. Pour le citer : « Si l’esprit humain entreprenait d’examiner et de juger individuellement tous les cas particuliers qui le frappent, il se perdrait bientôt au milieu de l’immensité des détails et ne verrait plus rien; dans cette extrémité, il a recours a un procédé imparfait, mais nécessaire, qui aide sa faiblesse et qui la prouve. Après avoir considéré superficiellement un certain nombre d’objets et remarqué qu’ils se ressemblent, il leur donne à tous un même nom, les met à part et poursuit sa route. Les idées générales ont cela d’admirable, qu’elles permettent à l’esprit humain de , porter des… Lire la suite »

Mathieu L.
12 années il y a

Tiens, c’est marrant, je suis presque complètement d’accord avec toi. Je suis heureux que tu te désolidarises de nombreux discours complètement stupides sur les acteurs économiques.
Sans doute le journaliste voulait-il faire un raccourci pour dire « la majorité des acteurs agissant sur le marché boursier », mais enfin…
Par contre, il y a quand même des tendances qui se dégagent, les acteurs faisant parfois des choix identiques avec les informations dont ils disposent, et c’est là que notre passion pour la politique peut s’exprimer…
A bientôt,

Mathieu L.
12 années il y a

Euh, pourquoi je suis jaune ? Quelle est cette nouvelle symbolique ?

Franck Boizard
12 années il y a

Les marchés ne sont pas les seuls à ne pas penser.
Les journalistes et les politiciens non plus.
Je suis effaré par l’unanimité «relanciste».
Pas un pour dire que ces plans ouvrent la voie à une dépression durable au lieu d’une récession passagère.

Libertas
12 années il y a

« “L’Etat” ne fait aucun plan de relance : ce sont les hommes et les femmes qui composent le gouvernement et Nicolas Sarkozy qui ont pondu un plan de relance » écris-tu.
J’irais même plus loin : lorsqu’on dit plan de relance, ce sont les contribuables qui « relancent », contraints par les hommes de l’État : par la loi (budgétaire), ces derniers prennent dans les poches des citoyens et des entreprises pour attribuer ces sommes à d’autres hommes ou à des projets dont ils croient, selon une pensée souvent magique (c’est à dire non rationnelle), qu’elle va améliorer la situation économique (au mieux, s’ils sont sincères ; s’ils sont cyniques, ils dépensent pour montrer qu’ils réagissent, sans souci d’un résultat qui se produira dans quelques années, lorsque d’autres occuperont la place).

Raveline
12 années il y a

@BLOmiG : Sur le caractère problématique de ta dernière phrase. Ce que pointe Tocqueville, c’est que les individus pensent, mais ils pensent sous l’influence de leur condition. Or, la condition d’égalité dans une société démocratique (la société, pas nécessairement le régime) tend à produire un certain type de pensée (les idées générales). D’une certaine manière, donc, la pensée des individus dans la démocratie tend à devenir anti-individuelle (puisque, et c’est bien sûr un présupposé contestable, l’égalité tendrait selon Tocqueville à faire perdre le sens de la nuance – je le dis rapidement, il le dis mieux, cf. citations dans mon premier commentaire). En un sens, on pourrait dire que les individus pensent, mais qu’ils ne pensent plus vraiment « en tant qu’individu » (ou disons que leur individualité est plus complexe à saisir qu’il n’y paraît). Sur Hayek, en effet, on peut le croiser avec Toqueville (bien que Tocqueville raisonne dans un schéma très particulier, celui de l’égalité des conditions comme facteur déterminant). Ceci étant, je reste un peu circonspect sur ses présupposés (premier paragraphe de ta citation), d’autant que je ne suis pas très familier avec sa pensée et son langage. Il faut que j’y réfléchisse encore :). Merci de la… Lire la suite »

Franck Boizard
12 années il y a

Tiens, pour te faire plaisir, voici la question que j’ai posée sur le blog Econoclaste :
Vous ne m’avez cependant pas répondu. Si une réponse théorique vous semble un trop vaste sujet, auriez des exemples de relance étatique qui ont fonctionné ?
Réponse :
Je suis désolé, mais je n’ai pas le temps de reprendre les épisodes de stabilisation (je préfère le terme à celui de relance) qui ont fonctionné, tout ça pour que vous finissiez par me resservir des arguments que je connais déjà et dont je suis sûr que pour certains d’entre eux, vous les exagérerez.

Libertas
12 années il y a

Pas mal, la réponse d’Econoclaste !
Apparemment, il n’y a pas un seul épisode de « stabilisation » à grands coups de dépense et a fortiori de déficit qui ait fonctionné ! sauf dans la pensée magique de Keynes.
Cf. les thèses montrant que l’interventionnisme du New Deal a prolongé la crise de 1929…

jacques
12 années il y a

Je vais tenter de vous mettre tous d’accord en citant notre Premier Ministre:
« Je suis à la tête d’un Etat en faillite »…..
jf. :-) :-) :-)

Chitah
Chitah
12 années il y a

Bien d’accord avec le billet de Lomig, l’anthropomorphisme est un cancer de la pensée, qui ne révèle pas simplement le caractère approximatif du propos, mais qui révèle aussi du scientisme. Le vocabulaire employé par les commentateurs laisse parfois pantois : « faire repartir la machine », « mettre du carburant dans l’économie », etc. Uniquement des métaphores prises dans le monde des sciences naturelles, exactes. Tous les libéraux ne font que rappeler tous les jours que l’économie est une science humaine. Le plus cocasse c’est que tous les antilibéraux racontent que le libéralisme c’est le mal, car il ne place pas l’homme au centre de l’économie. Le monde à l’envers. Voir à ce sujet Hayek : http://nicomaque.blogspot.com/2007/04/hayek-en-4-leons.html « Hayek oppose, à sa vision de la connaissance, le scientisme, qu’il définit comme une imitation servile des méthodes des sciences naturelles dans le domaine des sciences sociales. Le scientisme dérive du rationalisme constructiviste ou naïf, qui s’appuie sur une confiance illimitée dans les possibilités de la raison. Descartes est le grand responsable de cette prétention prométhéenne. La France en est la principale terre d’élection, avec les encyclopédistes, Jean-Jacques Rousseau, l’École polytechnique, le saint-simonisme et Comte, mais la Grande-Bretagne a été elle-même pervertie, à travers Bacon, Hobbes ou… Lire la suite »

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jcrmirmp
9 années il y a

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