« Vision aveugle » (Blindsight, en anglais), est un roman de science-fiction de Peter Watts, auteur canadien. Il est scientifique de formation, et publie sur son site depuis longtemps une partie de ses nouvelles en licence Creative Commons.
C’est un roman étrange, et à vrai dire j’ai été un peu déçu. L’histoire, pourtant, avait tout pour me passionner : un groupe de 4 astronautes est envoyé en mission pour aller voir ce qu’est l’étrange objet qui envoie des signaux depuis une « comète trans-neptunienne de la ceinture de Kuiper ». C’est le thème ultra vu et revu de la « rencontre du 3ème type » avec les extra-terrestres. Tout y est assez bien décrit, le roman déborde d’imagination et il y a pleins de passages super, mais c’est très (trop) cérébral, les réflexions (passionnantes au demeurant) sur la conscience, l’IA, la biologie et plein d’autres sujets prennent trop de place par rapport à l’action et à l’histoire.
C’est le roman d’un scientifique, super cultivé (la biblio à la fin le confirme, on dirait une bibliographie de thèse de recherche), avec des thèmes passionnants, mais pour moi pas un romancier pur et dur. Les personnages sont tous complètement déjantés, et il est dur de s’y projeter. Dommage, car l’idée de fond du roman (que je ne divulgache pas) est vraiment une idée géniale, un peu maltraitée par trop de sérieux et de rigueur, et pas assez de sens narratif. La « Hard science fiction » ne doit pas devenir de la science tout court.
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Vision aveugle
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Pêcheur de perle
Je suis en train de terminer le formidable livre d’Alain Finkielkraut, « Pêcheur de perles ». Il est formidable pour les raisons habituelles avec cet auteur : écriture ciselée, précise et forte, richesse du vocabulaire, humilité d’un vrai penseur, tout cela donne toujours avec « Finkie » des ouvrages agréables à lire, édifiants, touchants. Mais il est formidable pour deux autres raisons que j’aimerais souligner pour vous donner envie de le lire.
Pêcheur de perles
Le prologue du livre le dit bien, il s’agit d’un livre de passionné de citations (je le suis également, ma collection est à votre disposition). Ce prologue, à la relecture, mérite d’être partagé ici, tant il donne à voir le style de Finkielkraut, et le projet de ce livre.
Walter Benjamin collectionnait amoureusement les citations. Dans la magnifique étude qu’elle lui a consacrée, Hannah Arendt compare ce penseur inclassable à un pêcheur de perles qui va au fond des mers « pour en arracher le riche et l’étrange ».
Subjugué par cette image, je me suis plongé dans les carnets de citations que j’accumule pieusement depuis plusieurs décennies. J’ai tiré de ce vagabondage les phrases qui me font signe, qui m’ouvrent la voie, qui désentravent mon intelligence de la vie et du monde. Et plutôt que de les mettre au service d’une thèse ou d’une démonstration, je me suis laissé guider par elles, sans idée préconçue. Ces phrases n’étaient pas pour moi des ornements, mais des offrandes. Elles ne décoraient pas la pensée, elles la déclenchaient ; elles ne l’illustraient pas, elles la tiraient du sommeil.
Avant le grand saut dans l’éternel nulle part, j’ai ainsi dressé, sans chercher à être exhaustif ni à faire système, le bilan contrasté de mon séjour sur la Terre.
Chaque court chapitre s’ouvre donc sur une citation, qui sert de point de départ à une réflexion de l’auteur, libre, riche, pleine de reflets surprenants, avec en fond la parole d’un homme qui n’assène jamais de certitudes, mais cherche la vérité, et partage ce qu’il a trouvé sans prétendre avoir fait le tour : ni plus, ni moins. Cette logique de citations, agrémentées de réflexions qui les éclairent et les font vivre, m’a fait penser aux lectures Talmudiques de Levinas.
Densité
Le livre est formidable également par sa densité. Les textes, pour être courts, sont, à l’évidence mais sans que cela soit visible, travaillés, ciselés, relus, raccourcis, peaufinés : la pensée exprimée utilise toute la puissance de notre belle langue, s’appuie sur de nombreux auteurs, et l’on mesure, à la lecture, la profondeur de la culture de Finkielkraut. Cet homme est un intellectuel hors-pair, et un travailleur infatigable. Il nous éclaire sur notre époque, mais aussi sur notre condition humaine.
Ce livre est entré dans mon petit Panthéon personnel des meilleurs livres. Je sais que je le relirai, autant pour la forme que pour le fond.
C’est une grande leçon d’humilité pour moi : je publie chaque mois au travail une newsletter, intitulée « Fantaisies », qui s’ouvre systématiquement par la « citation du mois », que je commente en un ou deux paragraphes. Je mesure, à la lecture du « Pêcheur de perles », l’abime qui sépare mon bricolage d’un véritable travail d’écriture. Rien que pour cela, la lecture de ce livre était indispensable. -

Jacob Collier
Si vous ne connaissez pas Jacob Collier, je vous invite à découvrir ce petit génie de la musique. Multi-instrumentiste, chanteur, créatif sans limite sur les harmonies, spécialiste du jeu collectif, avec d’autres musiciens, avec le public, avec les internautes. Je n’utilise pas souvent le terme de « génie », et tout ce que produit Jacob Collier n’est pas de mon goût. Mais, sincèrement, c’est un génie, un explorateur, un véritable musicien artiste. Je vous partage une vidéo d’un morceau en concert, et si vous voulez découvrir un peu plus le musicien, vous pouvez aller écouter son interview musical chez Paul Davids.
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Citation #186
La propension à l'espoir et à la joie, c'est richesse réelle; la propension à la crainte et au chagrin, c'est pauvreté véritable.
David Hume (1711 – 1776)
philosophe, économiste et historien écossais
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Flânerie #4
En me promenant sans but dans les puces de Vanves, je suis tombé sur une petite estampe à l’eau-forte de Jean-Yves André (que je ne connaissais bien sûr à ce moment ni d’Eve ni d’Adam).
Elle représente un bout de ville, au coeur d’une jungle luxuriante. L’image fait 10cm x 15cm à peu près, et contient beaucoup de petits détails très fin. J’ai tout de suite été séduit par l’ambiance générale, paisible, par la profusion de détails, et par la manière d’avoir traité le soleil au milieu. On ne sait pas s’il se couche ou s’il se lève, et il donne comme une impression de temps suspendu à cette image, une fixité, qui résonne en contrepoint au mouvement de la végétation autour. On ne sait pas bien non plus si la ville « El Dorado » est complètement en ruine, ou si elle pourrait encore abriter quelques activités, et quelques humains. Le titre nous met également dans la peau d’un explorateur qui découvrirait, dans la forêt tropicale, la ville mythique. Merveilleux.
Plein de mystères dans ce petit tableau, qui m’ont séduit, et qui m’ont conduit à l’acheter. Je vais changer le cadre qui était un peu vieillot. La rencontre avec ce petit tableau, et avec cet artiste, était la vraie joie, la vraie surprise de cette flânerie.
Ajout : après avoir farfouiné un peu sur le site Le Comoedia, je pense que l’oeuvre doit dater des années 1980 (elle ressemble un peu à celle-ci : Surga Yang Jahu).
Ajout n°2 J’ai eu le grand plaisir d’avoir une réponse de JY André, que je recopie ici :
Technique : eau-forte + aquatinte. 50 tirages (sur ma presse taille-douce) signés et numérotés par moi-même. Autour de 1983-84. A cette époque je voyageais au Moyen Orient et je commençais à aborder l’Asie du Sud-est. D’où l’architecture évoquant les ksours du Maroc et les jungles luxuriantes d’Asie.Et ce fantasme de la découverte d’une cité cachée… -

Universaliste ?
Grâce à François, mon père, et à mes frères et belles-soeurs, nous avons esquissé pendant notre repas de Noël une belle discussion sur le thème de l’universalisme. C’est un sujet passionnant. Notre père avait travaillé le sujet et en avait fait un article, très intéressant, en réaction à d’autres articles. Pour pouvoir suivre la réflexion, je suis allé regardé, pendant que nous discutions, la définition sur le TLFI :
Universalisme n. m. :
Toute doctrine qui considère la réalité comme un tout unique, ce qui revient à dire universel, dans lequel les individus ne peuvent être isolés, si ce n’est par abstraction.
Elle m’a interpelé, très fortement, et m’a forcé à réfléchir un peu plus à ce sujet.Contre-intuitif
J’avoue que spontanément, si l’on m’avait demandé si je pensais être universaliste, j’aurais répondu « oui ». Pour la raison que je crois en une forme de « nature humaine », sous-jacente aux différentes races, cultures, particularismes, et à des « droits naturels » associés à cette nature. Mais la définition philosophique (celle que j’ai recopié ci-dessus) est plus précise que cela. Je considère la réalité comme un tout unique (le Réel), mais je considère également qu’il est faux de dire que les individus ne peuvent être isolés, si ce n’est par abstraction. En tout cas, cette idée m’interpelle. Et elle me parle cependant car, oui, les frontières entre l’individu et la société dans laquelle il s’insère ne sont pas si nettes que cela. Pour préciser ma pensée, j’ai besoin d’aller chercher le sens du mot « abstraction », car j’y vois plusieurs notion distinctes allant de la montée en concept « abstraits » à la négation de la réalité « concrète ». En fait « Abstraire », car l’abstraction est le pouvoir, la capacité d’abstraire.
Abstraire v. trans :
Isoler, par l’analyse, un ou plusieurs éléments du tout dont ils font partie, de manière à les considérer en eux-mêmes et pour eux-mêmes.
L’universalisme décrit donc des doctrines dans lesquelles les « individus » n’existent comme objet de pensée que par effort d’abstraction. C’est une idée forte. Est-ce que l’existence d’une réalité unique, d’un tout, implique nécessairement que chaque « être » (que ce soit un individu ou un objet, la question est la même), ne puisse être pensé que par abstraction ? Je crois très profondément le contraire. Ce sont des éléments que je développerai dans mon essai, mais j’en partage quelques-uns ici, cela me permettra de préciser ma pensée.essence ou ensemble d’objets ?
Il me semble que l’on peut considérer la « réalité unique » dont parle la définition d’universalisme comme un ensemble de choses plutôt que comme un tout unique indifférencié. Si l’on accepte l’idée que la réalité est « tout ce qui existe », alors on peut partir du principe, pragmatique, qu’il existe une multitude de choses, d’êtres, vivants ou non, matériels ou non, qui font, pris dans leur ensemble, la réalité. C’est une vision pluraliste de la réalité vue comme un « ensemble » de choses, plus que comme une « essence » unique dont chaque être ressortirait et ne pourrait être, par conséquent, qu’abstrait pour pouvoir être pensé. Je crois vraiment que c’est notre connaissance des différents objets qui peuplent le réel qui construit notre compréhension de celui-ci. J’accepte l’idée que des objets de nature, d’essence, différente peuplent le réel. Une idée n’est pas de même nature qu’un électron. Les deux sont des objets de la réalité.
Vu sous ce prisme, une doctrine universaliste me parait être à coup sûr un idéalisme (« Toute philosophie qui ramène l’existence à l’idée »). La vision que je développe en partant des objets est une vision pragmatique (« Qui concerne les faits réels, l’action et le comportement que leur observation et leur étude enseignent »).
Après réflexion, et grâce à ces définitions, je crois pouvoir dire très simplement que je ne suis pas universaliste.Et les humains dans tout ça ?
Si l’on revient au sujet de départ, qui ne concernait pas les essences abstraites, ou la manière d’aborder le réel, mais bien les individus humains, et les cultures et les peuples, est-ce que ce détour par le dictionnaire permet de clarifier les termes de la discussion ? Il me que oui, en partie. Les doctrines universalistes posent comme principe de départ que l’individu n’existe pas en tant que tel, mais par un effort d’abstraction, d’isolement de son contexte, pour en décrire des caractéristiques qui seront toujours, d’une manière ou d’une autre, porteuses d’une « simplification », ou d’une perte véracité. Or, et c’est mon point de vue, que je suis en mesure d’exposer plus clairement maintenant, il me semble tout à fait légitime et justifié de partir du principe d’existence des individus (comme entités biologiques, organismes), et de chercher à comprendre ce que sont leurs caractéristiques, leurs déterminants, etc. Cela n’empêche pas de chercher à penser le collectif, ou la culture, ou la civilisation, ou la race, ou tout autre catégorie visant à généraliser. Cela interdit simplement, et c’est mon point, de sacrifier l’individu au nom de l’universel, ce que font les universalismes en prétendant que l’individu n’existe que par abstraction. S’il existe une réalité « surplombante » et que l’individu n’est toujours qu’une idée (résultat de l’effort d’abstraction) alors il ne vaut pas grand-chose. Je ne prétends pas avoir raison sur la philosophie, mais ma sensibilité et mes maigres connaissances historiques me semblent confirmer que les doctrines universalistes sont aussi celles qui, par centaines, par milliers, par millions, ont tués des pauvres gens qui n’avaient rien demandé à personne. Je comprends mieux pourquoi : ce n’était pas des personnes, des individus, mais des « abstractions » isolées du Grand Tout.