L’apparence requiert art et finesse ; la vĂ©ritĂ©, calme et simplicitĂ©.
Emmanuel Kant (1724 – 1804) Philosophe, fondateur du « criticisme »
L’apparence requiert art et finesse ; la vĂ©ritĂ©, calme et simplicitĂ©.
Emmanuel Kant (1724 – 1804) Philosophe, fondateur du « criticisme »
On mesure l’intelligence d’un individu Ă Â la quantitĂ© d’incertitudes qu’il est capable de supporter.
Emmanuel Kant (1724 – 1804) Philosophe allemand, fondateur du « criticisme »
Demandez-vous d’abord, Messieurs, ce que, de nos jours, un Anglais, un Français, un habitant des Etats-Unis d’AmĂ©rique, entendent par le mot de libertĂ©.
C’est pour chacun le droit de n’ĂȘtre soumis qu’aux lois, de ne pouvoir ĂȘtre ni arrĂȘtĂ©, ni dĂ©tenu, ni mis Ă Â mort, ni maltraitĂ© d’aucune maniĂšre, par l’effet de la volontĂ© arbitraire d’un ou de plusieurs individus. C’est pour chacun le droit de dire son opinion, de choisir son industrie, et de l’exercer, de disposer de sa propriĂ©tĂ©, d’en abuser mĂȘme ; d’aller, de venir sans en obtenir la permission, et sans rendre compte de ses motifs ou de ses dĂ©marches. C’est, pour chacun, le droit de se rĂ©unir Ă Â d’autres individus, soit pour confĂ©rer sur ses intĂ©rĂȘts, soit pour professer le culte que lui et ses associĂ©s prĂ©fĂšrent, soit simplement pour remplir ses jours ou ses heures d’une maniĂšre plus conforme Ă Â ses inclinations, Ă Â ses fantaisies. Enfin, c’est le droit, pour chacun, d’influer sur l’administration par la nomination de tous ou de certains fonctionnaires, soit par des reprĂ©sentations, des pĂ©titions, des demandes, que l’autoritĂ© est plus ou moins obligĂ©e de prendre en considĂ©ration.
Benjamin Constant (1767-1830)
Dans un monde oĂč la libĂ©ralisation des Ă©changes est devenue une rĂ©alitĂ©, la rĂ©flexion sur le rĂŽle de la concurrence s’est imposĂ©e comme une prĂ©occupation majeure de notre Ă©poque. Ses avantages sont certes gĂ©nĂ©ralement reconnus, mais elle est Ă©galement souvent critiquĂ©e. Devant les craintes que ferait naĂźtre une concurrence « excessive », on demande alors de la limiter, de la « rĂ©guler » (c’est-Ă Â -dire en fait de la rĂ©glementer). Certes, on peut comprendre certaines de ces craintes, car la concurrence n’est pas toujours facile Ă Â vivre et, tout au moins si on en est le bĂ©nĂ©ficiaire, on prĂ©fĂ©rerait parfois pouvoir dĂ©velopper ses activitĂ©s Ă Â l’abri de toute concurrence. Mais il faut bien Ă©valuer la portĂ©e de ces appels Ă Â la modĂ©ration de la compĂ©tition. En effet, la concurrence prĂ©vaut sur un marchĂ© dans la mesure oĂč tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et oĂč, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). Accepter la concurrence, c’est donc accepter la libertĂ© d’agir ; limiter la concurrence, c’est limiter la libertĂ©. C’est la raison pour laquelle, je pense que, par principe, « la concurrence est toujours bonne » : elle consiste, pour chacun, Ă Â exercer sa libertĂ© dans le respect de la libertĂ© d’autrui.
Dans un article rĂ©cent des « Echos » (22 avril 2008), Angus Sibley me reproche cette position, qu’il trouve excessive, et il va mĂȘme jusqu’Ă Â dire que « la pagaille bancaire est une consĂ©quence de la mĂ©chante philosophie des ultralibĂ©raux » qui « prĂŽne la concurrence dĂ©sentravĂ©e et fĂ©roce ». Il affirme que « les bonnes choses de ce monde deviennent nocives en excĂšs », ce qui le conduit Ă Â faire un parallĂšle entre la concurrence et les hormones thyroĂŻdes dans le corps humain. Mais comparaison n’est pas raison. Ce parallĂšle ne nous apprend rien sur ce qu’est la concurrence et sur son rĂŽle. [âŠ]
Le respect de la libertĂ© d’entrer sur un marchĂ©, pour un producteur comme pour un consommateur, est un principe absolu de nature morale. Le respect de la libertĂ© d’entrer sur un marchĂ©, pour un producteur comme pour un consommateur, est un principe absolu de nature morale.Or un principe n’admet pas de compromis, il ne peut pas ĂȘtre plus ou moins valable. S’il est Ă©vident que la consommation de nourriture ou d’hormones thyroĂŻdes ne doit pas ĂȘtre excessive, cela n’implique en rien qu’il faille imposer des limites Ă Â un principe tel que celui de la libertĂ© d’agir. Encore faut-il bien comprendre de quoi l’on parle. Lorsqu’on dit que la libertĂ© d’agir ne doit pas rencontrer de limites, cela signifie qu’on ne doit pas limiter par la contrainte l’exercice de cette libertĂ©. Mais il est par ailleurs Ă©vident que ce dernier rencontre une limite naturelle : la libertĂ© d’agir d’un individu ne doit pas porter atteinte Ă Â la libertĂ© d’agir des autres.
Il est aujourd’hui Ă Â la mode de rĂ©clamer une « rĂ©gulation » de la concurrence, Ă Â cause de ses excĂšs supposĂ©s et de la responsabilitĂ© qu’on lui attribue, Ă Â tort, dans l’instabilitĂ© Ă©conomique et financiĂšre. Or il serait tout d’abord plus correct de parler de « rĂ©glementation » que de « rĂ©gulation », car c’est bien cela que l’on invoque en fait. Mais c’est oublier que la meilleure rĂ©gulation est assurĂ©e, prĂ©cisĂ©ment, par la libertĂ© et la concurrence, c’est-Ă Â -dire un systĂšme oĂč les individus adaptent continuellement leurs dĂ©cisions Ă Â celles des autres. Bien sĂ»r, le rĂ©sultat de ces processus d’interdĂ©pendance n’est jamais parfait, car les ĂȘtres humains ne sont pas parfaits et ils ne possĂšdent pas la connaissance absolue. C’est pourquoi il ne faut pas comparer les rĂ©sultats du fonctionnement d’un systĂšme Il est absurde de vouloir confier Ă Â quelques personnes la tĂąche d’imposer aux autres de maniĂšre arbitraire des limites Ă Â l’exercice de leur libertĂ©de libre concurrence Ă Â ceux, supposĂ©s, d’un systĂšme idĂ©al qui ne peut pas exister, oĂč l’instabilitĂ© n’existerait pas et oĂč l’information serait Ă©ternellement parfaite.
Mais, de maniĂšre similaire, les « rĂ©glementeurs » – et non les « rĂ©gulateurs » – auxquels on fait appel n’ont pas non plus la connaissance absolue. Il est mĂȘme certain que les dĂ©tenteurs du pouvoir de contrainte lĂ©gale et rĂ©glementaire n’ont qu’une information infiniment petite par rapport Ă Â celle qui est continuellement créée par des millions d’individus. Comment peut-on manquer de logique au point de prĂ©tendre que des hommes libres risquent d’abuser de leur libertĂ© et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargĂ©s de les contrĂŽler ne risquent absolument pas d’abuser de leur propre libertĂ© ? Pourtant, cette derniĂšre ne comporte aucune limite naturelle, puisqu’elle est en fait une libertĂ© sans principe, sans rĂ©gulation, la libertĂ© de contraindre autrui ! Il est donc absurde – mais aussi immoral – de vouloir confier Ă Â quelques personnes la tĂąche d’imposer aux autres de maniĂšre arbitraire des limites Ă Â l’exercice de leur libertĂ©. Oui, cela est certain, il n’y a rien de mieux que la concurrence et la libertĂ© d’agir.
Pascal Salin, Eloge la concurrence, Les Echos (30/04/2008)
Toute philosophie politique qui n’est pas construite comme une thĂ©orie des droits de propriĂ©tĂ© passe complĂštement Ă Â cĂŽtĂ© de son objet et doit par consĂ©quent ĂȘtre rejetĂ©e d’emblĂ©e comme un verbiage dĂ©pourvu de sens pour une thĂ©orie de l’action.
Hans Hermann Hoppe(1949 – ) Philosophe et Ă©conomiste amĂ©ricain
Il existe une fausse vision du libĂ©ralisme selon laquelle la seule chose qui intĂ©resserait un libĂ©ral est la richesse matĂ©rielle, autrement dit lâargent. Lâerreur est sans doute entretenue Ă Â dessein par les non-libĂ©raux. Je leur retourne le compliment : ce sont les marxistes et socialistes qui sâintĂ©ressent aux richesses matĂ©rielles en prĂ©levant des impĂŽts, rĂ©partissant la richesse, etc. Ils oublient la dimension humaine des choses. Pour un libĂ©ral vĂ©ritable, ce qui est important, câest lâesprit humain et ce quâil est capable de crĂ©er. La richesse matĂ©rielle nâen est quâune consĂ©quence Ă©ventuelle. Un des ouvrages essentiels de Ludwig von Mises, figure de proue de lâĂ©cole libĂ©rale autrichienne avec Friedrich von Hayek, a pour titre Lâaction humaine. Son raisonnement de base : ĂȘtre libre â ne pas ĂȘtre esclave â câest ĂȘtre propriĂ©taire de son corps et de son esprit. Or, si lâon est propriĂ©taire de son esprit, on lâest automatiquement de ce que son esprit a créé. VoilĂ Â ce que veut dire « ĂȘtre propriĂ©taire des fruits de son activité », et câest pour moi le fondement du libĂ©ralisme.
Pascal Salin