CatĂ©gorie : 📚 Livres

  • RationalitĂ©

    Rationalité

    Le dernier ouvrage de Steven Pinker, professeur de psychologie à  l’universitĂ© Harvard, est une trĂšs belle et utile somme consacrĂ©e à  la « capacitĂ© humaine d’utiliser des connaissances pour atteindre ses objectifs ».

    La raison, moteur du progrĂšs

    Pinker fait de la raison le moteur du progrĂšs matĂ©riel et moral de l’humanitĂ©. Deux moyens sont à  notre disposition pour amĂ©liorer cette capacitĂ©. Le premier consiste à  acquĂ©rir individuellement des connaissances sur les nombreux biais et erreurs qui entachent nos raisonnements : erreurs de logique, croyances erronĂ©es, mauvaise utilisation des statistiques, trop grande confiance dans nos intuitions, confusion entre corrĂ©lation et causalitĂ©. C’est l’objet principal du livre que de les porter à  notre connaissance, et c’est fait d’une maniĂšre claire, trĂšs riche, pĂ©dagogique. Le propos est direct et clair, Ă©maillĂ© d’exemples concrets et d’histoires drĂŽles. Tout cela devrait ĂȘtre appris à  l’école, comme le souligne l’auteur, « les outils de la logique, des probabilitĂ©s et de l’infĂ©rence causale traversent tout type de connaissance humaine : la rationalitĂ© devrait ĂȘtre le quatriĂšme pilier essentiel [des programmes scolaires], avec la lecture, l’écriture et l’arithmĂ©tique ».

    Organiser la rationalité

    Le deuxiĂšme moyen consiste à  bĂątir collectivement des institutions et processus de rationalitĂ©, forçant la confrontation des idĂ©es, l’esprit critique, l’humilitĂ© et la rigueur. « Il s’agit notamment de l’examen critique par les pairs dans les universitĂ©s, de la testabilitĂ© dans les sciences, de la vĂ©rification des faits et de l’édition dans le journalisme, de l’équilibre des pouvoirs dans la gouvernance et des procĂ©dures contradictoires dans le systĂšme judiciaire ». L’auteur prĂ©cise bien certaines des raisons de l’irrationalitĂ© actuelle (complotisme, charlatanisme et fake news) : certaines institutions — mĂ©dias, universitĂ©s — dans lesquels les citoyens avaient externalisĂ© la crĂ©ation et le partage du savoir suscitent la mĂ©fiance à  cause de « l’étouffante monoculture (
) de gauche », dogmatique, qui y rĂšgne.

    Eudémonisme

    La seule – toute petite – critique que l’on pourrait adresser à  Pinker, c’est qu’il semble considĂ©rer comme acquis le fait que chacun cherche le bonheur. Au-delà  du fait que cette notion est pour le moins polysĂ©mique, c’est une position eudĂ©moniste (le bonheur comme fin ultime). Elle est tout à  fait lĂ©gitime, mais mĂ©riterait d’ĂȘtre mise en perspective. Si la raison est la capacitĂ© humaine à  utiliser des connaissances pour atteindre ses fins, une comprĂ©hension Ă©largie des fins permet de mieux embrasser la rationalitĂ©. Le kamikaze qui se tue pour sa cause est rationnel, en un sens qui Ă©chappe à  l’eudĂ©moniste. C’est la mĂȘme limite que ceux qui cherchent à  penser l’action humaine sans prendre en compte la subjectivitĂ© de la valeur. Vouloir pleinement comprendre la rationalitĂ© sans comprendre la subjectivitĂ© des fins est aussi vain que comprendre l’action humaine sans comprendre la subjectivitĂ© de la valeur. Comme le rappelait Charles Larmore dans « ModernitĂ© et Morale » :

    C’est un acquis irrĂ©vocable du libĂ©ralisme politique que le sens de la vie est un sujet sur lequel on a une tendance naturelle et raisonnable, non pas à  s’accorder, mais à  diffĂ©rer et à  s’opposer les uns aux autres. De là , l’effort libĂ©ral pour dĂ©terminer une morale universelle, mais forcĂ©ment minimale, que l’on puisse partager aussi largement que possible en dĂ©pit de ses dĂ©saccords.

    Cette remarque n’enlĂšve rien aux qualitĂ©s de l’ouvrage, formidable de clartĂ© et de rigueur, qui devrait trouver sa place dans toute bonne bibliothĂšque.

  • Le goĂ»t du vrai

    Le goût du vrai

    « Le goĂ»t du vrai », d’Etienne Klein, dans la collection Tracts, est un joli petit essai, qui dĂ©fend la science (et la raison), dans une Ă©poque qui, selon l’auteur, tente de n’en faire qu’un discours parmi d’autres.

    Plaidoyer pour la science

    J’ai dĂ©couvert la collection Tracts, de Gallimard, grĂące Ă   mon ami Jean-marc. C’est une collection intĂ©ressante : des petits livres courts, sans couverture rigide (donc peu chers), et forçant leurs auteurs Ă   ĂȘtre concis. Etienne Klein, physicien, philosophe des sciences, et grand pĂ©dagogue, fait partie des gens que j’aime Ă©couter. Vous pouvez le dĂ©couvrir sur Youtube dans des confĂ©rences et interviews.
    Le livre est un plaidoyer pour la science, la vĂ©ritĂ© et la raison, sans jamais tomber dans le scientisme. On sent qu’Etienne Klein est un peu inquiet par la dĂ©raison qui a surgit autour du COVID. On ne saurait lui reprocher ! Le livre se lit trĂšs bien, et apporte beaucoup d’arguments utiles et percutants. Il m’a alimentĂ© pour mon essai en cours d’Ă©criture sur un certain nombre de points. Je me permets d’y apporter une critique, cependant, car c’est dans l’identification et la formulation des points de dĂ©saccords que l’on se nourrit de la pensĂ©e d’autrui.

    Séparer la politique et le scientifique: une urgence !

    Il me semble qu’Etienne Klein est victime d’un biais trĂšs prĂ©sent Ă   notre Ă©poque, et qui mĂ©riterait d’ailleurs d’ĂȘtre analysĂ©, collectivement. Sur plusieurs sujets, il semble ne pas faire la sĂ©paration, pourtant essentielle Ă   mes yeux, entre la science (qui dit ce qui est), et la politique (qui dit ce qu’on fait). Contrairement Ă   ce qui est implicitement dit dans le livre de Klein, il n’y a pas de lien univoque entre ce qu’on sait, et ce qu’on doit faire. Il y a toujours plusieurs maniĂšres d’intĂ©grer les connaissances dans l’action. PrĂ©tendre le contraire (ce que ne fait pas Klein) serait pour le coup du scientisme, et une forme de naĂŻvetĂ©.
    Sur deux sujets que Klein prend en exemple (COVID et rĂ©chauffement climatique), il me semble justement qu’un certain nombre de personnes utilisent un discours pseudo-scientifique pour faire passer leurs idĂ©es politiques. Nous devons nous opposer Ă   cela. Klein semble sous-estimer le « vĂ©rolage » d’un certain nombre d’institutions scientifiques par des enjeux politiques/politiciens. C’est le cas du GIEC. C’est le cas du Conseil scientifique de crise COVID. Tout cela est connu, et il est surprenant que Klein ne prenne pas cela en compte pour mettre de maniĂšre plus explicite la sĂ©paration entre science et politique comme un des moyens de retrouver la raison.

  • Veni Vidi Vici

    Veni Vidi Vici

    Un pamphlet truculent

    Sous-titré Menace sur les gauchistes, le livre de Papacito et Julien Rochedy « Veni Vidi Vici » (en référence à  Jules César bien sûr) est un pamphlet truculent.
    La définition de ce mot décrira mieux que moi, du coup, le style de cet essai :

    1. Qui se caractĂ©rise par une mine florissante et joviale, une forte stature, un costume pittoresque, un comportement tapageur et des propos gaillards de bon vivant, de rustaud sympathique. 2. Qui prĂ©sente une facture hardie, vigoureuse, des colorations vives. 3. Qui se caractĂ©rise par une plaisante libertĂ© de ton allant jusqu’à  la gaillardise ou la grossiĂšretĂ©; qui abonde en formules Ă©nergiques, en images expressives.
    Source : TLFI

    Et ça, pour truculer, on peut dire que les auteurs truculent ! C’est un pamphlet sĂ©vĂšrement burnĂ©, mordant et trĂšs drĂŽle. Le style de Papacito, à  l’Ă©crit, me fait penser à  FrĂ©dĂ©ric Dard. J’ai explosĂ© de rire à  plusieurs reprises en lisant le livre. C’est rafraichissant, acide, et sous les coups de boutoirs envoyĂ©s dans le politiquement correct, il y a un propos juste sur la sociĂ©tĂ©, sur les orniĂšres dans lesquelles nous nous sommes fourrĂ©s. Cela m’a fait penser, par certains aspects, à  la pensĂ©e d’Obertone. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si Papacito et Obertone (ainsi que Rochedy) se retrouvent dans le projet La Furia (que j’ai soutenu dĂšs le dĂ©but). Vous pouvez retrouver les deux auteurs prĂ©senter leur livre sur Youtube. Seul dĂ©faut stylistique : comme chez beaucoup d’intellos de droite, l’utilisation du mot « anthropologie » me semble abusive et dans un sens assez Ă©loignĂ© du sens du dictionnaire. A prĂ©ciser, donc.

    Constats et solutions

    La France en mauvais état

    Sur le constat, on retrouve des choses connues (là , là  et là , par exemple, on en a dĂ©jà  parlĂ©). La France est dans un Ă©tat misĂ©rable sur pas mal de sujets. Exode des cerveaux, immigration de masse incontrĂŽlĂ©e, sans assimilation, extension sans fin du domaine d’intervention de l’Etat, et des rĂ©glementations. En gros, la France aux mains des communistes et des communautaristes. Avec une culpabilitĂ© permanente, entretenue savamment par des Ă©lites dĂ©missionnaires et par les gauchistes qui tiennent les manettes des narrations mĂ©diatiques.

    Solutions

    Bien sĂ»r, le livre est une des solutions. Reprendre la main sur le discours, apporter de la controverse et des points de vue diffĂ©rents. Cela rejoint les efforts de Causeur, de l’Incorrect, de CNews, de Valeurs Actuelles, et mĂȘme de Front Populaire. Les lignes intellectuelles bougent, depuis plusieurs annĂ©es.
    Papacito et Rochedy partagent le mĂȘme goĂ»t pour l’histoire de France, et pour la transmission de ce qui fait de l’Occident et de la France des civilisations magnifiques. Histoire et identitĂ©.
    L’autre solution, plus individuelle, consiste à  retrouver une virilitĂ© assumĂ©e, et donc une vraie libertĂ©. Spirituelle et physique. Les temps sont durs, et comme le dit le proverbe Si vis pacem para bellum. Ils incarnent tous deux à  merveilles, physiquement, dans la pensĂ©e, dans la drĂŽlerie, cette virilitĂ© qui manque tant aux relations sociales depuis 20 ans. Tout le monde baigne dans une sorte de politiquement correct trĂšs fĂ©minin, oĂč le conflit est toujours tenu hors du champ intellectuel. Il est temps de changer cela, pour regarder les choses en face, sans faux semblants.
    Ces solutions ne suffiront peut-ĂȘtre pas. Mais comme l’explique Papacito, dans un geste digne de Cyrano de Bergerac, en racontant avec une drĂŽlerie fĂ©roce, et un sens du tragique magnifique, la bataille de Camerone :

    C’est dans l’incertitude de la victoire que se renforce la certitude du combat. (…) Je combats tranquille et serein car toi, moi, et quelques autres braves, vivons notre Camerone. Nous sommes cernĂ©s par le progrĂšs, nous sommes abandonnĂ©s par nos Ă©lites, l’ennemi est en surnombre, sur-armĂ©, sur-financĂ©, nos Ă©glises sont vides, les courageux se comptent sur les doigts de la main et les collaborateurs foisonnent. Nous sommes un seul homme contre mille gauchistes et mille autres moudjahidines. Nous sommes une charge dĂ©risoire, baĂŻonnette au canon, que l’ennemi tout-puissant crible de balles à  volontĂ©. Un petit carrĂ© de France sous la mitraille infinie du Great Reset mondialisĂ©. Et pourtant, mes frĂšres d’armes, à  vous les suicidaires, je le rĂ©affirme ici encore, je combats tranquille et serein dans cette grande dĂ©faite qu’aura Ă©tĂ© la France mourante qui m’a vu naĂźtre. Je marche avec ferveur et la tĂȘte haute vers la fin de mon monde, j’emporte avec moi le courage de mes camarades de lutte, je fais ce que fait la race d’hommes à  laquelle j’appartiens, c’est-à -dire fabriquer tant bien que mal un hĂ©roĂŻsme artisanal de bric et de broc, faute de savoir se rĂ©signer à  produire une lĂąchetĂ© industrielle. C’est dans cette abnĂ©gation stupide, à  contre-courant de ce que les naĂŻfs pensent ĂȘtre « la nouvelle marche du monde », dans cet entĂȘtement à  vouloir faire vivre ce qui meurt, que je trouve mon salut personnel.

    Enfin, il est palpable dans le discours des auteurs, qu’il y a des choses sacrĂ©es, qui permettent de penser une sociĂ©tĂ© avec son histoire, sa noblesse, sa richesse, son patrimoine, et en allant au-delà  du simple confort. Qu’est-ce qu’une chose sacrĂ©e ? Ce pourquoi on peut se sacrifier, symboliquement ou concrĂštement. Dans Veni, Vedi, Vici, Papacito et Rochedy, expliquent que la France, la famille, l’identitĂ© sont sacrĂ©es. ajout du 06 dĂ©cembre : et qu’elles valent bien une reconquĂȘte

  • Les fontaines du paradis

    Les fontaines du paradis

    Utopiales de Nantes

    Si vous lisez ce blog, vous savez que j’aime la science fiction. J’ai eu la chance d’aller passer une journĂ©e aux Utopiales de Nantes, dans le cadre de mon travail. C’est un festival de Science-Fiction. J’ai trouvĂ© l’Ă©vĂšnement, pour ce que j’en ai vu, super bien organisĂ© (tables rondes, confĂ©rences, expositions, BD, jeux, livres, etc..). Et nous avons assistĂ© le matin à  une remarquable confĂ©rence – « Penser les futurs » – de Roland Lehoucq (astrophysicien et auteur, prĂ©sident du festival) et Vincent Bontems (philosophe, chercheur et auteur). Nous y avons dĂ©couvert une histoire de la science-fiction, et de ses rapports à  la science. J’ai dĂ©couvert la distinction entre hard science-fiction et space opera. Cela mĂ©riterait plusieurs articles sur toutes les infos passionnantes qui nous ont Ă©tĂ© partagĂ©es. Je garde en tĂȘte le concept de « merveilleux scientifique » qui animait les premiers auteurs de SF. Et je me demande sous le feu de quelles idĂ©ologies nous avons perdu, collectivement, notre capacitĂ© d’Ă©merveillement par rapport à  la science et aux contenus scientifiques. Le terme ou label « science fiction » (fiction scientifique) a Ă©tĂ© inventĂ© par Hugo Gernsback (trĂšs influencĂ© par H.G. Wells et J. Vernes, inventeurs du genre).

    Ce rĂ©cit a pour but de fournir au lecteur une prĂ©vision de l’avenir justifiĂ© par les merveilleux progrĂšs de la science actuelle.

    Hugo Gernsback (1884 – 1967) romancier de science-fiction et homme de presse amĂ©ricain

    Vincent Bontems, chercheur associĂ© au CGS de l’Ă©cole des Mines, a ensuite partagĂ© une analyse tout à  fait passionnante des diffĂ©rents discours sur le futur (divination, prophĂ©tie, utopie/dystopie, futurologie et prospective) et des diffĂ©rentes fonctions des rĂ©cits de Science-Fiction. RĂ©ellement passionnant ! Ses slides Ă©taient remplis de super citations d’auteur de SF et de scientifiques. Je vais les ajouter à  ma collection. Dans la bibliothĂšque du festival, j’ai achetĂ© un ouvrage d’une des premiers reprĂ©sentants de la hard science-fiction, Arthur C. Clarke, que les confĂ©renciers avaient prĂ©sentĂ© : « Les fontaines du paradis« .

    Les fontaines du paradis

    Arthur C. Clarke (1917 – 2008) Ă©tait – excusez du peu ! – scientifique, Ă©crivain de science-fiction, Ă©crivain scientifique, futurologue, prĂ©sentateur tĂ©lĂ©, explorateur sous-marin et inventeur britannique. Il fait partie, avec Heinlein et Asimov des « trois grands » de la science-fiction anglo-saxonne. Il est l’auteur, notamment, du fameux « 2001 : l’odyssĂ©e de l’espace » qui a inspirĂ© le film Ă©ponyme. Son roman est l’histoire de la mise en place du premier « ascenseur spatial » : une sorte de station spatiale orbitale, reliĂ©e à  la terre par des filins en nanotubes, et que l’on peut rejoindre en « ascenseur ». Le roman dĂ©crit les premiĂšres Ă©tapes de la mise en place, de maniĂšre assez dĂ©taillĂ©e. Le concept n’est pas du tout impossible, scientifiquement, à  la restriction prĂȘt que nous n’avons de matĂ©riaux assez rĂ©sistants (à  part les nanotubes de carbone, mais que l’on sait pour le moment construire sur quelques mm ou cm). La station est situĂ© sur une orbite gĂ©ostationnaire. De nombreux articles scientifiques ont montrĂ© que cette construction Ă©tait une possibilitĂ© scientifique, sinon technologique.
    C’est un bon roman, au delà  de l’aspect invention et science. L’Ă©clairage sur le lieu d’oĂč partira l’ascenseur spatial, un temple religieux en haut d’une montagne, et que l’on doit donc dĂ©gager pour rĂ©aliser le projet permet une mise en abĂźme historique intĂ©ressante. Les rebondissements de la deuxiĂšme partie, le long de l’ascenseur sont trĂšs faciles à  imaginer dans un film. J’ai dĂ©couvert un auteur trĂšs intĂ©ressant.

  • La France n’a pas dit son dernier mot

    La France n’a pas dit son dernier mot

    Le hasard et la force des circonstances ont transformĂ© la campagne de promotion du dernier livre d’Eric Zemmour, « La France n’a pas dit son dernier mot », en campagne prĂ©sidentielle. Les choses ont beaucoup Ă©voluĂ©es entre le moment oĂč la publication a Ă©tĂ© planifiĂ©e, et cette rentrĂ©e folle. L’introduction et la conclusion, plus « programmatiques » sont visiblement des ajouts, assumĂ©s de derniĂšre minute. La couverture Ă©galement. Il convient donc, pour faire la recension de cet ouvrage, de sĂ©parer l’ouvrage à  proprement parler, et le dĂ©but de prĂ©-campagne d’Eric Zemmour. Ce sont deux sujets totalement diffĂ©rents.

    Choses vues : galerie de portrait

    Eric Zemmour a eu l’occasion de le prĂ©ciser à  de nombreuses reprises depuis la sortie : l’inspiration de ce livre, qui est la suite du « Suicide français », est l’ouvrage de Victor Hugo, « Choses vues« . Recueil de notes, de rĂ©flexions, et de points de vue sur les Ă©vĂšnements. Les choses vues d’Eric Zemmour, celles rapportĂ©es dans ce livre en tout cas, sont beaucoup orientĂ©es sur ses rencontres et ses Ă©changes avec un rĂ©seau trĂšs variĂ©. Et de fait : son point de vue sur l’actualitĂ©, il l’a partagĂ© ailleurs, dans ses nombreux Ă©ditos, articles et dĂ©bats depuis trĂšs longtemps. La galerie de portrait, incisive, trĂšs bien Ă©crite, souvent drĂŽle n’Ă©pargne pas grand monde. Nous dĂ©couvrons sous la plume de Zemmour un monde de politiciens, de journalistes, de hauts fonctionnaires, qui de maniĂšre trĂšs partagĂ©e, ne dit pas tout haut ce qu’ils racontent dans les dĂźners en ville, en privĂ©. C’est probablement normal en partie, mais je garde toujours cette phrase de PĂ©guy en tĂȘte :

    Un homme qui tient dans une assemblĂ©e des propos qu’il ne peut pas tenir dans une autre oĂč il frĂ©quente n’est pas un honnĂȘte homme.

    Charles Péguy (1873-1914)
    Ecrivain, poÚte, essayiste et officier de réserve français.

    Eric Zemmour dĂ©crit des cercles de pouvoir peuplĂ©s d’Hommes assez malhonnĂȘtes, en ce sens. Manipulateurs, à  tout le moins. Mais pas uniquement. Il y aussi de trĂšs beaux portraits d’amitiĂ©s rĂ©elles, y compris avec des « adversaires » idĂ©ologiques (Hugues Dewavrin par exemple). J’ai beaucoup apprĂ©ciĂ© ce livre, trĂšs plaisant à  lire, Ă©clairant. Il y a de trĂšs belles pages. Le portrait de Simone Veil est magnifique. A lire, donc, tranquillement.

    Candidat potentiel

    Comment ne pas dire un mot, aussi, sur cette rentrĂ©e « folle » ? Je ne remets pas des liens vers les diffĂ©rentes confĂ©rences et interventions d’Eric Zemmour : vous avez tout sur sa chaĂźne Youtube. Je suis tout cela avec un grand plaisir. Enfin ! Enfin, un homme politique parle du rĂ©el sans ambages. Et qui rentre dans le combat, aussi, des mots qui enferment le dĂ©bat dans le politiquement correct. Enfin, le sujet de l’identitĂ© est portĂ©, incarnĂ©, pensĂ© et mis au centre du dĂ©bat. Avec le prisme de l’assimilation, le seul à  mĂȘme de permettre la lutte contre le multiculturalisme. Nous verrons ce que tout cela donnera. Mais le choc est violent pour une partie des journalistes qui ne peut plus continuer – ils essayent ! – à  simplement coller l’Ă©tiquette d’extrĂȘme-droite à  tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Il est terrible aussi, le choc, pour les politiciens de « droite » (UMP-Les RĂ©publicains et Rassemblement National) : enfin quelqu’un explique, sans avoir aucune crainte, que la victoire passer par l’union des droites. Si Zemmour y va, je voterai sans hĂ©sitation pour lui. A tous ceux qui critiquent, ou insultent, Eric Zemmour, je recommande donc la lecture de « La France n’a pas dit son dernier mot ». Cela leur Ă©vitera de le traiter de raciste, ou de faire mine de croire qu’il serait hostile aux musulmans…Je leur dĂ©die cet extrait de la conclusion :

    Les musulmans qui veulent s’assimiler à  notre civilisation doivent pouvoir le faire sans crainte ni sentiment de culpabilitĂ©, sans ĂȘtre harcelĂ©s par ceux qui les traitent d’apostats, « d’Arabe de service » ou de « nĂšgre de maison ». Ils sont nombreux à  avoir quittĂ© leur terre parce qu’elle Ă©tait le lieu de toutes les misĂšres, les tyrannies, les corruptions. S’ils sont venus chez nous, eux ou leurs parents, c’est pour bĂ©nĂ©ficier des charmes et des avantages de la civilisation occidentale, nĂ©e du mariage de la religion chrĂ©tienne et de la culture grĂ©co-romaine, et non pour y ramener les affres de la civilisation qu’ils ont fuie.
  • L’erreur est humaine

    L’erreur est humaine

    Vincent Berthet, docteur en sciences cognitives, signe avec « L’erreur est humaine » un ouvrage clair et synthĂ©tique, assez complet, sur la rationalitĂ© humaine et ses limites. C’est une bonne introduction au domaine des sciences cognitives, par le prisme de l’économie comportementale. Il y partage un certain nombre de clefs de comprĂ©hension du cerveau humain, et recense notamment une bonne partie des biais cognitifs qui rendent notre rationalitĂ© tout à  fait discutable, du moins limitĂ©e. Si le sujet des biais vous intĂ©resse, je vous recommande aussi mon modeste article sur deux biais complexes : historicisme & polylogisme.

    L’erreur est humaine : Biais, heuristiques et … statistiques

    Les exemples, prĂ©cis, clairs et nombreux permettent une lecture facile et une vraie plongĂ©e dans l’univers de ces biais, des heuristiques et des statistiques mal interprĂ©tĂ©es par notre cerveau. J’ai Ă©tĂ© content d’y trouver un passage sur les statistiques « Bayesienne« , et je crois qu’il serait bon que chacun intĂšgre ces notions. Je ferai un post sur le sujet. S’appuyant sur les travaux de Kahneman (systĂšme 1 / systĂšme 2), j’ai Ă©tĂ© surpris de pas trouver de rĂ©fĂ©rence aux travaux d’Olivier HoudĂ©, qui a pourtant Ă©largi cette approche, et qui l’a vulgarisĂ©e dans un excellent Que Sais-je ? « Le raisonnement« .
    Loin de condamner la rationalitĂ©, ce concept de « rationalitĂ© limitĂ©e » permet de replacer nos capacitĂ©s cognitives dans une perspective Ă©volutionniste. Si ces biais et raccourcis mentaux existent, c’est qu’ils ont une fonction adaptative, et qu’ils permettent dans un certain nombre de situations complexes, d’ĂȘtre efficaces. L’auteur revient donc sur des cas concrets oĂč l’intuition et les heuristiques sont plus efficaces – donc plus rationnelles – que l’analyse complĂšte — souvent impossible – de la situation.

    Quelques limites

    L’ouvrage aurait gagnĂ© en profondeur avec une mise en perspective philosophique et morale : montrer les limites Ă©thiques à  l’utilisation des nudges (techniques d’utilisation des biais cognitifs pour orienter le comportement) par les pouvoirs publics ou les entreprises, pour finalement les recommander en conclusion est un peu court. Vincent Berthet en parle ici en vidĂ©o, si vous voulez en savoir plus.
    De mĂȘme, une vraie rĂ©flexion sur le sens de la rationalitĂ© aurait permis de mieux Ă©clairer la discussion : que pourrait bien signifier que l’humain soit non rationnel ? Etre rationnel ne signifie pas ĂȘtre infaillible, mais capable de penser son rapport au rĂ©el (y compris à  ses propres limites). MalgrĂ© ces quelques manques, l’ouvrage reste trĂšs utile. L’erreur est humaine, certes, mais mieux comprendre nos biais et limites permet de mieux penser. Et ainsi de ne pas persĂ©vĂ©rer dans l’erreur.

    Errare humanum est, perseverare diabolicum.

    NB : cette recension a d’abord Ă©tĂ© publiĂ© dans le magazine L’incorrect. Je les remercie de leur confiance.