Jâai repensĂ© lâautre jour Ă Â une idĂ©e que jâavais eu, alors que jâĂ©tais en licence. Il y a quinze ans. Je mâen rappelle parce que je lâavais exposĂ©e Ă Â un copain, au comptoir du cafĂ© en face de la fac Jussieu, et quâil avait trouvĂ© cette idĂ©e sĂ©duisante. Jâen avais Ă©tĂ© gratifiĂ© ; et du coup, je mâen rappelle encore. Rien de tel quâune petite gratification pour activer la mĂ©moire, nâest-ce pas ?
Cette idĂ©e mâĂ©tait venue en lisant « LâĂ©loge de la fuite », dâHenri Laborit. Ce livre radical force Ă Â douter de pas mal de choses, et jây avais Ă©tĂ© trĂšs rĂ©ceptif. Il donne une vision dĂ©sespĂ©rĂ©e de lâĂȘtre humain, aspirant au bonheur, mais incapable dây arriver, enfermĂ© et broyĂ© par les dĂ©terminismes biologiques. Lâamertume que lâon sent derriĂšre le propos finit par ĂȘtre gĂȘnante, et par brouiller le message, initialement scientifique et puissant. Mais cela reste un livre trĂšs stimulant.
Cette idĂ©e, donc, est simple : puisque chacun dâentre nous nâest en dĂ©finitive quâun ĂȘtre vivant, mortel, soumis Ă Â des dĂ©terminismes indĂ©passables, il est illusoire de chercher autre chose que cela au fond des humains ; nous sommes, au plus profond de nous-mĂȘmes, tous identiques. Des pauvres animaux apeurĂ©s et seuls, cherchant dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă Â survivre, survivre, survivre. Sauver sa peau. Tout en sachant qu’on ne le peut pas. Et ce qui importe donc, câest la surface. Soyons donc superficiels : je prĂ©fĂšre dĂ©couvrir ce que les autres veulent me montrer, plutĂŽt que ce quâils sont au fond : je le sais dĂ©jĂ Â . C’est la maniĂšre qui compte ; c’est ce qu’ils dĂ©cident, ou peuvent, partager.
DerriĂšre le paradoxe brillant et un peu futile, je trouve quâil y a toujours quelque chose de juste dans cette pensĂ©e. LâidĂ©e que la surface, la zone dâĂ©change, dâinteraction, nous constitue de maniĂšre forte. Et nous avons une influence sur cette surface, sur la forme quâelle prend.
Au contraire des billes froides et lisses que jâai choisies pour illustrer ce billet, les surfaces des humains sont chaotiques, s’interpĂ©nĂštrent, se soudent parfois. On se construit avec les autres, par les autres. Un humain est d’autant plus humain qu’il interagit. C’est Ă Â cela que sert la surface. Soyons intensĂ©ment superficiels !





