CatĂ©gorie : 🧠 RĂ©flexions

  • L’importance du Presque

    L’importance du Presque

    L’absolu n’existe pas. L’ĂȘtre humain est – par nature – fini, limitĂ©. MalgrĂ© cette finitude, l’ĂȘtre humain aspire à  la perfection, et en a en tout cas une idĂ©e.

    Selon moi, la perfection ne nous est accessible que par la sensation : la perfection, certes n’existe pas, mais on peut Ă©prouver une sentiment de perfection. En regardant le beau, ou le bon. Ou dans l’acte de crĂ©ation. Non pas que ce que l’on regarde, ou créé, soit parfait. Mais l’acte d’aller vers le beau nous fait Ă©prouver des sensations particuliĂšres qui sont la perfection mĂȘme. La perfection se situe dans notre rapport aux choses, pas dans les choses elles-mĂȘmes. La perfection est une sensation.

    Il est donc intĂ©ressant de chercher à  Ă©prouver cette sensation, tout en conservant à  l’esprit qu’il s’agit d’un Ă©tat interne, et pas d’une rĂ©alitĂ© extĂ©rieure.

    C’est le seul moyen de satisfaire notre soif d’absolu, sans tomber dans la folie, ou le mysticisme le plus complet. Ou la barbarie.

    Il faut ĂȘtre capable d’Ă©prouver – presque – la perfection. C’est le presque qui est le plus important dans cette phrase, et qui distingue les fous des bienheureux.

    On retrouve un peu cette idée dans les cercles Zen (Enso) :

    Le cercle Zen (enso) est souvent dessinĂ© comme un cercle incomplet, qui symbolise l’imperfection faisant partie intĂ©grante de l’existence. [
] La nature elle-mĂȘme est pleine de beautĂ© et de relations harmonieuses qui sont asymĂ©triques et pourtant Ă©quilibrĂ©es. Il s’agit d’une beautĂ© dynamique qui attire et implique.

    J’aime cette idĂ©e d’Ă©quilibre et d’imperfection mĂ©lĂ©es à  l’idĂ©e mĂȘme de perfection, et de sensation de perfection. Pas d’idĂ©e de perfection sans idĂ©e d’imperfection.

    La modĂ©ration dans l’excĂšs. Le presque dans l’absolu.

  • La mort est partout

    La mort est partout

    DĂšs le dĂ©but, j’ai Ă©tĂ© captivĂ© par le livre de Luc Ferry, « Apprendre à  vivre« . Il s’agit de philosophie, un peu vulgarisĂ©e, mais au niveau d’implication oĂč je l’attends : de la philosophie non pas thĂ©orique et abstraite, mais de la philosophie à  vivre, qui est une rĂ©flexion sur la vie, et qui a pour ambition de permettre de « vivre mieux ».

    Une idĂ©e forte m’a sĂ©duite au tout dĂ©but du livre, à  propos de la mort. J’ai toujours trouvĂ© difficile de comprendre pourquoi l’idĂ©e de la mort est si prĂ©sente dans nos vies, bien qu’on ne meure qu’une fois, et que le moment mĂȘme de la mort n’est pas là . Luc Ferry explique que la mort n’est pas prĂ©sente qu’à  un moment, mais dans plein de petites instants de nos vies, tous ceux qui ne seront jamais plus là . Le temps qui passe. « Never more », c’est le titre d’un poĂšme d’Edgar Allan Poe (Le corbeau) que Luc Ferry cite pour illustrer son propos.

    Toutes ces joies vĂ©cues, une fois passĂ©es, renvoient à  l’idĂ©e de la mort. « Jamais plus ». Cette nostalgie est trĂšs forte chez moi. Quand je repense aux moments passĂ©s en famille, à  dĂ©guster du vin de Bordeaux, cet Ă©tĂ©, l’idĂ©e m’envahit que ces moments ne sont plus là , et ne seront plus jamais là . Je pourrais fondre en larmes en me plongeant dans cette nostalgie. Nostalgie, joie empoisonnĂ©e. Joie aussi, oui, car ces souvenirs sont des souvenirs de bonheur.

    Luc Ferry explique ensuite que si les religions sont une dĂ©marche vers le salut par un autre (Dieu, quelle qu’en soit la forme et la nature), tandis que la philosophie est une dĂ©marche vers le salut par nous-mĂȘmes. Je suis frappĂ© par une chose : parler de salut, comme le fait Ferry, et comme le fait Ă©galement Comte-Sponville, est pour moi une chose Ă©trange. Tant il me parait Ă©vident que Camus, sur ce point, avait raison : il n’y a pas de salut. Peut-ĂȘtre Ferry revient-il là -dessus plus loin dans le livre. C’est possible. Et peut-ĂȘtre qu’aussi, le sens que je donne au mot « salut » n’est pas le mĂȘme que lui. On peut entendre par « salut » le fait de parvenir à  ne vivre que dans le prĂ©sent, et en harmonie avec l’univers.

    Si l’on entend par Ă©ternitĂ© non la durĂ©e infinie mais l’intemporalitĂ©, alors il a la vie Ă©ternelle celui qui vit dans le prĂ©sent.

    Ludwig Wittgenstein

    La sagesse consiste, à  mon sens, à  accepter qu’il n’y a pas de salut possible. Acceptation impossible, pour tout ĂȘtre dĂ©sirant plus que tout vivre et survivre. C’est l’absurde de nos vies, le tragique. Et c’est ce qui en fait toute la valeur. Et toute la saveur, aussi.

  • Source d’Ă©tonnement

    Le formidable livre de Jeanne Hersch « L’étonnement philosophique » repose sur une thèse forte et séduisante : on peut se promener dans l’histoire de la philosophie sans forcément passer en revue toutes les thèses, mais plutôt en revenant au sentiment d’étonnement. L’étonnement radical comme source de la philosophie. Passionnant. L’étonnement serait à la philosophie ce que le doute est à la science. Le doute serait plus une démarche, et l’étonnement un sentiment. Les deux concepts sont intriqués, cependant, puisque Jeanne Hersch prend comme exemple les grands scientifiques qui souvent ont gardé intacte cette capacité d’étonnement et de remise en question des évidences.

    J’ai choisi le magnifique portrait d’Héraclite par Brugghen pour illustrer ce billet, parce que j’ai gardé un souvenir ému du chapitre consacré à Héraclite d’Ephèse (VIème siècle avant J.C.) et Parménide d’Elée (à peu près la même époque). Héraclite est le représentant de l’école ionienne, et Parménide le grand philosophe de l’école éléate.

    Ces écoles ont posé « le problème du changement et de la durée, de l’éphémère et du permanent. » Jeanne Hersch remarque que notre entendement fonctionne en pesant des équivalences, des équations où les deux côtés sont équivalents. Le signe « = ». Ce principe d’identité est constamment violé dans notre expérience, où nous sommes confrontés au changement.

    Sans cette profonde opposition fondamentale entre l’exigence d’identité de notre entendement, d’un côté, et l’évidence de notre expérience quotidienne où nous n’avons affaire qu’au changement, la philosophie probablement n’existerait pas. Cette opposition s’est critallisée dans les deux écoles dont nous parlons, et dans les deux figures d’Héraclite et de Parménide.

    Héraclite pose que le changement, c’est l’être des choses. Ce qui persiste à travers le changement, c’est le changement lui-même. Il met l’accent sur les contraires, le mouvement, le combat. Il introduit un logos – équilibre – pour qu’aucun des contraires ne remporte le combat. J’aime cette idée des contraires : le changement lui-même ne peut être pensé qu’en ayant une idée de l’immuable. L’idée de changement implique qu’il y a quelque chose qui ne change pas ; l’idée de quelque chose qui ne change pas implique que quelque chose à côté change, et permet ce constat.

    Parménide, lui, pose une exigence ontologique dans une démarche logique : « l’impossibilité du non-être est inscrite dans l’être même ». Son point de vue, ancré dans le réel comme Héraclite, ne nie pas le changement. Il explique simplement qu’il y a plusieurs niveaux d’analyses, et qu’en fin de compte le réel, l’être, ne change pas. Il est incréé et immuable. « L’être selon Parménide est quelque chose de profondément divin, sans aucune personnification ».

    Deux visions très différentes et complémentaires. Cela m’avait beaucoup plu car, en physique, l’énergie est un concept central, abstrait, et qui vise à définir et à quantifier ce qui, dans le changement, ne change pas. L’énergie pourrait être cet essence immuable qui reste inchangée même dans le changement.

    L’autre aspect passionnant de cette réflexion est son application à notre vie : nous sommes changeants, comme êtres humains, mais en même temps nous avons une idée de nous-mêmes, un sentiment de nous-mêmes, qui est un sentiment immuable. Le sentiment peut changer, mais il est toujours là. Il y a une continuité dans notre conscience de nous-mêmes.

    On pourrait s’amuser et dire que la conscience est à l’être humain, ce que l’énergie est à la réalité physique. Mais ce serait pousser un peu loin l’analogie, par pur plaisir esthétique. Ce n’est pas grave : on a bien le droit de jouer, non ?

  • AggrĂ©gateur humain

    Aggrégateur humain

    La premiĂšre fois que je suis allĂ© à  la RĂ©publique des blogs (une rĂ©union de blogueurs politiques qui se tient chaque mois dans un bar), j’ai rencontrĂ© un des blogueurs « historiques », donc influent, Laurent Gloaguen. Il m’avait confiĂ© qu’il Ă©tait un aggrĂ©gateur humain.

    J’avais pris sa remarque comme une boutade pour souligner l’importance de lire beaucoup, et d’ĂȘtre capable de relayer les informations. Je n’avais pas compris la profondeur de cette dĂ©finition. Pour bloguer vraiment, il faut lire beaucoup, et l’aggrĂ©gateur de flux RSS devient rapidement un outil indispensable. Et sans un tri trĂšs sĂ©lectif, on finit par « lire » plus d’un centaine de blogs, de flux de sites, et on est submergĂ© par le flot d’informations.

    Si l’on est organisĂ©, on parvient à  gĂ©rer ce flot gigantesque, et à  en tirer des extraits, des liens, que l’on propose à  ses lecteurs. On devient, finalement, Ă©diteur plutĂŽt qu’auteur, aggrĂ©gateur humain plutĂŽt que blogueur, relais d’information plutĂŽt que producteur de contenu. On ne lit plus vraiment ce qu’on lit : on le survole, on l’apprĂ©hende en fonction de notre besoin uniquement, on n’est plus ouvert à  la pensĂ©e de l’autre.

    Et on perd, à  mon sens, en devenant Ă©diteur, une part importante du plaisir. Certes, il est passionnant de penser le design, les articles, les rĂ©seaux, les plugins, les liens, les citations. Mais le vrai plaisir, la vraie motivation – en ce qui me concerne – tient avant tout au plaisir de penser, d’avoir une idĂ©e, et de me poser tranquillement devant mon clavier pour la formaliser. C’est ce plaisir – ce travail – que l’on perd peu à  peu de vue quand on est un aggrĂ©gateur humain. Le plaisir de penser le texte avant de l’Ă©crire, le plaisir de peaufiner l’idĂ©e tout au long d’une journĂ©e. Imaginer quelle image pourrait l’accompagner, et en exprimer l’essence.

    Bien sĂ»r, entre aggrĂ©gateur humain et penseur (deux extrĂȘmes que je n’ai aucunement la prĂ©tention d’atteindre), il convient de garder un juste milieu. C’est peut-ĂȘtre l’intĂ©rĂȘt de conserver plusieurs supports, plusieurs blogs, pour pouvoir jouer plusieurs jeux à  la fois.

    J’ai Ă©tĂ© trĂšs heureux d’Ă©crire ce petit texte.

  • Pour ĂȘtre à  l’heure, soyez en avance

    Pour ĂȘtre à  l’heure, soyez en avance

    Avez-vous remarquĂ© que certaines personnes ne savent pas ĂȘtre à  l’heure ? J’en ai encore eu un exemple rĂ©cemment. J’ai eu la chance de faire partie d’un groupe de rĂ©flexion dans mon entreprise, et nous devions prĂ©senter les rĂ©sultats de nos travaux en comitĂ© de direction. Devant toute une floppĂ©e de directeurs. C’est le genre d’occasion pour lequel on souhaite ĂȘtre à  l’heure. Seulement voilà  : une des membres de notre groupe Ă©tait systĂ©matiquement en retard à  nos rĂ©unions. Rien de grave, tant qu’on est entre nous.

    Au final, tout s’est bien passĂ©. Car nous avions convenu de nous retrouver une demi-heure plus tĂŽt pour faire une rĂ©pĂ©tition. Je crois que le cĂŽtĂ© sĂ©curisant de cette rĂ©pĂšt’ Ă©tait bien plus liĂ© au fait que, de la sorte, nous Ă©tions sĂ»rs que cette jeune femme serait à  l’heure pour le « grand show ». Et pas du tout au fait de rĂ©pĂ©ter juste avant : nous Ă©tions dĂ©jà  prĂȘts.

    Elle est arrivĂ© avec dix minutes de retard à  la rĂ©pĂ©tition, bien sĂ»r ! Pour cela, elle est fiable. Mais nous l’avions sous la main, et à  moins qu’elle ne se sauve avant la prĂ©sentation, nous Ă©tions sĂ»rs qu’elle serait à  l’heure. C’est un exemple de gestion collective, si l’on veut voir le cĂŽtĂ© positif des choses.

    Fait-elle exprĂšs d’ĂȘtre en retard ? A-t-elle un emploi du temps tellement chargĂ© qu’il ne lui est plus possible d’ĂȘtre à  l’heure ? Non, bien sĂ»r ! Elle n’a simplement pas compris que pour ĂȘtre à  l’heure, il faut ĂȘtre en avance. Ce n’est pas un paradoxe, loin de là . Comment ĂȘtre sĂ»r d’ĂȘtre à  l’heure, si on ne prend pas la marge suffisante pour inclure les imprĂ©vus ? Comment croire qu’on sera à  l’heure si l’on vise d’arriver à  l’heure juste ? Il n’y a que trois maniĂšres d’arriver à  un rendez-vous : en avance, pile à  l’heure, et en retard. Comme le « pile à  l’heure » dure 1 seconde, il me parait ambitieux de choisir ce rĂ©sultat. C’est ce que n’ont pas compris les gens qui arrivent toujours en retard. Leur comprĂ©hension du temps est dĂ©faillante. Il ne reste, pour les autres, que le choix entre « avance » et « retard ». Choix facile à  faire, non ?

    Il faut bien sĂ»r s’appliquer à  arriver avec une avance raisonnable. Certains diront que c’est du temps perdu ; et moi je crois que le temps perdu, c’est celui que l’on fait perdre aux autres.

    Soyez en avance, pour ĂȘtre à  l’heure.

  • Motivations internes


    Voici une superbe présentation de Daniel Pink, trouvée sur PresentationZen.

    Il y est question de management, de bâtons, de carottes, et de motivation. Le propos de Daniel Pink, servi par son talent d’orateur, est simple : la science nous apprend des choses qui ne sont pas appliquées dans le monde de l’entreprise.

    Des expériences simples prouvent que les récompenses n’améliorent le rendement des personnes que pour des travaux assez mécaniques et simples. Pour des tâches plus évoluées, faisant intervenir l’imagination, la créativité, les récompenses ont tendance à rendre moins efficaces, car elles focalisent l’esprit, là où il aurait besoin de s’ouvrir.

    Le management doit donc prendre en compte ces faits, et mettre l’accent sur les motivations internes des gens, que Daniel Pink décrit comme étant bien décrites par 3 facteurs :

    • Autonomie : le besoin de diriger nos propres vies
    • Maîtrise : le besoin de s’améliorer dans quelque chose qui compte
    • Utilité : l’aspiration à faire des choses qui s’inscrivent dans quelque chose qui nous dépasse

    Dans les faits, ça donne quoi ? Ca donne les employés de Google qui peuvent passer 20% de leur temps à travailler sur ce qu’ils veulent. 50% des nouveaux produits qui sortent de chez Google sont imaginés pendant ces 20% là. Instructif, non ? Allez ! Assez parlé : jetez-vous sur cette très belle présentation, très vivante, très claire et très stimulante.