Archives : Citations

  • Martin Gray

    La crise de notre monde a en partie pour cause la soumission du plus grand nombre à  une vision des choses déterminée par les médias de masse. Les images sont relayées dans l’ensemble du monde, et la voix des hommes humains ne peut se faire entendre. (…) Si le monde s’enfonce ainsi dans un chaos d’images sans autre élément d’explication, alors la crise ne peut que s’approfondir. Nous nous abîmerons alors dans un temps de troubles où des princes isolés prendront les décisions, ils nous montreront des spectacles que nous applaudirons, dont nous nous étonnerons, ou nous indignerons, sans en comprendre le sens. Le monde ne peut échapper à  cet abîme que si chacun de nous réussit à  comprendre et réagir. Pour cela, il faut d’abord être libre de sa pensée.

  • Friedrich Hayek

    Le libéralisme est une doctrine concernant ce que la loi devrait être, la démocratie une doctrine concernant la façon de déterminer ce que sera la loi. Le libéralisme estime qu’il est bon que soit traduit en loi seulement ce qu’accepte la majorité, mais il ne croit pas que le résultat soit forcément une bonne loi. Son objectif, à vrai dire, est de persuader la majorité d’observer certains principes. Il accepte la règle majoritaire en tant que méthode de décision, mais non comme ayant autorité pour dire ce que devrait être la décision. Pour le démocrate doctrinaire, le fait que la majorité veuille quelque chose est une raison suffisante pour considérer cette chose comme bonne ; pour lui, la volonté de la majorité fait non seulement la loi, mais ce qui est la bonne loi.

  • Friedrich Hayek

    Il ne faut pas confondre ces arrangements majoritaires avec les processus spontanés que les communautés libres ont appris à  considérer comme apportant bien plus que ne saurait le faire n’importe quelle sagesse individuelle. Si par  » processus social  » nous entendons l’évolution graduelle vers des solutions meilleures que celles que peut apporter un projet volontariste, la loi de la majorité n’en est pas un. Cette loi diffère radicalement de la croissance libre d’où émergent la coutume et les institutions, car son caractère coercitif, monopolistique et exclusif détruit les forces d’auto-correction qui font que, dans une société libre, les efforts maladroits sont abandonnés et ne subsiste que ce qui marche. Elle diffère aussi fondamentalement du processus cumulatif par lequel le droit se forme à  partir de précédents, ou encore (comme c’est le cas pour certaines décisions du juge) se fond dans un tout cohérent, parce qu’on respecte des principes reconnus lors de jugements antérieurs.

  • Julien Freund

    L’erreur est de croire que je n’ai pas d’ennemi si je refuse d’en avoir. A la vérité, c’est l’ennemi qui me désigne et s’il veut que je sois son ennemi, je le suis, en dépit de mes propositions de conciliation et de mes démonstrations de bienveillance. Dans ce cas il ne me reste qu’à  accepter de me battre ou de me soumettre à  la discrétion de l’ennemi. Précisément la notion de situation exceptionnelle nous fait comprendre qu’il arrive un moment où il n’y a plus que la violence qui puisse arrêter la violence. On peut le déplorer, mais sur ce point l’histoire reste intraitable. Même le système juridique le mieux élaboré demeure impuissant devant une volonté qui recherche délibérément la violence et le conflit. Non point que le droit serait inefficace, mais il ne parvient à  contrôler la violence que dans le cas des situations ordinaires.

  • Julien Freund

    C’est en ce sens que la violence est fondatrice, à  la fois de la société et de la politique, de sorte que la suppression de toute violence équivaudrait à  la disparition des sociétés. En effet, si les hommes vivent en société, l’organisent grace à  la politique, c’est pour comprimer la violence et limiter ses effets. Il en résulte que la violence n’est pas extérieure à  la société, elle n’en est pas un aspect fortuit, accidentel ou contingent, dont on pourrait la débarrasser. Au contraire elle est inhérente à  toute société, elle demeure aux aguets dans toute politique, de sorte qu’elle peut éclater à  tout instant si l’occasion est propice. On comprend mieux dans ces conditions pourquoi toute méconnaissance de la nature de la violence a pour conséquence une méprise sur la nature du conflit, de la politique et plus généralement de la société. Comme il y a une anti-matière, la violence est l’anti-social qui donne sa consistance au social et, comme telle, elle fait partie intégrante de toute société. Ce qui fausse la discussion, c’est la croyance qu’on pourrait proscrire définitivement toute violence, en vertu de l’illusion qu’elle ne serait que le produit d’une mauvaise organisation sociale, donc des circonstances extérieures.

  • Julien Freund

    Si l’on se fait une idée imprécise et nébuleuse de la violence on s’interdit d’appréhender avec discernement la notion de conflit. En effet, si le conflit engendre une situation exceptionnelle, c’est parce qu’il fait appel au moyen exceptionnel qu’est la violence ou menace d’y avoir éventuellement recours. Si tout est violence on banalise la notion, elle perd son caractère exceptionnel et on en fait une méthode ordinaire de gouvernement, à  l’image des pays despotiques et totalitaires ou encore, avec le terrorisme, un moyen courant dans les relations entre les hommes et les groupes. Sa signification spécifique consiste en ce qu’elle est un instrument exceptionnel qu’il faut manier avec prudence à  cause des effets effrayants qu’elle peut entraîner. C’est pour cette raison que de tous temps les sociétés stables ont essayé de la domestiquer, par exemple en la ritualisant, en tout cas de la contraindre dans certaines limites. Plus exactement, une société ne se stabilise qu’à  cette condition.