Retour sur la situation en Irak

Retour sur la situation en Irak. 10 provinces sur 18 ont été transférées par l’armée US à l’armée Irakienne. Le nombre d’incidents est en diminution très nette depuis quelques mois. Croyez-vous que les médias français s’en feraient l’écho ? Mais non, bien sûr : puisque l’invasion impérialiste américaine en Irak est une erreur majeure qu’il convient de toujours présenter sous l’angle d’un échec cinglant pour l’ordure G. Bush…

La dernière phrase du Bloc-notes d’Ivan Rioufol m’a donné envie d’aller un peu me renseigner sur la situation en Irak. Ca faisait longtemps, et je n’y connais pas grand-chose. Je ne vous livre donc pas ici un article particulièrement construit, mais plutôt le fruit de mes recherches sur le net : instructif, comme toujours !

Une dixième province vient d’être transférée

La phrase en question, d’abord :

Au fait : en Irak, il se confirme que les États-Unis sont en train de gagner leur guerre contre al-Qaida, grâce à la stratégie du général Paetreus[1. J’ai laissé la phrase tel qu’on pouvait la lire ce matin. Le nom du général est en fait David Petraeus. Comme quoi, même les meilleurs peuvent faire une coquille…]. Pourquoi taire cette bonne nouvelle ?

Oui, pourquoi la taire ? En cherchant rapidement sur Google, on trouve la dépêche de l’AFP qui explique qu’une province de plus a été transférée à l’armée irakienne par les américains. Il s’agit de la province d’Al-Qādisiyyah. Il est cocasse, au passage, de noter qu’une erreur s’est glissée dans la dépêche[2. Il y est question d’une province appelée Diwaniyah, et de sa capitale Diwaniyah. En fait, c’est bien Al-Diwaniyah qui est la capitale de la province Al-Qādisiyyah.], et qu’elle a été recopiéeun peupartout sur les sites qui font suivre la dépêche. Le copier-coller est si pratique !

Evolution de la situation en Irak

Pour comprendre un peu l’évolution de la situation en Irak, on peut aller sur le blog Political Machine, par exemple, où l’on trouve de beaux graphiques et de belles cartes, et une analyse plutôt objective de la situation. La conclusion :

La guerre se déroule plutôt bien grâce au commandement avisé et habile du Général Petraeus, et à la diplomatie patiente de l’ambassadeur Ryan Crocker. Le Congrès ferait bien de ne pas se mêler de cela, et de laisser les troupes, leur général, et leurs partenaires dans le gouvernement irakien et les forces de sécurité continuer à gagner la guerre.

Vision française : l’Irak doit rester un échec ?

Evidemment, cette vision « optimiste » contraste avec la vision qui nous en est donné en France, par nos médias. D’une part, ils n’ont pas trop couvert l’évolution lente positive, et ont toujours préféré parler des attentats en comptant les morts. C’est une constante, d’ailleurs des médias français : toujours privilégier le rapide et le violent au mouvement de fond lent, toujours préférer parler de l’exception plutôt que de la règle). Et d’autres part, par petites touches, ils parviennent toujours (pas tous, bien sûr) à montrer leur anti-américanisme (primaire ?). Par exemple :

  • Le 11 juillet, Le Nouvel Obs qui relatait le remplacement de Petreaus par Odierno[3. le Sénat américain a confirmé la nomination du général David Petraeus au poste de commandant en chef des troupes américaines au Proche et Moyen-Orient et son remplacement à la tête des opérations militaires en Irak par son adjoint le général Raymond Odierno.], écrit à propos de l’envoi de 30.000 hommes supplémentaires en Irak par Petraeus pour stabiliser la situation : « Ces mesures se sont traduites selon l’armée par une amélioration de la sécurité sur le terrain ». J’aime bien le « selon l’armée » : soit c’est vrai, soit c’est faux. Laisser un « selon l’armée » est le signe que soit le journaliste n’est pas allé vérifier les affirmations de l’armée, soit il veut laisser planer un doute sur ces affirmations (soit les deux).
  • Le 17 juillet, Patrick Sabatier (correspondant du Point au Capitole), écrit en parlant de la « tournée » internationale d’Obama, qu’il « lui faudra aussi éviter un faux pas à Bagdad en rencontrant le général Petraeus, architecte très populaire d’une escalade militaire qu’Obama avait dénoncée en assurant qu’elle mènerait à l’échec. ». Pourquoi « escalade militaire » ? Au vu de l’amélioration de la situation en Irak, il semble tout de même que la moindre des choses serait de reconnaitre le travail effectué par Petraeus et l’armée de coalition, main dans la main avec le gouvernement irakien, pour lutter contre le terrorisme et Al-Qaïda…! Présenter le général comme l’architecte d’une escalade militaire, c’est mentir sur l’amélioration de la situation que l’on peut mettre – partiellement au moins – à son crédit, et dire qu’il est très populaire dans la même phrase c’est faire croire que les américains aiment les escalades militaires. Douteux, et pas très sérieux…

Toutes les informations sont pourtant disponibles

Pour comprendre toute la manipulation de tels propos, il faut se renseigner. En fait, toutes les informations se trouvent, pour ceux qui souhaitent vraiment les voir, dans le rapport « Mesurer la sécurité et la stabilité en Irak« , remis au congrès américain en Juin 2008 par le département de la défense des Etats-Unis[4. qui siège au Pentagone].
On trouve dans ce rapport l’état des lieux de la situation en Irak, avec tous les chiffres et les détails concernant l’évaluation de la stabilité et de la sécurité, et concernant l’entrainement et de la capacité des forces irakiennes. Je ne peux que vous conseiller d’aller y jeter un œil, ça vous permettra de voir ce que les médias français se gardent bien de publier, eux qui sont toujours prêts à nous décrire en long, en large et en travers le chaos irakien, le désastre de l’intervention US, et l’impérialisme américain[5. drôle d’impérialisme que celui consistant à se fixer comme objectif de transférer les provinces à l’armée irakienne…].
A titre d’exemple, et de conclusion, deux graphes qui permettent de se faire une petite idée de l’évolution du conflit, et de visualiser l’emplacement des provinces déjà transférées à l’armée irakienne.
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décembre
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12 années il y a

….Laisser un “selon l’armée” est le signe que soit le journaliste n’est pas allé vérifier les affirmations de l’armée, ….

Allons donc. Est-il possible pour un journaliste, malgré la présence de l’armée, de se promener en Irak et de vérifier si tout va si bien ? Combien de journalistes y a-t-il en Irak en ce moment ?

….Pourquoi “escalade militaire” ? …

Parce qu’il faut plus de soldats. S’il faut plus de soldats c’est que ça ne va pas si bien que tu le prétends.

Et si ça va bien, pourquoi ne pas retirer les soldats américains comme la direction irakienne elle-même l’a demandé ?

Et l’immense ambassade américaine en Irak bâtit à l’écart, en parle-t-on kekpart ? Combien a-t-elle coûtée, par qui a-t-elle été bâtit et la laissera-t-on aux irakiens lorsque les américains quitteront les lieux ?

Mathieu L.
12 années il y a

Salut LOmiG, Je dois dire que je suis assez étonné par cet article, et je te trouve d’une extrême sévérité avec les journalistes français sur ce sujet. Tout d’abord, j’ai moi-même eu l’occasion, à plusieurs reprises, de lire dans les journaux français que le nombre de morts américains diminuait régulièrement. Je dois dire aussi que le terme employé par le Nouvel Obs est cohérent puisqu’il n’y a plus de journalistes français en Irak depuis 2004. Comment peuvent-ils vérifier l’information ? D’autre part, tu sais bien que les armées ont toujours eu une tendance à manipuler les informations, autant pour des raisons militaires que politiques. Aux Etats-Unis, l’Irak fait débat et l’armée y participe à sa manière. Ce qui me surprend encore plus est ton idée que la guerre en Irak ne serait pas un échec du fait de cette évolution. Tu oublies cependant que l’Irak d’avant-guerre n’était pas déstabilisée du tout par Al-Qaïda. Bien au contraire, c’est à cause du désordre produit par l’invasion américaine que les terroristes ont pu commencer à s’agiter réellement en Irak. Avant, Saddam, malgré ses discours, était un anti-islamiste affirmé : n’oublions pas qu’il avait écrasé les chi’ites à la fin de 1991 qui avait… Lire la suite »

Mathieu L.
12 années il y a

Salut LOmiG, Concernant l’information, je redis que les médias français ont bien indiqué à plusieurs reprises l’évolution positive de la situation. Ce fut le cas du Monde en tout cas. Le fait d’ajouter « selon l’armée » pourrait être simplement une façon de spécifier la source ? N’ayant pas lu l’article, je ne vais pas plus loin. Pour le retrait des troupes, d’accord avec toi. Pour les relations internationales, je persiste. N’oublie pas que les Etats-Unis, s’ils ont en effet qualifié cinq pays d’axe du mal à l’époque, ne sont intervenus que contre l’Irak, sans doute pour deux raisons. L’Irak était suffisamment faible militairement pour permettre cette offensive sans beaucoup de perte (alors que l’Iran ou la Corée du Nord sont autrement plus dangereux) et l’attrait du pétrole y était. Il a toujours été clair pourtant qu’al Quaida n’avait pas d’assise en Irak avant l’invasion. Si les Américains voulaient vraiment poursuivre cette organisation, il aurait mieux fallu attaquer l’Arabie Saoudite, se débarraser des dangereux services secrets pakistanais ou augmenter les moyens de l’armée en Afghanistan. Alors, pourquoi cette justification morale ? Les Etats-Unis l’ont toujours fait. L’URSS était déjà « the Evil Empire » dans les années 1980. Cela se rattache à la vision… Lire la suite »

Mathieu L.
12 années il y a

J’ai lu le texte d’Horowitz. Je n’y adhère pas, mais comprend mieux ton article.

Le terme de « faucon » est aussi utilisé par des politologues et des historiens spécialistes des Etats-Unis. Il qualifie les lobbies, généralement issus du complexe militaro-industriel, qui ont tendance à pousser le gouvernement américain à des politiques de force en cas de crise. Ces lobbies sont beaucoup plus influents chez les républicains que chez les démocrates, mais pas toujours.

Mathieu L.
12 années il y a

Oh, LOmiG, tu es encore plus sévère avec les oiseaux qu’avec les journalistes.

Le faucon est un animal avec une image positive dans le bestiaire occidental : ami de l’homme, bon chasseur, rapide, noble dans son vol.

On les aurait qualifiés de vautour ou de buse, j’aurai compris… :grin:

Mathieu L.
12 années il y a

Un peu de mauvaise foi une fois de temps en temps n’a jamais fait de mal à personne… :wink:

L’aigle ? Oui, pourquoi pas, mais l’aigle est peut-être moins rapide dans ses attaques des proies que le faucon.

Cela me rappelle le film de les Nuls : « Tu crois que c’est qui le plus fort, entre le rhinocéros et l’éléphant ??? » :lol:

A bientôt,