La possibilité de Dieu

Aurélien Marq (@AurelienMarq) est un haut fonctionnaire et essayiste, contributeur régulier de Causeur (@Causeur), Atlantico (@atlantico_fr) et Front Populaire (@FrontPopOff). Je le suis depuis un certain temps sur X, j’ai commandé (et offert) son livre « La possibilité de Dieu » dès sa parution. J’apprécie en effet beaucoup les prises de positions de l’auteur sur les sujets de société, et j’ai trouvé passionnant de découvrir la manière de penser d’Aurélien Marq sur ce sujet ô combien complexe.

Honnête homme

Un mot d’abord sur l’auteur et son style. Précis, argumenté, foisonnant de références littéraires, philosophiques, scientifiques, on voit tout de suite que le sujet passionne l’auteur. D’une manière qui me touche : loin de prétendre détenir la vérité, le livre est une livre de questionnement, et d’appel au dialogue. Le remarquable chapitre dédié à la discussion, réfutation, des principaux arguments des athées est à mon sens représentatif du style de Marq : sa quête est celle du vrai, et il crédite les athées d’apporter au moins certains morceaux de cette vérité, permettant y compris aux religieux et aux croyants, de mieux penser leur foi et leur religion, en les débarrassant des superstitions et du dogmatisme. Etant athée, j’y suis sensible : je crédite les croyants, en miroir, d’exactement la même chose. Les croyants, la spiritualité, empêche les athées de tomber dans un bête matérialisme, refusant la complexité et le mystère. Je vais lui demander de préfacer l’essai que je suis en train de terminer, tant j’ai trouvé une démarche en miroir. Je me permets d’ajouter un point : ses prises de position, à plusieurs reprises dans le livre, montrent un esprit critique remarquable, et un courage intellectuel que l’on aimerait voir plus souvent. Pas de blabla multiculturaliste, ou relativiste, dans cet essai : uniquement un honnête homme, fin, courageux, qui recherche la vérité. Je serai très honoré qu’il accepte de lire mon essai, et encore mieux, de le discuter avec moi. Le préfacer, nous verrons, encore faut-il qu’il y trouve matière intéressante.

Passionnant

J’ai trouvé la lecture très agréable, même si le chapitre « Définir Dieu » m’a un peu déçu. C’est souvent ma question à ceux qui parlent de Dieu « qu’entends-tu par Dieu? », et la réponse me parait souvent un brin évasive, ou tellement large et multifacettes, que c’est une manière de dire en un seul mot « mystère-nature-divin », où le « divin » prend des sens multiples.
Mais ce chapitre se voit fort heureusement complété par la suite de l’essai. Les discussion y sont passionnantes, et je retrouve plein de sources et d’inspiration communes (notamment le très bel échange entre Richard Dawkins et Ayaan Hirsi Ali – @Ayaan). Nombre de citations vont venir compléter ma collection, et quelques passages du livre me paraissent digne d’être retenus également. Au final, et je sens un progression dans l’essai vers cette double conclusion qui contredit presque certains autres passages :

  • rejoignant sur ce point Adin Steinsaltz, Aurélien Marq semble penser qu’au final le « divin » est l’antithèse de « l’absurde ». Je me permets de recoller ici cette phrase de Steinsaltz : « La croyance en D-ieu peut être naïve et puérile ou bien raffinée et élaborée. Les images que nous nous en faisons peuvent être absurdes ou philosophiquement abouties. Cependant, cette croyance, une fois débarrassée de tout verbiage, se résume ainsi : l’existence a un sens. Certains pensent, probablement à tort, qu’ils le connaissent, alors que d’autres se contentent d’y réfléchir. Tout ce que nous vivons apparaît comme un ensemble décousu. Le fait que nous nous efforcions de relier entre elles ces différentes particules d’information repose sur notre foi, a priori, qu’il existe bien une certaine connexion ». Les athées voient le monde comme dénué de sens global, là où les croyants voient le monde comme ayant un sens. Précisons tout de suite, en tant qu’athée, que je suis convaincu que le sens global du monde (du réel) n’existe pas, ou m’échappera toujours, et que, bien sûr, nos vies sont remplies de sens, car les humains ont besoin et soif de sens.
  • le second point, lisible, est que l’auteur, au final, est d’accord avec la symbolique incroyable qu’a apporté le Nouveau Testament : s’incarnant dans un homme, Dieu montre qu’il y a du divin et du sacré dans l’humain. A nouveau, je suis en accord total avec ce point de vue, mais il me semble possible sans avoir besoin de recourir à un Dieu extérieur à nous, existant indépendamment de nous, ou étant la cause de toutes choses.

Critique constructive

Avant de recommander à nouveau cet excellent essai, je mentionne un point qui me semble une faiblesse dans le raisonnement de Marq : il sous-estime la puissance des phénomènes d’émergence. Oui, c’est proprement miraculeux que la vie, la conscience, et plein d’autres choses comme l’opus 111 de Beethoven, aient pu émerger de mécanismes physico-chimiques, psychologiques, émotionnels, rationnels. Mais je prends le mot de miracle dans son sens étendu : « Fait extraordinaire qui porte à l’étonnement et à l’admiration. » Les faits les plus extraordinaires ne nécessitent pas l’existence de Dieu, mais bien plutôt que reconnaitre que le Réel est merveilleux. C’est une caractéristique du réel en tant qu’objet de notre entendement. Cela rejoint en partie la conclusion de la superbe vidéo de Monsieur Phi que je vous ai partagé l’autre jour. Même si nous n’étions que des machines, ne serait-ce pas une source, en soi, d’émerveillement, sans avoir besoin de recourir à d’autres causes (une âme, du divin, ou tout autre chose difficile à définir et non nécessaire pour penser ces choses-là) ?
A nouveau, je vous recommande cet ouvrage, si ces sujets vous intéressent. Il est passionnant, très bien écrit, et partage une forme de lyrisme sur ce sujet qui donne envie d’aller plus loin.
nota bene : n’ayant pas trouvé de photo d’Aurélien Marq, j’ai choisi d’illustrer ce billet avec une image d’Athéna, qui semble être pour l’auteur une figure importante du panthéon mythologique gréco-romain

Commentaires

2 réponses à “La possibilité de Dieu”

  1. Avatar de Jean Robin
    Jean Robin

    Ah, mon cher Lömig, pas étonnant que tu aimes ce genre de livre, car il est écrit par un athée comme toi. Il a beau se dire croyant, si tu lui poses la seule question qui vaille pour savoir si on a la foi ou pas, à savoir « es-tu sûr et certain d’être sauvé », il te répondra « non ». Comme tous les catholiques. Et comme tous les croyants de nom qui sont persuadés de devoir faire des oeuvres pour être sauvé. La seule croyance qui ne fait pas dépendre le salut des oeuvres, c’est le protestantisme, et comme par hasard c’est celle qui a donné le capitalisme à grande échelle, la révolution industrielle et scientifique, et médicale (qu’on oublie trop souvent), Internet etc. Mais le vrai Dieu et les vrais croyants en Dieu ne peuvent pas t’intéresser, même s’ils sont capitalistes et que tu les connais personnellement et qu’ils ont écrit un livre entier sur le sujet, comme moi. Parce que la Bible l’explique bien, « Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. »
    Tu fais l’éloge d’un haut-fonctionnaire, toi le libéral, et tu ignores royalement le capitaliste que je suis, poses-toi la question. Dieu est souverain, or les humanistes comme les catholiques n’en veulent pas, car l’homme n’est rien dans ce cas, et Dieu est tout. Il faut la croyance dans le libre arbitre humain, pour croire qu’on pourrait donner un sens à sa vie, justement. Or c’est Dieu qui donne un sens à notre vie, son plan est établi depuis le début, et nous ne pouvons pas le changer. Aucune molécule de l’univers ne lui échappe, sinon il n’est pas Dieu. Bref, ce n’est pas Dieu dans lequel croient les Aurélien Marcq de ce monde, c’est une idole créée à leur image et qui donne de mauvais fruits, comme le catholicisme en donne de mauvais depuis plus de 2000 ans, y compris le massacre des protestants et des juifs en France. Malgré cela, le catho-marxisme arrive à dominer dans notre pays, et des libéraux tressent des lauriers à des hauts fonctionnaires qui nous ruinent et nous tuent. Jésus est venu dans ce monde, et les hommes l’ont crucifié pour avoir dit la vérité, donc je sais d’avance que tu rejetteras ce message et ma proposition d’en débattre sur ma chaîne.

    1. Avatar de BLOmiG
      BLOmiG

      ah mon cher Jean ! Tout d’abord merci pour ton commentaire. Ensuite j’essaye de répondre point par point au presque à ton long et riche commentaire.
      1) je ne sais pas ce qu’Aurélien Marq répondrait à ta question, ne le connaissant pas, et ne voulant pas parler à sa place.
      2) qu’entends-tu par « sauvé » ?
      3) je ne fais pas l’apologie d’un haut-fonctionnaire. Il se trouve qu’Aurélien Marq est haut-fonctionnaire, et il a bien le droit d’être en plus intelligent. Il y a des fonctionnaires intelligents, et des capitalistes con à manger du foin. Même si je te l’accorder, j’aimerais qu’il y ait moins de fonctionnaires et plus de capitalistes.
      4) pourquoi autant de certitudes ? Je ne t’ai, sur ce blog, comme dans nos échanges privés par mail, jamais ignoré. Je réponds toujours et suis toujours partant pour échanger. Je ne rejette rien à l’avance, mais il faut poser un cadre clair. Débattre de Dieu, ou avoir une conversation ? s’il s’agit d’un débat, quel est le sujet du débat ? Mais je pourrais très bien accepter. pourquoi pas ?

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