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  • Flânerie #5

    Flânerie #5

    Trouver un objet d’intérêt en flânant ne signifie pas nécessairement marcher pendant des heures pour tomber sur quelque chose d’intéressant. Pour cette flânerie #5, je suis simplement ressorti de chez moi pour acheter un truc qui manquait dans le réfrigérateur, et en passant, probablement pour la centième fois devant ce petit atelier rue Bénard, j’ai été saisi par la vision des deux ouvertures lumineuses, et du fatras baroque à l’intérieur. En contraste avec la nuit tombante, il s’en dégageait une impression de douce chaleur, et d’activité tranquille.
    Deux personnes, deux dames, travaillaient dans l’atelier, en devisant. Je me suis approché pour prendre une photo de plus près, pour qu’un personnage soit plus présent, mais celle que l’on distingue à gauche sur la photo m’a vu avancer vers la fenêtre, et a changé de posture. Je ne l’ai pas dérangé plus longtemps, et j’ai rangé mon téléphone. Mais, en voyant ce petit atelier chaleureux, j’ai été saisi d’une envie d’y entrer et de pouvoir découvrir ce petit monde. Monde attirant et un peu nostalgique pour moi, car il me rappelle l’atelier de poterie de M. et Mme Besse, où nous allions enfants, joyeux et insouciants.
    Note : il s’agissait de l’Atelier d’André Besse (céramiste et peintre, décédé en 1999) et de sa femme Geneviève Besse (peintre, 1926-2024), au 152 rue Victor-Hugo à Tours. (merci Grok)

  • La possibilité de Dieu

    La possibilité de Dieu

    Aurélien Marq (@AurelienMarq) est un haut fonctionnaire et essayiste, contributeur régulier de Causeur (@Causeur), Atlantico (@atlantico_fr) et Front Populaire (@FrontPopOff). Je le suis depuis un certain temps sur X, j’ai commandé (et offert) son livre « La possibilité de Dieu » dès sa parution. J’apprécie en effet beaucoup les prises de positions de l’auteur sur les sujets de société, et j’ai trouvé passionnant de découvrir la manière de penser d’Aurélien Marq sur ce sujet ô combien complexe.

    Honnête homme

    Un mot d’abord sur l’auteur et son style. Précis, argumenté, foisonnant de références littéraires, philosophiques, scientifiques, on voit tout de suite que le sujet passionne l’auteur. D’une manière qui me touche : loin de prétendre détenir la vérité, le livre est une livre de questionnement, et d’appel au dialogue. Le remarquable chapitre dédié à la discussion, réfutation, des principaux arguments des athées est à mon sens représentatif du style de Marq : sa quête est celle du vrai, et il crédite les athées d’apporter au moins certains morceaux de cette vérité, permettant y compris aux religieux et aux croyants, de mieux penser leur foi et leur religion, en les débarrassant des superstitions et du dogmatisme. Etant athée, j’y suis sensible : je crédite les croyants, en miroir, d’exactement la même chose. Les croyants, la spiritualité, empêche les athées de tomber dans un bête matérialisme, refusant la complexité et le mystère. Je vais lui demander de préfacer l’essai que je suis en train de terminer, tant j’ai trouvé une démarche en miroir. Je me permets d’ajouter un point : ses prises de position, à plusieurs reprises dans le livre, montrent un esprit critique remarquable, et un courage intellectuel que l’on aimerait voir plus souvent. Pas de blabla multiculturaliste, ou relativiste, dans cet essai : uniquement un honnête homme, fin, courageux, qui recherche la vérité. Je serai très honoré qu’il accepte de lire mon essai, et encore mieux, de le discuter avec moi. Le préfacer, nous verrons, encore faut-il qu’il y trouve matière intéressante.

    Passionnant

    J’ai trouvé la lecture très agréable, même si le chapitre « Définir Dieu » m’a un peu déçu. C’est souvent ma question à ceux qui parlent de Dieu « qu’entends-tu par Dieu? », et la réponse me parait souvent un brin évasive, ou tellement large et multifacettes, que c’est une manière de dire en un seul mot « mystère-nature-divin », où le « divin » prend des sens multiples.
    Mais ce chapitre se voit fort heureusement complété par la suite de l’essai. Les discussion y sont passionnantes, et je retrouve plein de sources et d’inspiration communes (notamment le très bel échange entre Richard Dawkins et Ayaan Hirsi Ali – @Ayaan). Nombre de citations vont venir compléter ma collection, et quelques passages du livre me paraissent digne d’être retenus également. Au final, et je sens un progression dans l’essai vers cette double conclusion qui contredit presque certains autres passages :

    • rejoignant sur ce point Adin Steinsaltz, Aurélien Marq semble penser qu’au final le « divin » est l’antithèse de « l’absurde ». Je me permets de recoller ici cette phrase de Steinsaltz : « La croyance en D-ieu peut être naïve et puérile ou bien raffinée et élaborée. Les images que nous nous en faisons peuvent être absurdes ou philosophiquement abouties. Cependant, cette croyance, une fois débarrassée de tout verbiage, se résume ainsi : l’existence a un sens. Certains pensent, probablement à tort, qu’ils le connaissent, alors que d’autres se contentent d’y réfléchir. Tout ce que nous vivons apparaît comme un ensemble décousu. Le fait que nous nous efforcions de relier entre elles ces différentes particules d’information repose sur notre foi, a priori, qu’il existe bien une certaine connexion ». Les athées voient le monde comme dénué de sens global, là où les croyants voient le monde comme ayant un sens. Précisons tout de suite, en tant qu’athée, que je suis convaincu que le sens global du monde (du réel) n’existe pas, ou m’échappera toujours, et que, bien sûr, nos vies sont remplies de sens, car les humains ont besoin et soif de sens.
    • le second point, lisible, est que l’auteur, au final, est d’accord avec la symbolique incroyable qu’a apporté le Nouveau Testament : s’incarnant dans un homme, Dieu montre qu’il y a du divin et du sacré dans l’humain. A nouveau, je suis en accord total avec ce point de vue, mais il me semble possible sans avoir besoin de recourir à un Dieu extérieur à nous, existant indépendamment de nous, ou étant la cause de toutes choses.

    Critique constructive

    Avant de recommander à nouveau cet excellent essai, je mentionne un point qui me semble une faiblesse dans le raisonnement de Marq : il sous-estime la puissance des phénomènes d’émergence. Oui, c’est proprement miraculeux que la vie, la conscience, et plein d’autres choses comme l’opus 111 de Beethoven, aient pu émerger de mécanismes physico-chimiques, psychologiques, émotionnels, rationnels. Mais je prends le mot de miracle dans son sens étendu : « Fait extraordinaire qui porte à l’étonnement et à l’admiration. » Les faits les plus extraordinaires ne nécessitent pas l’existence de Dieu, mais bien plutôt que reconnaitre que le Réel est merveilleux. C’est une caractéristique du réel en tant qu’objet de notre entendement. Cela rejoint en partie la conclusion de la superbe vidéo de Monsieur Phi que je vous ai partagé l’autre jour. Même si nous n’étions que des machines, ne serait-ce pas une source, en soi, d’émerveillement, sans avoir besoin de recourir à d’autres causes (une âme, du divin, ou tout autre chose difficile à définir et non nécessaire pour penser ces choses-là) ?
    A nouveau, je vous recommande cet ouvrage, si ces sujets vous intéressent. Il est passionnant, très bien écrit, et partage une forme de lyrisme sur ce sujet qui donne envie d’aller plus loin.
    nota bene : n’ayant pas trouvé de photo d’Aurélien Marq, j’ai choisi d’illustrer ce billet avec une image d’Athéna, qui semble être pour l’auteur une figure importante du panthéon mythologique gréco-romain

  • Dualisme ?

    Dualisme ?

    Je ne résiste pas au plaisir de partager à nouveau une vidéo de Monsieur Phi, car je la trouve remarquable, essentielle pour comprendre les débats pas toujours explicites qui animent le monde de l’IA, et riches en citations et références que je souhaite réutiliser (notamment l’ouvrage de La Mettrie, L’homme Machine, 1748).

  • Censure

    Censure

    Après avoir pris ainsi tour à  tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à  travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à  n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.

    Alexis de Tocqueville (1805 – 1859) philosophe politique, précurseur de la sociologie et homme politique français.

    Cette citation de Tocqueville est à la fois rassurante et inquiétante. Elle inquiétante, bien sûr, car elle décrit une restriction progressive de notre liberté. George Orwell, Raymond Boudon, et d’autres ont soulignés également comment, dans ses développements récents, la démocratie libérale, avec des médias et des institutions noyautées par des socialistes, a connu une dérive plus perverse encore. Des pseudos chercheurs et intellectuels font circuler des idées fausses, relativistes, en se targuant de « déconstruire » le bon sens commun (consistant à voir ce qu’on a sous les yeux), et frappant d’anathème ceux qui ne se conforment pas à l’utilisation des mots et des récits autorisés. Toute action est imputée à des « passions », et jamais à des « raisons ». C’est une manière de faire passer tout le monde (sauf les intellectuels bien sûr) pour des bestiaux qu’il faut parquer, gérer, diriger, piquouser, piloter, car ils en sont bien incapables, pilotés qu’ils sont par leurs passions. Ils imposent ainsi leurs mots, analyses, opinions. Cette petite censure par les mots et les idées finit par restreindre le champ d’exercice de notre pensée. Pas besoin de censure, nous n’avons plus les mots, les concepts, et le recul critique, pour penser correctement.
    On pourrait la trouver rassurante en se disant que finalement, en démocratie, cette tendance à l’amollissement, à la perte de l’esprit critique, nous évite la tyrannie et l’imposition forcée d’un ordre non voulu. Et que l’existence de médias alternatifs, et de liberté d’expression nous permettra toujours de maintenir une pensée et des débats vifs. Mais c’est faux, car ce qui reste de dissidence gêne les pouvoirs en place et on peut observer, un peu partout en Europe, une tentation à peine cachée de censure (se présentant bien entendu comme un moyen d’éviter la dérive vers les extrêmes ; l’argument est éculé, mais les moutons sont dociles). On peut désormais être condamné à de la prison pour des propos, des opinions. Certains moutons, d’un type particulier (ceux avec la tête dans le sable), continuent de bêler que c’est pour se/nous protéger.
    Tout cela est bien affligeant. Ce qui affligeant, c’est que les penseurs libéraux avaient déjà vu et dit tout cela, et que des générations entières se sont quand même fait avoir. Nous en payons les conséquences aujourd’hui. Nous devons subir non seulement le mensonge permanent et la perversion morale, mais en plus il faudrait ne pas le dénoncer. Continuons de nous battre contre les socialistes de tout poils.

    Démocratie et socialisme n’ont rien en commun sauf un mot, l’égalité. Mais notez la différence : pendant que la démocratie cherche l’égalité dans la liberté, le socialisme cherche l’égalité dans la restriction et la servitude.

    Alexis de Tocqueville (1805 – 1859) philosophe politique, précurseur de la sociologie et homme politique français.

  • Dites moi

    Dites moi

    C’est un dessin que j’ai eu envie de faire suite à une passionnante discussion avec mon ami Jean-Marc. Stylo plume sur papier. Je vois tout le chemin qu’il me reste à faire pour arriver à maîtriser le trait, les ombres, les détails, le cadrage, bref : tout !
    Dites moi ...

  • Citation #188

    Il faut avoir femmes, enfants, biens, et surtout de la santé, si l'on peut; mais non pas s'y attacher en manière que notre bonheur en dépende. Il faut se réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissions notre vraie liberté et principale retraite et solitude.

    Michel Eyquem de Montaigne (1533 – 1593)
    philosophe, humaniste, écrivain érudit et moraliste français de la Renaissance.