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  • Citation #187

    Dire que certaines personnes ont simplement des niveaux de performance plus élevés que d’autres, pour quelque raison que ce soit, est une menace pour la vision dominante d’aujourd’hui, car cela place implicitement la responsabilité sur le groupe en retard de performer ; et, ce qui est peut-être plus important, prive l’intelligentsia de son rôle de lutter du côté des anges contre les forces du mal. Le concept même de réussite s’estompe ou est banni dans certaines formulations verbales de l’intelligentsia, où ceux qui s’avèrent avoir plus réussis ex post sont dits « privilégiés » ex ante.

    Thomas Sowell (1930)
    Economiste et sociologue américain

  • Vision aveugle

    Vision aveugle

    « Vision aveugle » (Blindsight, en anglais), est un roman de science-fiction de Peter Watts, auteur canadien. Il est scientifique de formation, et publie sur son site depuis longtemps une partie de ses nouvelles en licence Creative Commons.
    C’est un roman étrange, et à vrai dire j’ai été un peu déçu. L’histoire, pourtant, avait tout pour me passionner : un groupe de 4 astronautes est envoyé en mission pour aller voir ce qu’est l’étrange objet qui envoie des signaux depuis une « comète trans-neptunienne de la ceinture de Kuiper ». C’est le thème ultra vu et revu de la « rencontre du 3ème type » avec les extra-terrestres. Tout y est assez bien décrit, le roman déborde d’imagination et il y a pleins de passages super, mais c’est très (trop) cérébral, les réflexions (passionnantes au demeurant) sur la conscience, l’IA, la biologie et plein d’autres sujets prennent trop de place par rapport à l’action et à l’histoire.
    C’est le roman d’un scientifique, super cultivé (la biblio à la fin le confirme, on dirait une bibliographie de thèse de recherche), avec des thèmes passionnants, mais pour moi pas un romancier pur et dur. Les personnages sont tous complètement déjantés, et il est dur de s’y projeter. Dommage, car l’idée de fond du roman (que je ne divulgache pas) est vraiment une idée géniale, un peu maltraitée par trop de sérieux et de rigueur, et pas assez de sens narratif. La « Hard science fiction » ne doit pas devenir de la science tout court.

  • Pêcheur de perle

    Pêcheur de perle

    Je suis en train de terminer le formidable livre d’Alain Finkielkraut, « Pêcheur de perles ». Il est formidable pour les raisons habituelles avec cet auteur : écriture ciselée, précise et forte, richesse du vocabulaire, humilité d’un vrai penseur, tout cela donne toujours avec « Finkie » des ouvrages agréables à lire, édifiants, touchants. Mais il est formidable pour deux autres raisons que j’aimerais souligner pour vous donner envie de le lire.

    Pêcheur de perles

    Le prologue du livre le dit bien, il s’agit d’un livre de passionné de citations (je le suis également, ma collection est à votre disposition). Ce prologue, à la relecture, mérite d’être partagé ici, tant il donne à voir le style de Finkielkraut, et le projet de ce livre.
    Walter Benjamin collectionnait amoureusement les citations. Dans la magnifique étude qu’elle lui a consacrée, Hannah Arendt compare ce penseur inclassable à un pêcheur de perles qui va au fond des mers « pour en arracher le riche et l’étrange ».
    Subjugué par cette image, je me suis plongé dans les carnets de citations que j’accumule pieusement depuis plusieurs décennies. J’ai tiré de ce vagabondage les phrases qui me font signe, qui m’ouvrent la voie, qui désentravent mon intelligence de la vie et du monde. Et plutôt que de les mettre au service d’une thèse ou d’une démonstration, je me suis laissé guider par elles, sans idée préconçue. Ces phrases n’étaient pas pour moi des ornements, mais des offrandes. Elles ne décoraient pas la pensée, elles la déclenchaient ; elles ne l’illustraient pas, elles la tiraient du sommeil.
    Avant le grand saut dans l’éternel nulle part, j’ai ainsi dressé, sans chercher à être exhaustif ni à faire système, le bilan contrasté de mon séjour sur la Terre.

    Chaque court chapitre s’ouvre donc sur une citation, qui sert de point de départ à une réflexion de l’auteur, libre, riche, pleine de reflets surprenants, avec en fond la parole d’un homme qui n’assène jamais de certitudes, mais cherche la vérité, et partage ce qu’il a trouvé sans prétendre avoir fait le tour : ni plus, ni moins. Cette logique de citations, agrémentées de réflexions qui les éclairent et les font vivre, m’a fait penser aux lectures Talmudiques de Levinas.

    Densité

    Le livre est formidable également par sa densité. Les textes, pour être courts, sont, à l’évidence mais sans que cela soit visible, travaillés, ciselés, relus, raccourcis, peaufinés : la pensée exprimée utilise toute la puissance de notre belle langue, s’appuie sur de nombreux auteurs, et l’on mesure, à la lecture, la profondeur de la culture de Finkielkraut. Cet homme est un intellectuel hors-pair, et un travailleur infatigable. Il nous éclaire sur notre époque, mais aussi sur notre condition humaine.
    Ce livre est entré dans mon petit Panthéon personnel des meilleurs livres. Je sais que je le relirai, autant pour la forme que pour le fond.
    C’est une grande leçon d’humilité pour moi : je publie chaque mois au travail une newsletter, intitulée « Fantaisies », qui s’ouvre systématiquement par la « citation du mois », que je commente en un ou deux paragraphes. Je mesure, à la lecture du « Pêcheur de perles », l’abime qui sépare mon bricolage d’un véritable travail d’écriture. Rien que pour cela, la lecture de ce livre était indispensable.

  • Jacob Collier

    Jacob Collier

    Si vous ne connaissez pas Jacob Collier, je vous invite à découvrir ce petit génie de la musique. Multi-instrumentiste, chanteur, créatif sans limite sur les harmonies, spécialiste du jeu collectif, avec d’autres musiciens, avec le public, avec les internautes. Je n’utilise pas souvent le terme de « génie », et tout ce que produit Jacob Collier n’est pas de mon goût. Mais, sincèrement, c’est un génie, un explorateur, un véritable musicien artiste. Je vous partage une vidéo d’un morceau en concert, et si vous voulez découvrir un peu plus le musicien, vous pouvez aller écouter son interview musical chez Paul Davids.

  • Citation #186

    La propension à l'espoir et à la joie, c'est richesse réelle; la propension à la crainte et au chagrin, c'est pauvreté véritable.

    David Hume (1711 – 1776)
    philosophe, économiste et historien écossais

  • Flânerie #4

    Flânerie #4

    En me promenant sans but dans les puces de Vanves, je suis tombé sur une petite estampe à l’eau-forte de Jean-Yves André (que je ne connaissais bien sûr à ce moment ni d’Eve ni d’Adam).
    Elle représente un bout de ville, au coeur d’une jungle luxuriante. L’image fait 10cm x 15cm à peu près, et contient beaucoup de petits détails très fin. J’ai tout de suite été séduit par l’ambiance générale, paisible, par la profusion de détails, et par la manière d’avoir traité le soleil au milieu. On ne sait pas s’il se couche ou s’il se lève, et il donne comme une impression de temps suspendu à cette image, une fixité, qui résonne en contrepoint au mouvement de la végétation autour. On ne sait pas bien non plus si la ville « El Dorado » est complètement en ruine, ou si elle pourrait encore abriter quelques activités, et quelques humains. Le titre nous met également dans la peau d’un explorateur qui découvrirait, dans la forêt tropicale, la ville mythique. Merveilleux.
    Plein de mystères dans ce petit tableau, qui m’ont séduit, et qui m’ont conduit à l’acheter. Je vais changer le cadre qui était un peu vieillot. La rencontre avec ce petit tableau, et avec cet artiste, était la vraie joie, la vraie surprise de cette flânerie.
    Ajout : après avoir farfouiné un peu sur le site Le Comoedia, je pense que l’oeuvre doit dater des années 1980 (elle ressemble un peu à celle-ci : Surga Yang Jahu).
    Ajout n°2 J’ai eu le grand plaisir d’avoir une réponse de JY André, que je recopie ici :
    Technique : eau-forte + aquatinte. 50 tirages (sur ma presse taille-douce) signés et numérotés par moi-même. Autour de 1983-84. A cette époque je voyageais au Moyen Orient et je commençais à aborder l’Asie du Sud-est. D’où l’architecture évoquant les ksours du Maroc et les jungles luxuriantes d’Asie.Et ce fantasme de la découverte d’une cité cachée…