Je me fais souvent la remarque que les gens n’arrĂȘtent pas de porter un jugement sur la maniĂšre de vivre des autres, sur des sujets plus ou moins importants, comme le choix des matiĂšres que l’on met chez soi, de sa voiture, de son endroit d’habitation, de ce qu’on mange, des gens pour qui l’on vote, des journaux et mĂ©dias qu’il est bon de suivre. C’est devenu une sorte de petite manie sociale que d’afficher ses propres prĂ©fĂ©rences et les plaquer sur celles des autres. Une forme de moralisation permanente des modes de vie, une intrusion dans le plus menu dĂ©tail du quotidien de considĂ©rations politiques, ou politiquement correctes. Comme si la respectabilitĂ© passait par le fait de tout « bien » faire, et de suggĂ©rer aux autres de suivre aussi ces bons prĂ©ceptes. De petites vertus frelatĂ©es affichĂ©es en permanence pour cacher le manque de vertu rĂ©elle.
Nous avons acceptĂ©, peu Ă peu, de vivre dans une sociĂ©tĂ© trĂšs pĂ©nible Ă ce titre. Une sociĂ©tĂ© de gringalets qui ont peur de leur ombre, de petits ayatollah du CO2 et du bio, de la non-consommation et de l’ouverture Ă toutes les identitĂ©s (sauf la nĂŽtre bien sĂ»r). De dĂ©fense Ă tout prix de la vie, mais en fermant les yeux sur les avortements systĂ©matisĂ©s. Des gens beaucoup moins originaux et intĂ©ressants qu’ils le sont en vrais. Je trouve ça, Ă vrai dire, tout Ă fait consternant, Ă©nervant, et ridicule. Il est grand temps de se dĂ©faire de cela. Un simple retour au bon sens suffit, gĂ©nĂ©ralement, pour ceux dont le cerveau n’a pas Ă©tĂ© trop lavĂ©. En reste-t-il tant que cela ?
Pour rĂ©gler un problĂšme, il faut toujours commencer par bien le poser, et par faire une analyse de causes. Je vois deux causes majeures (n’hĂ©sitez pas Ă commenter si vous en voyez d’autres). D’une part, l’omniprĂ©sence des « lĂ©gislateurs, organisateurs, instituteurs de sociĂ©tĂ©s, conducteurs de peuples », qui contraignent, empĂȘchent, taxent, stigmatisent. D’autre part, notre facile acception de ce genre de comportement. Faire une critique des choix des autres, c’est une maniĂšre simple et peu coĂ»teuse (surtout si on bĂȘle avec le groupe dans le bon sens, socialement acceptĂ©) d’Ă©viter de se poser des questions sur ses propres choix et ses propres comportements.
Je vois donc deux maniĂšres de sortir de cette sociĂ©tĂ© Ă©triquĂ©e, intolĂ©rante, empĂȘchĂ©e, fade : dĂ©gager les socialistes du pouvoir (Ă voir comment), et de maniĂšre personnelle, au quotidien, refuser cette maniĂšre de vivre. DĂ©busquer les faux-semblants, le prĂȘt-Ă -penser, les petits peureux qui Ăąnonnent sur les choix des autres, au lieu de vivre simplement leur vie. Il faudra bien, d’une maniĂšre ou d’une autre, revenir individuellement et collectivement Ă ces notions si prĂ©cieuses de responsabilitĂ© et de libertĂ©. ArrĂȘter de vouloir faire payer aux autres les consĂ©quences de mes choix. ArrĂȘter de reprocher aux autres leurs choix. Nous nous compliquons inutilement la vie. Qu’on nous foute la paix. Nous savons vivre sans qu’on nous dise insidieusement comment il faudrait le faire. Je n’ai que faire de vivre la vie « rĂȘvĂ©e » des autres.
Je fais donc le vĆu en ce dĂ©but d’annĂ©e, de me reprendre quand je me retrouve Ă faire cela moi-mĂȘme. La bonne rĂ©action Ă avoir face Ă ces petits censeurs du quotidien n’est pas de vouloir leur faire la morale sur leur maniĂšre de vivre (dans un effet miroir), ou leur dĂ©montrer leur erreur, mais plutĂŽt de leur dire sereinement qu’on se contrefout de leur avis, qu’ils sont bien libres de leurs choix, et nous de mĂȘme.
On peut vomir les bobos moralisateurs sans vouloir pour autant rouler en Hummer avec un flingue Ă la taille, une andouillette dans la main gauche, et un verre de vin dans la main droite. En plus, c’est trĂšs compliquĂ© de conduire dans ces conditions, vous verrez. Il suffit d’assumer ce qu’on est et de vivre en consĂ©quence.