CatĂ©gorie : đŸ§‘đŸ»â€đŸ€â€đŸ§‘đŸ» SociĂ©tĂ©

  • Pour une Ă©cologie politique raisonnable

    Pour une écologie politique raisonnable

    J’avoue n’avoir jamais vraiment Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par l’écologie. Du moins pas plus que cela. Je trouve les sciences en gĂ©nĂ©ral intĂ©ressantes, et celle s’attachant à  dĂ©crire les relations des ĂȘtres vivants avec leur environnement est forcĂ©ment aussi passionnante. Et si l’Ă©cologie devenait moins politique, et plus raisonnable ?

    L’Ă©cologie, cheval de Troie des « anti »

    Mais l’écologie a Ă©tĂ© depuis longtemps utilisĂ©e comme un moyen politique pour faire avancer leur(s) cause(s). Je mets un s, car ils sont nombreux à  se retrouver dans ce canal de l’écologie politique : fĂ©ministes, tiers-mondistes, anti-capitalistes, dĂ©croissants, et toute une clique de mĂ©contents que l’état actuel du monde ne satisfait pas. L’époque est ainsi faite : comme la cause Ă©cologique (au sens de « dĂ©fense de l’environnement ») est perçue comme noble, personne n’ose critiquer ceux qui s’abritent sous son Ă©tendard universaliste.

    Or, il le faut. Car le nombre de bĂȘtises que l’on peut lire et Ă©tendre est tout bonnement effarant. Je vais rĂ©guliĂšrement sur Twitter, et simplement dans les derniĂšre semaines, on peut mentionner les dĂ©lires suivants (je mets en lien des articles qui dĂ©montent ces Ăąneries) : antivax, glyphosate, catastrophisme biodiversitaire, Ă©oliennes & Ă©nergies renouvelables, plan d’aides ridicules, utilisation des enfants, clash à  propos du rĂ©chauffement, j’en oublie certainement. Il est grand temps de sonner la fin de la rĂ©crĂ©ation. Je crois que les scientifiques français devraient s’élever pour combattre l’obscurantisme et le sectarisme : en rappelant ce que l’on sait, et rappelant ce que l’on ne sait pas, et en rappelant que science et politique ne font pas bon mĂ©nage. Il faut le redire, encore, et encore : la science permet de dire ce qui est (modĂ©liser le rĂ©el), le moins mal possible, et de maniĂšre toujours perfectible. La science ne dit jamais ce qu’il faut faire. C’est un autre registre. On ne peut que souhaiter, Ă©videmment, que les Hommes prennent leurs dĂ©cisions en s’appuyant sur les savoirs scientifiques disponibles. Mais cela ne veut pas dire que la science dit ce qu’il faut faire.

    Penser l’Homme dans son environnement

    Bien sĂ»r, il ne faut pas laisser le sujet de la protection de l’environnement et des diverses formes de vie à  ces abrutis sectaires et manipulateurs. La rĂ©flexion en Ă©cologie politique doit ĂȘtre conduite. Mais sereinement. Il faudra m’expliquer pourquoi l’on trouve formidable l’homme de NĂ©andertal qui, avec un mĂ©lange de chance et d’ingĂ©niositĂ©, parvient à  maitriser le feu, et augmente sa capacitĂ© de survie et d’adaptation, et dans le mĂȘme temps, tout impact de l’homme sur son environnement devient totalement mauvais. Il n’est pas possible de vivre sans dĂ©truire, en partie, son environnement. Ce qu’il convient de penser, c’est l’interaction durable avec cet environnement. La gestion de cet environnement. Il s’agit bien de mettre en balance des valeurs importantes : survie des humains <vs> protection de l’environnement. SI ces deux valeurs s’opposent, en partie, il convient de mener une rĂ©flexion prudente et modĂ©rĂ©e pour dĂ©finir notre conduite. Je renvoie à  cette excellente vidĂ©o de Monsieur Phi sur la question de l’avortement, qui me semble ĂȘtre dans le mĂȘme genre de registre crispant facilement des attitudes extrĂȘmes.

    La prudence comme principe d’action raisonnĂ©e

    Le principe de prĂ©caution peut ĂȘtre une bonne chose, si l’on donne le sens correct à  la belle vertu de prudence : selon Aristote, c’est la « disposition qui permet de dĂ©libĂ©rer sur ce qu’il convient de faire, en fonction de ce qui est jugĂ© bon ou mauvais ». Le principe de prĂ©caution, bien compris, ne devrait pas ĂȘtre un principe d’inaction, ou de frayeur savamment entretenue comme seul rapport possible au monde, mais un principe d’action raisonnĂ©e.

    Qu’il est dur, en 2019, de parler d’écologie et de la place de l’Homme dans son environnement !

  • Destin français

    Destin français

    J’ai eu la chance d’avoir parmi mes cadeaux d’anniversaire le dernier opus d’Eric Zemmour, Destin français. Avant de rentrer dans la recension du livre, qui est formidable, il me parait nĂ©cessaire de dire quelques mots d’Eric Zemmour, tant le personnage soulĂšve de passions.

    Esprit libre et sincĂšre

    J’aime beaucoup Eric Zemmour, et je suis moins en phase avec ses idĂ©es. Je regarde rĂ©guliĂšrement l’excellente Ă©mission Zemmour & Naulleau, depuis longtemps, et j’ai vu pas mal de ses interventions et confĂ©rences (Youtube est ton ami). C’est un homme courtois, direct, qui sait rester au niveau des idĂ©es dans les Ă©changes, et qui laisse trĂšs rarement les Ă©motions prendre le dessus, malgrĂ© la virulence parfois grotesque de ses interlocuteurs à  son Ă©gard. Il a par ailleurs une grande culture, historique, littĂ©raire, politique, et un vrai goĂ»t pour la controverse et le dĂ©bat d’idĂ©es.

    Je suis moins en phase avec ses idĂ©es, en grande partie parce qu’il revendique une forme de marxisme et d’anti-libĂ©ralisme (pas toujours cohĂ©rent d’ailleurs). Je suis beaucoup plus en phase avec son amour de la France, et sa vision de ce qu’est l’Occident (c’est à  mon avis là  que ses idĂ©es anti-libĂ©rales sont peu cohĂ©rentes : l’Occident est une civilisation libĂ©rale, dans tous les sens du terme). Les anathĂšmes rĂ©guliers dont il est la cible (y compris sous forme de procĂšs devant les tribunaux) sont injustes, et la plupart du temps ses critiques les plus acerbes ne connaissent ni ses idĂ©es, ni ses ouvrages. Il a Ă©tĂ© Ă©tiquetĂ© « nĂ©o-rĂ©ac » par la gauche bien-pensante, et cela suffit à  beaucoup pour en faire le parfait bouc-Ă©missaire de leurs petits esprits totalitaires.

    Passionnant livre d’Histoire de France

    Destin français est un livre formidable et passionnant. C’est le livre d’un passionnĂ© d’histoire, de la France, et d’histoire de France. DĂ©coupĂ© en chapitre trĂšs courts, consacrĂ©s chacun à  une personnalitĂ© – parfois à  un monument ou à  un film -, il se lit facilement. Il se dĂ©vore mĂȘme. C’est trĂšs bien Ă©crit, et la grande culture historique de Zemmour, sans jamais s’Ă©taler, sert à  merveille à  donner du relief à  chaque personnage de cette galerie de portraits, en redonnant des Ă©lĂ©ments de contexte et de perspectives toujours appropriĂ©s.

    J’y ai appris Ă©normĂ©ment de choses, et c’est un livre qui donne vraiment envie d’aller se plonger dans l’Ă©tude de l’histoire, et les livres d’histoires. On peut ne partager certaines de ces analyses – c’est mon cas – mais c’est toujours pĂ©dagogique, brillant et profond. Et comme tout bon livre d’histoire, il donne de l’Ă©paisseur à  notre Ă©poque en faisant voir des liens entre elle et certaines de ses racines. Magnifique, à  dĂ©vorer chaque soir. Un livre de chevet.

    Pour finir, je partage cette interview de Zemmour par Elie Chouraqui, que j’ai trouvĂ© trĂšs intĂ©ressante.

  • Ce que n’est pas l’identitĂ©

    Ce que n’est pas l’identitĂ©

    Sous ce titre formidable – Ce que n’est pas l’identitĂ©, Nathalie Heinich, sociologue au CNRS, signe un livre non moins formidable. Formidable par sa concision, sa clartĂ©, sa grande richesse (Nathalie Heinich a consacrĂ© sa vie de chercheuse Ă   ce thĂšme de l’identitĂ©), et sa structure implacable.

    ModĂšle de l’identitĂ©

    L’auteur commence par dĂ©tailler tout ce que n’est pas l’identitĂ©, pour nous faire avancer, peu Ă   peu, vers le modĂšle de l’identitĂ© qu’elle a proposĂ©. Elle termine par un chapitre oĂč elle donne une dĂ©finition de l’identitĂ©, et une post-face oĂč elle dĂ©crit, de maniĂšre transparente, sa propre relation Ă   ce thĂšme. 

    Son modĂšle est le suivant (voir schĂ©ma) : l’identitĂ© est Ă   la fois la perception que nous avons de nous-mĂȘme (autoperception), la maniĂšre que l’on a de se prĂ©senter aux autres (prĂ©sentation), et la maniĂšre dont nous sommes perçus par les autres (dĂ©signation). 

    Je trouve ce modĂšle extrĂȘmement utile pour penser la question de l’identitĂ©. Il permet d’aller plus loin que les modĂšles binaires, intĂ©ressants par ailleurs pour commencer Ă   comprendre la complexitĂ© du sujet, et parce qu’elle dĂ©crivent des clivages importants. Elle mentionne – entre-autres – deux modĂšles « binaires » :

    • celui de Paul Ricoeur, basĂ© sur la contradiction logique contenu dans le mot identitĂ©. Ipse (ce qui nous rend unique, ce qui nous diffĂ©rencie d’autrui), et idem (ce qui nous assimile avec un ou des groupes de rĂ©fĂ©rences)
    • celui de Robert K. Merton, basĂ© sur la distinction entre les caractĂ©ristiques ascribed (« prescrites », celle qui nous sont attachĂ©es par notre naissance, race, milieu social, sexe, etc..) et acquired (« acquises », celles qui sont l’objet de nos choix). 

    Ces modĂšles binaires, structurants et intĂ©ressants, tendent Ă   « reconduire une opposition individu/sociĂ©tĂ© qui charrie beaucoup d’impensĂ©s et d’illusions – au premier rang desquelles celle selon laquelle il pourrait exister des individus indĂ©pendants d’une sociĂ©tĂ©. »

    Quelques caractĂ©ristiques de l’identitĂ©

    Elle complexifie, et nuance, et enrichie l’utilisation de ce modĂšle en le faisant rĂ©sonner avec les trois plans « ontologiques » de Lacan : RĂ©el, Imaginaire, Symbolique, en redĂ©finissant et en clarifiant leur sens (cela me rappelle les travaux sur les imaginaires auxquels j’avais eu la chance de participer). Le plan du RĂ©el est celui de la situation dans laquelle on se trouve, le plan Imaginaire est celui du rĂŽle que l’on endosse, et le plan Symbolique est celui de la place qu’on occupe. 

    Nathalie Heinich insiste sur une propriĂ©tĂ© fondamentale de l’identitĂ© : « elle ne se manifeste que lorsqu’elle pose problĂšme. » En effet, dans les cas oĂč les 3 moments sont Ă   peu prĂšs cohĂ©rents, il n’y a pas Ă   proprement parler de question d’identitĂ©. C’est lorsque la dissociation/tension entre les 3 moments devient forte (penser Ă   de la discrimination, raciale ou sexuelle), que les problĂšmes d’identitĂ© surgissent. Parler d’identitĂ©, c’est dĂ©jĂ   assumer qu’il y ait une tension dans cette identitĂ©. 

    La cohĂ©rence identitaire est un Ă©lĂ©ment fondamental de la compĂ©tence Ă   la vie sociale et, au-delĂ  , du bonheur d’exister.

    Je pense que cet ouvrage devrait faire partie du programme du LycĂ©e : tout le monde y gagnerait, personnellement comme collectivement, pour comprendre une partie de ce qui se joue dans nos relations interpersonnelles. 

    Pour finir, je vous livre, Ă   la fin (comme Nathalie Heinich dans son livre), la dĂ©finition qu’elle propose pour l’identitĂ© :

    L’identitĂ©, c’est la rĂ©sultante de l’ensemble des opĂ©rations par lesquelles un prĂ©dicat est affectĂ© Ă   un sujet/objet

    Il faut absolument lire ce livre indispensable, solide, rigoureux. 

    Note de fin : J’ai dĂ©couvert en Ă©crivant cet article que Nathalie Heinich avait fait l’objet d’une sordide pĂ©tition/campagne de dĂ©nigrement lorsqu’elle avait obtenu le prix PĂ©trarque de l’essai. Sa rĂ©ponse et les messages de soutien qu’elle a reçus sont disponibles ici.  

  • Plaidoyer pour un libĂ©ral-conservatisme

    Plaidoyer pour un libéral-conservatisme

    J’avais proposĂ© cet article pour le numĂ©ro spĂ©cial de l’Incorrect consacrĂ© au libĂ©ralisme, mais il a Ă©tĂ© refusĂ©. Ce n’est pas grave, je le publie ici quand mĂȘme. Je vous invite à  lire leurs articles, je pense que j’y rĂ©agirai ici mĂȘme. Mon article tentait une synthĂšse entre libĂ©ralisme et conservatisme.

    Libéralisme

    Le libĂ©ralisme est une philosophie qui place, comme son nom l’indique, la libertĂ© comme une fin en soi. Pas n’importe quelle libertĂ© : la libertĂ© individuelle, avec des limites, et Ă©rigĂ©e en principe d’organisation de la sociĂ©tĂ©. Ce courant de pensĂ©e a Ă©mergĂ© aux XVIIĂšme et XVIIIĂšme siĂšcles en Occident, et a accompagnĂ© les « rĂ©volutions dĂ©mocratiques Â»..

    C’est une philosophie du droit naturel, c’est-à -dire reconnaissant à  tout ĂȘtre humain, par sa nature mĂȘme, des droits inaliĂ©nables : la libertĂ©, la propriĂ©tĂ© de soi et du fruit de son travail, le droit à  la vie, le droit de propriĂ©tĂ© et de jouir librement de ses biens, le droit d’échanger. Le droit naturel consiste en une universalitĂ© des droits (valables pour tout ĂȘtre humain), et une Ă©galitĂ© devant la Loi (pour ĂȘtre juste, la Loi doit traiter chaque individu identiquement). Ce sont les principes, non discutables, des sociĂ©tĂ©s ouvertes. La sociĂ©tĂ© ouverte suppose la stricte observation de rĂšgles abstraites de juste conduite (formelles, universelles, Ă©volutives) respectant ces droits naturels. Elle s’oppose à  la sociĂ©tĂ© tribale. La garantie de ces droits inaliĂ©nables a permis l’extraordinaire dĂ©veloppement du monde occidental : Ă©mergence d’institutions dĂ©mocratiques et pluralistes, explosion des capacitĂ©s d’échanges, de partage du savoir et de la technique.

    Le libĂ©ralisme n’est pas apparu soudainement : il est le fruit, le prolongement et la synthĂšse de l’histoire occidentale : à  la fois du passĂ© grĂ©co-romain, comme de la RĂ©volution papale des XIĂšme-XIIIĂšme siĂšcles, mettant la raison et le droit au service de l’éthique biblique. Le libĂ©ralisme est un humanisme chrĂ©tien.

    Contre le progressisme hors-sol

    Chacun des grands courants de pensĂ©e en politique – conservateurs, libĂ©raux, progressistes – porte des idĂ©aux et des travers. Le dialogue entre les trois courants est fĂ©cond s’il se base sur une Ă©thique commune du dĂ©bat critique et ouvert, placĂ© sous le signe de la raison.

    Les conservateurs, hĂ©ritiers de ce qu’il y a de noble dans notre civilisation et nos traditions, contre la barbarie, soumettent parfois leur raison à  des vĂ©ritĂ©s rĂ©vĂ©lĂ©es. Les libĂ©raux, protecteurs de la libertĂ© individuelle contre l’arbitraire et la coercition des pouvoirs, dĂ©veloppent parfois une pensĂ©e trop abstraite, niant la rĂ©alitĂ© et l’influence des enracinements. CensĂ©s ĂȘtre les promoteurs de la belle idĂ©e de progrĂšs, les progressistes nagent malheureusement depuis 30 ans en plein dĂ©lire socialiste. Et comme ils ont pris l’ascendant philosophique, politique, et culturel, cela nuit à  notre sociĂ©tĂ©. Trois dĂ©rives doivent ĂȘtre combattues, chacune portant atteinte au principe d’égalitĂ© devant la loi :

    • Un Ă©galitarisme forcenĂ© d’abord, qui confond Ă©galitĂ© devant la Loi, et Ă©galitĂ© de fait. La Loi n’est pas là  pour corriger les inĂ©galitĂ©s, mais pour garantir les droits de chacun. ”Il y a toute les diffĂ©rences du monde entre traiter les gens de maniĂšre Ă©gale et tenter de les rendre Ă©gaux. La premiĂšre est une condition pour une sociĂ©tĂ© libre alors que la seconde n’est qu’une nouvelle forme de servitude. » (Hayek)
    • Un Ă©tatisme inexorable, ensuite, qui est le rejet de l’ordre spontanĂ© libre. L’état de Droit implique un Etat fort, intransigeant, avec des missions restreintes à  la sĂ©curitĂ© (extĂ©rieure et intĂ©rieure), et à  l’application du Droit. L’État omniprĂ©sent provoque une inflation juridique, des rĂ©glementations et une fiscalitĂ© liberticides, une infantilisation des citoyens. L’omniprĂ©sence nĂ©cessite des moyens, trouvĂ©s par des prĂ©lĂšvements et un endettement massifs.
    • Enfin, une politique d’immigration inconsĂ©quente, aveugle à  la rĂ©alitĂ© des diffĂ©rences civilisationnelles, a conduit au communautarisme. Des zones entiĂšres du territoire ne sont plus, au sens propre, juridique, comme au sens symbolique, culturel, la France. Les civilisations non-occidentales ont vocation à  rester minoritaires en France : on ne peut bĂątir une sociĂ©tĂ©, et des rĂšgles justes, en faisant coexister des principes qui sont contradictoires. Tout citoyen français devrait vivre selon les coutumes et les Lois françaises, quelque soit sa condition, et son lieu d’habitation.

    Au-delà  de leurs diffĂ©rences, les conservateurs et les libĂ©raux doivent donc s’allier contre la « folie » des progressistes porteurs de ces travers Ă©galitaristes, Ă©tatistes et communautaristes.

    L’ñme de l’occident

    Le joyau qui pourrait ĂȘtre au coeur de cette alliance, c’est le fait de penser chaque ĂȘtre humain à  la fois comme une personne, et un individu :

    • Une personne, avec sa singularitĂ©, ses aspirations, ses enracinements, sa spiritualitĂ©, ses choix,
    • un individu ”gommĂ©Â Â»Â de ces particularitĂ©s, mais dotĂ© de droits inaliĂ©nables, assumant la responsabilitĂ© de ses actes, et traitĂ© comme les autres devant la Loi.

    Cette distinction est à  conserver à  tout prix, car elle est la condition pour pouvoir imaginer « une vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes Â» (Ricoeur).

    C’est l’esprit du libĂ©ralisme, et c’est l’ñme de l’Occident.

  • La grĂšve (Atlas Shrugged)

    La grĂšve (Atlas Shrugged)

    La GrĂšve, roman fleuve, unique, philosophique, est signĂ© Ayn Rand (de son vrai nom Alissa Zinovievna Rosenbaum), philosophe, scĂ©nariste et romanciĂšre amĂ©ricaine d’origine russe, nĂ©e en 1905 Ă   Saint-PĂ©tersbourg et morte en 1982 Ă   New York.

    La grĂšve : roman philosophique

    C’est un livre hors du commun : vĂ©ritable roman philosophique, Ă   thĂšse, il en a les inconvĂ©nients et les qualitĂ©s. Les inconvĂ©nients, tout d’abord : Ă   force de dĂ©montrer les choses, la narration perd en rythme, et certaines tirades des personnages sont franchement surrĂ©alistes (personne ne prend la parole en sociĂ©tĂ© pour faire un discours d’une heure). Mais ce serait oublier les qualitĂ©s, rĂ©elles, du roman. Il y a de trĂšs beaux passages, et c’est en partie liĂ© aussi Ă   cet aspect philosophique. Ayn Rand insuffle dans ses personnages quelque chose d’Ă©pique, d’hĂ©roĂŻque, qui par moment touche trĂšs juste. Certaines scĂšnes sont tout bonnement extraordinaires, par leur intensitĂ© dramatique mĂȘlĂ©e Ă   un sentiment de justesse morale et philosophique. Le discours de John Galt Ă   la radio incarne tout cela Ă   la fois.
    Le roman est assez simple dans sa structure : on assiste Ă   la lente destruction de la sociĂ©tĂ© industrielle, basĂ©e sur la raison, le respect de la justice, de la propriĂ©tĂ©, par d’obscurs intrigants politiques qui parviennent Ă   retourner les valeurs morales, et Ă   faire triompher le mensonge et la nĂ©gation de la rĂ©alitĂ©, sous couvert d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. L’intrigue tient au fait qu’un certain nombre de capitaines d’industrie, de capitalistes, disparaissent de la circulation : sont-ils « dĂ©serteurs », comme le proclame le gouvernement, ou ont-ils rejoints une sorte de « rĂ©sistance », comme les rumeurs semblent l’indiquer ? Je ne vous rĂ©vĂ©lerai bien sĂ»r pas la suite ici, mais elle ne déçoit pas du tout. Le scĂ©nario imaginĂ© autour de Dagny Taggart, personnage principal, est incroyable. Ms Taggart est une femme d’affaire, Ă   la tĂȘte d’une grande sociĂ©tĂ© de chemin de fer familiale. Personnage trĂšs attachant, proche d’Ayn Rand, courageuse, libre. PassionnĂ©ment Ă©prise de libertĂ©.

    La grĂšve : roman anti-communiste et rationnaliste

    Quand on sait qu’Ayn Rand a fuit plusieurs fois avec ses parents les rĂ©volutionnaires communistes, et qu’elle a du subir la propagande et la censure, pour finalement devoir quitter la Russie, on comprend mieux son combat pour la libertĂ©. Elle porte, dans La GrĂšve notamment, une charge fabuleuse contre l’altruisme, et la culpabilitĂ© judĂ©o-chrĂ©tienne (le pĂ©chĂ© originel), et prĂŽne un « égoĂŻsme rationnel ». Selon elle, aucune morale n’est possible en niant le droit pour chaque personne, de poursuivre son bonheur comme il l’entend, et de vivre avant tout pour se rĂ©aliser. Elle a mis en place une philosophie qui me parle : individualiste, rationaliste. Elle est connue sous le nom d’objectivisme. Il est bien clair que son discours est presque inaudible dans les moments que nous vivons : trop individualiste, trop anti-socialiste, pas assez misĂ©rabiliste, pas assez collectiviste, trop attachĂ© Ă  la raison et au mĂ©rite, Ă  l’Ă©change libre et au progrĂšs, et trop peu complaisant avec la moraline de salon, prĂŽnant le sacrifice et la nĂ©gation des valeurs. J’ai le sentiment, en lisant Rand, d’ĂȘtre nĂ© trop tard. Le monde moral d’Ayn Rand, vivant Ă  travers les personnages de la GrĂšve, me semble illustrer l’humanitĂ© dans ses aspirations les plus nobles et exigeantes.
    Certains risquent de ne pas trouver ce roman Ă   leur goĂ»t. Peut-ĂȘtre mĂȘme choquant. Je crois, pour ma part, que les amoureux de la libertĂ© y trouveront une incarnation originale et unique de l’humanisme libĂ©ral, et capitaliste.
    Si vous trouvez que la derniĂšre phrase comporte trop de gros mots, ne lisez surtout pas ce livre.

  • De la dĂ©mocratie en AmĂ©rique

    De la démocratie en Amérique

    J’ai eu la chance d’avoir un Kindle lors de mon dernier anniversaire. Du coup, je dĂ©couvre les joies de la lecture facile dans le mĂ©tro, ou au dodo. C’est lĂ©ger un Kindle, et on peut facilement annoter des choses en lisant. Le premier livre que j’ai lu, c’est le formidable livre d’Alexis-Henri-Charles ClĂ©rel, comte de Tocqueville, couramment connu sous le nom d’Alexis de Tocqueville (1805-1859). Personnage de roman, issu de la noblesse, homme politique, philosophe, sociologue avant l’heure, c’est surtout une plume incroyable de clartĂ© et de concision. Alexis de Tocqueville a fait un voyage pour aller observer le systĂšme carcĂ©ral aux USA naissants, mais il y a passĂ© plus de temps, et en a rapportĂ© un premier livre (1835) et un second (1940) qui dessinent une analyse sociale et politique des USA : « De la dĂ©mocratie en AmĂ©rique ».

    Livre de référence de philosophie politique

    C’est un livre formidable, fondamental, et qui consiste en une sorte d’analyse d’une Nation naissante, les USA, comparĂ©e avec ce que Tocqueville connait, c’est-à -dire la monarchie française post-rĂ©volutionnaire, et l’Ă©mergence de la mĂȘme sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique en France.
    Le livre est formidable pour plusieurs raisons, outre les qualités stylistiques déjà  évoquées : un esprit synthÚse extraordinaire, un goût pour la précision factuelle, et la rigueur intellectuelle, une grande connaissance du sujet.

    Je ne sais si j’ai rĂ©ussi à  faire connaĂźtre ce que j’ai vu en AmĂ©rique, mais je suis assurĂ© d’en avoir eu sincĂšrement le dĂ©sir, et de n’avoir jamais cĂ©dĂ© qu’à  mon insu au besoin d’adapter les faits aux idĂ©es, au lieu de soumettre les idĂ©es aux faits.

    On sent que Tocqueville s’est rĂ©ellement plongĂ© dans le pays amĂ©ricain, dans sa culture, dans son histoire. Ce qui en ressort, si je devais rĂ©sumer à  l’extrĂȘme :

    • la vague de fond de l’Ă©galitĂ© qui est en train de transformer le monde. Ce que Tocqueville voit dans l’AmĂ©rique, c’est l’avenir des nations europĂ©ennes. Il souligne à  la fois l’inĂ©luctabilitĂ© du phĂ©nomĂšne, son extrĂȘme proximitĂ© avec l’idĂ©e de libertĂ©, et en mĂȘme temps en dĂ©crit trĂšs bien les aspects potentiellement excessifs (tome 2 notamment avec le concept de tyrannie de la majoritĂ©).
    • la construction de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine qui s’est faite sur une base locale, communale, c’est-à -dire dans une logique de subsidiaritĂ© ascendante. Les institutions de chaque Etat ne sont lĂ©gitimes que pour remplir les fonctions que l’Ă©chelon infĂ©rieur, communal, ne peut assurer/gĂ©rer seul. La constitution de l’Union est dans le mĂȘme esprit : le niveau national ne peut prendre la main que sur des sujets dĂ©lĂ©guĂ©s des diffĂ©rents Etats vers le gouvernement national. Tocqueville y voit un puissant levier pour limiter le pouvoir, par son morcellement. J’y vois aussi un moyen simple pour Ă©viter une centralisation excessive. Tocqueville insiste Ă©galement sur le rĂŽle que les citoyens jouent dans l’administration et la politique locale, bien plus qu’en France.
    • A titre personnel, Tocqueville voit dans tous ces changements, qu’il sent bien arriver aussi en France, à  la fois un progrĂšs pour la libertĂ© en gĂ©nĂ©ral, mais aussi une rĂ©gression pour la libertĂ© de penser et d’expression : la fameuse tyrannie de la majoritĂ© rend presque infrĂ©quentable celui qui ne pense pas comme la majoritĂ©. Une fois une idĂ©e adoptĂ©e par la majoritĂ©, elle n’est plus discutable. Cela ne vous rappelle rien ?
    • Enfin, on peut lire dans « De la dĂ©mocratie en AmĂ©rique » un plaidoyer pour une libĂ©ralisme subsidiaire assez large dans la sociĂ©tĂ©, sauf pour les aspects de politique extĂ©rieures. Par ailleurs, et sur de nombreux aspects, il me semble ĂȘtre un vrai libĂ©ral humaniste, et un vrai critique de l’utilitarisme, position dont je ne saurais ĂȘtre plus proche.Je reviendrai là -dessus dans un billet à  venir.
    • Tocqueville pensait que les bienfaits de la dĂ©mocratie amĂ©ricaine rĂ©sidait dans la tranquille et pacifique coexistence des individus, et la prospĂ©ritĂ©. Il voyait dans cet Ă©tat de choses un monde d’oĂč l’esprit de grandeur, et d’entreprendre de grands projets, aurait disparu. Je pense qu’il avait en partie raison, et en partie tort sur ce point : il avait une grille de lecture militaire, aristocratique, de ce qui est grand ou non. Les dĂ©mocraties ont montrĂ© par la suite, grĂące aux progrĂšs de la libertĂ© et de la technique, qu’elles pouvaient aussi secrĂ©ter de grands projets, et de grandes entreprises.

    Grand auteur

    Au-delà  de ces quelques points, trĂšs subjectifs et rĂ©ducteurs, je vous recommande trĂšs vivement la lecture de cet ouvrage majeur. Beaucoup de passages sont extraordinaires de luciditĂ©, de rigueur morale et intellectuelle, et c’est un plaisir de chaque instant que de suivre cette analyse, et cette langue française magnifique. Personne ne peut comprendre ce qu’est la dĂ©mocratie, sans avoir lu Tocqueville. Le mot de la fin à  l’auteur (une citation parmi des dizaines et des dizaines notĂ©es sur mon kindle) :

    Il existe une loi gĂ©nĂ©rale qui a Ă©tĂ© faite ou du moins adoptĂ©e, non pas seulement par la majoritĂ© de tel ou tel peuple, mais par la majoritĂ© de tous les hommes. Cette loi, c’est la justice.