C’est quoi, un « populiste » ? Pourquoi les mĂ©dias mainstream accusent certains dirigeants d’ĂȘtre des populistes ? Qu’est-ce qui permet de catĂ©goriser comme cela ? Ce mot est-il une insulte, ou un qualificatif neutre ? La dĂ©finition de « populisme » est simple : « Tout mouvement, toute doctrine faisant appel exclusivement ou prĂ©fĂ©rentiellement au peuple en tant qu’entitĂ© indiffĂ©renciĂ©e. » C’est la rĂ©fĂ©rence au « peuple » qui fait le populiste, la racine du mot le dit bien.
Au dictionnaire
Il est donc utile d’ouvrir un dictionnaire pour comprendre les diffĂ©rents sens de ce mot, et avancer dans la rĂ©flexion. Un des trĂšs bons dictionnaires en ligne, que je vous recommande d’ajouter dans vos favoris, c’est le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL). Voici un condensĂ© de ce qu’on peut trouver Ă l’entrĂ©e peuple (j’ai triĂ© et je n’ai gardĂ© que ce qui semble alimenter la rĂ©flexion politique) :
A.
1. Ensemble des humains vivant en sociĂ©tĂ© sur un territoire dĂ©terminĂ© et qui, ayant parfois une communautĂ© d’origine, prĂ©sentent une homogĂ©nĂ©itĂ© relative de civilisation et sont liĂ©s par un certain nombre de coutumes et d’institutions communes.
2. P. ext. Ensemble de personnes qui, n’habitant pas un mĂȘme territoire mais ayant une mĂȘme origine ethnique ou une mĂȘme religion, ont le sentiment d’appartenir Ă une mĂȘme communautĂ©.
B.
1. (…)
2. a) Ensemble des individus constituant une nation (…), vivant sur un mĂȘme territoire et soumis aux mĂȘmes lois, aux mĂȘmes institutions politiques.
b) [P. oppos. aux gouvernants] Partie de la nation soumise à une autorité ayant le pouvoir politique.
3. [Le peuple institutionnalisĂ© et dotĂ© d’une physionomie juridique] Ensemble des citoyens d’un pays qui exercent le droit de vote pour dĂ©signer leurs gouvernants.
C.
1. Le peuple. L’ensemble des personnes qui n’appartiennent pas aux classes dominantes socialement, Ă©conomiquement et culturellement de la sociĂ©tĂ©.ĂąâąÂŠ PĂ©j. Ensemble de personnes caractĂ©risĂ©es par la vulgaritĂ©, le manque de distinction des maniĂšres quelle que soit la classe sociale Ă laquelle elles appartiennent.
Si je rĂ©sume : le sens A est le peuple au sens anthropologique, le sens B est le peuple au sens juridique et politique et le sens C, prolongeant une nuance dĂ©jĂ un peu comprise dans le sens B (l’opposition entre les gouvernants et le peuple), est le peuple au sens marxiste, c’est-Ă -dire pensĂ© dans un rapport de domination (opposition classes dominantes/classes dominĂ©es).
Qu’est-ce donc qu’un populiste, qui se rĂ©clame du peuple, ou qui est dĂ©clarĂ© tel par ses adversaires ou ses soutiens ? Cela peut prendre, au vu de la dĂ©finition, plusieurs sens. Ils sont tous susceptibles d’ĂȘtre pris nĂ©gativement ou positivement, selon le point de vue adoptĂ©. J’essaye de dĂ©rouler ces possibilitĂ©s ci-dessous, n’hĂ©sitez pas Ă rĂ©agir en commentaire pour prolonger la discussion. Le mot « populisme« , dans ses racines littĂ©raires et historiques, rĂ©sonne avec les sens B et C : description des milieux populaires en littĂ©rature (au sens de milieux pauvres/non dominants), et mouvement de la paysannerie contre le pouvoir tsariste.
Civilisations vs Multiculturalisme
Sur le plan anthropologique (sens A), il me semble clair qu’un populiste sera celui qui dĂ©fend d’abord les intĂ©rĂȘts d’un peuple particulier, d’une civilisation. DĂšs lors, il aura pour adversaire ceux qui dĂ©fendent une autre civilisation, ou ceux qui pensent qu’il n’y a qu’une civilisation mondiale, et que les civilisations sont miscibles. Pour caricaturer, en France, quelqu’un qui se positionnerait pour dĂ©fendre la culture française et la civilisation occidentale avant toute chose, aurait sur le dos les islamistes et autres particularistes, et la clique de diversitaires multi-culturalistes. Un populiste sur cette maille lĂ est quelqu’un qui reconnait Ă sa culture propre et Ă sa civilisation des caractĂ©ristiques, des particularitĂ©s, qui lui paraissent importantes Ă conserver, et Ă transmettre. Sur ce plan, il me semble assez sain d’ĂȘtre populiste.
Citoyens vs Dirigeants
Au sens juridique (sens B) et civique, le populiste sera celui qui veut parler au nom d’un peuple dĂ©finit par le fait d’ĂȘtre soumis aux mĂȘmes lois et aux mĂȘmes institutions. Il aura comme adversaire ceux qui veulent, dans la communautĂ© nationale, vivre avec d’autres lois, d’autres institutions, ou ceux qui pensent que les institutions actuelles sont tellement mauvaises, qu’il faut complĂštement en changer. Il aura donc sur le dos, les islamistes – encore eux -, les sĂ©paratistes, et les « rĂ©volutionnaires » partisans de la table rase. Selon la dĂ©finition, il sera aussi le porte-parole des citoyens, par opposition aux gouvernants. Le populiste aura, potentiellement aussi comme adversaire, les actuels tenants du pouvoir (quels qu’ils soient). Sur ce second plan, juridique, il me semble aussi assez sain d’ĂȘtre populiste.
PlĂšbe vs Elites
Le sens C de la dĂ©finition, marxiste, repose sur l’opposition, ou le rapport de force/domination entre les Ă©lites et le reste du peuple, la plĂšbe. Dans ce sens, le peuple c’est tout le monde, moins ceux qui ont une place dominante dans la sociĂ©tĂ© (sociale, politique, intellectuelle, Ă©conomique, financiĂšre, etc..). Le populiste, dans ce sens marxiste, est celui qui se prĂ©sentera comme parlant au nom des dominĂ©s, de ceux qui ne sont rien, par opposition aux Ă©lites. Cette forme est devenue prĂ©sente, en partie je crois Ă cause de la diminution progressive du mĂ©rite des Ă©lites, et en partie Ă cause de la perte de mobilitĂ© sociale. Quand quelqu’un est en situation privilĂ©giĂ©e, grĂące Ă ses efforts, Ă ses qualitĂ©s, et Ă son exemplaritĂ©, cela ne suscite en gĂ©nĂ©ral, Ă part chez les jaloux et les marxistes, pas de colĂšre parmi le peuple. Quand les plus dĂ©munis, peuvent, par leurs efforts, espĂ©rer progresser dans la sociĂ©tĂ©, et s’y faire une place, les Ă©lites ne sont pas uniquement les rentiers de leur naissance. Mais quand ceux qui profitent d’une situation plus que favorable sans que la justification de cette situation soit Ă©vidente, alors les autres, le peuple, se rebellent et y voient une forme de domination abusive, d’autant plus que ces situations leurs sont inaccessibles. Le populiste, dans ce sens, aura comme adversaires les fausses Ă©lites, les planquĂ©s du systĂšme, et les apparatchiks. Cette dĂ©ception lĂ©gitime a Ă©tĂ© trĂšs bien dĂ©crite par Ivan Rioufol, et par Pierre Mari. Je n’y reviens pas ici. Ce sens du mot populisme, Ă nouveau me parait lĂ©gitime.
Je suis populiste
MĂȘme si je ne partage pas cette grille de lecture marxiste de la sociĂ©tĂ©, force est de reconnaitre que notre sociĂ©tĂ© est noyautĂ©e par une classe dominante qui ne comprend plus les aspirations du peuple. La crise des Gilets Jaunes l’a montrĂ©. Une partie des politiciens, des journalistes, des intellectuels, des dirigeants d’entreprise ne vit plus, et ne voit plus, la rĂ©alitĂ© du pays et des problĂšmes concrets que rencontrent leurs concitoyens. Il est temps de voir surgir un populiste qui parle, au nom des citoyens, d’identitĂ©, de culture française et occidentale, d’immigration, de l’extension abusive de la place de l’Etat, de la perte de souverainetĂ© nationale. Si le populiste est celui qui a comme adversaires les islamistes, les rĂ©volutionnaires, les multi-culturalistes, les diversitaires, les Ă©lites partisanes du statu-quo social, alors je suis populiste.
Beaucoup d’autres pays, en proie aux mĂȘmes problĂšmes, ont vu Ă©merger des dirigeants populistes. A quand pour la France ?





