Quand je suis arrivĂ© Ă Â Paris, pour faire mes Ă©tudes, je ne m’informais pas beaucoup. J’avais 20 ans, et le monde politique Ă©tait loin de mes prĂ©occupations. Mais j’achetais tous les vendredis, sans faute, Le Figaro pour lire le petit texte d’Ivan Rioufol.
Depuis toujours, dans le réel
Il me parlait, et analysait, contrairement Ă Â beaucoup d’autres journalistes, du rĂ©el. Son petit bloc-notes hebdomadaire Ă©tait ma gazette pour savoir ce qui se passait. J’ai par la suite, avec l’arrivĂ©e d’internet et des blogs, mis les mains dans le cambouis en Ă©crivant sur un blog politique et en animant un rĂ©seau de blogueurs politiques (LHC, pour LibertĂ© d’expression, Humanisme, et esprit Critique). Nous avions eu le grand plaisir de l’accueillir, un soir, lors de notre rĂ©union mensuelle de blogueurs. Il Ă©tait venu nous prĂ©senter, dans les locaux que Contribuables AssociĂ©s mettaient gentiment Ă Â notre disposition, son dernier ouvrage.
Depuis cette Ă©poque je continue de suivre ce que fait et Ă©crit Rioufol. « Aujourdâhui, lâurgence est de sortir du mensonge, de la dĂ©sinformation, de la haine autodestructrice, qui sont devenus les trous noirs de la civilisation occidentale »C’est un intellectuel courageux, et qui a Ă©tĂ© trĂšs souvent en premiĂšre ligne, malgrĂ© les vents contraires. TrĂšs tĂŽt lucide sur la menace que faisait peser l’immigration massive et le multiculturalisme Ă©rigĂ© en modĂšle de sociĂ©tĂ©, sans jamais se dĂ©partir de sa tolĂ©rance, il est Ă©galement proche dans sa ligne libĂ©rale-conservatrice de ce que je peux penser du monde : Ivan Rioufol fait partie des quelques intellectuels qui savent, quand ils parlent de libĂ©ralisme, de quoi ils parlent. Son amitiĂ© avec Alain Laurent n’y est peut ĂȘtre pas pour rien. Ivan Rioufol, sur les sujets de sociĂ©tĂ©, me semble trĂšs proche dans son analyse, des rĂ©flexions proposĂ©es par Bock-CĂŽtĂ© sur le « rĂ©gime diversitaire » qui est devenu notre politiquement correct.
Retour sur la colĂšre des Gilets jaunes
Dans son dernier ouvrage, Les traĂźtres (aux Ă©ditions Pierre Guillaume De Roux), Rioufol nous parle du mouvement des Gilets jaunes, qu’il a vu naĂźtre d’un bon oeil, et qu’il a suivi, soutenu, et dont il continue Ă Â se faire volontiers le porte-parole. Le titre, qui dĂ©signe les responsables politiques français, ou les Ă©lites (prises dans le mĂȘme sens que dans l’ouvrage remarquable de Pierre Mari, En pays dĂ©fait) est trĂšs dur. Mais il faut bien reconnaitre qu’il est juste. Ce n’est pas le titre qui est dur, de fait, c’est la rĂ©alitĂ© dans laquelle des annĂ©es de laxisme politique nous ont plongĂ©. La crise du CoVid19 ne fait, malheureusement, que confirmer ce terrible constat : la France est un pays abimĂ©, et dont la culture, le style de vie, les traditions sont volontairement dĂ©faits par les dirigeants. Je ne dirais pas tout avec les mĂȘmes mots que Rioufol, mais je suis d’accord avec ses analyses. J’y retrouve la colĂšre que peut susciter le suivi de l’actualitĂ© française (ce que je fais quotidiennement grĂące Ă Â Twitter et Ă Â de nombreux sites d’infos). Rioufol ne m’a pas appris tant que cela dans ce livre, parce qu’il fait partie de ceux dont je m’alimente rĂ©guliĂšrement : si ce n’est pas votre cas, je vous recommande chaudement la lecture de ce livre qui va droit au but, sans rhĂ©torique, et avec humilitĂ©. Je termine ce modeste billet en laissant le mot de la fin Ă Â Ivan Rioufol :
Les Gilets jaunes l’ont dĂ©montrĂ© : seule la sociĂ©tĂ© civile est encore capable de se rebeller contre les clercs qui, droite et gauche confondues, persistent Ă Â faire de la France un pays amnĂ©sique et dĂ©culturĂ©, ouvert aux manipulations gĂ©nĂ©tiques et idĂ©ologiques. Les Ăąmes fortes sont les bienvenues. La place prise par l’insignifiance et l’Ă©motion dans les grands dĂ©bats publics laisse voir la paresse qui a envahi les comportements mĂ©diatiques, adeptes de la copie conforme et de l’infantilisation des dĂ©bats. Le monde intellectuel s’est lui-mĂȘme laissĂ© endormir par le conformisme et le manichĂ©isme de l’utopie mondialiste. Il doit se rĂ©veiller. Aujourd’hui, l’urgence est de sortir du mensonge, de la dĂ©sinformation, de la haine autodestructrice, qui sont devenus les trous noirs de la civilisation occidentale, et de la France tout particuliĂšrement. (…) Le combat Ă Â mener est splendide : il a pour objectif de soutenir l’esprit pionnier des Gilets jaunes et de prendre la relĂšve. Elle passe par le rĂ©tablissement de la dĂ©mocratie confisquĂ©e, la redĂ©couverte du patriotisme, le retour Ă Â la libertĂ© de penser, la prise de distance avec l’individualisme. Il s’agit de venir au secours d’une nation maltraitĂ©e par une caste corrompue par l’obsession diversitaire et l’argent des puissants. Parce que ces derniers ont trahi la confiance des plus fragiles, ils sont impardonnables.




Son livre est une lettre ouverte Ă des « élites » (il prend la peine de prĂ©ciser cela par la suite) qu’il considĂšre Ă juste titre dĂ©connectĂ© de la rĂ©alitĂ© de leurs concitoyens, engluĂ©s dans le politiquement correct, inaptes Ă dire et Ă incarner une forme d’histoire collective. J’y ai retrouvĂ© beaucoup d’Ă©lĂ©ments communs avec ce qu’explique Mathieu Bock-CĂŽtĂ© sur le
La lecture de ce livre a Ă©clairĂ© de maniĂšre particuliĂšre le roman rocambolesque que je venais de terminer, Ă savoir le trĂšs drĂŽle « En attendant le roi du monde », d’
Il y a des pages magnifiques dans le livre de Pierre Mari sur le sens du langage, sur son utilisation pour dire et construire le rĂ©el en mĂȘme temps. Nous avons besoin de narration, car le rĂ©el n’existe pas, pour les ĂȘtres de sens que nous sommes, sans narration. Cela est trĂšs bien exprimĂ© aussi par 
