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  • Les marchés ne pensent pas

    Je pense que les mots sont importants. Les mots sont le support qui permet de structurer la pensée.
    Et lorsque j’entends, comme ce matin à  la radio, que « les marchés ont été déçus par le plan de relance de l’Etat », je ne peux que réagir. « L’Etat » ne fait aucun plan de relance : ce sont les hommes et les femmes qui composent le gouvernement et Nicolas Sarkozy qui ont pondu un plan de relance. De même, les « marchés » ne sont pas « déçus », ou « satisfaits ».
    Les cours sur les marchés évoluent en fonction de la conjoncture, mais ils ne sont que le reflet de centaines de milliers de choix individuels, dont la résultante permet de calculer un prix. Ce que le journaliste voulait dire, c’est que le plan de relance a été conçu pour faire « repartir la machine », et que l’absence de réaction des cours suite à  l’annonce des mesures, montre que le plan de relance n’a pas dû provoquer d’enthousiasme excessif, en tout cas pas chez suffisamment de monde pour que l’effet en soit palpable sur les cours. La déception dont il parle peut donc être la sienne, et/ou celle des acteurs sur les marchés, mais certainement pas celle des « marchés ».
    Les abstractions intellectuelles sont indispensables pour penser, mais ne leur prétons pas de caractéristiques humaines. Ni les marchés, ni les Etats ne pensent. Ce sont les individus qui pensent.

  • Qui paye la note ?

    Je vous avoue que je ne vois jamais les plans de relance d’un bon oeil. J’imagine qu’il y a tous les meilleurs arguments du monde pour justifier de nouvelles dépenses, qui sont forcément financées par les contribuables. Je n’ai pas forcément les compétences, ou la plume pour le dire, alors je vais utiliser les mots des autres…:

    Au fond de l’action publique, il y a un état d’esprit qui la guide, la sincérité ou l’insincérité. Quand l’Etat français, constamment, depuis trente ans, a dépensé davantage qu’il n’a gagné, avec pourtant un niveau élevé de fiscalité, il s’est, en fait, enfoncé dans l’insincérité. Il l’a fait avec notre accord, celui des citoyens, accord tacite, accord implicite, mais aussi accord formel car plusieurs fois, au carrefour de l’histoire, le suffrage universel a désavoué les rares personnalités qui tentaient de s’approcher de la sincérité.

    Les déficits publics ne sont pas un concept. Ils sont une philosophie du renoncement et de la démission, expression de la peur et du refus des épreuves. Ils ont été, en France, le choix politique de la communauté pour régler les problèmes immenses que posaient aux économies occidentales les chocs pétroliers des années soixante-dix. C’est à  ce moment là  que le mensonge s’est installé.

    Jean-Michel Aphatie, sur le site de Claude Reichman[1. trouvé grâce à  Philippe (Sully) Robert]


  • Cercle vicieux

    Cette idée m’est venue en lisant un petit billet court et efficace vantant la position allemande en ce qui concerne les plans de relance : lorsque l’Etat prélève en gros la moitié des richesses créées, il est assez naturel que le contribuable se tourne vers l’Etat pour réclamer un service à  la hauteur du prix payé. Je paye, donc j’exige un résultat. De là  à  demander à  l’Etat de toujours faire quelque chose, quels que soient le domaine ou les circonstances, il n’y a qu’un pas, et qui a été franchi depuis belle lurette.
    En effet, la logique « je paye, donc j’exige un résultat » est bonne. Mais elle est vite remplacée, quand les modes d’évaluation sont peu clairs, et les responsabilités diffuses, par une logique du type « je paye, donc j’exige de l’action ». Peu importe que l’action soit efficace : combien de milliards engloutis dans la soi-disant « lutte contre le chômage », pour quels résultats ? Ce que l’on voit, c’est que nos dirigeants continuent à  se présenter à  la tribune la conscience tranquille, et à  nous faire croire qu’ils font quelque chose pour le chômage, pour la croissance, ou la santé. Domaines dans lesquels l’action étatique est tout à  fait illégitime.
    La conséquence de l’interventionnisme est donc…l’interventionnisme. Cercle vicieux.

  • Citation #105

    Les prétentions des organisateurs soulèvent une autre question, que je leur ai souvent adressée, et à  laquelle, que je sache, ils n’ont jamais répondu. Puisque les tendances naturelles de l’humanité sont assez mauvaises pour qu’on doive lui ôter sa liberté, comment se fait-il que les tendances des organisateurs soient bonnes ? Les Législateurs et leurs agents ne font-ils pas partie du genre humain ? Se croient-ils pétris d’un autre limon que le reste des hommes ? Ils disent que la société, abandonnée à  elle-même, court fatalement aux abîmes parce que ses instincts sont pervers. Ils prétendent l’arrêter sur cette pente et lui imprimer une meilleure direction. Ils ont donc reçu du ciel une intelligence et des vertus qui les placent en dehors et au-dessus de l’humanité ; qu’ils montrent leurs titres. Ils veulent être bergers, ils veulent que nous soyons troupeau. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable.
    Remarquez que ce que je leur conteste, ce n’est pas le droit d’inventer des combinaisons sociales, de les propager, de les conseiller, de les expérimenter sur eux-mêmes, à  leurs frais et risques ; mais bien le droit de nous les imposer par l’intermédiaire de la Loi, c’est-à -dire des forces et des contributions publiques.

    Frédéric Bastiat (1801-1850) économiste, homme politique, magistrat et penseur libéral français.

  • Chaine de Noël

    Je viens d’être invité par Rubin à  poursuivre une petite chaine consistant à  donner six livres. Six livres ? Les meilleurs ? ceux qu’on emmènerait sur une île déserte ? les 6 derniers à  nous avoir intéressés ? Bon, j’imagine un peu de tout ça, mais je retiens surtout l’idée de conseiller 6 livres qui nous ont marqué, et qu’on relit avec plaisir.

    Je passe à  présent le relais à  Criticus, à  Mathieu L., à  Sheiro, à  Internecivus Raptus, à  René Foulon, à  Aymeric I et à  Aymeric II, et enfin à  M. Pingouin. J’ai hâte de découvrir quels livres ils vont nous conseiller. En ces périodes de pré-fêtes de Noël, ces listes de livres vont être bien utiles…!

  • Le libéralisme capitaliste triomphera

    J’avais déjà  parlé sur ce blog de ma croyance dans le progrès, grâce notamment au développement de l’éducation, de l’économie, de la santé, et des sociétés libérales. L’IDH est un moyen – imparfait, mais qui a le mérite d’exister – de mesurer le progrès humain.
    Je vous cite[1. Info communiquée par Libertas] donc, car le propos est proche, cet excellent billet, lu sur Gauche Totalitaire (j’avais vu passer une info similaire cet été, sans avoir pu retrouver la source : 500 millions de « pauvres » en moins) :

    En dépit d’une hausse de population du monde de 2 milliards d’individus, le nombre de personnes vivant dans la pauvreté absolue a été réduit de 500 millions, de 1.9 à  1.4 milliard. Ceci signifie que 57.000 personnes par jour ont quitté la pauvreté extrême depuis 1981. Et la dernière décennie a été la plus avantageuse dans ce sens[2. le détail des chiffres est dans la source des données]. »
    Bono, le chanteur du groupe U2 s’insurge sur son blog contre le manque de connaissance de cette information capitale « C’est indéniable, il y a eu de fantastiques succès, et c’est un crime que ces avancées contre la pauvreté ne soient pas plus connues. Est-ce que vous, dans la blogosphère, pourriez parler un peu de ces chiffres de succès, et m’aider à  comprendre pourquoi ils ne sont pas plus connus ? »

    Voilà  : j’aide à  faire connaitre ces statistiques – plus qu’importantes à  rappeler, effectivement -.
    Pour ce qui est d’aider à  comprendre pourquoi ces chiffres ne sont pas plus souvent évoqués, je dirais bien que c’est par manque de culture des chiffres.
    Mais ce serait une manière de ne pas dire ouvertement que certains médias et intellectuels « oublient » sciemment d’en parler parce que ça va à  l’encontre de leurs thèses anticapitalistes et antilibérales : si la pauvreté diminue de manière significative, c’est bien la preuve que l’économie libérale capitaliste, sur le long terme, finira par triompher de la pauvreté. Malgré toutes les imperfections d’un tel système.
    Contre qui pourront-ils se battre, si leur ennemi a raison ? Ou plutôt, contre qui se battent-ils, eux qui prétendent combattre la pauvreté, s’ils se battent contre le système qui permet le mieux de la faire diminuer ?