La vérité sur le néolibéralisme

Néolibéral est certainement l’insulte la plus à la mode en France. Déjà, il faut savoir que c’est juste le nom qu’ont donné ses adversaires au libéralisme. Histoire de ne pas dire trop ouvertement qu’ils font la promotion d’idées légitimant la contrainte, et la négation des individus. Ensuite, ce qu’on découvre en cherchant un peu, c’est que ni les intellectuels qui ont fondé ces courants anti-libéraux, ni leur partisans, ne connaissent le libéralisme. Ils s’en servent comme d’un épouvantail pour faire passer leurs idées liberticides et totalitaires. Ne rentrons pas dans leur jeu, ni dans leur sémantique.

Parler de ce qu’on ne connait pas

S’il y a bien une chose que je trouve pénible, c’est de voir les gens utiliser des mots dont le sens est loin d’être évident, et sans le rappeler. C’est une manière de ne pas être clair, et de se servir de l’ambiguïté pour faire passer un message qui pourra être interprété dans une grande mesure. C’est donc rester dans le confort de l’imprécision. Il en va ainsi du néolibéralisme, dont l’utilisation est très répandue. Qu’est-ce que le néolibéralisme ? Quelle différence avec le libéralisme ? Pourquoi utiliser un autre mot ? J’ai voulu mener ma petite enquête, et je vous en livre le résultat.
Cet article fait suite à « Libéralisme économique et libéralisme politique », que j’avais écrit en réaction à un texte lu chez le Chafouin. Lequel Chafouin, pas plus tard qu’il y a quelques jours, écrivait ceci (en parlant de Besancenot) :

Ils dénoncent de vraies injustices, pour prôner une injustice plus grande encore. Mais le problème n’est-il pas qu’aujourd’hui, en France, personne d’autre de raisonnable ne dénonce les méfaits, la barbarie d’un système néolibéral effectivement inhumain, meurtrier, matérialiste au possible?

Koz en a mieux parlé. Franchement, si c’est pour servir la soupe à son argumentaire, je ne vois pas l’intérêt de faire semblant de le critiquer. Criticus et Polydamas ont remis « violemment » le Chafouin a sa place, dans les commentaires.
On retrouve le même genre d’a priori un peu partout, par exemple chez Oz, qui nous dit :

Néo-libéralisme : Y aurait-il quelque chose de pourri en son royaume ?

[…] Le libéralisme induit l’interdiction formelle des monopoles et des ententes illicites (ou tacites), le simple fait de l’avoir négligé pourrait signifier que l’on a basculé dans cette forme d’exploitation appelée néo-libéralisme. Dans le libéralisme la règle non dîte est « LE CLIENT EST ROI », c’est celle qui y fonctionne le mieux et que j’ai eu l’honneur et le plaisir d’appliquer pendant plus de 20 années.
Dans le néo-libéralisme la doctrine est « LE CLIENT EST PROIE », c’est ce qu’il faut éviter à tout prix. […]

Tout cela est bien joli, mais avant de décréter de telles choses, il est tout de même de bon ton d’aller se renseigner, et de vérifier les choses.

Clarifions un peu les choses

Le Dico nous dit que le néo-libéralisme est la « forme moderne du libéralisme qui admet une intervention limitée de l’état ».
Quant à Wikipedia, on y apprend que :

De nos jours, aucun des économistes taxés de « néolibéral » ne se reconnaît dans ce néologisme, qui peut désigner selon les cas :

  • l’école autrichienne ou l’école de Chicago ;
  • ce que certains appellent le libéralisme néoclassique ;
  • les politiques économiques inspirés par les institutions de Bretton Woods et parfois, l’institutionnalisme néolibéral.

Si aucun économiste ne se reconnait dans ce mot, c’est que ce mot est utilisé par les adversaires de ces « néolibéraux ». C’est logique. Essayons donc de comprendre un peu mieux ce qu’il y a dans le mot. Mais en gardant à l’esprit qu’il est surtout un mot pour désigner un « ennemi »[1. Chris Harman, dans « Theorising neoliberalism », sur le site de l’Internationale Socialiste, explique qu’il va falloir être plus clair à propos de « l’ennemi et de comment il faut le combattre »]
En cherchant un peu, on se rend compte qu’il est utilisé par ceux qui se disent antilibéraux (comment est-ce possible ?):

[…] ce sont eux qui organisent et entretiennent la confusion grotesque entre la doctrine du libéralisme politique, et la conception libérale-néoclassique de l’économie. Ils disent : rejeter le libéralisme, c’est rejeter la liberté, donc vive la dérégulation des marchés.

Les antilibéraux, à l’inverse, ne sont pas si ignorants : tout en voulant la liberté politique ; ils condamnent le libéralisme économique. Ils revalident bien la différence entre la doctrine politique, dont les origines remontent au 17ème siècle et à l’Angleterre ; et la doctrine économique, dont les origines remontent à la fin du 18ème, avec l’écossais Adam Smith (mais dont le corpus s’est systématisé et idéologisé plutôt au 20ème siècle…).

Dire que les prolibéraux en sont réduits à faire de la manipulation sémantico-conceptuelle pour défendre leurs idées…

Toujours cette soi-disant différence entre Libéralisme économique et libéralisme politique.
En continuant à chercher, j’ai pu trouver une perle, et qui explique bien la persistance de ce mot : un article de 1998 de Bourdieu (référence absolue pour tout bon intellectuel socialiste qui se respecte. Personne ne l’a lu, mais il faut dire que c’est un génie) : « L’essence du néolibéralisme, cette utopie, en voie de réalisation, d’une exploitation sans limite« . Il faut aller analyser le discours mis en avant par cet article, car il est édifiant.

Bourdieu ou la propagande anti-capitaliste et anti-libérale

Il faut absolument lire ce monument de propagande anti-libérale. Bourdieu, que l’on ne peut pas soupçonner de manque de connaissance des différentes théories politiques, se livre à une soigneuse caricature du libéralisme, et du capitalisme, pour pouvoir nous livrer son message, d’essence marxiste :

Le monde économique est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu’il inflige, soit de manière automatique, soit – plus exceptionnellement – par l’intermédiaire de ses bras armés, On trouve dans le texte de Bourdieu toute la rhétorique actuelle de la gauche anti-capitaliste, anti-individualiste et anti-libéralele FMI ou l’OCDE, et des politiques qu’ils imposent : baisse du coût de la main- d’oeuvre, réduction des dépenses publiques et flexibilisation du travail ? Et s’il n’était, en réalité, que la mise en pratique d’une utopie, le néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec l’aide de la théorie économique dont elle se réclame, parvient à se penser comme la description scientifique du réel ?

Cette théorie tutélaire est une pure fiction mathématique, fondée, dès l’origine, sur une formidable abstraction : celle qui, au nom d’une conception aussi étroite que stricte de la rationalité identifiée à la rationalité individuelle, consiste à mettre entre parenthèses les conditions économiques et sociales des dispositions rationnelles et des structures économiques et sociales qui sont la condition de leur exercice.

[…] Le programme néolibéral, qui tire sa force sociale de la force politico-économique de ceux dont il exprime les intérêts – actionnaires, opérateurs financiers, industriels, hommes politiques conservateurs ou sociaux-démocrates convertis aux démissions rassurantes du laisser-faire, hauts fonctionnaires des finances, d’autant plus acharnés à imposer une politique prônant leur propre dépérissement que, à la différence des cadres des entreprises, ils ne courent aucun risque d’en payer éventuellement les conséquences -, tend globalement à favoriser la coupure entre l’économie et les réalités sociales, et à construire ainsi, dans la réalité, un système économique conforme à la description théorique, c’est-à-dire une sorte de machine logique, qui se présente comme une chaîne de contraintes entraînant les agents économiques.

Je ne peux que vous inviter à lire et relire ce texte fondateur – au sens propre du terme – : on y trouve toute la rhétorique actuelle de la gauche anti-capitaliste, anti-individualiste et anti-libérale. C’est un véritable charabia d’intellectuel littéraire, ne prenant jamais la peine de définir les concepts. Tout le texte est construit pour démontrer ce que l’auteur pense avant de commencer à écrire. Une pépite, je vous dis !

Soyons sérieux

Pour trouver[2. en cherchant sur Google, et en n’ayant que quelques heures devant soi…] des écrits traitant sérieusement du « néolibéralisme », il faut sortir de France. Je suis tombé sur deux essais très intéressants, visant à définir le néolibéralisme. Beaucoup plus documentés, et profonds, que le torchon de Bourdieu.

Je reviens donc sur quelques éléments de réflexions que l’on peut trouver dans ces deux textes, tous deux limpides et clairs. Avec une vraie bibliographie, des arguments pour étayer le raisonnement, etc. Tous ces outils indispensables que notre bon vieux Bourdieu semblait avoir mis au placard.

Thorsen & Lie

Dès l’introduction, ils confirment ce qui semblait assez clair à la lecture de Wikipedia :

Ceux qui veulent étudier l’idéologie néolibérale tombent rapidement nez-à-nez avec un premier mystère : personne n’a écrit à propos du néolibéralisme d’un point de vue positif ou neutre. Pratiquement tous ceux qui ont écrit à propos du néolibéralisme l’ont fait pour critiquer l’idéologie néolibérale.

En se basant sur la philosophie politique, et sur les auteurs qui ont écrit à ce propos (libéralisme et néolibéralisme), il ressort d’après Thorsen & Lie que :

Le néolibéralisme est en premier lieu une théorie des pratiques économiques et politiques qui dit que le bien-être des humains progressera le mieux en rendant possible l’exercice de la liberté individuelle d’entreprendre, de créer, dans un cadre institutionnel caractérisé par des droits de propriété privée forts, le libre-échange et le marché libre. Le rôle de l’Etat est de créer et préserver un cadre institutionnel approprié à de telles pratiques. L’Etat doit garantir, par exemple, la qualité et l’intégrité de la monnaie. Il doit également mettre en place les structures de défense militaires, de police, juridiques, et les fonctions qui permettent de garantir les droits de propriété privée, et garantir, par la force s’il le faut, le bon fonctionnement des marchés. De plus, dans les secteurs où les marchés n’existent pas (comme le terrain, l’eau, l’éducation, la santé, la sécurité sociale, ou l’environnement), ils doivent être créés, par l’action de l’Etat si nécessaire. Mais l’Etat ne devrait pas s’aventurer au delà de ces missions. L’intervention de l’Etat sur les marchés (une fois créés) doit être maintenue au minimum car, selon la théorie, l’Etat ne peut pas posséder suffisamment d’informations pour décider des signaux des marchés (les prix), et parce que les groupes d’intérêts puissants déformeront et biaiseront inévitablement, particulièrement en démocratie, l’intervention de l’Etat dans leurs propres intérêts.

[…] Le néolibéralisme est souvent pensé comme une philosophie politique donnant la priorité aux libertés individuelles et aux droits de propriété privée. Ce n’est pas, cependant, une philosophie simple et homogène que l’on pourrait croire. Il s’étend sur une large gamme de philosophies, si l’on regarde les fondements éthiques autant que les conclusions normatives. A une extrémité de ce spectre se tient l »anarcho-libéralisme », qui défend un complet « laissez-faire », et une disparition de toute forme de gouvernement. A l’autre bout, se trouve le « libéralisme classique », qui demande un gouvernement avec des fonctions allant au-delà de ses simples fonction régaliennes ».

Friedman, Hayek et Nozick sont présentés comme les auteurs majeurs du libéralisme, et représentatifs de ses différentes courants.

Lagueux : texte remarquable et … en français !

L’autre texte, de Maurice Lagueux, est lumineux et très clair. Il précise bien d’emblée, que le sens nord-américain de « liberal » est à oublier pour la discussion et que, seuls sont à considérer comme libéraux :

…ceux qui estiment que la liberté individuelle est, pour les hommes, une valeur suprême qui, pour peu que soit respectée la liberté des autres individus, ne devrait faire l’objet d’aucun compromis, même dicté par un souci de justice sociale.

Il semble ne pas trouver de raison de distinguer libéralisme de néolibéralisme, puisque les ennemis du néolibéralisme attaquent en fait les idées du libéralisme économique.
Il revient ensuite sur la distinction que faisait Hayek[3. reprise par Pascal Salin dans ses ouvrages, en distinguant « libéralisme utilitariste » et « libéralisme humaniste »] entre « faux libéralisme » (« constructivisme ») et « vrai libéralisme », et sur sa vision de la concurrence[4. notion également reprise comme cela par Pascal Salin pour distinguer les monopoles légitimes des monopoles illégitimes (construit sur la contrainte)].

Dès le XVIIe siècle en Europe, ce faux « libéralisme » avait pris source dans un individualisme que Hayek qualifie explicitement de « faux » et qui se serait inscrit dans la foulée du rationalisme cartésien (Hayek, 1948, pp. 132 et ss.). Le vice de ce prétendu libéralisme, qui aurait trouvé bien des adeptes en France (par exemple, Rousseau et Voltaire) mais aussi en Angleterre (par exemple, Bentham et John Stuart Mill) résiderait justement dans son rationalisme. Il se manifesterait dans la volonté, vaine et prétentieuse selon Hayek, de définir par la raison les traits essentiels d’un régime démocratique qui pourrait permettre un exercice harmonieux des libertés individuelles. Les libéraux dont le libéralisme reposerait sur ce type de rationalisme ne seraient donc pas des socialistes, mais, aux yeux de Hayek, ils se méprendraient gravement sur les sources effectives d’un véritable régime libéral. […]
Quoi qu’il en soit, c’est uniquement de ce qu’il appelait le « vrai » libéralisme que Hayek s’est fait le promoteur. Ce vrai libéralisme aurait trouvé sa meilleure expression dans l’oeuvre de penseurs anglais (par exemple, David Hume et Adam Smith) mais aussi français (comme Alexis de Tocqueville et Benjamin Constant) et américains (le président James Madison en serait un éminent exemple). Il s’oppose au libéralisme de l’autre type surtout en ceci que, l’accent y étant mis sur les limites de la raison, les interventions de celle-ci y sont minimisées au profit de mécanismes purement spontanés, dont le marché constitue naturellement le prototype.

Lagueux revient sur la critique faite par Hayek de la théorie de la « concurrence parfaite », et donc sur la distance prise avec le néoclassicisme :

Comme on s’entend généralement pour faire de Hayek le théoricien le plus
systématique des principes fondamentaux du néolibéralisme, c’est vers son oeuvre qu’il
semble naturel de se tourner pour y mesurer la distance prise à l’endroit du néoclassicisme. On pourrait aborder la question de diverses façons, mais la sévérité avec laquelle Hayek critique la conception typiquement néoclassique de la concurrence incite à commencer par l’examen de cette question. Dans un court essai qui reproduit une conférence présentée en 1946 et intitulée « The Meaning of Competition », Hayek Au yeux d’Hayek, la concurrence parfaite est un concept « totalement non-pertinent »adopte à l’égard du concept de « concurrence parfaite », si fondamental pour l’économie néoclassique, une attitude qui aurait fort bien pu être celle du plus iconoclaste de ces économistes institutionnalistes qui ont consacré une si large part de leur énergie à pourfendre les théories économiques dominantes. À ses yeux, cette notion qui ne correspond en rien au sens habituel de la notion de « concurrence » est qualifiée de « totalement non-pertinente ». Les conclusions politiques que l’on pourrait tirer d’un tel modèle sont « fort trompeuses et même dangereuses ». […]
Des diverses caractéristiques que les économistes néoclassiques associaient traditionnellement à la notion de concurrence, Hayek n’en retient qu’une seule, soit celle voulant qu’un marché concurrentiel ne tolère aucune barrière à l’entrée de participants potentiels. On notera que cette caractéristique négative est une exigence du « laissez faire » et non pas d’une représentation idéalisée de la concurrence. Hayek ne se fait pas faute de ridiculiser les autres caractéristiques traditionnelles comme celles qui requièrent, pour que le marché soit vraiment concurrentiel, la stricte homogénéité des marchandises transigées et la présence d’une multitude de vendeurs ou d’acheteurs incapables d’exercer chacun pour leur part une influence significative. Comme on pouvait toutefois s’y attendre, c’est la notion d’information complète qui lui paraît la plus incongrue des caractéristiques traditionnelles de la concurrence, au point où il y voit une sorte de condensé des errements des économistes néoclassiques.
On a vu, en effet, la place que l’idée des limites de la connaissance occupe dans l’oeuvre de Hayek. S’il lui paraissait si important de dénoncer ceux qu’il appelait les « faux libéraux », c’est que leur conception du libéralisme reposerait sur une philosophie
à laquelle il a donné le nom de « constructivisme » et qui serait étroitement associée à ce
que d’autres ont appelé l’esprit cartésien. C’est cette philosophie qui inciterait ceux qui
en sont imbus à tenter de façonner la société, dans l’espoir, à la limite, de la reconstruire
conformément à un plan rationnel. Les « vrais libéraux », convaincus de l’impossibilité de prévoir les conséquences des actions individuelles, seraient, au contraire, solidement immunisés contre toute vaine tentation de reconstruire la société. […]
Le laissez faire et la « concurrence parfaite » constituant deux idéaux incompatibles, le néolibéralisme se présente comme un retour en force du premier de ces idéaux aux dépens du second.

La conclusion est la suivante :

Pour Hayek, le véritable libéral est celui qui est convaincu que la libre négociation entre les hommes est le meilleur moyen d’arriver aux arrangements les plus satisfaisants et que les solutions imposées par une autorité centrale seront toujours moins satisfaisantes que ces arrangements, faute de pouvoir tenir compte valablement de désirs individuels dispersés et à peu près indénombrables et inanalysables.

Le véritable libéral est donc celui qui soutient qu’il ne faut confier au gouvernement que le soin d’assurer la sécurité et la liberté de tous et le soin de faire respecter les contrats (parce que c’est là le minimum requis pour qu’une négociation ait un sens).

Le vrai libéral est celui qui, une fois que le mécanisme du marché est ainsi mis en branle, s’oppose à ce que le gouvernement intervienne plus avant, même sous prétexte d’«améliorer» le fonctionnement de ce marché.

Le véritable libéral est enfin celui qui estime que, en vertu d’un mécanisme qui s’apparente à la sélection naturelle, les institutions efficaces prendront forme spontanément, pour peu que la liberté et la sécurité des individus soient assurées et qu’on ne mette pas d’entraves à ce processus.

On ne peut pas mieux dire, je trouve.

Vaste foutoir intellectuel

Alors, quand on lit le vaste foutoir intellectuel qui semble satisfaire les critiques du « néolibéralisme » (qui n’est autre que le libéralisme, nommé par ses adversaires), on ne peut qu’être atterré !
Entre ceux qui prédisent une catastrophe mondiale (!) :

Le capitalisme est malade, et de la même façon que dans la nature, il va se faire dévorer par le néolibéralisme et bientôt ce sera la dernière phase : le capitalisme prédateur.

Ou ceux qui veulent voir la lutte des classes à l’œuvre partout, il y a le choix. Ces blogueurs d’extrêmes gauche, visiblement, sont imprégnés de la pensée floue et aggressive de Bourdieu, ou des thèses hallucinantes des dirigeants d’ATTAC :

L’ensemble de l’association s’attache à redonner du temps à la critique radicale que nous avons menée du capitalisme néo-libéral et tente de passer à une deuxième phase beaucoup plus délicate : proposer des alternatives crédibles et susceptibles d’être mises en œuvre dans des délais raisonnables. […]
La première définition du néo-libéralisme, c’est l’enrichissement des riches. Or les premières mesures prises par le gouvernement enrichissent les riches. Le corollaire de l’enrichissement des riches, c’est la limitation, voire la dégradation de ce qui permettait l’amélioration des conditions de vie des plus démunis : les services publics et la protection sociale. Or ces deux domaines sont les cibles du gouvernement. On vient d’apprendre que la SNCF allait fermer 250 gares de fret dans les prochains mois. Les capacités des services publics à répondre à la demande sociale seront encore amenuisées.
[…]
Question de Jade Lindgaard : Mais Nicolas Sarkozy se fait l’avocat d’un Etat fort, interventionniste voire protectionniste, à l’opposé du délitement de l’Etat que prône l’idéologie néo-libérale …

Jean-Marie Harribey : Vous avez raison et peut être dans les années précédentes nous sommes-nous trompés dans la qualification des politiques néo-libérales. Les politiques néo-libérales ne consistent pas à démanteler l’Etat, mais, beaucoup plus astucieusement, à mettre l’Etat directement au service des classes possédantes. Beaucoup plus qu’il ne pouvait l’être autrefois, où des compromis étaient passés entre les groupes sociaux et leurs représentants.Or le néo libéralisme, c’est précisément la mise au service quasi exclusif des classes possédantes des instruments de l’Etat. C’est cela la politique sarkozienne. Il veut un Etat fort mais encore plus au service de ceux qui s’enrichissent et des marchés financiers. Je crois que c’est cela la définition même de l’Etat tel que le conçoit la droite décomplexée aujourd’hui.

Aurélie Trouvé : Un Etat « fort » peut-être, mais pour ses tâches régaliennes. Le volet social de l’Etat est démantelé avec une force nouvelle : franchise médicale, TVA sociale, confirmation de la libéralisation du marché de l’électricité, démantèlement qui s’annonce de la SNCF… Nicolas Sarkozy s’apprête sans referendum à signer un traité simplifié européen qui entérine l’obligation de stabilité des prix et confirme l’indépendance de la BCE, en totale contradiction avec ce qu’il a dit aux citoyens français. Il s’apprête également à négocier des accords économiques qui se feront au détriment des pays du sud et poursuivront la dérégulation en leur défaveur. L’Etat néo-libéral dérégule là où ça l’arrange et garde des règles fortes là où ça l’arrange.

Jean-Marie Harribey et Aurélie Trouvé, extraits d’un entretien du 24 aout 2007, propos recueillis par Jade Lindgaard.

Ce que cette interview montre, c’est que les critiques du néolibéralisme ne savent même pas ce que c’est, et que bien loin de vouloir changer le nom de leur « ennemi », ils préfèrent dire qu’ils s’étaient trompés sur la qualification des politiques néo-libérales. En gros, peu importe la réalité, notre thèse tient toujours. Et puisqu’on ne sait pas très bien ce qu’est le libéralisme, changer sa définition n’est pas très important. C’est ce qu’on appelle la rigueur intellectuelle ! Plus sérieusement, c’est toujours la même rengaine, anti-patrons, anti-bourgeois, marxisante. Remis un peu au goût du jour avec des nouveaux mots. Mais les idées sont les mêmes.
Pour finir, et contrairement à ce que font ses détracteurs, je ne peux que vous inviter à lire vous-même les ouvrages des libéraux : on y découvre souvent une pensée rigoureuse, humaniste et anti-totalitaire. J’aimerais pouvoir dire la même chose des anti-libéraux.
Edit du 31/07/2008 : j’ai trouvé depuis ce superbe texte sur Québécois LIbre NÉOLIBÉRAL, LIBERTAIRE OU LIBERTARIEN?. A lire.


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Rubin
13 années il y a

Merci !

max
max
13 années il y a

super !!! c’est bien, ces petits (grands en fait) articles-enquetes éducatifs :)
a

le chafouin
13 années il y a

« Franchement, si c’est pour servir la soupe à son argumentaire, je ne vois pas l’intérêt de faire semblant de le critiquer. » ça va, tu t’es fait plaisir, là? Franchement, merci de ce beau travail d’universitaire. Ce n’est pas inintéressant. Merci surtout de nous confirmer que le monde tourne rond, qu’il n’y a aucun souci avec le système économique globalisé, que personne n’en souffre et que finalement, ceux qui s’en plaignent sont des négationnistes. Quelle bande d’ignares, tous ces gens au chômage, tous ces gens qui crèvent la dalle! ils ne pourraient pas applaudir, plutôt? Je suis très déçu de ton attitude et de ta malhonnêteté intellectuelle. Je n’ai jamais donné de blanc seing à besancenot : tu n’as pas lu mon article, tu en as retenu uniquement ce qui t’arrangeait. J’ai écrit noir sur blanc que ce type était dangereux, je n’ai pas faitsemblant! Et je me fais allumer des deux côtés! Du côté des gauchistes, qui me reprochent de taper trop fort sur lui, et du côté des ultralibéraux, qui me reprochent de dire que tout ce qu’il dénonce n’est pas toujours faux! Tu joues sur les mots, pour pouvoir éviter de parler de l’essentiel. Dénoncer les excès d’un… Lire la suite »

Antoine
13 années il y a

Pauvre type.
Tu es enfermé dans ton zoli modèle libéral où tout il est beau et où les hommes ils ont tous les mêmes chances et les mêmes atouts au départ pour bien négocier entre eux. Tu n’as rien compris à la vraie vie, au vrai monde.
Ton libéralisme est celui du renard libre dans le poulailler libre.
Tu ne sais rien, tu es un gros nul.
Je te méprise.

lechafouin
13 années il y a

Je déforme, tu dis? Tu me dis ça, toi qui avoue qu’effectivement, j’ai écrit noir sur blanc qu’O.B. était dangereux, juste après avoir écrit que je faisais semblant? Toute ton accroche est une caricature de ma pensée, juste pour pouvoir introduire ton papier qui visiblement devait déjà être préparé. Alors oui je suis virulent, mais effectivement ta tactique est de provoquer pour susciter des réactions: c’est gagné, mais c’est très très contestable comme méthode. Lis ma conclusion : « Pour moi, Besancenot est clairement un adversaire. Mais les néolibéraux – j’entends par là les libéraux qui ont mal tourné, et qui prônent la dictature du marché et de la finance – le sont tout autant. Et plus que jamais. La justice sociale doit être un objectif politique prioritaire. La popularité de Besancenot doit nous le rappeler. » Voilà. Tu as ma réponse. Je ne caricature pas tes propos : je te dis que tu pourras parler de théorie tant que tu veux, dire que le néolibéralisme n’existe pas, ça ne répond pas à la question qui est de savoir si oui ou non, le système économique globalisé dans lequel on vite est juste ou pas. Peut-être qu’en théoriec’ets bien, philosophiquement, tout ça,… Lire la suite »

Antoine
13 années il y a

Lomig, Je n’argumenterai pas avec toi, ça ne sert à rien. Tu ne cherches pas à discuter, mais à promouvoir (imposer) ton système de pensée. C’est légitime, moi je cherche à défendre le mien. Qui est incompatible avec les propos que tu tiens ici. Je me marre quand je vois que le Chafouin, dont je crois ne pas partager les opinions (mais je ne lis pas son blog) te taxe de malhonnêteté intellectuelle. Je suis évidemment d’accord avec lui, raison de plus de ne pas argumenter avec toi. Quand à ton billet, c’est au mieux une vague compilation sélective d’écrits qui servent ton blabla, en auncun cas un « beau travail universitaire ». Là, tu en es assez loin, je dois dire. Bref, je viens en effet te balancer une bordée d’insultes (et encore, je me retiens) car en effet, ça défoule quand on a appris les nouvelles idées géniales de moindre prise en charge des ALD (tu vas me dire que c’est bien ? A moi ?). Se payer un blog de droite de temps à autre, ça fait vraiment du bien. Mais je n’argumenterai pas avec toi. Tu es trop minable. Trouves-en un autre. Je te laisse grenouiller dans ton… Lire la suite »

Antoine
13 années il y a

Et quand tu auras vraiment lu et compris Bourdieu, on pourra peut-être en reparler.
D’ici là, tu as du boulot.

Rubin
13 années il y a

@Antoine : pourquoi tu commentes si tu veux pas argumenter ?

le chafouin
13 années il y a

Rubin, puisque tu es là, je serais curieux et intéressé de connaître ta pensée sur ce sujet.

Rubin
13 années il y a

Je suis là en effet.

Sur le libéralisme en général ? Je suis un libéral très classique. Pour faire simple, j’estime que l’intérêt de la société comme tout ne justifie les entorses à la liberté individuelle que lorsqu’elles sont absolument indispensables à la survie du groupe.

En somme je m’arrête aux portes de l’anarcho-capitalisme –auquel je n’adhère pas.

Je comprends toutefois qu’en France le ni-nisme et le constructivisme ont des racines extrêmement profondes qu’il faut éviter de fouler aux pieds si l’on veut pouvoir faire suivre ses idées d’actes.

Rubin
13 années il y a

@LOimG tout à fait d’accord sur la question de la justice sociale. C’est pour cela qu’un John Rawls a fait de cette question le travail de sa vie. Très intéressant à lire, d’ailleurs !

le chafouin
13 années il y a

C’est bien ce que je dis : tu joues sur les mots pour dire que le libéralisme n’est pas en cause (ce qen quoi je suis d’accord : le système économique que l’on a aujourd’hui est totu sauf libéral : il favorise les monopoles par exemple!), tu cherches à défendre l’idée en laquelle tu crois, alors que le débat n’ets pas là : oui ou non, la situatin est-elle préoccupante? Moi, j eréponds oui. Je n’ai rien dit d’autre. Après, le mot que l’on met dessus a peu d’importance.

Libertas
13 années il y a

Salut Lomig,

« Pour finir, et contrairement à ce que font ses détracteurs, je ne peux que vous inviter à lire vous-même les ouvrages des libéraux : on y découvre souvent une pensée rigoureuse, humaniste et anti-totalitaire », écris-tu.

Quels ouvrages des libéraux préconises-tu ? Lequel est ton préféré, celui que tu offrirais à un ami ?

max
max
13 années il y a

celui qu’il m’a conseillé, c’est Libéralisme de Pascal Salin, et c’est du costaud !

j’en suis encore qu’au début mais ça tabasse pas mal. :)

a

René
13 années il y a

Salut Lomig, Je n’étais pas là hier, et c’est la raison pour laquelle je n’avais pas encore commenté ici. Merci (du fond du coeur) pour cet article pédagogique, clair et largement documenté. C’est en effet un très intéressant travail universitaire, n’en déplaise à certains qui ne savent sans doute même pas ce que ça veut dire… Il est en effet évident que le mot « néolibéralisme » ne veut strictement rien dire de plus que le mot « libéralisme ». D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ? Comment pourrais-t-on réviser la philosophie libérale ? Puisque tout est contenu dans cette simple formule : « respect absolu de la liberté individuelle ». Un peu lapidaire sans doute, me diras-tu, mais sous réserve de l’expliciter (et ça demande beaucoup de travail), elle recouvre toute la réalité du concept. Et elle exclue toute forme de révision ou de « modernisation » (d’où le préfixe « néo »). Car la réviser ou la moderniser, ce serait l’altérer. Donc, soit le néolibéralisme est stricto sensu la même chose que le libéralisme, soit il n’existe pas, à moins d’en être le contraire. CQFD Mais je crois deux choses : 1) Les vrais détracteurs du libéralisme se servent d’un néologisme pour le fustiger sans dire franchement qu’ils… Lire la suite »

MC
MC
13 années il y a

Vive la liberté de travailler ! « Arbeit macht frei », d’ailleurs !

lomig
lomig
13 années il y a

Salut,
Je n’ai que mon telephone sous la main ; je fais court et je repondrai plus longuement demain…merci a tous pour vos commentaires.

Oui, « Liberalisme » de Salin est tres tres bien. Bien ecrit, clair et complet. J’aime beaucoup le style de bastiat aussi (le lien envoi vers des livres disponibles integralement en ligne…a bientôt !

Seb
Seb
13 années il y a

Quelle heure ce soir la RDB ?

Rubin
13 années il y a

Ca me fait penser… Ce sera ma première RDB, alors si vous voyez un barbu en costard un peu emprunté, n’hésitez pas à venir me dire bonjour ;)

Seb
Seb
13 années il y a

Sujet intéressant. Cependant tu rentres complétement dans le jeu et dans le viseur des anti. Comme toute idéologie, elle n’est pas applicable en l’étât quoi que tu en dises. Le libéralisme économique s’appuie par exemple sur le concept de concurrence pure et parfaite dont on sait bien qu’elle n’existe que dans les textes. Tout comme son pendant à gauche, le marxisme, le libéralisme est un vaste terme qui s’applique sur des systèmes politiques qui tentent, avec plus ou moins de précisions, de suivre tels ou tels modèles. Cependant aujourd’hui notre système n’est plus du libéralisme. Et c’est là qu’est, à mon sens, la plus grosse erreur de ton propos. Comme les antis, tu considères que la financiarisation de l’économie, la surproduction et l’éloge de la rente relève de notions libérales. Or ce n’est absolument pas le cas. Le système d’aujourd’hui est effectivemment une dérive claire et objective de ce sur quoi se sont bati nos sociétés pendant des millénaires. Quelques exemples, les schémas économique expliqués par Smith établissent une relation quasi automatique entre l’enrichissement des facteurs de productions et des travailleurs. Or aujourd’hui le rentier est récompensé avant le travailleur/consommateur. Cela peu paraître un propos de gauche mais comment soutenir… Lire la suite »

Seb
Seb
13 années il y a

@Rubin: Ce sera ma première également… Beau brun costar noir chemise bordeau ;-)

FRK
FRK
13 années il y a

Un long, long, long texte. Ce sera mon seul jugement :lol: Je ne vais prendre que 3 points : « aucun compromis, même dicté par un souci de justice sociale » En effet, comme le dit Bourdieu ( et Seb dans son commentaire ) dans son texte, le monde économique n’est pas un ordre parfait. Mais le but n’est pas la recherche d’une perfection ou du bonheur, seulement l’application d’une règle, d’une idéologie. Ce côté jusqueboutisme, hum … un brin radical :???: « en réalité, que la mise en pratique d’une utopie » Tout comme le socialisme, le libéralisme est une utopie. Elle est confrontée d’une part à la nature humaine, qui ne respecte pas toujours la liberté d’autrui, d’autre part les « modèles économiques » n’ont pas besoin du réel pour exister ( tout friedman cette phrase ; qui pour appliquer ces modèles dans le réel n’a pas trouvé meilleur mécène que ce tyran de pinochet. Symbolique. ) :sad: « un mécanisme qui s’apparente à la sélection naturelle » 50 000 ans d’évolution et rester encore tributaire de la sélection naturelle. Une pathologie particulière que celle qui consiste à refuser de sortir du monde animal. Pour finir, une pensée de Salin ; « Mondialisation libérale » ou « capitalisme mondial »,… Lire la suite »

Mathieu L.
13 années il y a

Bonjour à tous,

J’arrive tard dans la discussion, mais je réagis quand même à l’article. En fait, c’est en effet une belle démonstration, mais j’ai une question simple.

Il est très classique que les courants politiques désignent leurs adversaires de différentes manières qui leur sont propres. Ainsi, LOmiG, et c’est le cas de la plupart des blogueurs du réseau LHC, tu emploies souvent le terme de constructivisme pour désigner tes adversaires politiques. C’est un terme que je n’admets pas me concernant, car je ne m’y reconnais pas, mais tu essaies bien de coller ton vocabulaire idéologique à ma personne et à celle de tes opposants.

Le fait que Bourdieu ait imposé son terme est une preuve qu’il a plus convaincu que vous, ne vous en déplaise. A vous de vous montrer suffisamment convaincant pour parvenir à abattre ce terme. Malheureusement pour vous, je crois qu’il y a encore du travail…

A bientôt,

bof
bof
13 années il y a

j’arrive sur ton très intéressant blog « constructivisme » c’est un peu peu plus compliqué, mais ceux qui ne veulent déjà pas comprendre ne comprendront pas « constuctivisme » signifie aussi vouloir reconstruire le monde, « organiser la société » à partir de la Raison et après du passé fait table rase, quelque soit le but poursuivi Raison avec un grand R omnisciente, omnipotente, qui n’est à l’examen que la logique au service des préjugés du raisonneur qui n’ont rien de rationnel, mais sont ses émotions préférées la table rase est intéressante qui rase la table? quand? chaque génération y a-t-elle droit? les générations sont imbriquées qui alors a droit à rasear? comment peut-on raser et se débarrasser de toutes les accrétions des époques passées? serait en creux bourdieu est imprégné de culture « bourgeoise » ou se définit en oppositon ce qui est une très importante façon d’être influencé il souhaite la culture bourgeoise pour tous, tout de suite, mais pas d’héritiers qui seront les gardiens? comment transmettre aux autres ce que l’on ne connait pas? comment trier? en quoi est-il qualifié pour le faire? etc. etc. incohérent, contradictoire c’est pourquoi les méditations du père Hayek sur la tradition et la raison (avec un petit r. notre… Lire la suite »

René
13 années il y a

Salut Lomig, Ma remarque concernant le capitalisme est simple à expliquer. Tout d’abord, je suis d’accord avec toi pour dire que le capitalsme est une « conséquence économique » du libéralisme. Il n’empêche que les reproches que l’on peut éventuellement trouver à faire au capitalisme ne sont pas automatiquement imputables au libéralisme lui-même. Ensuite, et c’est une illustration de ce que je viens de dire, la « dérive financière » du capitalisme dont je parle est le fait, auquel je maintiens que je ne souscris pas, qu’un certain capitalisme moderne se soucie assez peu de la production de richesses pour faire des profits. Gagner de l’argent en produisant des richesses, c’est normal, et c’est l’aspect du capitalisme qui découle directement de la doctrine libérale. Gagner ce même argent en se contentant de spéculer sur les fluctuations des valeurs que l’on possède, sans produire de richesses, c’est une perversion du système capitaliste, et ça ne doit rien, à mon sens, à la doctrine libérale, même si ça ne s’y oppose pas non plus. Philosophiquement, chacun est libre de gagner son argent comme il l’entend dès lors qu’il le fait légalement. Economiquement parlant, la spéculation est beaucoup plus discutable. Mais je ne dis pas que je… Lire la suite »

Thibault
13 années il y a

lomig > Remarquable billet ! Juste pour rester dans les concepts, le libéralisme est effectivement une doctrine de liberté politique, donc de liberté économique. Doctrine qui fonde l’équilibre de la société sur la liberté individuelle. Soit ! Cependant, lorsque l’on parle de « néolibéralisme », on entend « un libéralisme excessif », qui rate sa mission d’intérêt général. Car entendons-nous bien, le libéralisme est une doctrine politique, donc l’économique est un outil et non une fin en soi. Nous savons tous que le « néolibéralisme » est fortement créateur d’inégalités par – l’inégalité de redistribution des richesses entre capital et travail (pour être plus simple, les fortunés s’enrichissent, et les plus modestes stagnent) – une surexploitation des ressources minières, énergétiques et agricoles Le néolibéralisme est actuellement une déformation de son idéologie de départ qui doit mener à l’intérêt général, à une société d’équilibre et d’élévation générale. Donc, une tempérance du libéralisme par l’action des états et par les grandes organisations internationales doit permettre une régulation des secteurs stratégiques (énergie, agriculture, transport, etc), afin de faire en sorte que les nations n’abandonnent pas les plus faibles sur le coin de la route. Mais Lomig… je crois que nous sommes tout à fait d’accord sur le fond !… Lire la suite »

Thibault
13 années il y a

Lomig > Re :o)
Ma position est issue d’une réflexion personnelle, et ne constitue pas un resucé médiatique, tu t’en doutes.

Je pense que tu commets une erreur de jugement sur le libéralisme. Qui est une notion politique issue de Montesquieu, et qui exprime que par l’action des individus mus par les droits et leurs devoirs, l’ensemble de la société progresse.

Le libéralisme économique est un outil destiné au libéralisme politique. Et non une fin en soi. C’est la définition même de la République.

Ton modèle de pensée semble plus axé sur le modèle anglo-saxon que sur la pensée française.

FRK
FRK
13 années il y a

@ lomig : J’ai dis seulement long le texte ( je n’ai pas précisé « chiant » ). :razz: Si tu le permets, je me passerai de ton absolution ; car mon propos n’était pas lié à la « concurrence pure et parfaite » mais au monde économique, selon bourdieu, ou la réalisation des modèles, selon friedman. La capacité de raisonnement, de création fait partie de la nature humaine. Pourquoi ton libéralisme met l’accent sur certains attributs de la nature humaine, mais pas sur d’autres ( ceux qui mettent à mal ce libéralisme, comme par hasard ) ? D’aucun pensera qu’il a au contraire, démontré qu’il pouvait s’adapter au pires penchants de cette nature humaine ; je ne crois pas, c’est seulement une utopie que l’homme pervertie. Ce qui nous amène, tranquillement, à la sélection naturelle. J’ai la prétention d’être plus qu’un animal ( pour preuve nos échanges :wink: ), mais la psychiatrie et même la théologie ( implicitement ) reconnaissent que ce n’est pas le cas de nombre d’entre nous ( le sujet fut même abordé lors d’un cours avec des étudiants de biologie moléculaire ; ADN et substance matérielle ). Dont acte. Pour en revenir à la définition du néolibéralisme, celle de… Lire la suite »

Thibault
13 années il y a

Le libéralisme, dans son acceptation moderne, dans l’opinion commune, est assimilé au capitalisme débridé, c’est a dire à des forces économiques puissantes, créatrices d’inégalités.

Sur le fond, là où nous sommes d’accord, c’est que nous pensons que le libéralisme permet l’échange économique, basé sur la liberté des individus.

Ce que je crois, c’est que le culte du libre-échange est une déviance du libéralisme politique. Lequel a pour objectif de faire progresser l’ensemble de la société par les échanges commerciaux.

Mais les échanges commerciaux ne sont pas une fin en soi.

Ceci dit, il va falloir que je revois Hayek. ;o)

René
13 années il y a

Salut Lomig, Je reviens sur notre désaccord concernant la spéculation financière. Tout d’abord, tu me piques au vif quand tu m’accuses d’aller dans le sens de Besancenot et consorts. Ceux-là ne se contentent pas de fustiger la spéculation boursière, ils combattent le capitalisme lui-même, sous tous ses aspects. Rien à voir avec moi, qui considère que le capitalisme est la seule forme d’organisation économique qui respecte l’individu et sa liberté d’action… Simplement, je ressens comme choquant que l’on (se) répartisse des richesses que l’on n’a pas produites. Car, contrairement à ce que tu dis, les fluctuations boursières ne créent pas de vraies richesses. Elles ne font que modifier artificiellement la valeur d’échange des valeurs mobilières. Elles profitent (ou nuisent selon le cas) exclusivement aux détenteurs des richesses existantes. On ne peut pas dans le même temps refuser, ce qui est mon cas, l’idée d’une revalorisation a priori du niveau des rémunérations AVANT la production de richesses qui seule les justifie, et accepter comme normale le renchérissement des valeurs mobilières dans les mêmes conditions. Ceci dit, je n’ai jamais dit qu’il fallait interdire ces pratiques. Ce serait parfaitement antilibéral. Ca ne m’empêche pas de les ressentir comme immorales et injustifiées. Enfin,… Lire la suite »

René
13 années il y a

Une précision que j’ai omise : ce n’est pas seulement, et pas essentiellement, les fluctuations boursières dues à la spéculaion qui me semblent choquantes. C’est surtout le fait pour un investisseur de rechercher avant tout ces flutuations à la hausse, prioritairement, plutôt que la production de richesses qui les justifierait etles entrainerait de facto.

Dit de manière plus simple, j’ai du mal à admettre qu’un investisseur recherche quasi exclusivement des profits financiers, en dehors de tout projet industriel.

A bientôt

Pascal
Pascal
13 années il y a

Salut Lomig ! Cela faisait longtemps que je n’étais intervenu sur ton blog. Je constate avec beaucoup de satisfaction que tu défends toujours contre vents et marées le libéralisme ! Ce n’est pas facile de défendre le libéralisme, car cette philosophie du droit n’est pas, contrairement au socialisme, une idéologie ; elle ne promet rien d’autre aux hommes que d’être l’unique propriétaire légitime des fruits de leur travail ou de leur patrimoine. Ce n’est donc pas par passion que l’on devient libéral mais bien par raison, une fois que l’on a accepté de voir la vérité en face, une fois que l’on a réussi à attribuer aux problèmes leur véritable cause. On s’aperçoit alors à ce moment-là que toute notre scolarité dispensée par l’Education nationale n’avait pas pour vocation de faire de nous des hommes libres et égaux en droit mais bien des esclaves de l’Etat, de tous ses prédateurs, hommes politiques, fonctionnaires etc… Force est de constater qu’aujourd’hui de plus en plus d’entrepreneurs partagent mon constat, et ne supportant plus « la double peine » (accusés d’être des exploiteurs et devant payés de plus en plus d’impôts) infligée par la puissance publique épaulée de surcroît par les médias, préfèrent quitter le… Lire la suite »

René
13 années il y a

Je crois qu’on n’est pas en désaccord profond.

Juste un point : ce n’est pas parce que quelque chose, un comportement par exemple, est légal et permis par le système qu’il est moral du point de vue de tout le monde.

Pour moi, la doctrine politique est une chose et la morale en est une autre. La doctrine politique (ici, le libéralisme), dit ce qui est ou non acceptable par la loi, en fonction de principes qu’elle met en avant (la liberté, la responsabilité, le droit de propriété, par exemple).

La morale, quant à elle, édicte des principes plus en rapport avec l’humain et le ressenti. Elle est beaucoup plus subjective. C’est bien en ce sens que je te disais que JE ressentais certains comportements comme immoraux. Mais à chacun son appréciation, et chacun est évidemment LIBRE de se comporter comme il l’entend, dans le cadre des lois en vigueur.

A bientôt.

marc vasseur
13 années il y a

c’est vraiment le monde des bisounours ici… et sinon concrètement tu proposes quoi en terme de système de santé, d’éducation, les futurs crises au niveau de l’énérgie, de l’eau… enfin toutes ces brouilles bien concrètes

Pascal
Pascal
13 années il y a

Qu’est-ce qui vous fait croire que l’Etat serait l’acteur incontournable pour apporter des réponses satisfaisantes à tous ces problèmes ? Au sujet de l’éducation par exemple, je tiens à dire qu’au Japon, avant qu’il n’adopte les institutions occidentales lors la restauration Meiji (1868) , plus de 80% de la population était alphabétisé, et cela sans structure et financement centralisée et étatique style l’EN. L’Etat japonais, sur le modèle de ce qui se passait en occident, a étatisé son modèle éducatif pour, entre autre asseoir davantage sa légitimité et améliorer sa défense nationale dans un souci purement nationaliste. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’Etat français avec la loi Jules Ferry instaura l’instruction obligatoire. Le problème aujourd’hui avec l’EN c’est qu’elle n’est pas en concurrence réelle avec d’autres types d’établissements scolaires, ce qui la dispense de se remettre en question sérieusement sur les causes de ses échecs en les attribuant notamment au « manque de moyen » par exemple. La logique interne qui meut l’administration ou le monde politique est réellement bien loin de toutes les préoccupations que vous venez de citer. Ces problèmes ne représente qu’une opportunité supplémentaire d’accroître la part du gâteau (les taxes) et donc la lutte pour s’emparer du… Lire la suite »

René
13 années il y a

@ Lomig

Je ne dis pas autre chose : il faut laisser les gens avoir leur morale personnelle. La mienne me conduit à ne pas admettre d’emblée l’enrichissement sans production de richesses (j’allais écrire « l’enrichissement sans cause »).

Quant au libéralisme, il n’est absolument pas en cause là-dedans, et il est normal qu’il ne s’oppose pas à cette forme d’exercice du droit de propriété, qui ne nuit pas à la liberté des autres je te l’accorde.

A bientôt.

Mathieu L.
13 années il y a

Bonjour,

Juste une intervention pour Pascal. Les historiens politiques utilisent maintenant la définition suivante pour définir une idéologie: une idéologie est un ensemble d’idées propres à un ou plusieurs groupes sociaux à une époque donnée, qui vise à expliquer les bouleversements et les évolutions du monde. Ces mêmes historiens classent le libéralisme, comme une multitude d’autres courants de pensées apparus à la fin du XVIIIe siècle et au courant des XIXe et XXe siècles, comme une idéologie.

A bientôt,

FRK
FRK
13 années il y a

:
je suis presque d’accord avec toi pour la 1ere partie de ta réponse. Si en effet, nous sommes déjà dans une société libérale, alors les gens devraient être heureux.

Dieu ?
je ne me souviens pas avoir utilisé ce terme.
Même sans être penseur ou scientifique, on est pas obligé d’être obscurantiste ( ou tu fais parti de ces « pragmatiques » pour qui la science ne peut être qu’applicative ). Depuis les premières sociétés organisées, cette question se pose. « L’âme substantielle » d’Aristote est un accès à la réflexion, pas une fin, La neuro-psychiatrie est un moyen d’étudier les comportements déviants ( complexe que de traiter de monstre un pédophile ), et les biologistes peuvent s’interroger sur la place de l’évolution de l’homme dans des chainons de molécules.
j’arrête là.

Par rapport à l’approche de rené, si la morale est affaire personnelle, quand la spéculation empeche des gens de se nourrir ; il s’agit là plus d’une atteinte à leur intégrité physique et à leur liberté. C’est donc, anti-libéral.

roy
roy
13 années il y a
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[…] 6 articles qui ont été lus plus de 100 fois au mois de juin sont : La vérité sur le néolibéralisme (216 […]

Gontran
Gontran
13 années il y a

LOMIG : Salut Lom ! Très bon article très documenté. C’est pour ça qu’il provoque autant de discussion :grin: , c’est cool ! J’ai appris pas mal de choses en le lisant et dans la discussion qui en a suivi.

PASCAL : d’accord également avec toi sur la vision concernant notre système éducatif français pré-bac qui apprend le socialisme plutôt que le libéralisme, dans sa manière de présenter le monde. Comment changer ça sans une véritable révolution ? :cry:

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[…] “, une classe pour les commentaires impairs et pairs, etc…Vous pouvez voir un exemple sur ce billet. Les possibilités sont infinies ! J’ai piqué l’idée à Laurent Gloaguen (Embruns), […]

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[…] de la panoplie rhétorique anti-libérale (l’utilisation, par exemple, du mot néolibéralisme est […]

Jesrad
Jesrad
12 années il y a

Bravo et merci pour ce superbe article ! Les sources citées sont excellentes.