CatĂ©gorie : đŸ§‘đŸ»â€đŸ€â€đŸ§‘đŸ» SociĂ©tĂ©

  • SubsidiaritĂ©

    Retour sur le principe de subsidiaritĂ©, souvent invoquĂ© et source de pas mal de confusion. Les sociaux-dĂ©mocrates le font partir d’en haut, et le confondent avec la dĂ©centralisation (le niveau le plus haut dans l’organisation de la sociĂ©tĂ© dĂ©lĂšgue une partie de ses pouvoirs), tandis que les libĂ©raux le font partir de l’individu, et y voient le seul moyen de structurer la loi pour garantir la libertĂ© individuelle. Pour les libĂ©raux, la subsidiaritĂ©, c’est le principe selon lequel les individus dĂ©lĂšguent une partie du pouvoir sur un organe collectif (public ou non).

    J’ai reçu ma derniĂšre commande : « L’homme Libre« , un livre d’hommage à  Pascal Salin. Et, bien sĂ»r, je n’ai pas pu m’empĂȘcher de commencer à  dĂ©vorer quelques chapitres. Dont un, clair et nĂ©anmoins fouillĂ©11. Il y revient notamment sur les racines Ă©tymologiques, historiques, et philosophiques du concept, en particulier sur sa proximitĂ© avec des textes du pape Pie XII, et avec le concept de personnalismecher à  Koz, de Jean-Philippe Feldman2, traitant du principe de subsidiaritĂ© : « SubsidiaritĂ© et libĂ©ralisme ». Son article montre bien comment ce principe a Ă©tĂ© utilisĂ© aussi bien par les sociaux-dĂ©mocrates, que par les conservateurs ou les libĂ©raux.
    Il rappelle les distinctions et les nuances qu’il faut apporter à  la dĂ©finition du concept32. J’avais dĂ©jà  fait suivre ici une tribune de Feldman sur le droit et la lĂ©gislation, pour Ă©viter que cela ne devienne un fourre-tout. La subsidiaritĂ© comporte deux dimensions, et doit partir de l’individu pour ĂȘtre une notion pleinement libĂ©rale.

    Subsidiarité : deux dimensions

    3. distinctions que l’article de Wikipedia sur la subsidiaritĂ© ne fait pas du tout
    Ce qu’il rappelait dĂ©jà  dans une confĂ©rence sur la constitution europĂ©enne :

    Pour un libĂ©ral, la subsidiaritĂ© a deux dimensions. La premiĂšre, trop souvent oubliĂ©e, est la dimension horizontale : la subsidiaritĂ© c’est ce qui fait le partage entre la sphĂšre de la puissance publique et la sociĂ©tĂ© civile. La deuxiĂšme, qui n’est qu’annexe, c’est la subsidiaritĂ© verticale : au sein de la puissance publique les dĂ©cisions doivent ĂȘtre prises au plus prĂšs de l’individu.

    La subsidiaritĂ© doit partir de l’individu

    La subsidiaritĂ© doit partir de l’individu, comme le rappelle Jacques de GuĂ©nin :
    L’homme libre et responsable, nous l’avons vu, cherche à  s’associer à  d’autres personnes pour satisfaire des objectifs qui dĂ©passent ses seules capacitĂ©s. Il fait ainsi partie de groupes, comme sa paroisse, son quartier, ou sa commune. Ces groupements peuvent à  leur tour s’associer pour accomplir des objectifs encore plus ambitieux. Mais les groupes d’ordre supĂ©rieur ne doivent pas retirer aux groupes d’ordre infĂ©rieur (dont le plus petit est l’individu), ce que ces derniers peuvent accomplir eux-mĂȘmes : c’est le fameux principe de subsidiaritĂ©. Pour le libĂ©ral, l’État lui-mĂȘme devrait ĂȘtre une association d’ordre supĂ©rieur à  laquelle les associations d’ordre infĂ©rieur, telles que les communes, dĂ©lĂ©gueraient certains pouvoirs et certains moyens, selon le principe de subsidiaritĂ©. Mais nous vivons depuis toujours dans un schĂ©ma strictement inverse oĂč l’État dispose de tous les pouvoirs et ne consent à  dĂ©lĂ©guer quelques petits espaces de libertĂ© aux citoyens que lorsque ceux-ci le lui arrachent.
    Mathieu Laine et Jean-Philippe Feldman avait également insisté sur le caractÚre remontant de la subsidiarité dans un texte traitant du rejet de la constitution européenne paru sur le Québécois Libre :
    Pour les libĂ©raux, une constitution devrait tout d’abord avoir pour objet non pas tant d’agencer les pouvoirs que de limiter le Pouvoir. SynthĂšse ambiguĂ«, la Constitution europĂ©enne encourage à  l’inverse l’augmentation et la centralisation des pouvoirs. Au-delà  des domaines de compĂ©tence exclusive de l’Union europĂ©enne, la liste des domaines de compĂ©tence partagĂ©e avec les États membres est en effet impressionnante : marchĂ© intĂ©rieur, environnement, protection des consommateurs, transports, etc. Les principes de subsidiaritĂ© et de proportionnalitĂ© sont certes consacrĂ©s, mais au lieu d’ĂȘtre remontante, au lieu de partir de l’individu pour remonter jusqu’à  l’Union europĂ©enne, la subsidiaritĂ©, concept fondamentalement libĂ©ral, est ici descendante.
    C’est toujours le mĂȘme principe mis en avant par les libĂ©raux : l’individu – les individus – doivent ĂȘtre le dĂ©part et la fin de tout systĂšme politique, sous peine de bafouer la libertĂ© individuelle. Chose immorale, mĂȘme sous des prĂ©textes constructivistes prĂ©tendument « sociaux ». J’y souscris pleinement : et vous ?


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